l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 25 février 2018

Semaine #8 ranger, déranger, nouer, dénouer













Dimanche La grande salle est comble, à la Cinémathèque de Paris, pour la diffusion de Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles, de Chantal Akerman, film que je n'avais jamais vu et dont je ne connaissais pas la fin. Expérience hypnotique, fascinante, voilà nos regards transformés par 3h20 de projection durant lesquelles chaque élément, qu'il soit dans le cadre ou non, devient l'objet d'une attention extrême. A quoi ressemble l'intérieur des placards perpétuellement ouverts, perpétuellement fermés, de la cuisine ? Que voit-on de la ville à la fenêtre du salon ? A quoi correspondent les éclairages qui, de nuit, balaient l'appartement ? Que font Jeanne et son fils lorsqu'ils sortent le soir ? 
Outre le travail sur l'image, le cadre radicalement fixe, les objets personnages (la soupière, que l'on voit ou non, en entier ou non, mais qui nous obsède par exemple), la minutie avec laquelle sont traités les sons, les bruits me fascine.
Quand on rentre chez soi, débarrasser la table, ranger les couverts dans un tiroir deviennent à leur tour une expérience. On se sent Jeanne Dielman.










Lundi Retravailler l'enregistrement effectué lors de l'atelier d'écriture à Chartres puis l'envoyer aux participants, écouter l'enregistrement pris dans le train du retour (comment peut-on l'utiliser ?), trier, ranger le dossier de résidence. Voilà, c'est fait. Puis j'essaye de sortir Marilyn de sa piscine. Seulement, j'ai promis de retourner dans les beaux quartiers cet après-midi. Et finalement le dossier Chartres n'est pas si bien rangé. Bon.
L'après-midi, mon camarade des beaux quartiers et moi-même convenons que pour l'instant, j'ai beaucoup de travail et que lui n'a plus besoin de moi (quelqu'un d'autre se charge, parfaitement, de ce qu'il y a à faire). C'est une rencontre douce, peut-être la dernière, peut-être non. Les choses sont en ordre : je ne l'abandonne pas, il ne me chasse pas. Tout va bien.



















"Atelier de fabrication de ficelles, de câbles et de cordes"... Je reste une heure, puis passe au bureau de L'aiR Nu et trouve dans la boite aux lettres le dernier livre de Christophe Grossi, Corderie, qui vient de paraître aux éditions de l'Atelier contemporain. L'aiR Nu avait consacré une page à Ricordi, le précédent ouvrage de Christophe : merci à lui, comme à l'éditeur, d'avoir pensé à nous.
(voulez-vous notre adresse ? Nous sommes au 72 rue de l'Assomption, Paris 16e, mais oui)
Ménage dans mon enregistreur.
Jeanne Dielman me reste en tête.



















Mardi, mercredi Ranger déranger arranger s'arranger, quand le programme change faut-il toujours s'adapter ? Comment préparer ce qui vient ? Faut-il se préparer, toujours, à ce qui arrive, risque de ne pas arriver ?
Je prépare une balade sonore dans l'avenue Mozart, à Paris, qui ne donnera peut-être rien (mais j'ai promis). Je prépare la performance de jeudi avec Magali Albespy à la librairie L'Esperluète en choisissant des extraits de Volte-face, le livre sur Marilyn (je me prépare aussi à lire ce que personne n'a jamais lu ni entendu). Je prépare l'atelier des Buttes-Chaumont de samedi en apprenant qu'il va faire grand froid, que tout cela sera peut-être vain. Je prépare les 36 secondes en avance pendant les repérages. J'enverrai samedi un passage de Volte-face à la revue Terres d'encre de l'Université de Clermont-Ferrand (j'ai promis, autre chose mais c'est ce qui est venu).
Et ma vie à venir, je m'y prépare aussi ? Oui, non, comment ?















jeudi J'emporte dans mon sac des accessoires pour Magali : un petit sac à main années 50 dans lequel je retrouve mon billet d'avion pour Mexico, un boa noir, un chapeau noir. Magali, de son côté, a pris de quoi faire du son, permettre des rencontres. Nous travaillons d'arrache-pied l'après-midi dans une salle isolée. A peine une demi-heure de pause et voilà qu'a lieu, dans la galerie photo, notre performance. Fauteuil, tabouret, station debout. Lire, se taire, écouter, regarder Magali sortir une fausse bouche rouge, enfiler lentement une paire de chaussures à talons, se parer pour finir d'une guirlande électrique dans la semi-pénombre. Nous passons d'une usine d'armement au studio photo de Milton Greene, de 1944 à 1956, le temps d'une lecture. La première partie de la performance est écrite, la seconde plus improvisée. Je dois lancer une insulte (ce qui n'est pas allé sans questionnement de ma part), le fais au bon moment me dira ensuite Magali, à l'instant précis où elle peut l'entendre.















C'est une de mes récompenses, tout comme le remerciement pour la créativité et l'énergie reçu à la fin de la part d'une spectatrice. Nous avons travaillé vite et intensément, peut-être parce que nous nous connaissons, peut-être aussi parce que nous "pratiquons" (verbe que Magali aime bien) depuis longtemps. On ne se rend pas toujours compte, je crois, de ce qu'on fait fructifier chaque jour dans nos petits laboratoires.
(jeudi ou dimanche de la semaine prochaine, je retournerai pratiquer avec elle, joie)















vendredi Le matin, nous voilà à la radio avec Olivier L'Hostis. C'est vraiment un plaisir, ces émissions me manqueront quand la résidence sera finie (le premier épisode est ici). Quand nous reprenons le train, avec Magali, nous sommes à a fois contentes et épuisées. Le paysage défile en panoramique. On le regarde sans le regarder.



















samedi En attendant d'animer les trois heures d'atelier aux Buttes Chaumont et à la bibliothèque Villon, j'envoie les extraits de VF à la revue Terres d'encre, qui les accepte. La semaine prochaine, rien ne me lie à l'extérieur, pour une fois. J'ai prévu de terminer mon livre, de ne pas répondre aux mails, de ne plus exister pour personne. Enfermée à mon tour dans la boîte noire du photographe.


















Finalement, l'atelier, qui commence par une balade avec lectures dans le parc, se poursuit par une séance d'écriture dans la bibliothèque fermée au public, se passe tout en douceur.
(photo de @zenodote pour la bibliothèque Villon. Pierre Ménard, grâce à qui cet atelier a pu exister, évoque ces trois heures ensemble dans Liminaire ce dimanche)

Dimanche matin Ciclic a mis en ligne  des éléments sur le projet Bruits. Il est temps de conclure, et de commencer.

mercredi 7 avril 2010

En vrac, un peu de tout

Un peu de "création numérique", thème de la table ronde de la SGDL au Salon du livre, qui m'a permis de parler des Vases communicants et de Mélico, entre autres (merci Gilda, pour la photo).






Un peu d'Oloé spécial Sophie Barbaux, court texte sur les bancs des Buttes-Chaumont à paraître fin 2010 ou en début 2011 dans un livre qu'elle consacrera au mobilier urbain (en attendant, je lis Jardins écologiques qu'elle vient de publier et dont je reparlerai sûrement).




Un peu de Troisième territoire, photographies de Frédéric Delangle découvertes ce matin grâce à Pierre Ménard (merci Pierre).

Une lucarne de Joachim Séné, de nouveaux hublots de Philippe Annocque, une verrière de Berlin envoyée par Alain Pierrot (ci-contre) (et donc merci Alain !).

Voilà (un peu) de quoi est fait l'après-résidences ces jours-ci...

vendredi 3 avril 2009

103 bis / début de printemps










Tout commence par cet arbre de l'avenue de Flandre, le premier fleuri du trajet. Hors cadre, un sac plastique accroché aux branches (mais pourquoi ne pas l'avoir photographié ?).













Buttes Chaumont
rue Riquet
au 104

lundi 30 mars 2009

Avant-printemps























































"Voici où nous en sommes, la caractéristique de cette saison, l'avant-printemps :
Entre la nécessité de faire du feu
(Foyer rouge dans l'âtre ou le poêle)
- et la possibilité, grâce à certaines éclaircies ensoleillées (mais dues à un vent encore froid), de n'en point faire et de jouir du soleil.

*

Dans quelques jours il sera trop tard, nous serons dans l'aise, le confort du vrai printemps (ensoleillé. Feu devenu inutile). Nous aurons oublié cette sensation (émotion). Nous ne pourrons plus rien en dire.
Faudra-t-il donc attendre l'année prochaine pour reprendre ces notes et achever le tableau ?
Non, il faudrait (dans l'élan) l'achever tout de suite.
Mais le courage ? La contention d'esprit (alors que cette migraine...) ? ... et le bonheur d'expression ... ?
N'avoir que cela à faire ! et beaucoup d'énergie ! de pouvoir de contention. Voilà ce qu'il faudrait."













Francis Ponge, Nioque de l'avant-printemps.

jeudi 19 février 2009

Cerner le 104




































Mission qui semble impossible, c'est pourquoi on peut préférer aborder par les à-côté : espace Riquet, où les femmes du quartier proposent tous les vendredis, hors vacances scolaires, des repas du monde entier (5 euros le voyage, thé compris, et c'est chaque fois un délice) ; ou par les Buttes-Chaumont, grimper pour prendre les Orgues de haut, les mettre à distance.


















(les poissons et oiseaux comme la grande barre d'immeuble sont situés espace Riquet ; les toits sont ceux du 104, vus du Château d'eau ; quant aux photos des Buttes, elles ont été prises du temple de la Sibylle)

vendredi 10 octobre 2008

Je vous jure que je n'ai jamais rien fait avec Albertine !

Me rapprochant malgré moi du monstre qui m'attirait je répondis : «Comment ! vous n'allez pas me faire croire que de toute votre bande il n'y avait qu'Albertine avec qui vous fissiez cela ! — Mais je ne l'ai jamais fait avec Albertine. — Voyons, ma petite Andrée, pourquoi nier des choses que je sais depuis au moins trois ans ? Je n'y trouve rien de mal, au contraire. Justement à propos du soir où elle voulait tant aller le lendemain avec vous chez Mme Verdurin, vous vous souvenez peut-être...» Avant que j'eusse combiné ma phrase, je vis dans les yeux d'Andrée, qu'il faisait pointus comme ces pierres qu'à cause de cela les joailliers ont de la peine à employer, passer un regard préoccupé, comme ces têtes de privilégiés qui soulèvent un coin du rideau avant qu'une pièce soit commencée et qui se sauvent aussitôt pour ne pas être aperçus. Ce regard inquiet disparut, tout était rentré dans l'ordre, mais je sentais que tout ce que je verrais maintenant ne serait plus qu'arrangé facticement pour moi.
À ce moment je m'aperçus dans la glace ; je fus frappé d'une certaine ressemblance entre moi et Andrée. Si je n'avais pas cessé depuis longtemps de raser ma moustache et si je n'en avais eu qu'une ombre, cette ressemblance eût été presque complète. C'était peut-être en regardant, à Balbec, ma moustache qui repoussait à peine qu'Albertine avait subitement eu ce désir impatient, furieux, de revenir à Paris. «Mais je ne peux pourtant pas dire ce qui n'est pas vrai pour la simple raison que vous ne le trouvez pas mal. Je vous jure que je n'ai jamais rien fait avec Albertine et j'ai la conviction qu'elle détestait ces choses-là. Les gens qui vous ont dit cela vous ont menti, peut-être dans un but intéressé», me dit-elle d'un air interrogateur et méfiant. «Enfin soit, puisque vous ne voulez pas me le dire», répondis-je, préférant avoir l'air de ne pas vouloir donner une preuve que je ne possédais pas. Pourtant je prononçai vaguement et à tout hasard le nom des Buttes-Chaumont. «J'ai pu aller aux Buttes-Chaumont avec Albertine, mais est-ce un endroit qui a quelque chose de particulièrement mal ?»

Marcel Proust, Albertine disparue, page 2863

(ma page lue pour le Baiser de la matrice : drôle que ça se termine par les Buttes Chaumont, tout de même !)

dimanche 3 juin 2007

Fantômes

Et puis, c'est encore chez nous, je veux dire dans le dixième, que nous sentons le frôlement des fantômes les plus purs. Descendus des verts maladifs des Buttes Chaumont, jaillis des rails luisants comme un halage de larmes, chassés des abattoirs, nés dans ce triangle mystérieux formé par le faubourg Poissonnière, les boulevards dits Grands, et le boulevard Magenta, nos fantômes ne sont pas littéraires. Ils ne sont pas fournisseurs de poésie pour films, ballets, vices, costumes, mondanités affreuses. Ce sont des clochers de Souvenirs, des gars de messageries, des spectres de trains rapides, des farfadets de bureaux de poste. Ils nous aident à vivre comme des pavés, des ardoises, des gouttières. Ils font partie du même pâté, du même caviar que les vivants. Et nous sommes là entre nous, les vivants et les morts, exécutant notre devoir d'exister, sevré d'élans, vers le vide des convenances et des menaces...

Léon-Paul Fargue, Le Piéton de Paris, 1932, 1939, Folio, page 29.