l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 29 avril 2018

Semaine #17 souvenirs, oublis, futur proche


















 (horloge près de la gare de Belfort)

 Lundi, mardi Ce qui se passe ne peut pas trop se dire, encore : de très bonnes premières réactions de qui lit Volte-face, l'impression que les choses vont aller vite mais rien de fait, rien de concret encore, juste une grande joie.
Le lundi matin je vais au 100 pour rien, me suis trompée de semaine de formation. J'en profite pour regarder l'exposition en cours, écouter le silence (ce sont les vacances, il n'y a pas grand monde) ; lire, préparer les deux jours qui viennent à Belfort avec la compagnie Pièces détachées. Cette fois, je ne viens pas écrire, mais animer des ateliers auprès des danseurs pendant que se construit la nouvelle pièce, Exit 87, en lien avec le premier chapitre de Cowboy Junkies peut-être et où, en tout cas, l'énergie de la jeunesse tient une place importante.














(clin d'oeil à Thierry B. au passage)

Mercredi A la vitre du TER qui me mène à Belfort, joie très simple de laisser filer un paysage que je ne vois pas souvent. J'ai emporté pas mal de livres, structuré des propositions en sachant que les choses ne se dérouleraient pas comme d'habitude, qu'il y aurait une part d'improvisation, et tant mieux (j'ai besoin de me renouveler). Dans mes bagages, il y a aussi une playlist liée à l'année 1987 concoctée par Christophe Basterra, à qui je l'ai demandée. Christophe est "celui qui" m'a offert la cassette des Cowboy Junkies à l'origine du livre : une boucle se boucle ou plutôt, quelque chose du don se poursuit.
Les danseurs, une fois que je serai repartie, feront ce qu'ils voudront de ces titres : écrire à partir d'un morceau, les passer ou non dans l'ordre donné, établir leur playlist à eux... Pour l'instant, je les écoute de mon côté.

Retrouver la gare, ses repères, Caroline Grosjean et Magali Albespy. Découvrir la nouvelle équipe, arriver, poser sa valise, en sortir les livres.


L'après-midi, au micro, sur le plateau du centre chorégraphique, lire des extraits de textes de :

Bernard-Marie Koltès (lettre à sa mère) :
"personnellement, je reste persuadé que la vie est ce qu’on en fait, et qu’il n’est pas d’âge qui soit particulièrement malheureux - si ce n’est celui où l’on abandonne la partie - et on peut l’abandonner à tout âge. Je trouverai la vie laide le jour où je me « mettrai assis » et ne voudrai plus me relever. Pour le moment - pour moi -, vingt ans, c’est l’âge d’une grande décision ; c’est l’âge où je risque ma vie, mon avenir, mon âme, tout, dans l’espoir d’obtenir plus ; c’est l’âge où je travaille « sans filet »."

Albane Gellé Bougé(e) :
"Parce que le vivant depuis le tout début du premier jour de la première cellule
bouge. Le vivant se transforme ne reste pas dans le même état – quand il ne bouge plus il est mort.
(…)
Bouger : pas remuer les bras les jambes ni courir à toute allure ni gesticuler dans tous les sens. Non. Je voudrais dire bouger, ne pas rester à la même place pour regarder dehors (ou dedans). Pas quand je décide tiens je vais bouger ce sera dur mais allons-y. Non. Bougé(e)(s) – accepter d'être. Plutôt (on ne sait pas quand)."

Anne Dufourmantelle (Eloge du risque) :
"La vie est un risque inconsidéré pris par nous, les vivants.
(…)
« Risquer sa vie » est une des plus belles expressions de notre langue. Est-ce nécessairement affronter la mort – et survivre... ou bien y a t-il, logé dans la vie même, un dispositif secret, une musique à elle seule capable de déplacer l'existence sur cette ligne de front qu'on appelle désir ? Car le risque – laissons encore indéterminé son objet – ouvre un espace inconnu."














(ils écrivent sur un long rouleau sur ce que c'était, ce que c'est que d'avoir vingt ans et de sortir du cadre)

Jeudi Journée continue dans le studio. Je me suis constituée un petit espace avec table, chaise, sacs, livres posés sur un lutrin dans un coin du plateau que les danseurs peuvent consulter. A un moment, le matin, je me lève et vais m'allonger près d'eux. Nous voilà huit au sol. J'entends les indications de Caroline.
(aller écrire, soudain, un peu de Bruits)
Ici, tout est mouvant, lire au micro, inviter à écrire, se mettre à écrire soi, prendre des photos du cadre, des murs.














(solitude d'un instant le premier jour, à flotter entre l'inconnu et l'intime)

Le vendredi, légère, partir avec des envies, des projets de retrouvailles. Dans le train du retour, je repense, un peu rassurée, à mon erreur du début de semaine, lorsque je me figurais Belfort où j'étais déjà venue pour Diptyque : je confondais avec Besançon, également liée à la pièce. Il m'a fallu la haute horloge près de la gare pour tout remettre en place, le centre chorégraphique, le lion, les rues, le grand appartement où nous dormons...  Les danseurs, qui voyagent beaucoup, mélangent eux aussi les villes, à force.

Tandis que le paysage défile à nouveau, un passage sur la mémoire me frappe dans Corderie, de Christophe Grossi, extrait que je lirai en fin d'après-midi, à Paris, pour les 36 secondes. Faudrait-il tout noter, toujours, pour réussir à tout retenir ? Devrait-on passer son temps à tout écrire ? De mon côté, et même si la raison est sans doute un peu différente de celle du narrateur de Corderie, c'est une tentation sous-jacente, régulière, fréquente (proche, alors, d'un désir compulsif) mais qui finit par tourner court : je rate un jour, puis deux ; ce qui demanderait un long développement est résumé en une phrase, etc. Je préfère me dire que si j'oublie, c'est pour faire de la place à ce qui vient.

(il faudrait écrire, pourtant, cette joie renouvelée de travailler avec les danseurs, les moments de grâce, le sentiment de privilège)
















 
A Paris, je découvre le dernier numéro de Espace(s), la revue littéraire du CNES, auquel j'ai participé grâce aux éditions de l'Attente et à Eric Pessan. Je rêvais depuis des années d'écrire dans cette revue et voilà qui est fait, brusquement !



















S'y trouvent les minutes [00:00] et [00:01] de Bruits. Pas trop envie de les relire de près, me doute qu'elles évolueront une fois le livre écrit mais tout de même, quelque chose apparaît, comme un début de collection.
(collectionner les minutes, les photos d'horloges comme auparavant celles des fenêtres : pas très étonnée d'avoir, il y a peu, lu Et si le temps n'existait pas ? de Carlo Rovelli attrapé au vol, sans réfléchir, à la bibliothèque Villon)
(et tant que j'y suis, parmi les fantasmes : expérimenter l'apesanteur, se rendre à Los Angeles, naviguer vers les pôles, se tenir à la lisière d'un grand désert)


*
La semaine prochaine, il y aura quelques retours (à Marne-la-Vallée, à Chartres avec Joachim Séné) avant un départ pour Dublin (autre lieu rêvé !)

dimanche 14 janvier 2018

Semaine #2 hommages








 
 
Si j'écris vraiment ici chaque semaine, je ne vais pas pouvoir taire très longtemps le projet qui suivra le Marilyn d'ici peu (avec St Germain déjà évoqué la semaine dernière) : une sorte de roman du bruit. Alors, premier jalon, ce passage de Faubourg Montmartre (à regarder en plein écran), film de 1931 vu à la cinémathèque il y a quelques jours, dans lequel il est question de charivari, avec Gaby Morlay et Antonin Artaud en guest star : le roi du bruit, c'est lui


Jour où l'on apprend également la mort de France Gall, dont la déclaration me renvoie à une scène de La Femme d'à côté de Truffaut à laquelle je pense chaque fois que des paroles de chanson française résonnent sans avoir été convoquées :




déclaration qui se trouve dans Décor Daguerre, comme d'autres chansons de la mi-décennie 70. Nous n'écoutions pas de variété à la maison, ce n'est donc pas de nostalgie qu'il s'agit. J'ai toujours pensé, comme Mathilde dans le film, que les chansons, bêtes ou non, peuvent exprimer une vérité inconsciente. Ce qui ne m'a pas empêché, dans Cowboy Junkies, de ne pas les traduire exprès, l'idée étant de faire apparaître, non ce qu'on cache et parle à notre place quand on se prend à le fredonner, mais des images mentales.
(Marilyn dans les Misfits, par exemple, on y revient)













A propos de Cowboy Junkies, Sébastien Rongier n'avait pas tort, l'autre soir, à la Maison de la poésie, de dire que le livre pouvait se concevoir comme un pivot. Ca m'a un peu étonnée sur le moment, mais en fait... Exit 87, la prochaine création de la compagnie Pièces détachées, part un peu, je crois bien, de sa lecture. Caroline Grosjean avait déjà utilisé le texte comme support pour un travail précédent, ex/tensions Cowboy Junkies. Je ne connaissais pas encore l'équipe, à l'époque, me souviens de l'émotion à découvrir la petite vidéo témoin...
Et donc, 2018 verra donc aussi le retour des CJ ici ou là. Caroline m'a proposé d'animer cette année des ateliers d'écriture pour les danseurs, et j'ai dit oui bien sûr. Tout ça m'a donné une idée pour écrire (ce qu'elle ne m'a pas demandé. Au lieu de l'indiquer ici de façon assez vague, il vaudrait mieux que je le note, d'ailleurs !).













 

Et quand on commence, quand on déroule un fil...  Mon  nouveau projet s'appelle Bruits, tout simplement. Un échange de mails avec Magali Albespy, la danseuse de Pièces détachées, ce lundi, à propos d'autre chose (mais allez savoir, en réalité) me permet d'aller écouter et regarder ceci (venez voir, écouter vous aussi).
Je découvre également ce même jour une vidéo sur Facebook postée par la réalisatrice Nurith Aviv (la cadreuse de Daguerréotypes !), hommage à une écrivaine que je ne connaissais pas, Ronit Matalon, laquelle parle de sa langue, l'hébreu, de manière passionnante. Son roman le plus connu ici s'appelle Le Bruit de nos pas. Voilà le premier livre que j'aurai acheté en 2018.















Le lendemain je rejoins Magali pour une séance de trois heures dans une salle de répétition. Se dessine la promesse de nouvelles explorations, de recherches, d'expérimentations régulières. Je n'en dis pas plus pour le moment mais je suis très enthousiaste, très heureuse de cette ouverture. Travailler avec des danseurs, des musiciens, des informaticiens, une céramiste, des plasticiens : quelle chance j'ai !
La journée se poursuit par la création d'une playlist bruitages / lectures pour la Nuit de la lecture de la Vallée aux Loups en partie concoctée par L'aiR Nu, le samedi 20 janvier, dont voici le programme des réjouissances. Enregistrer, bidouiller dans Audacity : j'adore ça (penser à ajouter une bonne résolution pour 2018 : se former mieux au son).
Et donc : Marilyn est dans les choux depuis plusieurs jours, mais les journées ne font que 24 heures...













et il faut établir des devis, répondre aux mails, relancer, organiser les prochains mois. C'est une bonne partie du travail, souvent la plus importante.



















Le jeudi 11 c'est la soirée à la librairie Charybde, rue de Charenton, orchestrée par Gilda Fiermonte. Je poste cette photo d'Isabelle Delatouche pour dire la grande complicité qui me lie à Gilda depuis des années, au gré de nos pérégrinations mutuelles (et merci à Isabelle pour le regard qu'elle pose sur Décor Daguerre et qu'elle m'a fait partager).
Avant la lecture, je suis invitée à passer, dans la même rue, au vernissage de l'exposition de Public averti, un collectif d'artistes créé par Laurent Herrou et Pauline Sauveur qui présente à la galerie Graphem des  photographies de Michel Barrière et Vincent Labaye jusqu'au 4 février. Je ne reste que quelques minutes, évidemment occupée de la soirée à venir et de ce que je vais y lire, mais l'accueil de Laurent et Pauline est très chaleureux, donne envie de suivre cette expérience particulière qu'est l'exposition dans son ensemble, intitulée Ce qui reste_Mitä Jää.














Le vendredi c'est la reprise des 36 secondes sur L'aiR Nu avec, bien sûr, un hommage à POL et à ses auteurs. L'après-midi je me rends à la bibliothèque Desnos, à Montreuil, qui en a fait tout autant. Nous envoyons nos voeux à Maria, à Bratislava, je découvre que "mon" sous-sol a muté, s'est doté de nombreuses cloisons puis je repars joyeuse, comme à chaque fois.




















Et l'écriture, là-dedans ? Pas d'autre écriture cette semaine que celle des mails, de cet article, de mon journal et de ce que je griffonne pendant l'atelier de la Vallée aux Loups le samedi. Pas d'autre lecture que celle des textes enregistrés pour la fameuse "nuit" à venir. J'écoute Julien Maret, dont j'aime tant Rengaine et Ameublement, sur France Culture, ainsi, grâce à un lien de Guillaume Vissac, qu'une fiction de Yoko Ogawa dont l'héroïne a des problèmes d'audition (tiens, tiens...).
Yoko Ogawa fut ma découverte de 2017, ce qui m'a conduite à écrire cet article et à enregistrer cette lecture pour L'aiR Nu, par exemple :



(penser à cet article que je veux écrire sur Ella Maillart pour Bookwitty, cet autre sur Virginia Woolf)
(lire plus, sur tout)











Enfin, le samedi soir il y a, bien sûr, l'hommage rendu à Philippe Rahmy à la Maison de la poésie, soirée orchestrée par Sébastien Rongier, magnifique d'intelligence, de coeur, d'humour, de force. Les textes de haute volée, gravité, légèreté mêlées, les photos, les voix, les propos : tout donne envie, en sortant de la salle, de courir continuer à écrire. Aussi, un très grand merci à remue.net, à tous les intervenants.
(ah, je mets ce petit lien, tiens, et cet autre)



















Sur ce, retour à vous savez qui (il paraît par ailleurs que le Général Instin a été vu avec la chevelure de Marilyn : j'attends ça de pied ferme !). La semaine prochaine, nous irons également faire un tour à Chartres, puis à la Vallée aux Loups.
Bonne semaine à tous.

*

photos : Joachim Séné pour la Nuit de la lecture à la Vallée aux Loups, Inge Morath (Marilyn qui danse), moi (le métro aérien, l'horloge), Eve Arnold (Marilyn endormie), Isabelle Delatouche (Gilda et moi), remue.net et la maison de la poésie, Lawrence Schiller (Marilyn sortant de la piscine).

mercredi 26 avril 2017

Diptyque revient

 
Si vous habitez Besançon, je suis heureuse de vous l'apprendre : Diptyque sera joué au le 4 mai à 20h Théâtre Ledoux. Attention, la jauge est limitée et les réservations se font uniquement auprès de Anne Bouchard : anne.bouchard@les2scenes.fr 
Pour ma part, j'y serai, très contente d'assister de nouveau à la représentation et de retrouver toute l'équipe de Pièces détachées, d'autant que j'arrive avec une bonne nouvelle : le texte que j'ai écrit, plus long que les fragments entendus sur scène, paraîtra le 16 novembre prochain aux éditions publie.net sous le titre A même la peau. Deux versions seront disponibles, l'une papier, l'autre numérique.

Ainsi, à partir de maintenant, Diptyque se réfère à la pièce chorégraphique, A même la peau au texte. Et pour être complète, j'ajoute que la première partie, D'ici là, devient dans le livre A l'approche, tandis que la seconde, L, est maintenant intitulée En pièces.

Et comme une bonne nouvelle ne vient pas seule, j'ajoute que d'autres projets avec la compagnie sont en train de naître... C'est peu dire que je m'en réjouis !

(photo de la compagnie Pièces détachées)

mercredi 5 avril 2017

Autre facette de 2013

Tandis que paraît Décor Daguerre, croisement de l'année 1975 et de l'année 2013, je fais du rangement dans mes archives et tombe sur ces notes prises à Besançon durant le festival Les Petites fugues à la fin de cette année 2013. Peut-être ai-je pensé à un moment les utiliser pour clore le livre, je ne sais plus. Ce qu'elles me disent aujourd'hui, c'est ce que j'ignorais alors : la présence de Caroline Grosjean dans la salle lors de ma présentation de Décor Lafayette, sa découverte de mon livre sur les Cowboy Junkies, puis notre travail commun l'année suivante au sein de la compagnie Pièces détachées.
Trois ans et demi plus tard,  alors que je retrouve ce texte, me rappelant le travail avec les danseurs, nos incursions à Belfort, Saint-Claude, Fougerolles..., voici ce qui apparaît devant moi : 
- la programmation de Diptyque au Théâtre Ledoux de Besançon le 4 mai, ville où je vais donc retourner
- la parution le 15 novembre prochain du texte de Diptyque aux éditions Publie.net sous un nouveau titre que je cherche encore
- l'invitation à participer aux deux nouveaux projets de Pièces Détachées, Exit 87 et Honeycomb.

Que se passe-t-il quand on rentre de tournée, demande le texte. Tout ce qui, invisible alors, très longtemps après finit par se dérouler. Ce n'est pas question de patience. En tout cas, elle ne suffit pas. C'est le présent du café, de la chambre d'hôtel qui comptent.













En tournée

Besançon, Iguane café, novembre 2013

Ne voir presque rien. Regarder les visages, distinguer des accents, tandis que les corps engoncés dans les pulls, polaires, manteaux, accélèrent, s'engouffrent, disparaissent en ouvrant des portes.
Passer devant le Musée du Temps, dont les arcades, la cour attirent – mais quoi, pas le temps ? Quels choix fait-on ?
Songer à ceux qui ont vécu ici, y viennent, tournent, s'en vont. Ces deux-là, au café, à la table d'à côté, parlent logement, Paris, Strasbourg. Ils sont peut-être comédiens, musiciens. Ce serait facile de les croiser ici ou là, à l'est, à l'ouest, au centre.
Une petite heure à écrire sans savoir quoi, se souvenir des montagnes de la veille, dans la nuit, des tournants, des cuisines éclairées, des décorations de Noël.
Apprendre au bout d'un moment que les musiciens travaillent pour la Croix rouge, en réalité : existences inventées des voisins de comptoirs, de bars, multiplicité des possibles qui continue d'émerveiller. Pourquoi l'écrire, ne pas l'écrire ?

Revenir au café le lendemain, la musique a changé. Continuer d'écrire dans une chambre d'hôtel sur cour et sous les toits, au bout d'un long couloir en regrettant de ne pas voir la ville, de ne rien regarder. Par la fenêtre une verrière, des façades imbriquées, du ciel, de la montagne. Les oiseaux cessent de chanter quand ils sentent le déclic de l'appareil qui cherche à capter, à figer. On entend à peine leur vol. 

Que se passe-t-il ensuite, quand on rentre ? Quand on a parlé de son travail sans discontinuer (de ce qu'on a créé, monté de toutes pièces parfois des années plus tôt), quand on a été accueilli dans plusieurs villes, fait tant de rencontres, que se passe-t-il à descendre du train, prendre le métro et ouvrir la porte de chez soi ? A-t-on envie de se jeter sur le lit, ou sur le train suivant, par difficulté à se délester de la tension nerveuse ? Ici, dans la chambre de l'hôtel au bout du couloir, tout est calme : est-ce un calme identique à celui d'une vie perçue comme ralentie une fois la clé dans la serrure ? (ralentissement, linéarité illusoires). Ici, dans le salon, c'est encore mieux que dans la chambre : une haute et large fenêtre arrondie coupe la tête des passants jetés dans un froid rapide – un couple à double bonnet gris, une brune qui regarde ici, boucles au vent. Café, silence, un peu de temps, luxe absolu.











mardi 8 mars 2016

l'écriture invisible #2

Mon premier article sur ce que j'ai appelé l'écriture invisible m'a valu un nombre de visites important, ce dont je vous remercie. Depuis, on m'a suggéré l'idée d'en faire une suite, de ne pas laisser la réflexion en suspens. Voici donc quelques pistes, pensées qui me sont venues après la vision et l'écoute de vidéos de la compagnie Pièces détachées. L'écriture invisible ne se réduit pas nécessairement à l'absence de publication. Elle peut faire également partie d'un processus artistique. 

Ainsi, la première vidéo, qui est en réalité un fichier son, permet d'entendre en intégralité le début du premier tableau de Diptyque, intitulé D'ici là (nommé, parfois, Ce corps-ci ce corps-là). Lorsque la pièce est jouée, on n'a pas accès à tout ce texte, simplement à des bribes, mêlées à d'autres passages que je ne lis pas ci-dessous. Sur scène, ce qu'on entend, c'est une re-création, choix de Caroline Grosjean, la chorégraphe, qui a pioché ce qu'elle voulait où elle voulait. 
Cette lecture de D'ici là est par ailleurs un objet unique et clos puisqu'elle a été effectuée à mi-parcours avec le guitariste Rémi Aurine-Belloc qui, finalement, est intervenu sur le second tableau, pas le premier. Pour l'instant, vous ne pouvez pas l'écouter directement ici (j'ai demandé à pouvoir le faire, intégrerai un nouveau code dès que je l'aurai). Mais en cliquant sur le lien une fenêtre s'ouvrira - et je trouve assez drôle de voir un Sorry s'afficher ainsi sur mon article, vu le sujet !
L'enregistrement dure six minutes.


AUDIO - live-A.Savelli-R.AurineBelloc from pieces detachees on Vimeo.

C'est le créateur sonore Zidane Boussouf  qui, finalement, a travaillé sur ce premier tableau. La vidéo ci-dessous permet à la fois d'entendre sa proposition et de saisir cette histoire de bribes dont je parlais tout à l'heure. Je l'ai déjà postée ici mais il me semble qu'elle prend un relief différent si on la regarde à la suite de la lecture initiale avec Rémi.


d'ici là from pieces detachees on Vimeo.

Rémi a donc finalement joué sur le second tableau, intitulé L. Vous ne pouvez pas vous en rendre compte, mais le texte de L est assez long. A l'origine, c'est même une fusée à trois étages. Premier étage (celui que Caroline a conservé mais dont elle n'a, encore une fois, utilisé que des bribes) : la description de photos ayant toutes pour sujet le même modèle, une femme vue en noir et blanc, dont on comprend qu'elle est dotée d'un physique assez exceptionnel et qui entretient avec le photographe des rapports étroits, sans qu'on puisse déterminer précisément lesquels (séduction ? rivalité ? émulation ? soumission ?). Deuxième étage : ce que je dis de cette femme hors séances. Troisième étage : l'évocation du lieu où j'écris le texte, me fondant sur un livre de photos que je feuillette. L désigne le livre.
Sur scène, dans la vidéo ci-dessous, ce qui émerge ce sont en particulier deux citations :
A bien y regarder, et pour qui te connaît, ton ombre paraît plus réelle que ton corps. Faut-il que tu t'inquiètes ? repris par Magali Albespy sous la forme chantée Should you worry ?
et
De la dérive et du contrôle, il devrait être un peu question, martelé par Vidal Bini avant qu'il ne soit censuré par Mathieu Heyraud. J'avais indiqué à Caroline que dans mon esprit, cette phrase était à peu de choses près lancée à la gueule du lecteur, mais ce fut ma seule intervention. 


L - second tableau de diptyque from pieces detachees on Vimeo.

Ce que j'ai écrit, et qui équivaut à cinquante-cinq pages de livre environ, ne peut évidemment être lu ou dit en intégralité sur scène. C'est un matériau pour la chorégraphe. Mais c'est aussi, pour moi, un texte complet. J'y tenais, j'en avais besoin. Caroline cherche en ce moment à le faire publier en intégrant sons et images, trouvant une forme qui permette de comprendre ce passage du texte entier aux bribes.
A suivre, donc.

dimanche 3 janvier 2016

D'ici là (Diptyque, premières vidéos)

Que la nouvelle année danse, je vous le demande, que désirer de mieux ?
Caroline Grosjean m'a envoyé, hier et ce matin, deux vidéos qui présentent le premier tableau de Diptyque, intitulé D'ici là. C'est avec joie et fierté que je les poste ici, accompagnées de mes voeux et du désir de continuer à écrire et faire de telles rencontres, toujours.



D'ici là c'est, de mon côté, une série de textes dont le premier a été inspiré par une proposition de la revue du même nom à partir d'une citation des Illuminations de Rimbaud avant que je n'entame ma collaboration avec Pièces détachées. J'ai ensuite écrit six textes de plus, les ai confiés à Caroline Grosjean qui en a prélevé des fragments, s'en est servi comme d'un matériau, comme on peut s'en rendre compte. 

J'aime beaucoup cette idée du texte-élément, texte dont on n'entend qu'une partie, extraits tirés de passages qui n'apparaissent pas dans l'ordre. La série des sept D'ici là obéit à un rythme très régulier, sans heurt, qui n'a plus vraiment lieu d'être lorsqu'elle devient danse. Le second tableau, L, est très différent, du moins dans l'écriture - je ne peux en dire plus pour l'instant, il me faut attendre le 9 janvier à Bouxwiller pour savoir ce que Pièces détachées en a fait !

Mon interface n'étant pas idéale pour l'intégration des vidéos, n'hésitez pas à les passer en plein écran ou à cliquer sur les liens d'ici là situés dessous pour les voir dans de meilleures conditions, et même les partager -  que 2016 soit entre autres l'année de diffusion de Diptyque all over the world, n'est-ce pas ?

Je vous embrasse, vous souhaite une année 2016 libre et vibrante.

mercredi 26 août 2015

Diptyque : écrire pour la danse, une histoire particulière














C'était en novembre 2013, à Besançon. Invitée au festival Les Petites fugues, le dernier ou l'avant-dernier jour, lors de ce qu'on appelle un temps fort (je me demande si je n'ai pas appris l'expression à ce moment-là), je devais parler de Décor Lafayette sur la scène de la Rodia.
Dans la salle se trouvait Caroline Grosjean, danseuse et chorégraphe, créatrice de la compagnie Pièces détachées. Elle n'était pas venue pour m'écouter, ne me connaissait pas. Mais elle avait le projet de Diptyque en tête, et l'idée de travailler avec un écrivain. Nous ne nous sommes pas rencontrées à ce moment-là.
Quelques mois plus tard, Caroline m'a contactée. J'animais des ateliers d'écriture à la Gaité Lyrique, à Paris, elle est passée en fin de séance. Nous avons pris un café à côté de la Gaité et commencé à discuter. Je me souviens que j'avais la sensation de voir trouble et je pense que c'était dû à l'impression trouble, en effet, de me lancer dans l'inconnu  - parce que bien sûr, je venais de dire oui. J'en ai déjà parlé, je crois : j'aime beaucoup, j'aime énormément tenter de faire ce que je ne sais pas faire (c'était également le cas quand j'étais journaliste, ou travaillais dans la communication). Bien sûr, il ne s'agit pas d'aller improviser une conférence sur la physique nucléaire, on en reste à des domaines proches. N'empêche : j'aime savoir que je ne sais pas à l'avance, qu'il va falloir bricoler, trouver des solutions ou peut-être, plus exactement, une clé pour que la serrure tourne, que la porte s'ouvre - tout cela alors que les autres s'imaginent que vous savez faire... J'aime ce vertige, cette inquiétude qui n'est pas de l'angoisse, ne paralyse pas mais au contraire aiguillonne, donne envie d'avancer.
Ce que me disait Caroline, j'avais la sensation de le comprendre tout de suite, aussi.

Je ne vais pas voir un spectacle de danse tous les quinze jours. Je ne sais pas comment "écrire pour la danse", ne suis ni danseuse ni chorégraphe. La danse contemporaine ? Pour moi, tout commence par ce souvenir : la découverte de Carolyn Carlson à seize ans, et plus particulièrement de Chalk Work, il me semble.



Je me suis d'abord concentrée sur ce qu'il y avait de plus évident : qu'il s'agirait d'une commande de deux textes distincts. J'ai lu le projet de Caroline, ai commencé à réfléchir. Elle a travaillé de son côté, en particulier sur Cowboy Junkies (puisque je n'avais encore rien écrit pour Diptyque), maquette qui a été présentée à l'abbaye de Royaumont en août 2014 et que je n'ai pas vu, si ce n'est en vidéo.


(On ne s'en rend pas compte ici mais elle a utilisé les premières pages de mon livre, qui évoquent un pique-nique sur les pelouses de la Villette et une séance de cinéma en plein air)

Un an après les Petites fugues, en hiver, donc, retour à Besançon. Caroline avait décidé que la première chose à faire, pour engager vraiment ce diptyque, c'était de m'intégrer du mieux possible à l'équipe. C'est pourquoi durant plusieurs jours nous avons lu, écrit, mangé, parlé, dormi, ri, nagé (eh oui) et marché sous la pluie.


































Les gens qui me connaissent le savent déjà, j'en ai parlé à plusieurs reprises : ça a très bien fonctionné. Tout de suite, quelque chose de particulier s'est tissé avec chaque personne de l'équipe - à Besançon, les danseurs Magali Albespi, Vidal Bini et Mathieu Heyraud et le guitariste Rémi Aurine-Belloc, plus tard le concepteur lumière Benoît Colardelle et le créateur sonore Zidane Boussouf.



















(ici, Vidal incarne Dita Kepler dans Ile ronde)
Je me souviens de Magali dansant dans et avec un grand cadre jaune tandis que je lisais un passage de Franck situé à la mer ; d'avoir, comme les danseurs, écrit allongée sur le tapis noir du studio ; d'avoir lu un texte paru dans la revue d'ici là accompagnée par Rémi à la guitare ; du bruit des gouttes de pluie sur le toit ; de notre sortie commune à la piscine ; de notre marche dans Besançon, le dernier jour, un baladeur sur les oreilles, suivant les instructions de Caroline, mélange de gestes à effectuer, d'extraits de textes enregistrés et de musique qui m'ont immédiatement donné l'impression de faire partie du groupe, de cette chorégraphie

(à de nombreuses reprises, en travaillant avec eux, j'ai eu la sensation d'avoir une chance inouïe)
tandis que la pluie tombait de plus en plus dru et que j'ai dû me précipiter pour prendre le train du retour sans avoir le temps de dire au revoir à tout le monde. Comme si grimper à bord était le dernier mouvement de cette danse-là.
(chacun ou presque, dans la troupe, vit dans une ville différente)



















Un mois plus tard, en janvier 2015, nous nous sommes retrouvés à Paris, au théâtre de l'Etoile du Nord, pour une toute première présentation du travail. Je devais lire ce texte écrit pour la revue d'ici là (intitulé maintenant ce corps-ci ce corps-là) avec Rémi, m'y étais préparée. Nous devions intervenir durant deux jours : les 7 et 8. J'ai déjà raconté ici ces journées, et comment j'ai lu également autre chose...

Puis ce fut la résidence à l'écomusée de la cerise de Fougerolles, sans rapport avec Diptyque puisqu'il s'agissait à la fois pour la compagnie de réinvestir la pièce précédente, P/A/R/T/I/T/I/O/N/S, et pour moi de travailler avec Zidane, écrivant du texte directement sur place en "intégrant" Dita Kepler au musée, utilisant au fur et à mesure les éléments que j'y trouvais. 














Ce travail-là, je l'avais déjà effectué au Cent Quatre, d'une certaine façon. Il se fait dans une tension particulière, née de plusieurs contraintes : trouver rapidement quoi écrire et comment, le restituer au bout de quelques jours à peine alors que c'est encore tout frais et qu'une publication, plus tard, n'est pas envisagée. 
Je me souviens de Zidane nous demandant de lui proposer des refrains entêtants, dont il réutiliserait ensuite quelques notes sifflées (ce fut le générique de La petite maison dans la prairie qui gagna !) ; de la façon dont il disposa de petites enceintes dans le musée, créant, avec toute l'équipe, un parcours que les visiteurs étaient invités à suivre ; d'un papier peint à feuilles vertes ; de confiture à la cerise noire ; du crash de l'avion au stewart fou dont on suivait l'histoire, le soir, à la télé ; de Magali et Caroline vêtues de bleu dans le champ vert. 



















Lorsque nous nous sommes retrouvés en avril, en résidence à la Fraternelle de Saint-Claude, j'avais avancé : je savais ce que je voulais faire pour chacun des textes, avais écrit une bonne partie du premier (ou peut-être même tout, je ne sais plus) et commençais à mettre en place le second, intitulé L, projet que j'avais en tête depuis plusieurs années, lié à une série de portraits photo à modèle féminin unique. Cette fois, cependant, j'avais besoin de me mettre à l'écart, de ne pas passer tout mon temps avec les danseurs pour tester ce second texte, le mettre à l'épreuve. 
Tous les jours, je leur disais : je vous rejoindrai quand j'aurai assez travaillé. Mais je ne le faisais pas, trop occupée par l'écriture. A un moment, une question précise s'est posée : fallait-il que je mentionne ou non les villes où les photos étaient prises ? C'était très important, a conditionné la suite de mon texte, je m'en suis rendue compte le mois suivant. Je me suis décidée en discutant avec un des danseurs (Mathieu, en l'occurrence), qui m'a simplement écoutée, je crois : moment précieux entre tous.



















Je me souviens des dîners dans la cour de la "frat'", de tout ce que les danseurs m'ont appris de l'histoire de la danse contemporaine, de l'émission de radio que nous avons faite avec Caroline, des enregistrements avec Rémi et Zidane, de la performance qui a eu lieu en sous-sol le dernier jour à partir du premier texte et dont il a conditionné la fin - tiens, preuve que je ne l'avais pas terminé en arrivant à Saint-Claude, en fait. Magali, Vidal et Mathieu allongés par terre, enroulés lentement les uns sur les autres, au centre dun cercle de spectateurs assis. De la vue sur le flanc de la montagne. De nos bagages empilés dans la cour. Des cartes postales envoyées.















Puis ce fut juin, à Belfort. Je commençais à prendre de petites habitudes : voyager en train avec Magali, parisienne elle aussi, par exemple. Ca n'allait pas durer puisque c'était la dernière de nos résidences ensemble. N'empêche...
A Belfort, grande maison, très beau studio de répétitions.















Je me souviens des gradins, desquels j'ai pris ces photos à l'ipad (les belles photos de cet article sont de Benoît, le plus souvent, et les granuleuses de moi. Cela fait longtemps que je ne me suis pas servie de mon appareil. Est-ce parce que j'écris sur la photo, précisément, en ce moment ?) et quelques enregistrements. Des danseurs qui, pendant mon absence, avaient traduit des phrases de mon texte en anglais et les chantaient dans le studio, au micro. De la longue cuisine sous les toits où aller écrire tranquille. D'avoir marché dans les rues, seule et heureuse. Cette fois, je "savais" que le texte, sauf catastrophe, allait aboutir, ce n'était plus qu'une question de persévérance et de minutie. D'ailleurs, je l'ai rendu à Caroline le mois suivant, en avance sur mon planning. 

Je n'étais plus là lorsque la compagnie a ouvert ses portes au public à la fin de la semaine. Pas plus que je n'étais présente, en août, au Luxembourg, lorsqu'à nouveau des passages de Diptyque ont été présentés. 



















J'ai appris dès le début à lâcher mon texte, à le confier aux danseurs qui n'en utilisent que des bribes. A Saint-Claude, ils se sont mis à rire quand je leur ai annoncé qu'il devrait faire une cinquantaine de pages (ce qui est le cas) : bien trop long pour qu'ils puissent le lire, le faire entendre en entier... De mon côté, par nécessité de créer un ensemble, je ne pouvais faire moins.
Je me suis servie d'éléments venus d'eux, ou de cette expérience : leur performance à Saint-Claude, le trajet Belfort-Paris, par exemple. On en trouve des bribes, pas davantage : comme je l'ai dit, au fond, je savais déjà où je voulais me rendre (en tout cas pour L) quand j'ai commencé. Mais j'ai intégré des choses, tenté d'introduire une certaine souplesse. Elle contraste, je l'espère, avec la description quasi abstraite des photos, dont le noir et blanc hiératique n'a pas toujours été simple à appréhender.

Voilà. Je n'ai plus qu'à me rendre, le 9 janvier prochain, à la première de Diptyque au théâtre de Bouxwiller, en Alsace, sans savoir exactement ce que j'y verrai. Le texte correspond aux attentes de Caroline, je crois : c'est tout ce que je sais, pour l'instant. Je m'imagine en janvier installée dans la salle, comme n'importe quelle spectatrice... 
Je me suis achetée un beau livre sur les relations entre danse et littérature contemporaine. Pour l'instant, je ne l'ai pas ouvert... Au moment où j'écris ces lignes, flotte simplement dans mon esprit l'idée de retravailler un jour avec certains de ceux que j'ai rencontrés (pourquoi pas tous, d'ailleurs ?). Il y a tant à faire.

mercredi 13 mai 2015

La fraternelle #3















Il semblerait que le troisième jour de résidence soit jour de fatigue et de sommeil plus agité - de travail intense, aussi. C'est pourquoi le billet de ce soir sera très léger, ne contiendra pas plus que : 
- la photo de cet homme qui danse en changeant les affiches de cinéma
- la mention des six cartes postales envoyées ce matin (je n'en ai plus en stock)
- la satisfaction de voir avancer mon texte, même lentement
- l'émotion, toujours, quand en silence j'aperçois les danseurs et tente d'imaginer le lien avec ce que j'ai écrit, que je sais qu'ils ont lu
- une bonne nouvelle : la lecture programmée de Décor Daguerre, avec projection de Daguerréotypes, le 15 octobre prochain dans un cinéma près du lac de Grand Lieu, grâce à Arnaud de la Cotte.

mardi 12 mai 2015

La Fraternelle #2















C'est un jour de très beau temps, toujours, mais aussi de rumination sur le texte en cours (la seconde partie du diptyque, intitulée L). Pas très contente le matin, je le regarde d'un oeil suspicieux, me demande si le fait de faire apparaître un nom propre - un nom de lieu, exotique, pour être plus précise - ne crée pas un mouvement de bascule, ne va pas le dénaturer. Si de ne pas nommer ne serait pas, d'un autre côté, un peu trop commode, donnerait un côté épuré, à l'os, inattaquable à l'ensemble bien confortable en réalité. Bref, je me pose des questions type les-mains-dans-cambouis, ce qui est, de mon point de vue, l'une des choses les plus excitantes de la terre. J'adore ça, oui : rien de plus vivant, de plus ancré à la fois dans la réflexion et l'action, le sensible.














Je descends dans la cour pour le déjeuner sans avoir vraiment résolu la question, moins encore gagné la bataille. D'habitude, je ne dis rien tant que je n'ai pas trouvé et pas moyen alors de me faire décrocher un mot. Là, je raconte ça à Mathieu, l'un des danseurs. Son écoute attentive ne me donne pas la solution, qui ne viendra que du texte. Mais quelque chose se dégrippe, s'assouplit.















L'après-midi, tandis que je me bagarre et décide d'intégrer la question posée par le nom propre au texte lui-même (au-delà de l'anecdote l'exotisme fait sens, dans ce que je veux écrire. Il n'y a donc pas de raison a priori de l'écarter), je reçois un coup de fil, qui m'apprend que je fais partie des quatre finalistes candidats à une résidence d'écriture. Grand oral la semaine prochaine, en fin d'après-midi, au retour d'une journée d'atelier au Havre... 
Je me dis que ça ne va pas être gagné de se concentrer durant les prochaines minutes et me mets en quête des danseurs, qui doivent se trouver au sous-sol. Contrairement aux autres fois, je ne travaille pas directement avec eux, plutôt à coté. En attendant, je suis bien partie pour me perdre, c'est labyrinthique, par ici ! Je ressors sans les avoir vus.














Retour aux fondamentaux.




Trois personnes se sont fait connaître, suite à mon appel d'hier. J'achète un lot de dix cartes postales, effectue quelques allers-retours pour trouver des timbres, les écris. 
Il est temps de les poster, de s'occuper des Bruits. De retrouver les danseurs, peut-être ?

lundi 11 mai 2015

la Fraternelle #1

Et voici que le nouvel épisode du journal de la danse s'avance : avec la compagnie Les Pièces détachées, nous sommes jusqu'à samedi à Saint-Claude, dans le Jura. Plus exactement, à la maison du peuple La Fraternelle, dont je prendrai certainement davantange de photos un autre jour, mais dont voici déjà une partie de la cour :















Fraternelle qui compte des appartements, un cinéma, des studios d'enregistrement et de répétitions, un bar, et où nous sommes annoncés :



















Si on regarde maintenant la première photo d'un peu plus près...















on voit bien qu'en effet nous avons débarqué (une chorégraphe + trois danseurs + un créateur sonore + moi + un guitariste et un éclairagiste à venir + de quoi manger pendant une semaine).
Et voici la cour de l'autre côté (on distingue Magali Albespy de dos et Caroline Grosjean en couleurs)















Des conditions de travail terribles, n'est-ce pas ? 
Un oloé qui me semble parfait, oui, que ce soit en terrasse ou à l'intérieur du café.















(nulle chanson de Nostalgie dans l'air)
Ensuite, quand on sort dans la rue 















c'est Las Vegas, voyez.
(et dire que j'ai réussi à travailler, cet après-midi !) (joie)
J'aimerais, si je peux, tenir ce journal de la Fraternelle toute la semaine. Nous verrons bien : avec les Pièces détachées, c'est souvent intense et de mon côté j'ai beaucoup de boulot sur le texte à venir. Bref...

*

(PS : ce matin, soudain, une envie : proposer à qui veut, passe par ici et me donne son adresse en privé de lui envoyer une carte postale en lui décrivant simplement les lieux. En lui demandant peut-être en retour de photographier cette carte à l'endroit de son choix. Ce serait une jolie façon de retourner la proposition d'il y a cinq ans, me disais-je... Mais je ne sais pas si j'aurai le temps. C'est pourquoi je le dis tout bas, en fin de billet, sans insister davantage. Là encore, nous verrons - d'autant que les cartes vues aux alentours n'égalent pas celles que m'envoyaient Maryse, il vaut mieux le savoir ! A suivre, peut-être)