l'horloge de la gare de Chartres

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mardi 8 décembre 2009

Bosphore express

Un train, du son, Arte radio, un voyage jusqu'à Istanbul : c'est le Bosphore express, tout juste entré en gare...

samedi 7 novembre 2009

Lady Montagu

Celle dont je ne me rappelais plus le nom, l'autre jour, dans ma note sur Istanbul, cette Lady anglaise du XVIIIe siècle qui, ayant suivi son mari ambassadeur, raconte sa vie à Constantinople dans Letters from Turkey, c'est Mary Wortley Montagu, dont les éditions José Corti ont publié une correspondance. On peut également trouver quelques unes de ses lettres consacrées aux femmes ottomanes aux éditions de la Différence. Fine, cultivée, d'une grande ouverture d'esprit, cette Lady Montagu : comment ai-je pu l'oublier ?

Ici, quelques extraits traduits en français.

mercredi 28 octobre 2009

Sur le Bosphore : Orhan Pamuk

"Les bateaux du Bosphore datant des années 1940 et que mon père et mes oncles connaissaient par leurs numéros et leurs silhouettes ont tous fini, hormis un ou deux, en restaurant pour touristes ou à la casse. Mais certains vieux bateaux fonctionnent encore sur le Bosphore, et il y a toujours des centaines de milliers de passagers assis le long des flancs qui contemplent les maisons d'Istanbul, qui montent sur le pont pour respirer l'air vivifiant de la mer, qui boivent leur thé et lisent leur journal à bord en allant au travail. Dans le sillage des vapurs que j'aperçois de la fenêtre de mon bureau, surtout les journées d'hiver, apparaît une multitude de taches blanches. Les mouettes attrapent avec adresse les morceaux de simit ou de pain qu'on leur jette. En hiver, il se trouve toujours quelqu'un sur ces bateaux pour leur lancer quelque chose. Ce qui est en train de disparaître, c'est la relation individuelle qui se nouait entre ces bateaux et les gens, qui les considéraient non pas comme de simples navires mais comme des personnages."

Orhan Pamuk, D'autres couleurs, Gallimard, page 105.


D'autres couleurs est un recueil de soixante-seize textes courts d'Orhan Pamuk, dans lesquels l'auteur évoque, entre autres, des souvenirs d'enfance, son père, La Chartreuse de Parme, Dostoïevski, le tremblement de terre de 1999, les livres de sa bibliothèque qui lui font honte et dont il tente de se débarrasser...


L'avant-dernier récit s'intitule "Regarder par la fenêtre", mais ce n'est pas pour cette seule raison, bien sûr, que j'ai eu envie de citer un extrait de ce livre. Il y a l'idée de trajet, de liens noués avec ce qui vous transporte (et j'en profite ici pour dire que, décidément, les MF2000, ces rames de la ligne 2 qui remplacent progressivement les MF67 de Fenêtres, mesquinement conçues pour entasser le maximum de passagers, lesquels ne pourront jamais s'asseoir, le nombre de sièges ayant diminué dans un tour de passe-passe : non, vraiment, merci, même si les vitres sont plus larges) (Orhan Pamuk ne dédaigne ni la parenthèse, ni la digression, au sujet de laquelle il consacre plusieurs lignes dans son livre, c'est pourquoi les MF2000 ne sont pas ici hors sujet) (bref !).

Il y a ce regard sur le trajet, donc. Et surtout il y a Istanbul, ville découverte il y a une dizaine d'années lors de l'élaboration d'un cd-rom littéraire qui aurait permis, s'il avait pu être mené à bien, une visite de places en places, de textes en textes, du XVIe siècle à nos jours. Ce cd-rom, pour des raisons financières, n'a jamais existé mais le dernier Pamuk me donne envie de citer les auteurs, turcs et étrangers, qu'on aurait pu y lire. Les voici, dans le désordre, de mémoire et pour le plaisir (c'est un autre trajet, après tout) :

Edmondo de Amicis, Villalon (un soldat espagnol du XVIe siècle fait prisonnier par l'armée ottomane), Alphonse de Lamartine, Gustave Flaubert, Emine Sevgi Ozdamar, Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Latife Tekin, François-René de Chateaubriand, Michel Butor, Nedim Gursel, Orhan Pamuk, Edmont About, Agatha Christie, Pierre Loti, Sait Faik, Nicolas Bouvier, Georges Simenon, Eric Ambler, Nazim Hikmet, Yachar Kemal, une Anglaise du XVIIIe siècle adepte des bains turcs dont j'ai oublié le nom... Lady quelque chose...

(photo : Istanbul en 1940, Life)

samedi 13 septembre 2008

J - 11 : Istanbul, épées, barres de glace

J'ai retrouvé en rangeant le résultat d'un travail sur Istanbul et la littérature qui m'avait permis de découvrir un certain nombre d'auteurs turcs ou kurdes (Sait Fait, Latife Tekin...) il y a quelques années. Parmi eux, l'écrivain et comédienne Emine Sevgi Özdamar, née en Anatolie en 1946, partie vivre en Allemagne à 19 ans et dont est paru en 1997 le roman La Vie est un caravansérail aux éditions Zoé. J'avais pris "l'habitude", avec Latife Tekin (Contes de la montagne d'ordures, Les Epées de glace) de lire ces récits frappés, qui vous alpaguent, vous envoient dans les bidonvilles, les gecekondus (ces maisons construites en une nuit par les paysans qui débarquent), ruelles où tout se passe, surtout le plus improbable, dans une langue qui ne ressemble à rien de connu. N'empêche. L'incipit de La Vie est un caravansérail est sans doute un de ceux qui m'aura le plus marqués dans ma vie de lectrice. La scène se passe dans un train :

D'abord j'ai vu les soldats. J'étais debout dans le ventre de ma mère entre les barres de glace, je voulais me cramponner et empoignais la glace, je glissais et me retrouvais au même endroit, je frappais à la paroi, personne n'entendait.

Elle poursuit :

Les soldats quittèrent leurs manteaux qui, avant eux, avaient été portés par 90.000 soldats morts et pas encore morts, et étaient déjà pendus au crochet. Un soldat dit : "Fais de la place à la femme enceinte !"

et quelques lignes plus loin :

Le train cria, la tante Coton descendit et lança par la fenêtre : "Fatmaaa, personne ne reste dedans, tous finissent par sortir ! Mais attends d'être chez ton père !" Le train démarra.

[...]

Dans le ventre je pensais : mon père aussi est soldat, sans doute que son manteau pue comme ces manteaux. Plus tard je serai la fille au père qui pue.

Apparemment, Emine Sevgi Özdamar a écrit trois autres livres depuis, dont un au moins traduit en français. C'était, en ce qui me concerne, la bonne nouvelle du jour !