l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 8 avril 2018

Semaine #14 Circulations

 









Dimanche Au cinéma (à Paris, il ne passe que dans une seule salle, L'Espace Saint-Michel), le film qui sort et que je veux voir, c'est Après l'ombre de Stéphane Mercurio. On y découvre d'anciens prisonniers de longues peines venus au théâtre grâce au metteur en scène Didier Ruiz qui monte une pièce forgée à partir de leurs témoignages. Non seulement ils disent ce qui est parfois indicible, mais ils portent cette parole sur scène. Le film est tout autant un regard posé sur eux, leur histoire, leur redécouverte du monde après la prison, que sur ce qui fait théâtre.
J'ai déjà évoqué ici plus d'une fois les documentaires de Stéphane Mercurio, découverts grâce à celui qu'elle a réalisé sur les femmes de prisonniers, A côté, à peu près à l'époque où Franck est paru. Depuis, je suis son travail, et éprouve, à chaque fois, la justesse de son approche.
Un conseil : allez-y, donc, ne ratez pas ce film.


















(photo d'André de Dienes)

Lundi mardi Cette fois, c'est la bonne, Volte-face est terminé et je commence à faire "circuler" le texte, comme on dit, en l'envoyant à des amis auteurs. Les premières réactions, le jour même, sur les premières pages sont bonnes, ce qui bien entendu m'encourage. J'ai tellement pris de plaisir à écrire ce livre que j'espère bien en avoir transmis, aussi !
En même temps, sans doute parce que j'ai fini, tout un petit cortège de phobies apparaît. Que faire ? La seule chose qui m'en distrait un moment c'est, étrangement, la lecture d'une biographie croisée de Karl Lagarfeld et d'Yves Saint-Laurent trouvée à la bibliothèque Villon. J'y viens probablement par Cecil Beaton, l'un des photographes de mon livre (Marilyn est d'ailleurs citée plus d'une fois dans les premières pages) mais ensuite, je suis la première à m'étonner de suivre ainsi sur 500 pages la relation explosive qu'entretenaient deux types aussi créatifs qu'infernaux, semblant avoir en horreur toute relation profonde (YSL ne pouvait supporter de voir quelqu'un de déprimé face à lui, il fallait lui faire croire que tout allait bien en toute circonstance...). Je me sens carrément sur une autre planète, à des milliers de kilomètres et c'est sans doute ce qu'il faut, sorte de transition avant de retrouver Bruits.

Mercredi : Justement, à propos de Bruits, une très bonne nouvelle s'annonce, qui me permettra de continuer à l'écrire l'an prochain grâce à une résidence en lycée. J'y reviendrai vite. Pour l'instant, je n'arrive pas trop à en parler, toujours engluée dans mes phobies post-écriture (peur de la foule, ce genre de choses). Je reste chez moi et je copie les parties de ce semainier liées à Chartres pour Ciclic, l'agence du livre de la région Centre, qui a accepté de les publier sur son site. Je prépare aussi de nouveaux ateliers, etc.













Jeudi vendredi samedi Plein de petites choses à faire, reprendre les 36 secondes, monter de nouvelles "minutes à"... Pour les 36 secondes, oui, voilà qui est fait : ce vendredi, on y entend un extrait du fameux Yoko Ono de Christine Jeanney dont je parle sans arrêt, traversé par une chanson de Sting au café, et un passage de Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle enregistré dans la galerie photo de l'Esperluète, pièce qui résonne beaucoup - ce qui est d'ailleurs à prendre en compte lors de la préparation des rencontres.
Quant aux "minutes" et à leurs enregistrements, la lutte contre le vent de Chartres passera par une bonnette du plus bel effet finalement trouvée à Paris samedi dans une boutique près du conservatoire de musique, à la Villette. Un peu tentée de la tester en entendant quelques notes de piano échappées du lieu, mais non, je m'en sers plutôt l'après-midi en arpentant la gare de l'est, devenu, pour un temps, un oloé.













(y chercher les assises, y écouter les bruits)
Où l'on découvre que cette gare-là peut être apaisante, que les gens s'y côtoient sans heurt ce samedi de printemps.
Agoraphobie qui s'éloigne : merci à ce qui se frôle, se croise, s'interpénètre sans s'obstruer...

*
La semaine prochaine, on ira à Chartres enregistrer la ville, y faire de la radio, y recevoir Virginie Gautier (jeudi, à 18h), avant de retrouver la Vallée aux Loups deux fois : le vendredi avec Joachim Séné (à 19h) et le samedi en atelier.

dimanche 1 avril 2018

Semaine #13 Relecture, mutations urbaines, engueulades et cosmogestation



















Dimanche Je me rends au CNES pour le festival Sidération mais, heure d'été aidant, assez tard. Je ne fais que suivre des couloirs, regarder, observer, prendre des photos de maquettes et de combinaisons spatiales, avant d'assister à une fin de conférence sur la "cosmogestation" (Est-il possible de faire un enfant dans l'espace ?) qui m'amuse, me change les idées - moi et deux autres visiteurs, nous nous sommes fait engueuler par un faux astronaute au bout d'un couloir où nous n'étions pas censés nous rendre et où il préparait une performance. Il nous parlait sèchement mais nous étions dans le noir, ne pouvions le voir, ne pouvions même savoir que c'était à nous qu'il parlait, ni qu'il était tourné vers nous, nous l'écoutions sans lui répondre, ce qui le poussait à continuer, situation absurde, bref. 

Le thème du festival est l'anecdote, justement (Anecdotes et faits divers), autrement dit ce contre quoi je me suis construite après avoir lu un texte de Genet quand j'avais une vingtaine d'années. Pas d'anecdote, donc, dans les deux "minutes" de Bruits confiées aux éditions de l'Attente pour la prochaine revue Espace(s) du CNES qui leur a donné carte blanche et paraîtra le 12 avril.
En attendant, ce que je voudrais, c'est que celle de l'astronaute au bout du couloir ne tue pas le désir de rêver d'espace, ni d'écrire. Mais je ne crois pas. Pour commencer, la cosmogestation m'a lavée du non-sens de la situation (!).














Lundi mardi mercredi Première relecture de Volte-face, plus rapide que je ne pensais - mais, méfiance, attendons la seconde. Le manuscrit est augmenté d'une page. Surtout, je n'ai qu'une envie, c'est de rester plongée dedans. Que faire de Bruits
Mille choses. Patience. Bruits est un jeu de piste.
Pour VF : unifier les sous-titres. Vérifier quelques informations (très peu, en fait, pour le moment, du micro-détail). Paginer, même si je n'ai pas l'intention, a priori, d'effectuer un tirage papier.
En écrivant cette phrase, je me rends compte que, déjà, pour A même la peau, je n'ai imprimé le texte à aucun moment. Jusqu'à Décor Daguerre, j'avais besoin de faire une impression du manuscrit au moment des relectures. Depuis, quelque chose a changé, semblerait-il. Volte-face fait pourtant l'équivalent de 450 pages de livre... Pourquoi ce besoin d'une vérification sur papier, d'une spatialisation différente du texte, passé de l'écran à la feuille, n'est plus à l'ordre du jour ? Je ne sais pas au juste. Ce qui est sûr, c'est que pour mes deux derniers livres, j'ai tout envoyé par mail aux éditeurs et que j'espère vivement continuer à le faire pour des raisons à la fois écologiques, économiques, pratiques et logiques.















Jeudi vendredi Relire sans pitié les passages qui m'ont parus les plus complexes, voilà ce qu'il reste à faire tandis que le vendredi, j'anime un atelier à Chartres, enregistre un peu de son où je peux (il pleut), aux alentours et dans la librairie.
Ces passages où je ne reste qu'une journée commencent à suivre quelques rituels : regarder comment avancent les travaux de la gare et du futur théâtre ABC ; passer à la médiathèque une fois descendue du train et changer d'étage à chaque fois... C'est fugace, et j'ai hâte qu'il fasse beau pour élargir le cercle, mais c'est déjà une sorte d'appropriation.


















 (en douceur, on a dit)

Ouvrir la porte de la pièce où ont lieu les ateliers. L'après-midi, nous travaillons à partir d'une citation du Yoko Ono de Christine Jeanney, dont François Bon lit longuement des extraits dans cette vidéo, Yoko Ono dans le texte, décidément "le" livre de ce début d'année en ce qui me concerne. Il s'agit, lors de cette séance, de passer de la photo à la musique grâce aux clichés de jazzmen de Jean-Pierre Leloir qui nous entourent, puis de la musique au(x) bruit(s) grâce à Y.O et John Cage, mentionné par Christine Jeanney et que Magali Albespy évoquait lors de son passage à la radio, rappelez-vous.

Au début de la séance, nous discutons d'autre chose : j'ai découvert, quand Magali est venue, qu'il était "impossible" d'entrer et de sortir du même côté au Monoprix situé près de la librairie : on entre par la rue principale et on sort forcément par la galerie commerçante, alors que le magasin est traversant. Ayant fait le chemin à rebours pour 1. vérifier si Magali s'y trouvait ou non 2. l'attendre devant l'entrée principale puisqu'elle n'y était pas 3. refuser de passer par la galerie pour ne pas risquer de la rater, puisqu'elle était peut-être passée par l'entrée principale voir si j'y étais pendant ce temps-là, etc., bref, éviter une blague à la Tati, je me suis (once more) fait remonter les bretelles par une vendeuse. Eh bien les participants à l'atelier ont commencé par trouver évidente cette circulation forcée, parce qu'ils y sont habitués et que l'argument a été intégré ("c'est pour éviter les vols"). C'est simplement au bout de quelques secondes que cette question de la liberté de mouvement rognée au fil des années leur est apparue. J'ai vu leurs visages changer, c'était même étonnant.

On dira que ce n'est rien, et (puisque ?) que c'est pareil partout - même chose au Franprix en bas de chez moi, il y a une porte vitrée très pratique mais elle ne s'ouvre que pour entrer dans le magasin, pas pour en sortir, pour "éviter les vols". Détail qui laisse flotter dans l'air un parfum de suspicion généralisée, contrainte spatiale qui s'ajoute, pour la parisienne que je suis, aux sièges "assis-debout" des quais de RER, aux très inventifs dispositifs anti-sdf, aux barrières anti-migrants, à l'encadrement des manifestations, etc.
Bien l'intention d'être très attentive à ces "détails" qui orientent la circulation des personnes dans Bruits.

(en douceur, disait-on)

Samedi Je découvre que la vidéo de la rencontre avec Delphine Bretesché animée par Alain Nicolas pour les Enjeux contemporains de la littérature, festival organisé par la Maison des Ecrivains est en ligne (depuis le mois dernier...). Le sujet en était les mutations urbaines. En voici l'adresse. N'hésitez pas à aller à la fin de la vidéo écouter la lecture de Delphine, inspirée par sa résidence d'un mois au Québec : ça vaut vraiment la peine !



Sinon, pas de 36 secondes pour L'aiR Nu encore cette semaine. Plongée dans mon manuscrit, je n'ai pas le temps de lire les livres des autres, ce qui me manque, d'ailleurs. La semaine prochaine, j'espère.

dimanche 18 mars 2018

Semaine #11 faire


Dimanche Lafayette Anticipations, donc, ses paillettes partout, sa boutique ridicule (on y vend des stylos quatre couleurs savamment disposés) mais aussi cette vidéo sur deux étages, The silence of the sea, qui me donne une idée. Je note. Ecrire c'est potentiellement faire main basse, embrasser, étrangler, n'avoir d'avis sur rien, se débattre, déformer, faire sonner, refuser, pétrir, secouer, empoigner, caresser, lâcher...
Je suis d'une humeur massacrante au retour, ce qui n'a rien à voir avec cette sortie ni même avec l'écriture. Qu'en faire ? Quelque chose. 












(pas ça, du calme)
Structurer, organiser davantage ? (déjà que) S'en demander plus ? (encore ?) Où se trouve la clé quand on se sent dépossédé, passif devant ce qui arrive ?
Explorer. Explorer encore. Expérimenter, car là il y a à faire, c'est-à-dire oser, rater, s'exposer, accorder sa confiance... Et trouver de l'aide, ne pas rester seul-e.
A bien y réfléchir, je me suis toujours arc-boutée contre ce qui me faisait violence (hiérarchie, chantage affectif, peur, mépris de classe, sexisme, jusqu'aux horaires fixes et toujours les mêmes ce qui m'a empêché, et à jamais, d'avoir une vie professionnelle "normale", pas étonnant si Bruits est minuté) : ça ne risque pas de changer, me dis-je, et ça me rassure.
Explorer est plus souple, cependant, plus énergisant.
Penser aux danseurs, s'en inspirer. Penser à ce qui vibre. A ce propos, ce que nous avons fait dimanche grâce à Magali Albespy, ce moment de danse, de musique, de partage, de lecture appelé INO peut être écouté en ligne



















Lundi Nage de 7 à 8h. Dans le métro, la passagère à mes côtés est très énervée, tendue. Moi non. Elle ne me transmettra rien. Pourtant je n'ai pas fait une nuit complète depuis combien ? On ne compte plus. Dans mon sac, comme souvent, deux livres car je ne sais lequel choisir : tant pis pour le mal de dos. Or il se trouve que















sans le faire exprès, j'ai pris deux Yoko.
C'est la Yoko de Christine Jeanney qui m'inspire. C'est Christine Jeanney et son écriture. A cet instant, dans cette fatigue, sur le siège du métro près de cette femme qui soupire, s'agace, je me sens entourée, calmée, bercée, prise dans les bras par le livre, qui m'y inclut (me voilà dans le texte, oui) même à ne pas tout saisir.

Christine Jeanney écrit :

"Y.O aime la musique des bruits et celle des silences : John Cage dit que l'artiste n'est pas une sorte d'humain spécial ; il dit que chaque humain est un artiste spécial ; qu'il faut accepter le chaos, les glissements, les chutes, les grincements, les sifflements, les écouter ; et elle le pense aussi.

Elle collecte les bruits (action de recueillir des dons, du latin collecta, participe passé de colligere, ramasser, relever ; quête, réunion, assemblée des fidèles avant le départ en procession vers le lieu de célébration, une prière, oratio ad collectam : d'où le nom de collecte).

Elle dit qu'il faudrait collecter les bruits en les laissant entrer en soi par la mémoire ; se les remémorer, les déplacer en soi à l'intérieur et, quand ils sont tous réunis, y mettre du désordre (COLLECTING PIECE, automne 1963)

Pas forcément les bruits qui ont un sens, pas forcément ceux qui déclenchent des images fortes (sirènes d'ambulance, coups de feu, avalanches, pleurs, rires, hoquets et cris). Plutôt les autres bruits, les bruits fragiles, ceux qui n'ont pas la grâce, les anodins, les anonymes."

John Cage, déjà la semaine dernière, n'est-ce pas...













Mardi La ville serait une maquette de Legos blancs, on y adjoindrait des bruits de neige, des paroles de passants. Des lycéens autour écriraient des haïkus. Je serais là, assise, à tenter de faire de même sans intervenir. Bruits à l'Université de Marne-la-Vallée, le parcours miniature de mon personnage inventé, voilà comment tout commencerait.
Nouvelle extension du projet (j'en reparlerai). Ne jamais se décourager. Ne s'inquiéter de rien.
Je sors de sa cachette un carnet géant à mes initiales, fabriqué par mon beau-père (celui qui a dessiné les cartes de Décor Lafayette) il y a bien vingt ans, auquel je n'ai jamais osé toucher - couverture rouge, initiales dorées, voyez. J'époussette, je scotche ce qui, depuis le temps, s'est un peu déchiré. Je pose à plat, sous presse, pour qu'il reprenne forme. Je sais ce que j'en ferai.
En attendant, de retour de Noisy-Champs c'est un peu n'importe quoi, acte manqué de qui candidate à un appel à projets, clique sur fermer au lieu d'enregistrer après avoir longuement répondu. C'est qu'il doit y avoir du pain sur la planche par ailleurs, sans doute.
Le soir, veille de retour à Chartres, mise en ligne de la première "minute" de la résidence :




Mercredi Journée à Chartres. La lecture du Yoko Ono de Christine Jeanney m'accompagne dans le métro, dans le train, partout. J'enregistre le silence du cinquième étage de la médiathèque, retrouve ses recoins ; déjeune seule et tranquille dans un salon de thé ; tente d'acheter une bonnette à la Fnac pour mon enregistreur (égaré la mienne dans le parc de la Vallée aux Loups), peine perdue ; cherche à écrire dans la salle d'exposition de la librairie, qui présente donc des photos de jazzwomen and men prises par Jean-Pierre Leloir ;


















achète Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle (à partir des travaux de laquelle Claire Lecoeur s'apprête à faire écrire) ; visite la cathédrale mais n'y vois, ni perçois presque rien à force de chercher à faire des photos et du son ; entends fuser des insultes sur le parvis, désuètes, réelles, inopérantes ; reprends le TER. Comme à l'aller, fascinée par la banlieue au soleil (je crois que la maquette agit sur mon regard), je me laisse happer par les juxtapositions, les reliefs, la perception des dimensions.



















Jeudi, vendredi Tout à coup, la relecture de Volte-face se met à battre son plein. Je trouve le temps, tout de même, d'enregistrer et mettre en ligne les 36 secondes, liées à l'Exquise Louise d'Eugène Savizkaya que tant de gens aiment. Mais sinon, à peine casé une séance à la piscine : me revoilà en 1944 avec Norma Jeane à l'usine, en 1945 sur une plage californienne, etc. Pour le moment, le travail va plus vite que prévu, ce qui me surprend. Je commence à dessiner, comme du temps de l'arbre de Décor Daguerre, mais cette relecture finit par dépasser le plan de l'exposition que j'esquisse : continuons à avancer, donc !
Sur Facebook, j'ouvre avec plaisir un dossier photo consacré aux autres femmes du livre. Il y en a évidemment de très connues (Lauren Bacall, Ingrid Bergman) mais également d'autres, telle Bunny Yeager (ci-dessus), passée de pin-up à photographe, qui a contribué à la célébrité de Bettie Page, ou encore l'étonnante Mabel Normand. Ce livre est plein d'hommes (les photographes), plus encore de femmes. 


Côté son, il y a du neuf à écouter, puisque la deuxième émission consacrée à la résidence à Chartres est en ligne sur la page de la radio, avec pour invitée Magali Albespy. On y entend, à un moment, ce très beau duo qu'elle fait avec Caroline Grojean, où elles improvisent autour de la chanson River of no return... de Marilyn, surprise !

J'ai justement Caroline au téléphone au retour. Nous parlons d'une future collaboration autour du nouveau projet de Pièces détachées, Exit 87, dont le point de départ est le premier chapitre de Cowboy Junkies. Cette fois, je n'écrirai pas mais proposerai aux danseurs de le faire, sans doute en expérimentant de nouvelles façons d'"animer" un atelier d'écriture - joie de faire autrement, de changer, et de retrouver l'équipe le mois prochain.

Radio, suite : l'émission Variations Mozart de Philippe Aigrain, invité par David Christoffel pour sa "radio parfaite", diffusée dans le cadre du festival Printemps des Arts de Monte-Carlo, est également en ligne. J'y ai contribué en déambulant le long de l'avenue Mozart et en demandant aux commerçants de me parler de leur boutique... Clin d'oeil à Daguerréotypes, bien sûr, mais également à L'aiR Nu (nos locaux ne sont pas loin) qu'on peut entendre au début, avant des contributions de Virginie Gautier, Mathilde Roux et Benoît Vincent. On s'est bien amusés, je crois qu'on peut le dire !













 
Samedi Après un rendez-vous manqué lié à Marilyn (partie remise, j'espère), me voilà au salon du livre pour parler, en compagnie de Pascal Jourdana, des livres numériques de la Marelle. Les tablettes se présentent sous une cloche de verre, ce qui ne manque pas, sur le moment, de me faire un certain effet subliminal (pour le comprendre, il suffit de se rendre ici).
Comme Pascal le rappelle, Laisse venir, écrit avec Pierre Ménard, a été à l'origine de la maison d'édition de la Marelle. Avec Pascal et Fanny, que je connais depuis longtemps maintenant, nous aimons beaucoup travailler ensemble, espérons poursuivre nos aventures - je voudrais écrire sur un cargo, pour tout dire ! Dans le métro, je relis des passages d'Anamarseilles, me dit qu'il faudrait faire vivre tout cela encore un peu plus.

Dimanche Je commence la journée par regarder Trois hommes sur la photo, un documentaire lié à la photo la plus célèbre de Jean-Pierre Leloir, celle qui réunit Brassens, Brel et Ferré. Ensuite ? Ce semainier. Puis retourner à Volte-face...

*

La semaine prochaine, nous fêterons les dix ans de publie.net mardi soir (voyez donc la belle affiche ici), puis je me rendrai au festival Littérature au centre de Clermont-Ferrand.

lundi 1 juin 2015

dans l'air



















J'en ai à peine parlé ici et il est temps, je crois, de consacrer un article à ce projet qui est en train de devenir plus concret, je veux parler de l'aiR Nu, objet numérique, audio et littéraire que nous mettons en place avec Joachim Séné, Mathilde Roux et Pierre Cohen Hadria depuis quelques mois et qui va bientôt prendre son envol.
Comme précisé sur le site, l'idée est de mettre du son en ligne en suivant des voix, des villes, des trajets que sont amenés à effectuer les auteurs quand ils écrivent ou viennent parler de leurs livres, lors d'ateliers ou de rencontres. Il s'agit aussi d'interroger des lecteurs, des libraires, des éditeurs, des bibliothécaires ; de proposer des lectures audio ou encore, bien sûr, de faire découvrir des textes particuliers, tout cela sous forme de pages web originales, avec arborescences spécifiques. Les premières pages créées permettent, nous l'espérons, de donner sans plus attendre une idée de ce que va devenir le site.

C'est ainsi que nous vous invitons à nous suivre dans la région nantaise, dans le village de la Montagne puis dans celui de Bouaye, au bord du lac de Grand-Lieu, pour assister à une lecture. 
Que nous nous interrogeons sur le bruit des trains avec Joachim, assis à ses côtés, avant de retrouver Pierre Ménard à Marseille dans la villa La Marelle que bordent les voies de la gare Saint-Charles.
Que surgissent les Obliques, textes de Christine Jeanney.
Que l'on retrouve encore trois baleines-paysages dans le jardin de Maryse Hache
Il suffit de se laisser guider...















Cet automne, à partir du 2 octobre et pour une durée de six mois, nous serons en résidence dans la région de Moret-sur-Loing. Nous arpenterons les lieux, interrogeant qui voudra bien nous répondre sur la notion, très vaste, de frontière. Une petite présentation du projet est en ligne sur la page d'accueil de l'aiR Nu et vous pouvez suivre d'ores et déjà le journal des frontières de Pierre Cohen Hadria sur le site Pendant le week-end.

Bien sûr, nous voyons dans cette résidence une très belle opportunité, celle d'avoir les moyens pendant six mois de nourrir une rubrique spéciale, liée à l'objet littéraire que nous allons créer en fin de parcours, début avril 2016. Mais ça ne devrait pas être notre seule activité. L'idée, c'est vraiment de faire de notre "radio" un outil pérenne, de le développer et d'y consacrer chacun une partie de notre temps, créant sans cesse des liens, des passerelles. De faire entrer l'air. D'ouvrir les fenêtres, toujours plus...

*

Le logo de l'aiR Nu a été dessiné par Joachim Séné.
La photographie ci-dessus, prise à Moret, est de Mathilde Roux. 

mardi 30 décembre 2014

Instin et moi

Un peu d'Instin pour terminer l'année ? 
La revue Hors Sol a demandé à plusieurs d'entre nous quel rapport ils ou elles entretenaient avec le général et propose donc un dossier Instin et moi dans lequel on retrouvera à terme des textes d'une vingtaine d'auteurs. Pour l'instant, on peut répondre à une enquête d'opinion diligentée par Christine Jeanney et lire un texte de Raymond Penblanc dans lequel l'auteur se demande si le GI ne serait pas une femme et s'il ne pourrait pas, à l'occasion, se couper en deux (tiens tiens...).

On peut également nous écouter, Joachim Séné et moi, nous poser un certain nombre de questions sur le général et ses particularités. Je voulais poster ici le texte que j'ai écrit à cette occasion mais je suis en train de me demander si je ne l'avais pas noté à la main, exceptionnellement, et si je ne l'ai pas égaré... C'est bien possible. Tant pis.
Ou alors tendre l'oreille pour le reconstituer ? Tiens, oui, essayons : 

Général, général, qu'est-ce qui me pousse vers toi comme ça sans prévenir ? Est-ce ton nom, général ? Est-ce toi en général ? Non.
Le général en général ne m'attire pas, ni le titre ni le nom (de général). Général général tu parles.
D'instinct le général me gênerait plutôt, tandis que le végétal, le minéral non. Alors je me demande : est-ce ta mort, général, qui te rend à mes yeux aussi particulier ? Est-ce ta mort, minéral, qui te rend végétal et si proche de nous ? Le général Instin qui a perdu son H serait devenu humain, non au moment de mourir mais au moment de le dire, c'est-à-dire toujours ?
Est-ce le nom de la mort que tu dis en riant, que tu dis en grinçant, que tu répètes encore qui nous rassure, nous ? Général, tu m'entends ? Est-ce ta mort en marche qui nous anime, nous, et te rend, général, plus doux qu'un végétal par le vent disparu ? A la terre tombé et mêlé à la brume, mêlé à nous vivants, nous sifflant aux oreilles sans rien changer au monde, du moins en apparence, comme on dit que les morts en général jouent ? Est-ce nous, général, ce H qui te manque ? Est-ce ton vertical, est-ce ton horizontal, corps perdu de la lettre qui tout à coup m'enchante ?
Mon général oblique et sans savoir pourquoi je le suis à la lettre.

*

La voix de Joachim comme des instants de pause, l'incertitude de la ponctuation initiale et même du genre de certains mots : écouter pour écrire modifie quelque chose ?
(à suivre en 2015, peut-être)

mardi 21 janvier 2014

oloé du monde entier















Après la publication de mon dernier article, Un oloé en Espagne, voici ce qu'il est advenu : 
En soutien, certains ont écrit des billets de blogs pour parler de leur oloé. Ce fut ainsi le cas de Gilda Fiermonte, Piero Cohen Hadria ou encore de Virginie Gautier. Virginie a inventé les îlots-oloés ; avec Piero, nous partageons depuis longtemps l'oloé-ligne 2 ; et c'est tout un parcours que Gilda retrace jusqu'à sa cuisine-oloé...















D'autres, comme Franck Queyraud, Christophe Grossi ou Thierry Beinstingel, ont recherché sur leurs sites les billets d'oloé et m'ont envoyé liens et/ou autorisation de m'en servir. 
Ainsi, Franck parmi tous ses billets oloé en a élu deux : ce qui est important et un oloé strasbourgeois, avec un café Brant fermé mais, me dit-il, qui devrait rouvrir au printemps après mobilisation citoyenne
Christophe, lui, avait fait une belle présentation du livre sur le blog de ePagine. 
Et Thierry en avait également parlé sur Feuilles de route, militant pour le mot - texte qu'il m'a renvoyé par mail, ses billets n'ayant pas d'URL propre à partir desquels je pourrais ici faire un lien. En voici un extrait : 
oloé met enfin un sens sur ce que sentaient confusément tous ceux attirés par la littérature, les lettres ou l'écrit. Comment faire ? Où aller ? Quel livre emmener ? Quel carnet ? Ordinateur ? Stylo ? Faut-il être toujours prêt ? Chercher partout l'instant propice ? Qui guetter ? Faut-il s'asseoir ? Rester debout ? Rester dehors ? S'enfermer ? Avoir une table bien à soi ? Un bureau ? Une maison ? Un chateau ? Est-ce que j'arriverai à écrire dans un café ? Que lire à l'hôtel ? Sur la plage ? Dans la rue ?



Les oloés ont aussi été déclinés, à la médiathèque André Malraux de Strasbourg, sous la forme d'un pecha kucha en novembre dernier lors de l'inauguration de l'@ppli. Ainsi, Pierre Ménard, Jean-Yves Fick, Cécile Portier, Jessica Maisonneuve et François Matton ont-ils écrit et illustré leurs lieux où lire où écrire (merci à Jean-Yves Fick de ce rappel, et de son message) : Jessica s'installe n'importe où et cela entraîne loin. Chez Jean-Yves Fick, nous voilà à la surface du monde, tandis que Pierre fait son trou et que François Matton trouve un refuge.
















A l'école d'ingénieurs Telecom Paris Tech, Isabelle Delatouche, elle, avait utilisé des extraits de mon texte lors d'une installation littéraire et numérique, ce qu'elle m'a rappelé en me donnant ce lien vers le blog de l'Anthologue (merci Isabelle !)



















Enfin, last but not least, comme on dit (mais alors, vraiment), Joachim Séné a ouvert un site qui géolocalise les oloé du monde entier : chacun peut lui soumettre un texte à lire et à lier. Depuis une semaine, sont ainsi apparus sur sa carte des oloés de Paris, Marseille, Madrid, Shanghaï, Ho Chi Minh ; de Biélorussie, de Roumanie... Et ça continue : à venir, ces jours-ci, un texte par jour ! Si l'Institut auquel le Bateau compte s'adresser fait la sourde oreille, au moins le site de Joachim aura-t-il vu le jour.















De mon côté, je me rappelle les textes que Maryse Hache a écrits à la parution : sa lecture du livre, jour après jour.
Je me souviens aussi du texte de Christine Jeanney et de son nouveau mot, ollo (il y eut d'autres belles présentations de mon livre à sa parution, qui sont en lien sur mon blog, dans la colonne de droite).















De plus, c'est un hasard mais il est important de le signaler : les éditions D-Fiction, qui ont publié mon texte, viennent tout juste de faire peau neuve. Mon texte lui-même, accessible ici, a changé de tête et je le découvre aujourd'hui, faisant partie d'une nouvelle collection, ArtPoText



















Continuons donc d'harponner les oloé du monde entier, me dis-je, et grand, grand merci à tous !

(les photos ci-dessus ont été prises à Bruxelles un jour de grand froid, à oloé extérieur tout à fait impossible)

lundi 25 février 2013

être lue















Longtemps, j'ai écrit sans nécessairement chercher à être publiée, ni même être lue. Pourtant, je voulais être écrivain, l'ai toujours voulu : j'emploie ce mot en italiques parce que c'est celui de mon enfance, au masculin. Les modèles étaient masculins (faisaient exception, quand j'avais sept, huit ans : Colette, Simone de Beauvoir et Marguerite Yourcenar, la première académicienne). Dans mon esprit, un écrivain lisait, écrivait, publiait, était lu et recommençait. Il n'effectuait pas de lectures en public, n'animait pas d'ateliers, c'est à peine si on connaissait son visage (je n'avais pas la télé). Il écrivait au fond d'un jardin, dans une cabane sans téléphone (Roald Dahl) ou dans sa baignoire en croquant des pommes (Agatha Christie). Il fumait beaucoup (Jacques Prévert), mourait jeune (Camus, Vian) ou avait de la barbe (Victor Hugo). Il commençait tôt (Rimbaud), tirait sur les autres à coups de pistolet (Verlaine), voyageait ou racontait que (Cendrars). Les auteurs vivants, absence de télé aidant, je n'en entendais guère parler, si ce n'est Beauvoir, que j'ai même vue (cinq secondes, hissée à bout de bras, je crois, dans une manif).

Mais ça existait, écrivain. Jacques Prévert en vivait.
Et un écrivain, quand il était publié, était lu.
(cela, dans mon esprit, toujours)















Il n'est pas toujours évident de basculer du côté de la publication, de se décider à faire lire, de s'exposer. Cela m'a pris du temps : longtemps j'ai pensé fragments (que j'aurais mis sur blogs, quand j'avais 18-20 ans, si Internet avait existé) et non livres. Un jour, j'ai pensé livre (c'était Fenêtres), ce qui m'a poussé à envoyer mon texte en lecture. 
Cependant, j'ai pensé livre comme ceci : un livre, pour moi, est un ensemble de livres constitués de fragments. La structure qui soutient chaque livre, en assemble les fragments, est en réalité la structure d'ensemble, celle qui unit les livres, tous les livres - et je ne sais, bien sûr, combien il y en a, puisque je suis vivante, espère n'avoir pas terminé... 
Qu'on ne s'y trompe pas : tout cela me paraît sans rapport avec le mot oeuvre  : je continue, en effet, à penser l'écrit sous forme de fragments. Par contre, avec le mot site, on peut réfléchir... Je vais néanmoins continuer à employer le mot livre, comme je dis écrivain. Simplement, le sens (dans mon esprit, une fois de plus) s'est, depuis l'enfance, déplacé.
(et si ça ne va pas, il n'y aura qu'à inventer un mot)
(désolée pour les italiques)














Aujourd'hui, quand je suis invitée à parler ce que je fais, à transmettre, expliquer (parce qu'un écrivain table ronde, performance, atelier), il arrive que ce soit par des gens qui n'ont pas lu mes livres. Pas encore, pas à ce moment-là, disons. C'est normal : je ne suis pas connue, les piles s'entassent, je le sais, ça ne me vexe pas, le livre est au-dessus, un autre prend la place, il y a une urgence... et puis, comme je viens de le dire, j'écris des trucs sans nom, des objets fragments, ça peut dérouter). N'empêche : il arrive parfois que je me demande ce que je fais là.

Mais il y a aussi ces moments de grâce où paraissent en ligne les articles de ceux qui m'ont lue - et avec quelle finesse, quelle attention, quelle acuité... Ainsi, à propos de Décor Lafayette, ces derniers jours me sont parvenus :

les déambulations de Piero Cohen Hadria à partir d'une place que nous partageons, celle de la bataille de Stalingrad. Comme Gilda Fiermonte dans son billet consacré à la vie moderne, il mentionne Simone Signoret
la magistrale analyse de Christophe Grossi (tout y est, ou presque, c'est pourquoi je vous conseille de lire son billet après mon livre, peut-être)
le tout aussi beau texte de Christine Jeanney, qui ne cesse de me faire cogiter depuis

Qui pourrait être mieux lue, je vous le demande ?
(personnellement, je ne vois pas)

mardi 20 novembre 2012

ceci est un corps - Pecha Kucha

Voici le texte que j'ai lu cet après-midi à la BNF lors du 3e rendez-vous des Lettres (table ronde ayant pour sujet : "Ecrire web, ou comment s'invente la littérature aujourd'hui?" lors du colloque intitulé : Les métamorphoses de l'oeuvre à l'heure du numérique), accompagné des 20 photos projetées 20 secondes chacune. Il s'agissait d'expliquer un peu notre rapport au numérique...















Ça commence comme ça. Ça ne commence pas comme ça mais ça commence comme ça
par
les vases communicants avec ChristineJeanney puis avec François Bon
sur le thème de la chambre close.
La chambre close c'est
la chambre d'hôpital
la chambre stérile
deux premiers mois de vie sans pouvoir respirer le même air que tout le monde.
















Entre le monde et moi, une vitre écrit Christine Jeanney sur son site Tentatives
bien sûr
Fenêtres
espace ouvert
Entre le monde et moi
des voix
et pas des corps
des voix
le cadre de la vitre.














Entre le monde et moi une vitre. Et à travers la vitre du soleil et un arbre et les barreaux du lit je me souviens de tout. Projection des feuilles d'arbre sur les murs, au plafond, un frisson de printemps – c'est ça, le monde.
Il n'y a pas de bras qui bercent. Ce sont les voix qui bercent.
La vie même.
C'est pourquoi les écrans, les fenêtres, le mouvement et les voix, c'est pour ça que
être au coeur du monde
à distance
c'est tout comme.















Dans Franck, un homme qui dort, il y a du plafond
des vitres / un lit / des murs
au tout début du livre
et c'est la place originelle
verticale et horizontale.















J'écris couchée
et je cherche toujours
où écrire
et je le cherche en marche
toujours
la place assise n'est pas pour moi
même devant l'écran.















Entre l'écran et moi le monde
ce qui tourne dans ma tête.
J'ai mal à la tête et à l'univers disait Pessoa
phrase qui m'a guidée
comme
Je suis déjà ailleurs
entendue je ne sais où et qui sert à tout le monde.















On me prête une chaise, une table
on me fait résider
je réside
j'anime des ateliers
fais des lectures
invite des auteurs
tout cela relié au monde















monde qui, à l'origine, est venu me donner
des lecteurs, des éditeurs, des pages, des images, des liens
des échanges constants.
Je réside
mais suis déjà ailleurs















et c'est vie et survie
c'est ainsi qu'on le vit
aller chercher ailleurs ne jamais s'installer
ou alors
dans un train
une maison provisoire



















à la vitre
toujours
une vitre en mouvement
chercher sa place
trouver sa place
c'était l'idée
ce qui guide les livres















alors écrire sur les lieux les décors les villes les rues
la rue
il y a toujours dans mes livres des hommes et des femmes à la rue.
Nous sommes là loin du virtuel crois-tu
mais
pour beaucoup
être à la rue c'est : peur et virtuel aussi bien















le virtuel je m'en sers pour tout
et je peux même planer, voler, me métamorphoser
sous le nom de Dita Kepler
je peux transposer le virtuel
dans le réel
installer l'avatar partout où je réside
et souvent c'est caché















j'aime ce qui est caché et lié à la fois
j'aime ce qu'on ne sait nommer
et prend un autre nom
ainsi l'oloé
oloé est le nom de ces lieux où l'on peut lire ou écrire
lire et écrire
et ces lieux-là n'ont pas de nom
ainsi, aussi
d'une photo de fenêtre je peux dire















ceci n'est pas une fenêtre ceci est un corps décor corps de mon personnage personnage persienne qui fait de la fenêtre sa surface son corps
(elle celle qui s'appelle Dita Kepler
n'est pas une femme
mais un décor)
les lieux et les hommes
les décors et les personnages
pour moi c'est
la même
comme on dit















le même ancrage
le même souffle
le même désir
les morts et les vivants traversent
un mur c'est un homme qui s'est appuyé
une femme une fenêtre penchée
et l'inverse















les portes les rambardes les filins et les quais...
on s'éloigne du virtuel, tu crois ?
pas du tout
les écrans servent à voyager
à entendre les voix
à approcher les corps
et le corps de l'écrit touche autant
sinon plus
il est vain de les opposer















le virtuel ne prend pas la place du réel
et l'inverse non plus
il s'agit simplement d'un point à un autre
de courber, de tendre
diffracter réfléchir
de distordre pour mieux restituer
comme dans l'anamorphose.
Le virtuel le réel même géométrie
c'est pourquoi nous parlons de cartes















de points
de lignes
de sauts dans le temps et l'espace
d'identités multiples
d'architecture
de danses
de distances
d'échos
de vertige ?
si tu veux
mais c'est celui du vent
qui balaie les feuilles des arbres















je suis déjà ailleurs
voilà qui pourrait paraître
prétentieux
mais c'est survie et souffle
respirer prendre corps
se détacher du sien espérer s'y ancrer
dans un mouvement constant de perte et de scansion
un rythme
une pulsation















ne crois pas que je vais te parler 0 et 1 pixels
ou je ne sais quoi encore
j'ai trop longtemps écrit des articles qui disaient
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et j'ai tout oublié
ce qui compte c'est
ce va et vient mobile
du dehors au dedans.