l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 26 mars 2017

Histoire des décors













Il y a quelques années, j'ai retrouvé un cahier dans lequel j'avais consigné mes projets d'écriture du moment (depuis longtemps j'ai, sans le vouloir, sans le chercher vraiment, l'équivalent de dix ans d'écriture devant moi, soit entre cinq et dix projets de livres). Une page faisait mention de trois "décors", trois livres à écrire pour arriver à un ensemble et les notes étaient très précises : il y était question de Décor Lafayette, de Décor Daguerre et de Dita Kepler, nommés ainsi, et de la raison d'être de chacun.










J'ai été très étonnée de découvrir que le cahier datait de 2006. A l'époque, j'écrivais Franck depuis un an, n'en étais encore qu'au premier tiers. Tout entière plongée dedans, à un point que je n'ai ensuite plus retrouvé, je crois. Immergée, envahie durant des mois... Et pourtant, si on se fie au cahier, j'avais déjà idée de la suite : une extension de la notion de lieu (à l'oeuvre dans Fenêtres, Franck, Cowboy Junkies, Autour de Franck, Tu n'es jamais seul/e dans la nuit, Des Oloé et Laisse venir, si on y réfléchit) à celle de décor, prise dans une acception très large. 
















Décor, m'avait dit alors le Robert : ce qui tient de la décoration mais aussi du naturel, de l'artificiel, du fond, de l'arrière-plan, de la toile peinte, du lieu de l'accident (se retrouver dans le décor). Bref, tout et son contraire, le monde entier quelle que soit la scène, le virtuel, le réel, le factice... Tout sauf le personnage et l'histoire.













Voilà qui m'allait parfaitement. J'allais pouvoir faire des écarts. Même si c'était déjà le cas dans Franck (un personnage, appelé "l'homme", se métamorphose tout au long du texte jusqu'à devenir parfois une boule de papier qu'on froisse, et il est pour moi essentiel, c'est le point d'équilibre du livre, qui n'est ni une biographie ni une autobiographie pour cette raison même), ça restait discret. 



















Mes notes :
Décor 1 : Décor Lafayette. Le grand magasin, lieu de l'ancrage dans le sol, monument historique qui représente la France aux yeux des touristes, inamovible sur son boulevard, et pourtant conçu dès le départ comme devant faire tourner les têtes, effacer les repères : toujours en mouvement, sous peine de disparaître.
Décor 2 : Décor Daguerre. La rue Daguerre filmée en 1975 par Agnès Varda, lieu de l'immobilité selon elle (il ne s'y passe rien), fixé pour l'éternité sur pellicule et pourtant relégué à jamais dans le passé. 
Décor 3 : Dita Kepler. Là, ce n'est pas le décor passé au premier plan qui devient personnage, mais l'exact contraire : le personnage, qui n'en est plus un, a perdu son statut au profit de celui d'avatar d'une plateforme virtuelle, se change en pans de décor pour réussir à progresser dans le monde réel où je le plonge.



















Ce qui pose la question de l'immobilité et du mouvement ici est rattaché à des questionnements sur le vacillement de l'identité, de la pensée, du langage, de la santé mentale, en tout cas dans mon esprit. D'où le désir de ne pas faire de Dita Kepler un livre, mais d'écrire simplement des textes qui seraient lus en public de temps à autres. Ne pas figer, ne pas fixer Dita Kepler.





J'avais - et j'ai toujours - l'idée des trois décors dans cet ordre-là. Pourtant, je les ai écrits et ils sont parus d'une toute autre façon. J'ai commencé à écrire du Dita Kepler en résidence au Cent Quatre, en 2009, tandis que j'attendais la sortie de Franck. DK, inspiré par le lieu en travaux ne fut en effet jamais autre chose, à cette époque-là, qu'un support de lectures en public. 
Ensuite, j'ai écrit Décor Lafayette. Premier croisement des deux à la Bellevilloise où, ne réussissant pas à poursuivre Dita Kepler, parasitée par le manque d'accueil du lieu, j'ai écrit le chapitre sur la géante exhibée au Palais Royal. Je m'en souviens car Lya Garcia était venue incarner les deux, géante et Dita.














Décor Lafayette, donc, et sa parution chez Inculte en 2013. Décor Daguerre aurait dû suivre et je l'ai écrit cette même année, tout en faisant pour la première fois (ou presque), apparaître DK sur un support d'édition : ce fut Journal du silence journal de la lutte, écrit sur Twitter et retravaillé pour remue.net avec Joachim Séné.












Mais pas de parution, finalement, de ce Décor Daguerre, manuscrit laissé de côté et retour à Dita Kepler grâce à deux propositions de publications : une chez Joca Seria (Ile ronde), l'autre aux éditions La Marelle (Anamarseilles) tandis que Décor Lafayette se retrouvait indisponible. 













Les trois décors, impossibles à lire en même temps ? Jusqu'à ce jour, oui, sauf à avoir le goût de la collection. 










Ce qui les unit, en tout cas, c'est ceci : à chaque fois, une femme marche, avance, arpente le décor. Dans DL, elle n'a pas de nom, elle est toutes les femmes. Dans DD, il s'agit très précisément d'Agnès Varda, et de temps à autres de moi. Dans DK, c'est Dita Kepler, qui porte un nom de femme sans en être une. Rue La Fayette, rue Daguerre, Second Life, Cent Quatre, Twitter, remue.net, lac de Grand-Lieu, quartier de la Friche à Marseille : en onze ans, le décor s'est étendu lui aussi.



















Jusqu'à il y a peu, j'étais incapable de savoir pourquoi cet ordre, DL, DD, DK. Maintenant c'est plus clair. 
Le premier dessine un arbre avec tronc et branches, mais sans racines : le tronc, c'est la rue La Fayette, les branches, les rayons des grands magasins.
Le deuxième lui ressemble, mais avec des racines : le tronc, c'est la rue Daguerre, les branches, les voyages de Varda et les miens, ses films, mes lectures ; les racines, ce sont les années 70, qu'elle montre et dont je me souviens. 
De ces histoires d'arbres j'ai déjà parlé ici, et plus d'une fois
Mais ce que j'ai compris il y a peu, c'est la jonction avec Dita Kepler : le dernier décor passe à l'horizontale. Les branches, les racines, c'est pareil. Sans début ni fin, capable de s'étendre perpétuellement, le dessin qui pourrait le représenter ne serait plus celui d'un arbre mais plutôt d'un rhizome.










(pardon, ici il s'agit d'une anamorphose)
Je livre là ce qui m'est venu au fil des années, de ces onze ans de décors : évidemment, je n'avais pas tout ça en tête dès le début. La forme rhizomique est celle qui me ressemble le plus, je crois, mais elle est difficile à transmettre, à faire comprendre : n'ayant pas de centre, de squelette défini, DK ne touche qu'un tout petit groupe de lecteurs. 

 







Parfois, ceux-là viennent dire : Dita Kepler, c'est moi !, ce qui me fait beaucoup de bien. 


Et donc aujourd'hui Décor Daguerre paraît, avec ses Demoiselles de Rochefort, ses débuts de la photographie, son boucher à l'heure de la sieste, son magicien anarchiste.
Pour l'instant, les gens le reçoivent, ne l'ont pas lu. Au moment où j'écris, il est en piles au salon du livre sur le stand de l'éditeur ; peut-être entre les mains de certains, dans la valise d'autres. Il est chez Agnès Varda, à la mairie du XIVe, chez le libraire des Buveurs d'encre...
Où va-t-il me conduire ? C'est à la fois la question qu'il me pose et le sujet du livre.















En attendant de le savoir, et même à l'accompagner comme on dit, je quitte le décor, en retourne à ce qui, en germe dans DD, m'occupe depuis trois ans : la question du portrait, du modèle, de qui regarde, est regardé. Un autre cycle, j'ai l'impression...
Et donc, à bientôt, bonne lecture ! Voilà ce qu'il me restait à dire, maintenant qu'il parle à ma place.

*

Note : les illustrations du billet suivent l'ordre des décors jusqu'aux photos du livre Décor Daguerre
Les plans de la rue La Fayette, tirés de DL, sont de Dominique Brenez ; les photos de l'arbre de mots-clés ont été prises par moi puis par les éditions de l'Attente ; les captures d'écran du Journal du silence de Dita Kepler sont celles du site remue.net ; les croquis d'anamorphoses viennent du livre Anamorphoses cité dans Anamarseilles. Quant à la petite photo de Marilyn, il s'agit d'un cadeau glissé dans le paquet par mon éditeur, que je remercie !

lundi 30 mars 2015

danser Dita















Au départ, il y a le désir de la chorégraphe Caroline Grosjean, qui m'a par ailleurs commandé un texte pour Diptyque, la pièce chorégraphique que sa compagnie monte cette année, de me convier à la rejoindre à l'écomusée de la cerise de Fougerolles, en Franche-Comté. Il s'agit, m'a-t-elle dit, de travailler sur la métamorphose. Elle pense que je pourrais y installer Dita Kepler pendant quatre jours. Quand j'arrive, elle et la danseuse Magali Albespy sont déjà à l'oeuvre, se produisent depuis la veille devant des élèves qui les regardent, les dessinent, les écoutent.




























Car elles ne font pas que danser. La musique qui les accompagne, c'est un silence parfois rythmé par les mots qu'elles lancent, qu'elles rattrapent au vol, à partir desquels un mouvement se dessine, qui les prolonge ou s'en écarte... Ce qui peut se passer dans la pièce P/A/R/T/I/T//I/O/N/S par exemple.

Durant ces quatre jours, je travaillerai également avec le créateur sonore Zidane Boussouf. Le samedi et le dimanche, nous proposerons ensemble deux courtes lectures, différentes l'une de l'autre, projet qui se dessine au fur et à mesure. Il s'agit donc d'explorer le lieu, d'écrire en fonction de lui, des deux danseuses et de ce que Zidane va trouver. De partir de Ile ronde et de Anamarseilles (variation pour DK que je tente justement de terminer) pour propulser Dita ailleurs, une fois de plus.

Petit rappel : Dita Kepler n'est pas un personnage, mais un avatar que je fais apparaître depuis 2009 dans les lieux "réels" de mes résidences. Totalement malléable, elle a cependant quelques particularités : outre un nom qui ne change pas, elle possède le don de voler et celui de se métamorphoser. Souvent, quand elle débarque, les mots qu'elle entend lui traversent la tête, ce qui la désoriente. Pour avancer, elle se transforme alors en pans de décor.
On la trouve en version papier, animée et codée, sur Twitter, accueillie ailleurs, etc.

Bien. Allons voir.
















































































































Des fenêtres, des alambics, un lit à baldaquin, une chambre verte dans un lieu dédié à la cerise, sans compter l'exposition temporaire sur l'absinthe... La matière ne manque pas. Pourtant, je vais peu m'en servir, en tout cas pour le texte qui viendra s'insérer dans le montage proposé le dimanche (Ile ronde + Journal du silence + Anamarseilles + texte écrit à l'occasion).

Au départ, je tente plutôt de relier cette apparition de Dita Kepler à la fin d'Anamarseilles sans utiliser ces éléments principaux du texte que sont Marseille et l'anamorphose. Ca fonctionne à peu près. En tout cas, c'est ce qu'il me semble. Deux ou trois paragraphes écrits dans la journée, c'est plutôt un bon rythme pour Dita Kepler : depuis le début, ce "décor 3" censé venir après Décor Lafayette et Décor Daguerre est ce qui m'est le plus difficile à écrire, techniquement.
Il s'agit dans ces paragraphes censés conclure, ou presque, Anamarseilles, de se relier au monde après une déambulation solitaire grâce aux hommes et aux femmes rencontrés et qui incarnent le lieu.

Dita, dans ma tête, c'est Caroline et Magali ce jour-là, et c'est merveilleux comme tout fonctionne dans ce sens (pour moi) même lorsqu'elles interprètent des passages de P/A/R/T/I/T//I/O/N/S.





























Je me souviens avoir pensé à la structure des jeux vidéo mais aussi à la danse, en écrivant Ile ronde. Les voir toutes deux incarner plus tard dans la journée le corps dédoublé de Dita Kepler sans être dans l'illustration, sans qu'on y voit un géant, une jeune fille (que de toute façon je vais expulser du texte lors du montage de dimanche), c'est un grand moment.

Dita parfois c'est moi aussi et nous sommes donc trois dans ce cas.



















De mon côté, quand je ne suis plus, ou pas encore, dans l'interaction, je m'approche, je m'éloigne de ce que j'ai à écrire.
Lis l'un des paragraphes à voix haute le samedi, durant une première performance.
Réécris autre chose le dimanche, intégrant cette fois des mots du lieu, transformant même Dita en cerise. Ce sera un one shot, comme du temps du Cent Quatre, texte qu'on n'entendra qu'une fois, qu'on ne retrouvera nulle part. Il sera porté par la création sonore de Zidane, et les mots dansés.

Le montage des textes (et très certainement, aussi, le fait d'avoir travaillé à plusieurs) me laisse entrevoir la complexité du lien que j'entretiens avec elle, Dita Kepler. C'est très net durant la seconde lecture. Un vertige qui vient s'apaiser quand Caroline et Magali reprennent la main, sans rien dire, ne forment plus qu'un corps durant un court instant.

Voilà, c'est fini. Dita Disparaît.















Je ne sais pas ce qu'il adviendra d'elle, à Fougerolles. Lire ce qui a été écrit dans l'écomusée a simplement fait partie de la performance, ne fut qu'un moment dans le parcours imaginé par Caroline, durant lequel le public (enfin je l'imagine, car précisément, n'étant qu'un jalon de ce parcours, je n'ai pas vu le reste) a assisté à des passages dansés, est monté, descendu dans ce très bel endroit qui réunit une maison de maître et une grange ; a entendu des voix lui chuchoter, lui crier peut-être, des mots venus du lieu comme de mon texte ; s'est laissé bercer par des bruits d'eau, d'oiseaux, de forge...

La compagnie Les Pièces détachées est à nouveau en résidence à l'écomusée du 2 au 6 avril. Deux danseurs de plus vont la rejoindre. Si vous passez par là, n'hésitez pas : racontez-moi la suite.

dimanche 25 janvier 2015

Décor Daguerre #2



















Sur le mur, il s'en passe. On circule, on poste, on donne à voir, à entendre, à lire. On envoie sans le dire des mots d'amour. On découvre, on apprend, on prend des rendez-vous. Et, on le sait aussi, ce dont nul ne doute, ce que tout le monde dit : on se met en avant, avec simplicité ou de façon retorse ; on expose sa bouche, ses yeux et ses écrits, ses pieds plutôt quand on se croit malin. On dévoile sans exhiber, on exhibe avec naïveté. 

*

=> 1975 : en arrière-plan, le mur de la boutique avec ses photos, ses cartes postales, ses petits mots accrochés (à la boucherie en particulier)
=> 2013 : le mur de Facebook
=> évolution de la photographie et de ses usages

dimanche 22 juin 2014

décors (après la nuit remue)















Hier soir, lors de la 8e nuit remue et durant 8 minutes, j'ai réuni pour la première fois mes trois décors : deux extraits de Décor Daguerre, puis un extrait de Décor Lafayette, et enfin le début de Ile ronde, déchirure tempête, la variation pour Dita Kepler que je suis en train d'écrire. 
Ce n'était pas rien, pour moi, cette possibilité de les assembler ainsi. Lorsque j'ai eu l'idée de ces textes (en 2006 !), j'ai vraiment imaginé les trois en même temps, en quelques instants à peine, et tout de suite m'est apparu le désir de les écrire de façon parallèle. Je savais que ce n'était pas possible. Pourtant, d'une certaine façon, c'est peut-être ce qui s'est passé. En préparant cette lecture, en tout cas, j'ai eu le sentiment d'appréhender pour la première fois un ensemble.
Aussi, grand merci à remue.net de cette invitation (qui permet à certains auteurs de débloquer des choses, de faire avancer de nouveaux textes, oui, on l'a encore découvert hier) et de la belle écoute des personnes présentes.















Je pense que je ne saurai jamais vraiment pourquoi j'ai décidé un jour, dans le couloir de mon appartement, d'écrire sur la notion de décor, qu'il soit disparu, naturel, factice, virtuel, en mutation, ancré dans la ville... J'en ai une petite idée, bien sûr, mais je crois que ça ne m'intéresse pas de creuser davantage la question. Pas tant que j'écris, en tout cas. Ce dont j'ai eu la sensation hier soir, cependant, et plus tôt en effectuant le montage de mes textes, c'est que je pouvais continuer à travailler les trois séparément (ce que j'ai fait chaque fois que j'en ai abandonné deux pour écrire le troisième) mais également commencer à réagencer les trois en faisant se répondre certains éléments.















Le premier extrait de Décor Daguerre que j'ai lu hier soir s'appuie sur une fiction de 1964 (film utopique, néanmoins réaliste).
Le deuxième, toujours issu de Décor Daguerre, est lié au présent de l'écriture, à l'enfance et à un documentaire de 1975 (on se demande lequel !).
Le troisième, tiré de Décor Lafayette, inspiré lui aussi d'un documentaire (pas le même), est daté comme le film de fiction de 1964.
Enfin, le quatrième, début de Ile ronde, s'inscrit lui aussi dans le temps, puisque Second Life est mentionné, mais différemment : le personnage principal, Dita Kepler, n'est pas un personnage mais un avatar, ce qui dans mon esprit n'est pas la même chose. Quant au décor, il hésite entre plateforme de jeu et lieu réel. Autant dire que les repères temporels sont eux aussi bouleversés.















Tout cela m'apparaît par frictions, juxtaposition des trois ensembles (difficile de parler de texte, et moins encore de livre, pour Dita Kepler qui est tout explosé). D'une certaine façon, ce qui vient, ce sont des plateaux : 
plateau fiction documentaire virtuel réalisme ou non
plateau nature du personnage (personne réelle personnage avatar)
plateau décor (et je réalise ce matin que dans mon projet de départ il y avait ce "décor naturel", mis de côté pendant des années et qui m'a finalement été apporté l'an dernier, grâce à la résidence de Grand Lieu... sur un plateau !)

Et me voilà à sauter de l'un à l'autre comme dans un jeu de plateforme : oui, l'image est la bonne, davantage, même, que celle des branches de l'arbre (auquel Décor Daguerre se réfère, j'en ai déjà parlé ici), même s'il n'y a pas d'ennemi ou de but à atteindre.















Tout cela peut, du moins je le crois, causer sans toujours le dire violence colère douceur meurtre liberté bonheur angoisse dégringolade remontée en me laissant sauter, sautiller d'une plateforme, d'un plateau à l'autre, danser sur un pied, prendre de l'élan, tomber et repartir sans que ne se fige, se fixe quelque chose.
C'est en tout cas la sensation que j'ai eue hier soir.
(et donc ça remuait !)

*

photographies prises dans la chambre rose du château de la Sénaigerie, où se trouve actuellement Dita Kepler

mercredi 1 août 2012

en être de cette ville

"En fin de journée, je retrouve les rues de Paris. Dans les toilettes du bureau, j'ai pris le temps de remettre mon bonnet au crochet, de noircir mes yeux et rougir mes lèvres. Rouge et noir, je me veux ainsi. J'ai vingt ans et je marche avec l'envie pressante de grands moments. D'entrer enfin dans un de ces lieux de rencontres, où l'on fomente des plans et des projets. Je veux en être de cette ville qui me traverse de désir. Je ne sais pas comment m'y prendre et je n'ai rien à proposer, même si depuis quelques mois j'ai acheté une machine à écrire portable. Je marche dans les rues aux terrasses grouillantes de gens si différents. Les monuments connus qui me donnent l'impression de traverser un décor de film. Je rejoins parfois Corinne qui travaille dans un bar, rue du faubourg Saint-Antoine. Et l'autre vie commence."

Fabienne Swiatly, Gagner sa vie, éditions La Fosse aux ours, 2006

(dont voici le site)
(et une belle interview ici)

jeudi 12 avril 2012

Crossroads/17















Ce sont les "décors" qui se croisent, en ce moment, avec intensité. Ca aurait dû être le cas depuis le début, janvier 2009 où j'ai entamé au Cent Quatre ce projet de trois livres écrits simultanément mais, bien sûr, rien ne s'est passé comme prévu (prévisions floues, rêveuses, il faut avouer). Le décor III, Dita Kepler, a pris toute la place, tandis qu'on ne pouvait le lire nulle part. Il fallait venir m'écouter, à date fixe, pour savoir comment, en quoi, mon avatar se transformait. Ce n'est plus tout à fait le cas depuis, je l'ai déjà dit : DK est de temps à autres accueillie - pour comprendre ce projet de livre qui ne sera jamais un livre, j'en ai la certitude maintenant, je vous invite à suivre ce lien et à lire le début du texte. 
En ce moment, Dita est ici, par intermittences, devrait se déplacer au sud.

Le décor I, lui, est terminé : c'est Décor Lafayette, écrit à Montreuil l'an dernier, que j'espère sur ce blog multiplier par cent. Il est par ailleurs en attente, en suspens, dans l'espoir d'une réponse de votre part. Attendre, c'est s'envahir l'esprit, chasser des pensées tout le reste, dont le sud cité plus haut. Pourtant, outre le déplacement de DK, un trajet #ParisMarseille devrait commencer d'obséder, projet mené à deux, censé progresser avant le 19 mai. Laisse venir, dit mon copilote. Il a raison. 

Mais comment ? Car le Décor II se réinvite. Il s'agit de Décor Daguerre (Varda, ses Daguerréotypes, et comment écrire à partir du film, en faire autre chose) dont je ne me préoccupais plus beaucoup, c'est vrai, le trouvant moins excitant que les deux autres, lesquels fonctionnent maintenant selon une structure parallèle (là, il vaut mieux me croire : c'est invérifiable !). Je n'y pensais plus mais voilà, il y a un dossier à monter : que choisir parmi les dix projets de plus dont je vous fais grâce ? Une journée pour se décider. A Montreuil je regarde par la fenêtre et voilà : au-delà des travaux, du chantier près de la mairie, la rue Daguerre réapparaît.  

Avant de m'y plonger, je ne sais jamais pourquoi je fais les choses.

Entre les trois décors il y aura eu les Oloé, puis Autour de Franck ; la ville haute, le journal de publication (qu'il faudrait terminer...) ; du Tapage nocturne (à écouter en juin dans le prochain d'ici là) ; Claire Dolan et Roma ; les vases co et les posts ; le journal de la nage ; ce que j'écris sans faire lire ; et tous ceux que je lis, que j'aime, ici ou là (ici et là serait plus juste).

jeudi 29 mars 2012

dans le décor, sur la route















Fin, expédition, course, hop, sortie de route, envoi, arborescence et ramifications, virages, puis, tracer droit, c'est la rue qui nous tient, de la bifurcation il est beaucoup question. S'extraire, gravir, faire place nette, nettoyer le chantier, attendre sur la butte, attendre, mauvais signe. 

Pendant l'attente, penser à autre chose qui déjà se construit. 

Attendre et voilà, hop, sortie du décor, finalement c'est non, ton décor c'est non il ne fait pas histoire, le décor dans le décor et soi penser que si, et voir bien comment, et pourquoi, et jusqu'où. Et ne pas faire d'histoire mais l'englober toujours et regarder devant. 

Voici par exemple un poème pour la route, pour enfants, retrouvé à l'instant, où un enfant assis à l'arrière d'une voiture disait : 

Trouvé des traces de pas dans la neige sur les toits (si) / un hibiscus ou deux / une pente / une feuille (j’ai pensé au Japon que je ne connais pas) / sur la pente une ardoise / sur la feuille une guêpe (pourtant c’était l’hiver) / sur l’ardoise une plume / la guêpe était partie / j’ai regardé le ciel / les cheminées les toits (la guêpe n’y était pas) / j’ai compté les enseignes / les antennes les plaques / j’ai lu tous les slogans / les panneaux de sortie / j’ai tout trouvé, promis / mais tout m’a échappé / tout m’a glissé des doigts

ceci n'a rien à voir avec cela
pas plus que l'absence de banc à Colonel Fabien photographiée ci-dessus

jeudi 7 avril 2011

Hors Limites : lecture avec François Bon et Maylis de Kerangal

Demain vendredi 8, à 18h30, le festival Hors Limites propose une soirée intitulée Des livres pour habiter l'espace. En compagnie de François Bon et Maylis de Kerangal, j'y lirai un montage de textes, parus ou en cours d'écriture, dont voici le détail : 

1. Des Oloé, espaces élastiques où lire où écrire, livre à paraître très bientôt aux éditions D-Fiction
2. I don't get it, texte paru lors des vases communicants sur le site Liminaire de Pierre Ménard
3. Fenêtres Open space
4. Décor Lafayette (texte en cours)
5. Cowboy Junkies
6. Franck
7. Dita Kepler (texte en cours)

Salle Boris Vian, bibliothèque Robert Desnos, métro Mairie de Montreuil. 










(et maintenant je me tais !)

vendredi 26 novembre 2010

Crossroads/12

Cela fait des mois que je n'ai mis pas à jour cette rubrique où les textes se croisent.









(apparition de Franck au 104 : banc de la boutique Emmaüs)

Bien sûr, ce qui a pris toute la place, et continue de la prendre, c'est la parution de Franck chez Stock en septembre. M'a permis de me rendre à Brest, au Mans, à Paris, à Paris, bientôt à Paris à nouveau (le samedi 4 décembre après-midi, à Sciences Po) (au passage : on trouve sur ce lien une présentation de mon travail un peu hallucinée !), bientôt à la radio (guettez France Culture dans quelques temps...). J'irai à la Rochelle pour le Quai des lettres en janvier (le 24), en parlerai sûrement encore ailleurs, un projet au moins se prépare. Et la ville haute elle aussi me fait voyager : retourner dans chaque lieu pour prendre des photos c'est se rendre à côté, bien sûr, mais pas uniquement. Cette mise à jour, très fréquente, du site (tous les samedis pour la partie audio, deux à trois fois par semaine pour le journal, dont la publication se poursuit finalement en parallèle sur le blog de la librairie Dialogues) m'interdit de passer totalement, et trop vite, à autre chose - ce que je ne voudrais pas, de toute façon.









Quelquefois on a des surprises. Ainsi ce 103 ne m'appartient pas : c'est le numéro de l'immeuble squatté de Pernety, j'en suis presque sûre maintenant. Quant au 103 bis, projet de texte de trajet perpendiculaire à Fenêtres / Open space, il a commencé de s'incarner, un soir, à la librairie Texture, avec photos. Fenêtres va vivre une seconde vie, du reste, puisqu'avec Jean-Marc Montera nous proposerons à nouveau, le 21 janvier prochain à Montreuil, la lecture musicale que nous avions faite à Marseille en 2007 et que l'on peut écouter ici.












(Marseille, Bibliothèque départementale BDP, 2007)

Ce que je dois faire, pour l'instant, c'est m'occuper des oloé, qui devraient paraître en février prochain aux éditions D-Fiction : il faut écrire les inédits, réfléchir aux images, à la maquette... S'inspirer de Montreuil, aussi, ville qui va donc m'accueillir en résidence à partir de décembre dans la médiathèque Robert Desnos. Trouver le lieu idéal où lire où écrire à Montreuil ? Peut-être, qui sait ?












(Montreuil, chantier devant la médiathèque)

J'ai dans l'idée également d'y installer Dita Kepler, accueillie, elle, par Christophe Grossi ce mois-ci lors des Vases communicants. Si j'avais lu des passages de ce texte au 104 l'an dernier en public, je n'avais jusque là jamais voulu qu'on en voit une ligne...
J'aime beaucoup la recherche sur les corps et l'identité de Christophe, et le texte qu'il a placé ici m'est très proche. Il vient justement de le poster sur son site : prenez la 6 ou la 9, passez voir.









Lors des prochains vases co, vendredi prochain, j'échangerai avec Piero Cohen Hadria, voisin et ami, tel qu'il le dit pendant le week-end. Le lieu ? Entre Colonel Fabien et Belleville : le long de la 2, autrement dit, cette ligne que nous partageons et qu'il évoque régulièrement dans le Petit journal (entre autres) tandis que j'entame, au même endroit, une petite chronique de la nage.










(décor Alice au pays des merveilles de Tim Burton, Galeries Lafayette)

Il y a encore à Décor Lafayette, auquel se ré-atteler aussi (ça urge, même, me crient les grands magasins, quels qu'ils soient). A suivre, donc (je ne peux dire que ça...).

mercredi 27 janvier 2010

sans tête

Qu'avait-elle attendu, la femme sans tête de la rue des Envierges ? Qu'était-elle venue chercher, n'avait pas trouvé, et pourquoi au lieu de repartir, tête ou pas tête, avait-elle fini enfermée dans cette fausse boutique aux rideaux rayés crème ?

(car tout était faux)

(nous avions trop à faire, n'osions pas approcher mais c'était l'évidence, si l'on y pense)

Le décorateur avait ordonné : en devanture, patine, usure, peintures grattées ; que la vitrine évoque, subtile, le bois flotté des plages, les coquilles et galets ; élégance du gris bleu, du tombé des rayures (qu'un rideau de palace dissimule l'arrière-boutique). Et la femme sans tête, roide et noire, qu'on l'enferme, qu'on la bloque à la vitre : le contraste fera merveille. Quant aux clientes : comme elle attirées par le rêve d'un week-end balnéaire, par ce désir de ne croiser personne, de longer seules la jetée, sans masque, sans sourire, sans colère, elles pousseront la porte, paieront, disparaîtront de la surface du globe.

Nous étions absorbés, marchant vite, courant presque. Ne nous sommes aperçus de rien.

dimanche 27 décembre 2009

Lya / Dita

Au tout début, lorsque nous avons répété dans l'atelier 21 du 104, Lya était comme ça :









Elle l'est restée assez longtemps. Je la guettais du coin de l'oeil en lisant le début de Décor Lafayette, dans lequel on découvre le personnage de Mademoiselle Lapierre. A dire vrai, j'étais assez impressionnée. Elle s'est levée, est restée dans son fourreau noir jusqu'à l'apparition de Dita Kepler.
Puis sans autre répétition, sans essai de micro, même, nous y sommes allées...
































Nouvelles photographies de la lecture du 19 décembre dernier à la Bellevilloise avec Lya Garcia, prises par Pierre Ménard.