l'horloge de la gare de Chartres

l'horloge de la gare de Chartres

dimanche 17 juin 2018

Semaine #24 faire (du neuf)













Début de semaine Ne rien faire m'épuise. Ne pas nager, attendre des nouvelles qui ne viennent pas, ne plus se déplacer en dehors de Paris (et encore), peu lire et pas du tout écrire m'épuisent. Ne pas nager me rend dingue. Ne pas lutter est énigmatique. Ne faire qu'une seule chose à la fois est difficile et exotique. 
Je joue (trop) (après, j'en rêve). J'écoute les nocturnes de Chopin sur Youtube et de la musique brésilienne.  
Blow up le mardi soir. 
Une chambre à soi de Virginia Woolf (redécouverte). 
Je ne peux pas reprendre le train, pas encore.
Je prends un peu le métro, après j'arrête.
J'ai pris des notes pour Bruits pendant une heure.
(c'était juste noter le bruit)
Je recommence à me parler à voix haute le matin (bon signe, mais fatigant).
J'essaye de ne pas me sentir coupable.
Dans la rue, je regarde comment les gens sont habillés sans aucun jugement : c'est mon petit spectacle.
Je pense à Saint-Germain en Laye, à Volte-face, à Bruits.
Je pense aussi à tout ce que j'ai fait depuis vingt ans pour la bonne raison que quand je ne joue pas, je construis mon site. Si vous cliquez, pour l'instant vous ne verrez pas grand chose, mais en secret je ne cesse d'en ajouter. Il y aura du son, enfin !
Je suis en train de tout regrouper, de lier les choses entre elles. Il n'y a, pour l'instant, que cela qui fasse sens.
Je fais ce que la plupart des auteurs que je connais ont entrepris il y a des années : passer du blog au site. Je le fais maintenant, et ce sera prêt en septembre j'espère.













Fin de semaine Réussi à écrire, et plusieurs heures encore, pour l'atelier d'été de François Bon. C'est Saint-Germain en Laye qui est venu et, très bizarrement, sous forme de conte.
Intellectuellement, ça commence à s'arranger, donc (en tout cas, quand on ne me demande rien). Physiquement, on n'y est pas encore : réussi à assurer le dernier atelier de la Vallée aux Loups, hier, mais avec l'impression de m'enfoncer dans le sol dès que j'étais debout. La marche, l'atelier, l'écoute d'une lecture Goethe Chateaubriand, le pot d'au revoir, tout était nourrissant mais avec la peur de tomber, quand même.
Réussir à reprendre le train, à retourner à Chartres, je commence à en avoir envie, cependant.

Quelques notes encore : 
Dans l'atelier de François il y a place pour les oloés des participants.
Son atelier, c'est le soulagement de qui regarde les étés vides (de mon côté).
Dire encore qu'il y aura peut-être des nouvelles de Volte-face la semaine prochaine (passe en "comité de lecture" mais je n'y crois pas trop, ce sera surtout impulsion pour tenter ailleurs, me dis-je)
(élan qui n'y est plus pour le moment)
Et puis, la rentrée se dessine fortement. Ne pas trop y penser. Rester calme, avec la perspective d'écrire (écrire une ville, une ville entière, en écrire deux, mais y penser très, très doucement). Et continuer le site.

samedi 9 juin 2018

Semaine #23 bruits













Pendant des jours, silence, ne pas sortir, et ne rien faire est impossible.
Finir par travailler pour soi, sans écrire, mais dans une avancée. 
Construire quelque chose qui pourra servir.
Ne plus penser de cette façon, à ce qui peut servir, à ce qui se projette, permet de reprendre la main. L'action l'action l'action l'action stop.
A la fin, réussir à sortir, à parler, mais c'est encore ténu.

Trop de voix, trop fortes, trop de paroles dans les téléphones et ailleurs. Trop de corps dans les transports, trop de flux.
Laisser affleurer la pensée, l'idée que ça pourra...
Affleurer, pas plus.

dimanche 3 juin 2018

Semaine #22 abonnée absente












Début de burn out, a-t-il dit quand je l'avais pensé le matin même.
Bon, alors, j'arrête tout.
Je pars me cacher, reviens plus tard.
Que personne ne me demande rien, surtout.

Plus tard, chercher les alliés : le chant des oiseaux, la fenêtre ouverte, Fip, les jeux de lettres force 1. La Salle d'embarquement de Jérôme Game dont le personnage est bien cramé, lui aussi. Lire par tout petits bouts, 10 minutes maximum.














(Marilyn inside)
C'est tout, c'est déjà trop, je ne peux rien noter de plus.



Noter quand même (sur l'émission) :
 
Dans la ville, tout est lié au temps humain, dit une voix d'homme (trop fatiguée pour mettre un nom), celui des horloges, des horaires, des calendriers, agendas alors que le sommeil appartient au temps animal, au temps naturel. La ville induit une compression de l'homme sur l'homme.
Ce qu'exige notre monde : que l'on puisse s'adapter de manière permanente à un monde impermanent, continue cet homme ou un autre. Autant placer un caméléon, non sur un tissu écossais, encore stable, mais sur un kaléidoscope, ajoute-t-il.
Plier comme le roseau, ne plus faire le chêne. S'accorder le droit d'être passif devant sa fatigue, l'écouter. 
Je suis brûlée = je ne peux plus faire autrement que de la prendre en compte. Je ne peux plus lutter.














Ca couvait depuis un moment, en fait.

dimanche 27 mai 2018

Semaine #21 contrastes















(Maison de la poésie, Etats généraux du livre, photographie de Samantha Bailly)

Mardi, mercredi, jeudi : Dire que j'allais écrire sur la douceur, c'était mentir : Bruits, c'est une histoire de violence, d'abord et avant tout - et je ne l'écris pas en ce moment. J'écris mon journal, ce semainier et un peu de Dita Kepler sur Twitter, je lis, prends des notes, disséminées partout.
Surtout, je suis traversée par cette violence symbolique, physique, sociale qui fuse de tous côtés sans qu'on puisse reprendre souffle : le mépris, maître-mot des Etats généraux du livre à la Maison de la poésie posant la question du statut des auteurs ; le communiqué sur les migrants à Paris du ministère de l'intérieur, bouillie mentale à laquelle il voudrait m'associer ("enjeux humanitaires qui ne sont plus supportables pour les parisiens", je cite, faute comprise), les lycéens d'Arago en garde à vue, fouillés, humiliés, leurs parents non prévenus ; les futurs bacheliers en plein stress, la main de l'étudiant arrachée à la Zad...  

J'essaye ici de parler de ce qui avance, se construit, progresse mais comment faire ? Non, je ne me blinderai pas, me dis-je ces jours-ci, et non je ne regarderai pas ailleurs. Généralement, je n'interviens pas dans les débats, sur les réseaux sociaux ou autres, me méfiant de moi-même, de mes emportements, mais cela ne veut pas dire que je n'écoute pas, ne réfléchis pas. Simplement, d'habitude, j'en passe par l'écriture et ça infuse longtemps, en ressort transformé.
Mais là, comment faire ?
Etat policier en marche.
Lui opposer une autre force. Un autre corps. D'autres mouvements, d'autres jambes.














(photo fétiche, prise à Montparnasse)

Pas si simple. Parfois tout paraît dérisoire.
Heureusement, voici qu'à l'instant m'arrive la "minute" de Virginie Gautier, détournée vers la ZAD.



Il y aussi les extraits de VF dans la revue Terres d'encre qui paraissent, et ce portrait que Lucie Leprêtre, romancière et étudiante à l'Université de Clermont-Ferrand, a fait de moi en atelier, qui me touche et me redonne de l'énergie : 
















Vendredi anniversaire, jour off

Samedi départ pour Montpellier, afin de participer à un colloque sur le numérique et les ateliers d'écriture à l'université Paul Valéry animé par Juliette Mezenc, avec Guénaël Boutouillet, Gilles Bonnet, Virginie Gautier et moi. Dans le train, je prends des notes sur Bruits, sur mes intentions à propos du personnage principal, une petite fille désignée par la lettre F. Elles débordent vite le cadre de ce livre : 

F est un personnage abstrait. Ce n'est pas une vraie petite fille, pas plus que Dita Kepler n'est une femme, pas plus que l'exposition de Volte-face n'est une véritable exposition ni son guide un guide réaliste. Je ne cherche pas le réalisme, le fait vrai : je m'en fous. Je ne me sens pas de comptes à rendre à propos du réel, n'ai pas à prouver que j'ai vécu. Je ne veux pas démontrer que je sais imiter ni prendre la voix des autres. Franck n'est pas Franck. F a six ans, ou seize, ou soixante, il y a des géantes dans les grands magasins, Dita Kepler est capable de franchir les murs, de se scinder en deux et d'entendre des voix. Ce que je dis des parloirs de prison dans les années 80 est vrai, je l'ai vécu, mais les salles d'attente pour familles de détenus sont aussi des serres, des laboratoires.
Seule vérité : n'avoir qu'une vie, qu'un cerveau, un corps, ne pas vouloir les limiter. Vouloir plutôt le rythme, le mouvement, le désir, l'envolée, tracer en ligne droite, bifurquer sans arrêt. 












(avec Juliette Mezenc, photo de Virginie Gautier)

Et voilà que tout se déplace et change, justement, après la table ronde et le départ de Montpellier pour Sète. Juliette et Stéphane ont prévu de nous emmener, Virginie et moi, à la Pointe courte, le quartier de jeunesse d'Agnès Varda.












































Mettre les pieds dans l'eau, voir passer des méduses, des chats, des mouettes, des bateaux qui croisent un TGV sur le départ. Prendre l'apéritif, entendre des histoires de mer et de lectures d'enfance : de vrais amis, n'est-ce pas, ceux qui vous entraînent de ce côté-là ?
Début de semaine dans la fracture, fin de week-end dans l'harmonie, provisoire et renouvelée.
Se conforter, reprendre pied, repartir. 

dimanche 20 mai 2018

Semaine #20 bleu du ciel, écoute, numérique, cartes, atelier, traduction


















(Dublin, où le referendum sur l'avortement a lieu le 25 mai)

En milieu de semaine ce n'est pas encore la grande forme, mais le poignet se remet et je peux donc écrire. Enfin écrire... Travailler, envoyer des mails, pas écrire Bruits, qui demande trop de concentration. La fatigue physique est encore là, un tour du pâté de maison, et j'ai cent ans. 











Je ne peux pas aller à Chartres comme je l'avais prévu, ce qui ne m'empêche pas d'y penser. Du reste, ce mercredi, j'ai le plaisir de découvrir que les émissions de radio menées par Olivier L'Hostis avec Virginie Gautier en avril et Joachim Séné en mai sont en ligne sur la page que me consacre Radio Grand Ciel (les liens conduisent vers les émissions). Elles font une bonne heure chacune mais je les réécoute avec joie toutes les deux à la suite. Il est rare d'avoir autant de place pour s'exprimer.

Et puis, tiens, je n'ai pas encore dit qu'une nouvelle minute, liée au temps d'avril, était disponible :

Ni que Joachim Séné en avait fait une à son tour : 


(bientôt ce sera celui de Virginie)

Jeudi Je finis de préparer la formation sur le numérique que je proposerai à des enseignants le lendemain, la lecture de Décor Daguerre avec Mathilde Roux à la galerie Michael Woolworth qui aura lieu  le soir et l'atelier d'écriture de la vallée aux loups du samedi tout en me disant que trois activités à la fois, franchement, est-ce une bonne idée ces temps-ci ? Sur le moment, je vois les deux jours qui viennent comme un marathon et la campagne où je me rendrai le samedi soir comme un horizon indépassable. Et pourtant, tout me plaît, dans ces jours à venir. C'est simplement le corps qui voudrait se reposer.

Vendredi













 
Le matin, donc, en route pour Clichy, où a lieu une formation sur la littératie numérique que je dois animer et pour laquelle je convoque des souvenirs de la fin du XXe siècle (passage au traitement de texte, apparition du lien hypertexte, du CD-Rom, de la connexion...) et d'ancienne professionnelle de la profession (websurfeuse pour un annuaire internet, pigiste pour la presse informatique, etc) dans l'idée de poser quelques questions qui, me semble-t-il, nous travaillent toujours (celles des supports de lecture et d'écriture, de la recherche de l'information, de la surcharge de travail, de l'identité en ligne, etc.).
En guise d'introduction, je lis les premières pages de Detroit, dit-elle de Marianne Rubinstein, que l'on peut également entendre dans les 36 secondes de la semaine.












L'écoute et l'accueil sont parfaits : merci beaucoup à Florence Bordeaux, rencontrée à la Maison de la poésie en janvier, pour cette invitation. Mais vite, il faut déjà repartir. Me voilà sous un ciel bleu cru, traversant une ville en travaux que je n'ai pas le temps d'explorer - hop, hop, rentrer à Paris finir de préparer l'atelier de demain, puis rejoindre Mathilde Roux pour répéter notre lecture-projection du soir.

















Olivier Brossard, maître de conférences en littérature américaine à l'Université de Marne-la-Vallée, m'a en effet invitée à venir lire lors d'une soirée dédiée à la cartographie et l'art qui fait suite à un colloque international sur le sujet.
En fait, ce qui est drôle, c'est qu'Olivier a assisté à la lecture de Ile ronde que nous avions donnée, avec Joachim, à Bouaye, lors de ma résidence au bord du lac de Grand-Lieu : directeur de la collection chez Joca Seria, il avait accompagné l'éditeur Bernard Martin ce soir-là. Lors de la réunion à l'université où nous avons été présentés, aucun de nous deux ne s'est souvenu de cette première rencontre. Olivier s'en est rappelé quelques mois plus tard, cependant, m'a alors conviée à lire et, vu le sujet, il m'a paru évident d'associer Mathilde à l'événement.

Nous voilà donc toutes deux, ce vendredi soir, à Bastille, dans une magnifique imprimerie d'art, présentant nos travaux après avoir écouté les poètes Stephen Collis et David Herd, et la spécialiste de l'anti-cartographie Liz Mogel. Nous reprenons, en version raccourcie, la lecture-projection de Décor Daguerre que nous avions faite à Cerise en 2013, et c'est une joie d'autant plus grande que cette résidence s'était révélée assez difficile à vivre, même si cela ne m'avait pas empêchée d'écrire.

Avant de lire, j'explique au public qui sont les trois femmes dont je vais parler : ma mère, dessinatrice cartographe qui m'offrait quand j'étais enfant de quoi dessiner et écrire ; Agnès Varda, qui explore le monde depuis tant de temps ; et Maryse Hache, qui m'envoyait des cartes postales et m'encourageait. Olivier Brossard (grand merci à lui), traduit ces explications en anglais. Puis la vidéo de Mathilde alterne avec les extraits lus, ce qui me permet de la regarder. A nouveau, j'y découvre des choses.


















Si vous souhaitez un compte-rendu de la soirée, c'est facile, il suffit d'aller chez Piero Cohen-Hadria : comme il le dit lui-même, les trois quarts de L'aiR Nu étaient là ! J'emprunte du reste à Mathilde le commentaire qu'elle a mis sous une photo que j'ai postée hier : "lieu superbe, accueil superbe, intervenants passionnants, salle comble et attentive, ambiance hautement chaleureuse (on se sentait loin des prés carrés parisiens et ce fut un bonheur)". 
Bonheur, en effet, d'autant que 80 personnes, au moins, étaient présentes, anglophones ou francophones : quelque chose, soudain, s'est aéré, élevé... Ce fut vraiment un grand moment.

Samedi















Très belles heures également à la Vallée au Loups le lendemain, où nous avons enfin pu réaliser notre fantasme : écrire dans le parc. C'était mon avant-dernier atelier, quelque chose va se clore le mois prochain, il n'empêche : que ce soit là, à Chartres, à Paris ou ailleurs, quelle que soit l'activité à laquelle je m'adonne, tout cela forme au fond un même ensemble, rien n'est jamais séparé.



















(voici l'oloé 2)

La semaine prochaine, nous irons à la Maison de la poésie, puis peut-être à Chartres, à coup sûr à Montpellier et à Sète (et je me ferai sans doute un cadeau pour mon anniversaire, tiens, yes !, lié au voyage ou au désir de traduction, c'est décidé). 
Bonne semaine à tous.

mardi 15 mai 2018

Semaines #18 et #19 fatigue, exit















Semaine 18

Il y a une semaine, je recevais un coup de fil enthousiaste d'une lectrice de Volte-face porteur d'espoir pour la suite (elle transmet le manuscrit). Dimanche soir : je reçois un mail fort honnête d'une éditrice (une autre) qui n'est pas allée au bout, s'est lassée - dimanche soir, oui, autant dire que je ne m'y attendais pas. Et la semaine prochaine, que se passera-t-il ?
(spoiler : rien de plus)
Quand j'écris, très souvent, je saisis à mi-parcours quel est le thème sous-jacent du livre, caché par le sujet revendiqué. C'est encore le cas pour VF. Ce mail me rappelle qu'il faut, pour le lecteur, aller jusqu'à la fin pour le comprendre aussi, et que c'est peut-être moins évident que je ne le crois. Le texte fait plus de 450 pages, c'est vrai, il faut l'envie continue de se laisser porter (ou guider, puisqu'il y a un guide : il faut croire au principe de l'exposition).
Continuer d'écrire.
Brutal coup de fatigue, tout de même. Mais c'est bientôt l'Irlande et tant mieux si ce mail arrive ce soir, ce dimanche, et non dans une semaine.


Je repense au temps qu'a pris l'édition de chacun de mes livres : six ans pour Fenêtres, entre trois et quatre pour Décor Daguerre... C'est fou comme il faut s'acharner, chaque fois, et comme ça ne cesse pas. Au bout du compte, je le fais toujours. Entre temps, c'est désespoir (enfin non, ce n'est plus le cas), découragement (dans des délais de plus en plus réduits), comment trouver de l'argent (s'organiser, tout penser en amont, ne rien attendre), etc. Mais là, j'ai davantage de latitude, des projets, des soutiens. Et donc, surtout ne pas perdre de temps, ni d'énergie. 














Je pense à ce semainier, que je ne publierai peut-être pas en ligne avant deux semaines car dimanche prochain je serai, sauf changement d'avis, sans ordinateur. Que se sera-t-il passé d'ici là ? D'une semaine à l'autre, déjà, il me semble que ce que je raconte s'éloigne à toute vitesse tant je change d'activité chaque jour - et pourtant tout est relié.
Demain, c'est maquette à Marne-la-Vallée, mercredi et jeudi, Chartres, vendredi Dublin. 

Lundi 














Tant que j'y suis, petit retour de Dita Kepler.

Semaine 19

Je voulais écrire sur la  maquette, la venue de Joachim Séné à Chartres le 2 mai et ma semaine en Irlande, mais j'ai fait un malaise vagal en rentrant à Paris et me suis abîmée un poignet en tombant. Du mal à écrire, et beaucoup de fatigue.
Je me contente de poster ci-dessous la vidéo de Pièces détachées liée à la pièce en cours de création Exit 87, filmée à Belfort il y a quelques jours (voir mon article semaine #17)


EXIT 87 - Openvia du 3 mai 2018 from pieces detachees on Vimeo.

et quelques images de cette Irlande



























(Annestown)
en tous points semblables à celle que j'imaginais à l'adolescence, ce qui normalement ne se produit jamais
paysage où l'herbe prend l'empreinte du corps.


















Il aurait fallu raconter le ciel et la côte, mille choses, les lectures, les salles d'aéroports.
Mais j'arrête là, vraiment trop de fatigue. A bientôt.

dimanche 29 avril 2018

Semaine #17 souvenirs, oublis, futur proche


















 (horloge près de la gare de Belfort)

 Lundi, mardi Ce qui se passe ne peut pas trop se dire, encore : de très bonnes premières réactions de qui lit Volte-face, l'impression que les choses vont aller vite mais rien de fait, rien de concret encore, juste une grande joie.
Le lundi matin je vais au 100 pour rien, me suis trompée de semaine de formation. J'en profite pour regarder l'exposition en cours, écouter le silence (ce sont les vacances, il n'y a pas grand monde) ; lire, préparer les deux jours qui viennent à Belfort avec la compagnie Pièces détachées. Cette fois, je ne viens pas écrire, mais animer des ateliers auprès des danseurs pendant que se construit la nouvelle pièce, Exit 87, en lien avec le premier chapitre de Cowboy Junkies peut-être et où, en tout cas, l'énergie de la jeunesse tient une place importante.














(clin d'oeil à Thierry B. au passage)

Mercredi A la vitre du TER qui me mène à Belfort, joie très simple de laisser filer un paysage que je ne vois pas souvent. J'ai emporté pas mal de livres, structuré des propositions en sachant que les choses ne se dérouleraient pas comme d'habitude, qu'il y aurait une part d'improvisation, et tant mieux (j'ai besoin de me renouveler). Dans mes bagages, il y a aussi une playlist liée à l'année 1987 concoctée par Christophe Basterra, à qui je l'ai demandée. Christophe est "celui qui" m'a offert la cassette des Cowboy Junkies à l'origine du livre : une boucle se boucle ou plutôt, quelque chose du don se poursuit.
Les danseurs, une fois que je serai repartie, feront ce qu'ils voudront de ces titres : écrire à partir d'un morceau, les passer ou non dans l'ordre donné, établir leur playlist à eux... Pour l'instant, je les écoute de mon côté.

Retrouver la gare, ses repères, Caroline Grosjean et Magali Albespy. Découvrir la nouvelle équipe, arriver, poser sa valise, en sortir les livres.


L'après-midi, au micro, sur le plateau du centre chorégraphique, lire des extraits de textes de :

Bernard-Marie Koltès (lettre à sa mère) :
"personnellement, je reste persuadé que la vie est ce qu’on en fait, et qu’il n’est pas d’âge qui soit particulièrement malheureux - si ce n’est celui où l’on abandonne la partie - et on peut l’abandonner à tout âge. Je trouverai la vie laide le jour où je me « mettrai assis » et ne voudrai plus me relever. Pour le moment - pour moi -, vingt ans, c’est l’âge d’une grande décision ; c’est l’âge où je risque ma vie, mon avenir, mon âme, tout, dans l’espoir d’obtenir plus ; c’est l’âge où je travaille « sans filet »."

Albane Gellé Bougé(e) :
"Parce que le vivant depuis le tout début du premier jour de la première cellule
bouge. Le vivant se transforme ne reste pas dans le même état – quand il ne bouge plus il est mort.
(…)
Bouger : pas remuer les bras les jambes ni courir à toute allure ni gesticuler dans tous les sens. Non. Je voudrais dire bouger, ne pas rester à la même place pour regarder dehors (ou dedans). Pas quand je décide tiens je vais bouger ce sera dur mais allons-y. Non. Bougé(e)(s) – accepter d'être. Plutôt (on ne sait pas quand)."

Anne Dufourmantelle (Eloge du risque) :
"La vie est un risque inconsidéré pris par nous, les vivants.
(…)
« Risquer sa vie » est une des plus belles expressions de notre langue. Est-ce nécessairement affronter la mort – et survivre... ou bien y a t-il, logé dans la vie même, un dispositif secret, une musique à elle seule capable de déplacer l'existence sur cette ligne de front qu'on appelle désir ? Car le risque – laissons encore indéterminé son objet – ouvre un espace inconnu."














(ils écrivent sur un long rouleau sur ce que c'était, ce que c'est que d'avoir vingt ans et de sortir du cadre)

Jeudi Journée continue dans le studio. Je me suis constituée un petit espace avec table, chaise, sacs, livres posés sur un lutrin dans un coin du plateau que les danseurs peuvent consulter. A un moment, le matin, je me lève et vais m'allonger près d'eux. Nous voilà huit au sol. J'entends les indications de Caroline.
(aller écrire, soudain, un peu de Bruits)
Ici, tout est mouvant, lire au micro, inviter à écrire, se mettre à écrire soi, prendre des photos du cadre, des murs.














(solitude d'un instant le premier jour, à flotter entre l'inconnu et l'intime)

Le vendredi, légère, partir avec des envies, des projets de retrouvailles. Dans le train du retour, je repense, un peu rassurée, à mon erreur du début de semaine, lorsque je me figurais Belfort où j'étais déjà venue pour Diptyque : je confondais avec Besançon, également liée à la pièce. Il m'a fallu la haute horloge près de la gare pour tout remettre en place, le centre chorégraphique, le lion, les rues, le grand appartement où nous dormons...  Les danseurs, qui voyagent beaucoup, mélangent eux aussi les villes, à force.

Tandis que le paysage défile à nouveau, un passage sur la mémoire me frappe dans Corderie, de Christophe Grossi, extrait que je lirai en fin d'après-midi, à Paris, pour les 36 secondes. Faudrait-il tout noter, toujours, pour réussir à tout retenir ? Devrait-on passer son temps à tout écrire ? De mon côté, et même si la raison est sans doute un peu différente de celle du narrateur de Corderie, c'est une tentation sous-jacente, régulière, fréquente (proche, alors, d'un désir compulsif) mais qui finit par tourner court : je rate un jour, puis deux ; ce qui demanderait un long développement est résumé en une phrase, etc. Je préfère me dire que si j'oublie, c'est pour faire de la place à ce qui vient.

(il faudrait écrire, pourtant, cette joie renouvelée de travailler avec les danseurs, les moments de grâce, le sentiment de privilège)
















 
A Paris, je découvre le dernier numéro de Espace(s), la revue littéraire du CNES, auquel j'ai participé grâce aux éditions de l'Attente et à Eric Pessan. Je rêvais depuis des années d'écrire dans cette revue et voilà qui est fait, brusquement !



















S'y trouvent les minutes [00:00] et [00:01] de Bruits. Pas trop envie de les relire de près, me doute qu'elles évolueront une fois le livre écrit mais tout de même, quelque chose apparaît, comme un début de collection.
(collectionner les minutes, les photos d'horloges comme auparavant celles des fenêtres : pas très étonnée d'avoir, il y a peu, lu Et si le temps n'existait pas ? de Carlo Rovelli attrapé au vol, sans réfléchir, à la bibliothèque Villon)
(et tant que j'y suis, parmi les fantasmes : expérimenter l'apesanteur, se rendre à Los Angeles, naviguer vers les pôles, se tenir à la lisière d'un grand désert)


*
La semaine prochaine, il y aura quelques retours (à Marne-la-Vallée, à Chartres avec Joachim Séné) avant un départ pour Dublin (autre lieu rêvé !)