l'horloge de la gare de Chartres

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lundi 2 juillet 2018

Semaine #26 deux sorties













Tout effort est suspect dira le médecin le vendredi. Je sais ce qu'il entend par là.
Auparavant, j'aurai abandonné pour la semaine l'idée de reprendre le train, de me rendre à une réunion, d'animer un atelier d'écriture, de répondre aux mails. J'aurai concentré toute mon attention sur une réunion du lundi matin au Terminus nord (brasserie qui est aussi un lieu d'écriture présent dans Franck) pour préparer la rentrée, puis sur l'émission de Manou Farine, Poésie et ainsi de suite, qui m'invite pour le mercredi. Si je dis non, je sais que ça me fatiguera davantage que de dire oui. Si je dis oui, je sais que toute mon énergie de la seconde partie de la semaine va se concentrer sur cette heure. Je dis oui. 
L'aiR Nu habite à dix minutes de la Maison de la radio, voilà qui tombe bien.
Rue du Ranelagh, en me rendant à France Culture, je rencontre une chanteuse rencontrée au 100, Coco, que j'aimais bien : on a juste le temps de se saluer, on est contentes. La suit quelques mètres plus loin un jeune Japonais avec un tee-shirt de Marilyn : les dieux sont avec moi, c'est sûr.
L'émission se trouve ici (je l'ai intégrée sur mon nouveau site, mais il n'est pas encore prêt). On y entend Richard Gaitet, journaliste à Nova et écrivain, qui lance le lundi suivant une marche collective et folle de 111 km sur les traces de Rimbaud. A la fin, il me propose de rejoindre l'équipée. Bien sûr, c'est un peu une blague, mais je parie qu'il aurait dit oui si j'avais dit oui. Simplement, là, tout de suite, marcher... !
Je ne suis pas allée, le 29 juin, à une autre marche où j'étais invitée, qui partait de Saint-Germain en Laye. Dommage, j'aurais vraiment aimé. Saint-Germain se reconstitue devant moi, ces jours-ci, rue par rue. C'est comme si je transportais la ville.
Quant à Volte-face : l'éditeur qui devait donner des nouvelles n'en donne pas. Evidemment, me reviennent en tête les mails sans réponse, les cafés de refus, etc. Mais, toute fatiguée que je sois, là,  je suis persuadée que j'ai raison, que j'ai eu raison d'écrire ce livre et que j'ai raison de faire ce que je fais. Que non seulement je veux qu'il soit publié, mais encore traduit, et qu'il m'emmène loin. Clin d'oeil de la marche : le jeune Japonais me le confirme.
A l'écoute de l'émission, plusieurs personnes me disent que j'ai d'être l'air sûre de ce que je raconte. C'est l'effet du burn out, peut-être. Paradoxalement, il confirme des choix.













Il y a toujours les ateliers de François Bon. Et puis j'ai repris les 36 secondes. Et Joachim Séné a lancé sur L'aiR Nu ce qu'il a appelé des beignets de lecture, chroniques courtes de livres pour l'été, auxquelles il invite à participer. D'ailleurs j'y parle un peu de Platine de Régine Detambel, et ça m'a donné une idée pour Chartres.
Quelque chose revient ?

dimanche 20 mai 2018

Semaine #20 bleu du ciel, écoute, numérique, cartes, atelier, traduction


















(Dublin, où le referendum sur l'avortement a lieu le 25 mai)

En milieu de semaine ce n'est pas encore la grande forme, mais le poignet se remet et je peux donc écrire. Enfin écrire... Travailler, envoyer des mails, pas écrire Bruits, qui demande trop de concentration. La fatigue physique est encore là, un tour du pâté de maison, et j'ai cent ans. 











Je ne peux pas aller à Chartres comme je l'avais prévu, ce qui ne m'empêche pas d'y penser. Du reste, ce mercredi, j'ai le plaisir de découvrir que les émissions de radio menées par Olivier L'Hostis avec Virginie Gautier en avril et Joachim Séné en mai sont en ligne sur la page que me consacre Radio Grand Ciel (les liens conduisent vers les émissions). Elles font une bonne heure chacune mais je les réécoute avec joie toutes les deux à la suite. Il est rare d'avoir autant de place pour s'exprimer.

Et puis, tiens, je n'ai pas encore dit qu'une nouvelle minute, liée au temps d'avril, était disponible :

Ni que Joachim Séné en avait fait une à son tour : 


(bientôt ce sera celui de Virginie)

Jeudi Je finis de préparer la formation sur le numérique que je proposerai à des enseignants le lendemain, la lecture de Décor Daguerre avec Mathilde Roux à la galerie Michael Woolworth qui aura lieu  le soir et l'atelier d'écriture de la vallée aux loups du samedi tout en me disant que trois activités à la fois, franchement, est-ce une bonne idée ces temps-ci ? Sur le moment, je vois les deux jours qui viennent comme un marathon et la campagne où je me rendrai le samedi soir comme un horizon indépassable. Et pourtant, tout me plaît, dans ces jours à venir. C'est simplement le corps qui voudrait se reposer.

Vendredi













 
Le matin, donc, en route pour Clichy, où a lieu une formation sur la littératie numérique que je dois animer et pour laquelle je convoque des souvenirs de la fin du XXe siècle (passage au traitement de texte, apparition du lien hypertexte, du CD-Rom, de la connexion...) et d'ancienne professionnelle de la profession (websurfeuse pour un annuaire internet, pigiste pour la presse informatique, etc) dans l'idée de poser quelques questions qui, me semble-t-il, nous travaillent toujours (celles des supports de lecture et d'écriture, de la recherche de l'information, de la surcharge de travail, de l'identité en ligne, etc.).
En guise d'introduction, je lis les premières pages de Detroit, dit-elle de Marianne Rubinstein, que l'on peut également entendre dans les 36 secondes de la semaine.












L'écoute et l'accueil sont parfaits : merci beaucoup à Florence Bordeaux, rencontrée à la Maison de la poésie en janvier, pour cette invitation. Mais vite, il faut déjà repartir. Me voilà sous un ciel bleu cru, traversant une ville en travaux que je n'ai pas le temps d'explorer - hop, hop, rentrer à Paris finir de préparer l'atelier de demain, puis rejoindre Mathilde Roux pour répéter notre lecture-projection du soir.

















Olivier Brossard, maître de conférences en littérature américaine à l'Université de Marne-la-Vallée, m'a en effet invitée à venir lire lors d'une soirée dédiée à la cartographie et l'art qui fait suite à un colloque international sur le sujet.
En fait, ce qui est drôle, c'est qu'Olivier a assisté à la lecture de Ile ronde que nous avions donnée, avec Joachim, à Bouaye, lors de ma résidence au bord du lac de Grand-Lieu : directeur de la collection chez Joca Seria, il avait accompagné l'éditeur Bernard Martin ce soir-là. Lors de la réunion à l'université où nous avons été présentés, aucun de nous deux ne s'est souvenu de cette première rencontre. Olivier s'en est rappelé quelques mois plus tard, cependant, m'a alors conviée à lire et, vu le sujet, il m'a paru évident d'associer Mathilde à l'événement.

Nous voilà donc toutes deux, ce vendredi soir, à Bastille, dans une magnifique imprimerie d'art, présentant nos travaux après avoir écouté les poètes Stephen Collis et David Herd, et la spécialiste de l'anti-cartographie Liz Mogel. Nous reprenons, en version raccourcie, la lecture-projection de Décor Daguerre que nous avions faite à Cerise en 2013, et c'est une joie d'autant plus grande que cette résidence s'était révélée assez difficile à vivre, même si cela ne m'avait pas empêchée d'écrire.

Avant de lire, j'explique au public qui sont les trois femmes dont je vais parler : ma mère, dessinatrice cartographe qui m'offrait quand j'étais enfant de quoi dessiner et écrire ; Agnès Varda, qui explore le monde depuis tant de temps ; et Maryse Hache, qui m'envoyait des cartes postales et m'encourageait. Olivier Brossard (grand merci à lui), traduit ces explications en anglais. Puis la vidéo de Mathilde alterne avec les extraits lus, ce qui me permet de la regarder. A nouveau, j'y découvre des choses.


















Si vous souhaitez un compte-rendu de la soirée, c'est facile, il suffit d'aller chez Piero Cohen-Hadria : comme il le dit lui-même, les trois quarts de L'aiR Nu étaient là ! J'emprunte du reste à Mathilde le commentaire qu'elle a mis sous une photo que j'ai postée hier : "lieu superbe, accueil superbe, intervenants passionnants, salle comble et attentive, ambiance hautement chaleureuse (on se sentait loin des prés carrés parisiens et ce fut un bonheur)". 
Bonheur, en effet, d'autant que 80 personnes, au moins, étaient présentes, anglophones ou francophones : quelque chose, soudain, s'est aéré, élevé... Ce fut vraiment un grand moment.

Samedi















Très belles heures également à la Vallée au Loups le lendemain, où nous avons enfin pu réaliser notre fantasme : écrire dans le parc. C'était mon avant-dernier atelier, quelque chose va se clore le mois prochain, il n'empêche : que ce soit là, à Chartres, à Paris ou ailleurs, quelle que soit l'activité à laquelle je m'adonne, tout cela forme au fond un même ensemble, rien n'est jamais séparé.



















(voici l'oloé 2)

La semaine prochaine, nous irons à la Maison de la poésie, puis peut-être à Chartres, à coup sûr à Montpellier et à Sète (et je me ferai sans doute un cadeau pour mon anniversaire, tiens, yes !, lié au voyage ou au désir de traduction, c'est décidé). 
Bonne semaine à tous.

dimanche 11 février 2018

Semaine #6 paroles, messages, silence














Dimanche Un mois à travailler six jours sur sept, le septième jour c'est hypnotique : je ne peux rien faire. Rien du tout. Rien, mais rien de productif, surtout. Aller aux Buttes-Chaumont ? Ce serait préparer l'atelier que j'y mènerai à la fin du mois. Non, non, rien. Juste mettre en forme l'enregistrement de celui de samedi à la Vallée aux Loups, et envoyer le fichier à qui me le demande. Chercher des photos liées aux gares, au temps (ci-dessus, l'horloge de la gare de l'Est). Continuer la lecture de Claustria. Tenter de réduire la taille de ma messagerie qui arrive à saturation, sans y parvenir. Et c'est tout.



















 (Villon, Paris Xe : pour la première fois me voilà écrivain dans ma bibliothèque)

Lundi Nager sous la neige, ou presque. J'avais l'idée d'un roman qui se serait appelé Ciel de verre, que je n'ai pas écrit faute de moyens. Il se serait passé entièrement dans le bassin sportif d'une piscine. Peut-être sera-t-il inséré dans Bruits, qui l'engloutira ? En attendant, le ciel au dessus de la ligne d'eau est parfaitement compact.
Café avec un ami auteur qui lui aussi a une idée de livre dédié au son, au bruit, mais très différente de la mienne : on en reparlera.
Achat du Marilyn and me de Lawrence Schiller en numérique. Je commence à lire (et donc à traduire, pour moi) le texte mais la paperasse administrative ressurgit. C'est évidemment agaçant, mais il faut se libérer l'esprit pour réussir à retrouver le photographe en 1960 qui débarque sur le plateau du Milliardaire à 23 ans sans faire son fier devant Marilyn en collants. 
La neige empêche les repérages aux Buttes pour l'atelier. Demain ?
Inscrite au Bal du silence de jeudi, mené par Mathieu Simonet à Beaubourg. Hâte de tenter l'expérience. Je ne regarde pas la vidéo exprès, pour ne pas avoir d'idée préconçue sur ce qui va se produire.














mardi Ce Marilyn and me se révèle plus intéressant que prévu. Avancer le plus possible dans la semaine (mantra). Ecrire écrire écrire écrire si je tape le verbe cent fois est-ce que j'aurai avancé d'un pouce ? Peut-être. Cette neige tombe à pic, en tout cas. Il faudrait être complètement dans le blanc, calfeutré, loin de ce qui se passe en public ces jours-ci.














Demain, consacrer la journée aux livres des photographes, sur les photographes. Pierre Ménard, ce jour, lance une série d'ateliers dédiés à l'écriture et la photographie : s'en saisir ?
Hâte que reparaisse son Comment écrire au quotidien, et de l'avoir en version papier.
Je me souviens soudain que la toute première fois que j'ai trouvé mention d'un de mes livres, c'était sur son site : Fenêtres pris comme exemple pour un atelier, bien avant que nous nous connaissions.


















mercredi et jeudi. Photographes, disions-nous. Lawrence Schiller à lire, à traduire et Garry Winogrand pour les 36 secondes du vendredi. Se perdre dans l'image, réinventer le New York de 1950, 1960, 1970 grâce à ce catalogue trouvé à la bibliothèque qu'il faudra rapporter un jour. Et sinon ? La neige, bien sûr, qui dans mon quartier à Jaurès couvre les tentes des réfugiés, les met en danger tandis que dans les médias les politiques délirent sur les chiffes et les choix de ceux qui vivent à la rue, majeurs, mineurs. Dégoût de ces discours qu'ils "assument", dégoût du verbe assumer comme une fin de non recevoir.

Mona Chollet fait passer ce message type, à relayer auprès de anne.hidalgo@paris.fr, dominique.versini@paris.fr, branka.giljaca@paris.fr :
Bonjour,
Je me permets de vous contacter pour vous signaler qu'aujourd'hui encore des centaines de personnes exilées ont passé la nuit dans la rue, dans des tentes ou à même le sol, à Jaurès, Porte de la Chapelle, au canal Saint Denis etc..
Les températures sont glaciales, il neige et ces personnes n'ont nulle part où s'abriter. Malgré l'annonce du Plan Grand Froid, elles sont toujours dehors et en grave danger.
Parmi elles, il y a des mineurs, des personnes particulièrement vulnérables et fragiles.
Au regard de l'urgence de la situation, je vous demande de bien vouloir procéder à une mise à l'abri immédiate de ces personnes.
J'ose espérer que vous n'attendrez pas qu'il y ait des morts de froid pour agir. Des vies sont en jeu.
Cordialement



















La neige, aussi, dans ce qu'elle nous renvoie d'enfance, à nous qui ne pouvons résister, la prenons en photo, faisons circuler les images. Ici, elle ouate l'avenue. Derrière les fenêtres, sirènes, vrombissements, crissements, freins : la circulation incessante, bus dans les deux sens, ambulances, police, camions, camionnettes, pompiers, voitures, scooters, motos, musiques, cris, s'arrête pour la seconde fois en quinze ans. On n'entend rien parce que la neige tient.





































Voilà aussi ma ville.

Jeudi J'apprends qu'à cause de la neige, la Vallée aux Loups a fermé le parc et la maison de Chateaubriand : la soirée de vendredi consacrée à Joachim Séné, à son travail, à son regard sur l'écriture et le numérique, est annulée. Espérons qu'elle sera reprogrammée, il a beaucoup à dire.














(photo de Mathieu Simonet)

Le soir, c'est donc bal du silence à Beaubourg et j'ai la surprise de voir que non seulement cela se passe dans le terrain de jeu (dans Décor Daguerre, sont nommés "le terrain de je/u" à la fois le quartier des Halles et le musée d'art contemporain du centre Pompidou. Leur évocation constitue un "feuilleton" qui apparaît sous forme d'encadrés. Ici, c'est de la seconde acception qu'il s'agit : on nous convie à l'intérieur du musée), mais qu'en plus, nous allons écrire sous ce tableau de Richter qui m'a inspiré un passage du texte.
Dès le début, tout est jeu : au rez-de-chaussée, on nous met en ligne, nous distribue une feuille sur laquelle il est précisé qu'à partir de maintenant, nous ne pouvons plus parler. Nous piochons ensuite un chiffre ou un nombre. Il nous indique à la fois la place que nous occuperons pendant une demi-heure et la personne avec laquelle nous échangerons sans jamais entendre sa voix.
Je pioche le 12. Nous montons maintenant, en rang, jusqu'au quatrième étage. C'est festif, drôle, chaleureux : nous formons un tout, un ensemble qui se déplace légèrement, étrangement, uni par l'absence de parole. On ne parle pas mais on sourit. Les visages s'ouvrent. Cela me rappelle une performance effectuée avec les danseurs de Pièces détachées à Besançon durant laquelle nous devions, séparés de quelques mètres, des écouteurs dans les oreilles, effectuer les mêmes gestes en même temps, guidés par les ordres de Caroline Grosjean enregistrés sur baladeur. Un grand moment.



















Face à moi, une belle femme s'installe. Tout de suite, elle prend une feuille et un crayon et écrit quelque chose comme : 12. Qu'est-ce que c'est ? Nous voilà lancées. Au bout d'une demi-heure, je ne sais ni son prénom, ni où elle vit, ni ce qu'elle fait dans la vie et pourtant nous sommes passées du jeu au je. Quand une musique annonce la fin du silence, nous sommes surprises par l'intense brouhaha qui survient dans la salle. Nous, nous avons envie de parler, mais pas si fort. Nous étions dans l'intime, c'est fini.
20h. Je rentre avec le bonheur d'avoir grâce à cette rencontre, ce jeu, ce silence, évacué ce qui me traverse depuis quelques jours, mais ne va pas tarder à revenir.

Vendredi et samedi Ce qui me traverse, m'empêche de me concentrer et même de dormir, c'est une invitation maladroite à venir parler d'un de mes livres, à traverser la France en pleine semaine pour 20 minutes d'intervention sans précisions logistiques, pas même sur la date exacte et, après questionnement, sans être payée non plus : en somme, à faire joli dans le décor, à travailler comme s'il s'agissait d'un loisir alors que nous sommes dans un cadre professionnel. La place de l'auteur, qui semble n'avoir ni corps ni besoins ? Eh bien elle sera à sa table de travail : je préfère écrire. Lundi, j'enverrai un mail, après avoir pris trop de temps à ruminer. Thierry Beinstingel, sur son site, semble découvrir cette absence de considération professionnelle envers les écrivains, à laquelle j'ai été beaucoup confrontée et dont j'avais l'impression, ces derniers temps, de sortir.
Ne pas se laisser atteindre (apprendre à).


















(1962 : l'écrivain et poète Carl Sandburg, octogénaire, apprend à Marilyn Monroe comment lutter contre les insomnies par la pratique d'exercices de relaxation. Photo d'Arnold Newman)

En attendant, le vendredi, réunion pour préparer les dix ans de publie.net. Je termine aussi Marilyn and me, dont une scène m'a particulièrement frappée. Bien longtemps que je n'avais pas lu en entier un livre en anglais : un événement à petite échelle.
Continuer à écrire. Ne pas se laisser perturber. J'arrive à la fin du manuscrit, j'ai tendance à reculer, à introduire une séance non prévue, à vouloir devenir totalement exhaustive au lieu de liquider les quatre (ou huit) chapitres qui restent. C'est stupide, il ne faudrait pas.














La semaine prochaine, bien avancer, donc avant un atelier le mercredi à la Vallée aux Loups (sauf nouvel épisode de neige), l'inauguration de ma résidence à Chartres le jeudi à 18h (j'y lirai à nouveau la première partie de A même la peau avec les sons envoyés par Jean-Marc Montera, je pense - ci dessus, une photo piquée sur son mur Facebook hier) et un atelier d'écriture dans la galerie photo de l'Esperluète le vendredi.
Circuler entre paroles, bruits et silences, toujours.

mardi 21 novembre 2017

vendredi à la Maison de la poésie


L'invitation de Sébastien Rongier à la Maison de la poésie, vendredi, dans le cadre des soirées remue.net, je la vois un peu comme un voyage à travers mes livres parus, mais aussi à travers ce que j'ai envie et l'intention de faire ensuite.

Sébastien, à la parution de Franck, a écrit un article qui a beaucoup compté à mes yeux : il y disait ce que, précisément, j'avais imaginé un lecteur idéal pouvoir dire de mon livre au moment où je l'écrivais. Et il était bien accompagné : dans la colonne de droite de ce blog, à la rubrique "Liens vers mes textes, livres", se trouvent d'autres articles critiques importants, parus à la même époque. En 2010, et même si cela avait déjà été le cas pour Fenêtres et Cowboy Junkies, j'ai eu tout à coup l'impression d'un véritable écho. Cette impression m'est restée. Ces mots de Sébastien Rongier et de quelques autres continuent de me porter, de me laisser croire que j'ai raison de poursuivre, de m'acharner.
 
Car c'est un peu d'acharnement qu'il s'agit, parfois... Il y a des choses secrètes, des appuis sur lesquels j'espère pouvoir compter pour écrire, dont je ne parle pas tant qu'ils ne prennent pas corps (et c'est souvent le cas parce que c'est le jeu. Je ne les mentionne pas, alors : ici, sur ce blog, on n'en sait rien). Ce vendredi s'inscrira dans une période "oscillante", où j'attends des réponses, mais aussi une suite de choses qui se voient (la participation au festival Ritournelles, la parution d'A même la peau, les lectures à venir), et tout un ensemble invisible de liens, d'embranchements, de traces. C'est en tout cas de cette façon que j'imagine la soirée.

J'y lirai, je pense, des extraits de Décor Daguerre, de A même la peau et du Marilyn inédit (grande première !). Peut-être d'autres livres encore, nous sommes en train d'y réfléchir.
On y parlera aussi numérique et collectif.



Les photos ci-dessus viennent de Orly sud où je n'ai pas pris l'avion (c'était tout de même un sacré voyage) et du Bonheur d'Agnès Varda, capture apparue sur Twitter il y a peu et qui m'a fait dire "ah mais oui...".

jeudi 2 novembre 2017

Agenda de novembre



















Evidemment, pour moi, le mois de novembre est celui de la parution de A même la peau chez publie.net : ce sera le 15 novembre, officiellement.  Voici, en guise d'accompagnement, un extrait de la seconde partie du diptyque intitulée En pièces. Elle évoque un recueil de photos dont le modèle est une femme, le photographe un homme. 

Chaque femme peut-être le soir dans son miroir en se déshabillant a rêvé de cette pose : le pull qu’on enlève par le haut, bras tendus, qui cache le visage et vient montrer les seins. Chaque femme ne voit pas ce que le photographe, lui, fait apparaître : les côtes qui saillent, le ventre rentré, les aisselles et l’absence de visage, donc, qui peut-être grimace, se renfrogne, peut-être est le plus beau du monde, joues frottées à la laine et roses tandis que l’oxygène ne manque pas encore.
Les femmes les devinent pourtant, ce ventre, ce buste allongés par le geste, étirés vers un point du plafond. Elles en reconstituent l’image et jettent un oeil pour vérifier, baissent le pull un instant avant de reprendre la pose.

En réalité, j'écris "sur" la photographie depuis Décor Daguerre, travail continu depuis 2013 et toujours à l'oeuvre (le Marilyn m'occupe depuis plus de deux ans maintenant). Rien d'étonnant, donc, si un peu de cette obsession réapparaît ce mois-ci. 
Deux jours après la parution, le 17 novembre, je serai d'ailleurs au Salon des éditeurs indépendants à Paris, sur le stand de publie.net pour une signature. Publie.net est vraiment une maison qui bouge, s'investit, se démène. Comme chez L'Attente, j'ai été extrêmement bien relue et je profite de cet article pour le dire : merci à Guillaume Vissac, Virginie Gautier, Christine Jeanney et Jean-Yves Fick de leurs regards attentifs, à Roxane Lecomte pour la belle couverture et le travail sur la maquette, à Philippe Aigrain pour la confiance. Merci à tous ! Mes 36 secondes de vendredi leur sont dédiées, avec un extrait de Je ne me souviens pas de Joachim Séné (qui suit La Crise, qui ressort, vous suivez ?) et de Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire de Virginie Gautier, livre dont nous avons lu, avec Virginie et Guillaume, des extraits à la librairie L'Autre livre il y a quelques jours, ce que vous pouvez entendre ici












A propos d'écoute, de son, de voix, je participerai avant tout cela, le 11 novembre à Bordeaux, au festival Ritournelles qui, pour l'occasion, ouvrira une radio. Ce sera pour Décor Daguerre, toutes les informations sont ici.
Et comme novembre, décidément, est un mois riche, le 24 je serai à la Maison de la poésie, à Paris, invitée par remue.net, cuisinée par Sébastien Rongier sur ma vie, mon oeuvre, le collectif et le numérique, et le 25 à la Vallée aux Loups pour mon troisième atelier (là, on affiche complet, il y a même une liste d'attente qui fait ma fierté !).
A très bientôt, donc, je l'espère, ici ou là.

mercredi 27 septembre 2017

Radio pirate 70



Hier soir, 4'33 de radio pirate avant une lecture de Décor Daguerre centrée sur les ondes et ce qu'elles nous transmettent. Une oscillation de 1975 à 1977... Bonne écoute.

vendredi 22 septembre 2017

Les 25 ans de l'Attente à la Maison de la poésie











Vous êtes à Paris ou dans la région ?
Vous voulez rencontrer des éditeurs beaux et intelligents depuis 25 ans et qui d'habitude se trouvent à Bordeaux ?
Ecouter Marie Borel et Philippe Annocque lire des extraits de leurs livres ?
Vérifier par vous-même si mon cauchemar de cette nuit (feuilleter frénétiquement Décor Daguerre sans jamais retrouver ses marques tandis que tout le monde attend et que les pages laissent entrevoir ce qui, en réalité, n'y est pas, évocation d'autres lieux, photos, etc) ?
Entendre le petit montage audio, radio pirate 70, que j'ai concocté pour l'occasion ?

Bienvenue !

dimanche 2 juillet 2017

Décors dehors



Tandis qu'Agnès Varda et JR présentent leur Visages villages un peu partout (ci-dessus une image de la scène que je garderai le plus sûrement en mémoire, où la dernière habitante d'un coron est saisie par le portrait hommage qui est fait d'elle), mon Décor Daguerre progresse, certes à une autre vitesse, mais tout de même un peu. On le retrouve chez Diacritik, où Christine Marcandier, qui m'avait longuement interrogée pour le précédent, Décor Lafayette, y voit cette question posée : Qui suis-je ? "dans tous les sens du verbe".
Ce qui m'a fait le plus plaisir, je crois, c'est que pour elle, la réponse à mon interrogation initiale (Ce récit va-t-il pouvoir se dérouler de façon linéaire ? Non, il n'y aura pas moyen) est légitime, et même souhaitable. Avant de trouver mon éditeur, j'ai eu du mal à faire comprendre mes choix, ai parfois reçu des réponses tellement... disons, énigmatiques, que je suis d'autant plus contente d'être  comprise aujourd'hui. 
Ce n'est pas que ces arguments m'aient fait douter en termes d'écriture : je sais exactement ce que je veux faire et pourquoi je le fais (pardon pour le côté un peu "asséné" de cette phrase, au passage, mais enfin c'est ça !). Christine Marcandier parle, à propos de DD, non pas de roman, mais d'installation, et même de désinstallation. Installation - désinstallation - réinstallation autrement : il y a vraiment de ça en effet, et j'y pensais en écrivant. Merci à elle d'aller voir, chaque fois, au-delà de la surface, de saisir ce que la forme met vraiment en jeu...












Un autre article est paru également sur le blog de Daniel Lebordais, qui avait déjà défendu Franck et Décor Lafayette. Il y parle à la fin de résistance poétique et, forcément, j'y trouve mon compte aussi. Grand merci à eux, donc. Même si, comme je le disais, je ne compte pas m'arrêter en chemin, ces regards m'aident à tenir, m'allègent, accompagnent l'élan.

Quant à mon Décor, il va voyager un peu ces prochains mois : de l'automne au printemps, je vais être invitée à en parler à Bordeaux, à Paris, à Nanterre, à Clermont-Ferrand et sans doute, je l'espère, en Seine-Saint-Denis où il se passe en partie.
En attendant, je tenterai de vous donner des nouvelles de la Côte d'Azur en août, où je vais, eh oui, mener à nouveau des balades littéraires pour le compte de la CCAS. Une tournée de huit jours à Six-Fours, Le Brusc, Bormes-les-Mimosas et la presqu'île de Giens. J'espère rapporter sons, textes et images, sur le modèle de la page de Mandelieu. Voici le programme :


















Ce que je propose est un peu particulier, différent de ce que font les autres auteurs invités, et je me demande bien comment ça va se passer ! 
Suite au prochain épisode, toujours... A bientôt.

jeudi 8 juin 2017

Décor Daguerre deux fois de suite


Avis aux amateurs et aux curieux : je serai ce soir, à 19h, à la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil (bien connue de nos services) pour une lecture de Décor Daguerre qui comprendra aussi la projection d'extraits de films. Le livre étant assez protéiforme, pour ne pas nous y perdre j'ai choisi de privilégier les passages dans lesquels les commerçants sont vus comme un ensemble - ce qui ne m'empêchera pas d'opérer une petite bifurcation vers la fin...












Quant à demain, vendredi : retour à Paris, pour une rencontre autour de Décor Daguerre au Marché de la poésie, sur le stand 110-112 des éditions de l'Attente, de 18h à 20h : bienvenue !











(avec le film d'Agnès Varda et de JR qui sort à la fin de ce mois, ne sommes-nous pas au coeur de la hype ?) 



















Et si jamais vous ne pouvez pas vous déplacer, sachez que je lis en ce moment des extraits de Décor Daguerre sur Soundcloud qui ne sont pas ceux que je ferai écouter ce soir : à bon entendeur..

*
photos : tirées de Daguerréotypes, Documenteur, Visages villages, et enfin cliché de France Inter avec Vincent Josse.

lundi 8 mai 2017

Crossroads / 30













Quoi de neuf dans cette rubrique dont le dernier numéro date de cet automne ?
D'abord cet article inattendu de la librairie Charybde, à Paris sur Décor Lafayette, qui vient quatre ans après sa parution et analyse avec une grande finesse le parcours à l'oeuvre dans le texte : je suis évidemment heureuse d'être aussi bien comprise et de me dire qu'il y aura peut-être, ainsi, un prolongement avec Décor Daguerre un jour sur le blog tenu par les libraires.













Justement, à propos de DD, remue.net ouvre une nouvelle rubrique sur le cinéma, nommée Oeil pour oeil et dirigée par Aude Pivin. Aude m'a invitée à y participer et j'ai donc proposé un texte, Combien de demoiselles, intimement lié à ce Décor Daguerre : il est ici. J'ai bien envie d'en écrire d'autres, nous verrons...
Autre "extension du décor", mais qui cette fois n'est pas de moi : les explorations liés à la rue Daguerre que Pierre Cohen Hadria publie en ce moment, que ce soit sur son site, Pendant le week-end, ou dans la Maison témoin de Christine Jeanney. On s'y balade de boutique en boutique grâce à son regard attentif et ce Street view qu'il aime manipuler. 












Piero nous offre également ces jours-ci (et ce n'est pas fini, un autre épisode ne saurait tarder) une seconde incursion dans le monde du livre avec sa rubrique La Petite fabrique sur L'aiR Nu. Il interroge Frédéric Ciriez sur le métier d'écrivain, la façon dont un auteur se débrouille, son parcours, etc. C'est vivant, c'est drôle, on apprend beaucoup de choses, le tout sur fond de café du quartier Strasbourg Saint-Denis : ambiance garantie.


L'aiR Nu, parlons-en justement : je poursuis tous les vendredis la mise en ligne des 36 secondes, ces lectures courtes qui se renouvellent par sessions de deux. La rubrique commence à se faire connaître, ce qui me fait bien plaisir. Et elle va trouver un prolongement inattendu puisque désormais, je vais publier de façon hebdomadaire des articles sur la plateforme internationale Bookwitty destinée à faire découvrir des livres du monde entier, plateforme qui existe en version française depuis peu. Ce ne sera pas systématique, mais je ferai sans doute le lien entre mes lectures audio et mes articles de temps à autres. C'est d'ailleurs le cas pour le premier d'entre eux, consacré au Sel de la vie de Françoise Héritier. 
Pour suivre mes publications sur Bookwitty, c'est simple : il suffit de cliquer sur l'image de la rubrique dans la colonne de droite de ce blog ou de se rendre ici


















Et pour réussir à continuer à écrire (le Marilyn, A même la peau en relecture...), travailler pour L'aiR Nu, gagner ma vie, monter des dossiers et animer des ateliers, je me fais désormais accompagner  par le 100 : l'idée est, comme dans cette rubrique, de tout croiser sans s'emmêler et de se nourrir, au sens propre comme au figuré. Possible, donc, que le 100 apparaisse ici ou là dans ce que je raconte ces prochains temps.
En attendant la suite, bonnes lectures, balades, écoutes, cogitations, manifs à tous...


(ci-dessus le Printemps, Solange et Andy dans la boutique de Monsieur Dame, chez Agnès Varda et le toit du 100)

dimanche 16 avril 2017

Les Buveurs d'encre



















Depuis dix ans, la librairie les Buveurs d'encre, située rue de Meaux, dans le 19e, juste à côté du marché Secrétan, me soutient et m'invite. 
Je suis venue pour Fenêtres, et ce livre écrit dans le quartier a alors explosé mes records de vente en une journée (!) ; pour Cowboy Junkies, en lecture croisée avec Pierre Ménard ; pour Franck, avec Brigitte Giraud ; et la dernière fois, pour parler de Décor Lafayette, ses escalators, ses acheteuses, sa voleuse, ses géantes, sa rue qui mène aux grands magasins.

Voici venu le temps de Décor Daguerre. Yves Martin, le libraire, m'invite à nouveau. Ce sera vendredi prochain, le 21, à 19h30 : discussion et lecture mêlées, suivies d'un pot. L'article d'Yves sur le blog des Buveurs est ici.















Comme on le voit, il n'a pas fait les choses à moitié, et depuis hier il est difficile de rater la rencontre quand on passe devant la boutique ! Au centre de la vitrine, mon arbre de mots-clés, au dos duquel se trouve l'arbre d'origine, celui qui ne comporte pas de liens. 



















Je me souviens de l'époque où à la place de la librairie, il y avait une boutique SNCF. Puis de l'arrivée des Buveurs, leurs cinquante mètres carrés, leur rayon BD à l'entrée, les bacs jeunesse sur la droite, les essais et polars au fond, les poches le long d'un mur, l'armoire aux livres réservés...
Avec Yves, l'an dernier, nous avons monté un dossier de résidence qui n'a pas été retenu mais ce fut l'occasion d'échanges et d'un sacré boulot : nous n'avons pas démérité ! Peut-être quelque chose se fera-t-il quand même un de ces jours ?

Je suis très heureuse en tout cas de ce lien qui perdure et de vous inviter, vendredi, à arpenter dans la librairie de la rue de Meaux quelques numéros de la rue Daguerre.

mercredi 5 avril 2017

Autre facette de 2013

Tandis que paraît Décor Daguerre, croisement de l'année 1975 et de l'année 2013, je fais du rangement dans mes archives et tombe sur ces notes prises à Besançon durant le festival Les Petites fugues à la fin de cette année 2013. Peut-être ai-je pensé à un moment les utiliser pour clore le livre, je ne sais plus. Ce qu'elles me disent aujourd'hui, c'est ce que j'ignorais alors : la présence de Caroline Grosjean dans la salle lors de ma présentation de Décor Lafayette, sa découverte de mon livre sur les Cowboy Junkies, puis notre travail commun l'année suivante au sein de la compagnie Pièces détachées.
Trois ans et demi plus tard,  alors que je retrouve ce texte, me rappelant le travail avec les danseurs, nos incursions à Belfort, Saint-Claude, Fougerolles..., voici ce qui apparaît devant moi : 
- la programmation de Diptyque au Théâtre Ledoux de Besançon le 4 mai, ville où je vais donc retourner
- la parution le 15 novembre prochain du texte de Diptyque aux éditions Publie.net sous un nouveau titre que je cherche encore
- l'invitation à participer aux deux nouveaux projets de Pièces Détachées, Exit 87 et Honeycomb.

Que se passe-t-il quand on rentre de tournée, demande le texte. Tout ce qui, invisible alors, très longtemps après finit par se dérouler. Ce n'est pas question de patience. En tout cas, elle ne suffit pas. C'est le présent du café, de la chambre d'hôtel qui comptent.













En tournée

Besançon, Iguane café, novembre 2013

Ne voir presque rien. Regarder les visages, distinguer des accents, tandis que les corps engoncés dans les pulls, polaires, manteaux, accélèrent, s'engouffrent, disparaissent en ouvrant des portes.
Passer devant le Musée du Temps, dont les arcades, la cour attirent – mais quoi, pas le temps ? Quels choix fait-on ?
Songer à ceux qui ont vécu ici, y viennent, tournent, s'en vont. Ces deux-là, au café, à la table d'à côté, parlent logement, Paris, Strasbourg. Ils sont peut-être comédiens, musiciens. Ce serait facile de les croiser ici ou là, à l'est, à l'ouest, au centre.
Une petite heure à écrire sans savoir quoi, se souvenir des montagnes de la veille, dans la nuit, des tournants, des cuisines éclairées, des décorations de Noël.
Apprendre au bout d'un moment que les musiciens travaillent pour la Croix rouge, en réalité : existences inventées des voisins de comptoirs, de bars, multiplicité des possibles qui continue d'émerveiller. Pourquoi l'écrire, ne pas l'écrire ?

Revenir au café le lendemain, la musique a changé. Continuer d'écrire dans une chambre d'hôtel sur cour et sous les toits, au bout d'un long couloir en regrettant de ne pas voir la ville, de ne rien regarder. Par la fenêtre une verrière, des façades imbriquées, du ciel, de la montagne. Les oiseaux cessent de chanter quand ils sentent le déclic de l'appareil qui cherche à capter, à figer. On entend à peine leur vol. 

Que se passe-t-il ensuite, quand on rentre ? Quand on a parlé de son travail sans discontinuer (de ce qu'on a créé, monté de toutes pièces parfois des années plus tôt), quand on a été accueilli dans plusieurs villes, fait tant de rencontres, que se passe-t-il à descendre du train, prendre le métro et ouvrir la porte de chez soi ? A-t-on envie de se jeter sur le lit, ou sur le train suivant, par difficulté à se délester de la tension nerveuse ? Ici, dans la chambre de l'hôtel au bout du couloir, tout est calme : est-ce un calme identique à celui d'une vie perçue comme ralentie une fois la clé dans la serrure ? (ralentissement, linéarité illusoires). Ici, dans le salon, c'est encore mieux que dans la chambre : une haute et large fenêtre arrondie coupe la tête des passants jetés dans un froid rapide – un couple à double bonnet gris, une brune qui regarde ici, boucles au vent. Café, silence, un peu de temps, luxe absolu.