Sur la photographie l'homme de dos, de nuit, s'abrite, c'est du moins ce que l'on peut croire à sa position sous le store, à ses épaules rentrées, au col relevé du manteau. Ou l'impression vient-elle d'une sorte de flou, décor de rue dont on ne sait s'il est de pluie, de brume ou simple projection d'une lumière très forte qui peut-être l'aveugle et dont la source à gauche est pour nous invisible. (...)
On peut désormais découvrir le numéro zéro de la revue électronique d'ici là, dont Pierre Ménard a la charge, en accès gratuit sur publie.net. Le 21 décembre, sortie du numéro 1 sur le thème suivant : Nous dormons notre vie d’un sommeil sans rêves, une phrase de Georges Perec extraite de L’Infra-ordinaire, paru aux éditions du Seuil, en 1989.
Perec, 1989...
Au sommaire du numéro 1 figure un court extrait de mon livre appelé Franck, texte qui fonctionne par lieux, se déroule en partie en 1989 et n'est pas sans rapport avec Un homme qui dort.
Le passage se situe à Château-Landon, sur le pont Lafayette. On y parle d'un homme qui ne dort pas.
Pierre Ménard m'avait dit : n'ayant pas pu assister à la lecture des Buveurs d'encrealors que j'avais annoncé que je viendrais, je propose une séance d'enregistrement de Cowboy Junkies / The Trinity session qui pourra donner lieu à un atelier d'écriture en ligne. Un mois plus tard à peine tout est là, et même davantage. Récapitulons :
- la page 48 du même Cowboy Junkies avec extraits sonores des Misfits (il paraît que je suis la première, sur le site, à lire mon propre texte. En même temps, je venais d'en lire 30 pages, alors une de plus..!).
- un petit lecteur dont il m'a envoyé le code pour proposer ici, en plus, la lecture des 30 pages non mixée (juste la voix). Bientôt, je ferai une rubrique "textes lus à haute voix" sur ce blog, ce sera plus facile à retrouver...
Merci vivement à Pierre Ménard, donc, que je n'avais jamais rencontré avant l'enregistrement, que j'ai revu au centre Cerise depuis et que je vous invite, si ce n'est déjà fait, à écouter lire ici. Pour le travail, le temps passé, la promesse tenue...
L'élément déclencheur, ce fut certainement Mary Poppins et sa scène de thé pris au plafond, puisqu'il suffisait de rire pour monter dans les airs.
Le plafond est ensuite pour moi, et assez inexplicablement, lié à Edgar Poe. Peut-être à cause de ce passage du Masque de la mort rouge, traduit par Baudelaire :
La septième salle était rigoureusement ensevelie de tentures de velours noir qui revêtaient tout le plafond et les murs, et retombaient en lourdes nappes sur un tapis de même étoffe et de même couleur. Mais, dans cette chambre seulement, la couleur des fenêtres ne correspondait pas à la décoration. Les carreaux étaient écarlates, d'une couleur intense de sang.
Cependant je n'en jurerai pas.
Il y a encore ce livre que j'aime d'Eric Chevillard, Au plafond.
Il y a surtout les pages d'Un hommequi dort de Georges Perec dans lesquelles le protagoniste, allongé sur son lit banquette, suit des yeux le dessin des fissures. Passages auxquels je me suis référée, j'avoue, dans le manuscrit appelé Franck dont il est parfois question sur ce blog, comme on peut déjà le constater ici en cherchant bien (la revue D'Ici là paraîtra en décembre).
Ce plafond possède des pouvoirs. Il est même capable de refléter une maison entière (celle de Julien Gracq).
Avec tout ça, rien d'étonnant si j'aime tant celui du centre Cerise, mosaïque de façades que l'on retrouve dans des tables miroirs. Depuis un an, j'y suis quand c'est possible les rencontres de remue.net et me sens, à chaque fois, accueillie par ce plafond lumineux qui ouvre des perspectives. Il permet, à le regarder, de prendre contenance, de ne pas étouffer sous l'absence de fenêtres au mur.
Ce fut à nouveau le cas vendredi dernier lors de la soirée Publie.net, où vint lire une bonne dizaine d'auteurs (des drôles, des graves, énigmatiques, en veine d'alchimie...).
On peut retrouver l'enregistrement de cette soirée, le programme et un ensemble de liens sur cette page de remue.net.
"Des bandes d'oiseaux passent très haut dans le ciel. Sur le canal de l'Yonne, un long chaland, à la coque d'un bleu métallique, glisse, tiré par deux grands chevaux gris. Tu reviens en marchant le long de la route nationale, dans la nuit, croisé et dépassé par des voitures qui hurlent, ébloui par les phares qui, du bas des côtes, semblent un instant vouloir illuminer le ciel avant de fondre sur toi."
Un homme qui dort, Georges Perec, édition Folio.
Extrait de la page 48 lue pour le site de Pierre Ménard tout à l'heure, juste après lecture du début de 'til I'm dead, ensemble qui inclut la page 20, elle aussi de nuit, le long d'une autoroute (et je n'avais jamais fait le lien).
Celui-là est tellement important que j'ai contraint mon exemplaire, acheté à Hauteville début 1991, à s'intégrer dans le livre que j'écris depuis trois ans. Comment le dire autrement ? Je vois bien que cette phrase n'est ni belle ni claire, mais si je dis que j'ai fait de ce Folio 2197 un personnage, ça n'ira pas non plus... Tout est important : le texte, évidemment, mais aussi la photo, la date de parution du livre et jusqu'à la date d'impression de l'exemplaire (dont la couverture est la même que celle de l'image ci-dessus, mais sans le visage de Perec). Fétichisme ? Non, pourtant.
Perec, connu comment ? Dans l'adolescence, par ma mère, qui lisait La Vie mode d'emploi en se délectant dans le RER A, entre les stations Saint-Germain-en-Laye et Vincennes. Mais j'attendrai l'époque des Fenêtres pour en faire autant, sur la ligne 2. Pourquoi diffère-t-on certains plaisirs de lecture ? Et pourquoi, parfois, ne réussit-on pas à lire ce qui semble résonner en nous si fort dès les premières pages ? Peur de s'y perdre ?
Un homme qui dort : le timing parfait. Je le vois chez le marchand de journaux, j'ai tout un après-midi à passer au café sans rien faire. Je lis la quatrième de couverture, je me dis : c'est exactement ça. Puis : justement, non, il vaudrait mieux se distraire. Puis : au contraire, justement si. Je l'achète. Je le lis au soleil.
Ce blog, centré au départ sur mon premier livre, Fenêtres Open space, évoque depuis les autres textes parus (Cowboy Junkies ; Franck ; Des Oloé ; Autour de Franck ; Décor Lafayette ; Dita Kepler, Journal du silence ; Laisse venir ; Ile ronde ; Anamarseilles), inédits (Journal du Blanc), nouveautés (Décor Daguerre, A même la peau) ainsi que le site collectif L'aiR Nu et notre livre commun, Une ville au loin. L'idée : à l'aide de photos, d'autres textes, de liens, travailler sur l'extension.
NB : les vignettes des couvertures mènent aux pages web des éditeurs ou à des informations concernant les textes.