l'horloge de la gare de Chartres

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vendredi 22 septembre 2017

Les 25 ans de l'Attente à la Maison de la poésie











Vous êtes à Paris ou dans la région ?
Vous voulez rencontrer des éditeurs beaux et intelligents depuis 25 ans et qui d'habitude se trouvent à Bordeaux ?
Ecouter Marie Borel et Philippe Annocque lire des extraits de leurs livres ?
Vérifier par vous-même si mon cauchemar de cette nuit (feuilleter frénétiquement Décor Daguerre sans jamais retrouver ses marques tandis que tout le monde attend et que les pages laissent entrevoir ce qui, en réalité, n'y est pas, évocation d'autres lieux, photos, etc) ?
Entendre le petit montage audio, radio pirate 70, que j'ai concocté pour l'occasion ?

Bienvenue !

vendredi 23 décembre 2016

rails, visages, façades et courbes


Apparences (4K) from Claire&Max on Vimeo.

Découvrant à l'instant cette vidéo sur un réseau social, avant même de lire l'article qui l'accompagne je me souviens d'une phrase de Fenêtres écrite il y a maintenant quinze ans, où j'imaginais faire tomber du doigt les façades des immeubles tout en poursuivant mon trajet sur la ligne 2.

Il ne s'agissait pas, comme ici, de révéler en creux quelque chose du Paris touristique, image véhiculée par les films de Woody Allen, par exemple. C'était, dans un même mouvement, faire de la ville un jeu de construction, ôter la façade comme chez Perec et s'abstraire de la brutalité, de la violence de l'environnement dont je ne parlais pas dans le livre.
C'était encore quitter le chemin tracé sans le perdre, sans descendre du wagon ni balancer par-dessus bord un travail dont j'avais besoin. Se dire qu'on pourrait imaginer ce qu'il y a derrière les façades sans vraiment le faire, ou alors très vite, placer un paquebot, une grotte, une prairie. Voir large, surtout dans les courbes c'était ça aussi me disais-je tandis que le métro retournait sous terre.

L'année 2016 aura été très très peu voyageuse, je m'en rends compte ces jours-ci. Manquent les lieux inconnus, les sensations nouvelles qu'il serait bon de temps à autres de trouver ailleurs que dans l'écriture et les rêves. Ne pas réduire le champ, jamais. 


Pour l'instant, être là encore, à New York, à tourner autour du sujet. Pour découvrir ce qu'il y a derrière le masque ? Non, non, au contraire : travailler la surface sans discontinuer.

Terminer ce livre, lui trouver une place et partir. Vouloir partir, comme mon personnage d'Une ville au loin mais sans se dépouiller de tout au point où il le fait - ne lui reste au bout d'un moment que la ligne abstraite des champs à travers la vitre du train. Tout englober, tout prendre, comme au temps des grands magasins.
Tout observer : juste un peu plus loin.

vendredi 9 septembre 2016

Journal de l'été #10


Pas de nouvelles de l'automne sentimental, j'ai assez relancé pour ne pouvoir plus faire qu'attendre, me sens parfois comme cet homme qui déjeune, seul/e à regarder en face ce qui bouge et avance. 


Marilyn avance, cependant, et tandis qu'elle accède au rang de mythe je me promène de chantier en chantier, m'en vais répondre à des enquêtes rémunérées, parfois créatives, quand il s'en présente. On m'offre du thé ou du jus d'orange, me demande mon avis sur une offre à venir, un projet de partenariat. Je dis que je suis biographe, après tout ce n'est pas faux me fait remarquer Marilyn qui me coince en 1953, m'oblige à retourner en arrière, aime bien venir causer travail, elle aussi. 


Tiens, en voici un autre, de biographe, qui réinvente son Rimbaud, en fait un Nicolas. Un ami avec qui parler écriture, donc travail, mais si. Le journal de l'été c'est encore la lecture de son livre (pas le Ricardou vintage en photo !), chaque matin dans un canapé.


Quant à ce qui bouge et avance, à Colonel Fabien, face à celui qui déjeune seul, qu'est-ce que ça pourrait être ? Peut-être l'homme d'Irlande des Oloé, sur la place depuis des années avec sac, yeux baissés, mutisme permanent. Parfois il apparaît quand on ne s'y attend pas. Est-ce que cet homme avance ? Peut-on le dire ? Travaille ? Travaille qui ? Moi, peut-être ?


Et nous revoilà partis boulevard de la Villette, passant devant la bibliothèque Villon, oscillant entre pluie et soleil, journal d'été et automne inconnu, quelques photos faisant charnière.

vendredi 26 septembre 2014

Laisse venir : à venir le 1er octobre























Laisse venir paraît le 1er octobre prochain aux éditions La Marelle / Le Bec en l'air, dans la collection Résidences. C'est un texte que nous avons écrit, avec Pierre Ménard, il y a déjà deux ans et dont le principe est simple : effectuer en dix étapes un trajet Paris-Marseille, voyage virtuel nécessitant seulement un accès à Google Street view. Je n'y reviens pas cette fois-ci car nous en avons déjà parlé tous deux, que ce soit ici ou sur Liminaire, le site de Pierre. Et surtout, Pierre vient de concocter une très belle vidéo de présentation, que voici :



Ce que j'aimerais plutôt, au moment où le texte est enfin accessible, c'est expliquer comment travaille le temps : celui qu'on passe à effectuer des recherches et à écrire le texte ; les strates de temps que celui-ci contient ; le temps de Street view lui-même ; le temps écoulé depuis la fin de la rédaction (joue-t-il ou non sur la perception qu'on en a ?).













Je ne sais plus combien de temps m'a pris ce texte, très différent de celui de Pierre et plus court que le sien. Ce dont je me souviens, ou plutôt crois me souvenir, c'est de l'avoir écrit dans mon lit, et que la recherche d'images comme la rédaction m'ont semblé longs, denses. Je ne sais plus si j'écrivais sous ou sur ma couette, ou alternativement, ce qui a son importance. Sous la couette : au chaud, encore proche du sommeil, du rêve, un état qui permet de se sentir en sécurité, de pouvoir laisser émerger les souvenirs sans rien qui attaque. Au-dessus : en position semblable, mi-assise, mais déjà plus près du bureau, de la chaise, de l'air frais qui pourrait entrer par la fenêtre, circuler, obliger à se lever. 
Laisser venir les souvenirs : d'enfance, de jeunesse, de fantasmes, de voyages, de vacances, de travail, mais de passé très proche aussi.
Laisser venir des images de la ville qui n'ont rien de commun avec celles des souvenirs. Et même celles de villes où l'on n'a jamais mis les pieds, dont le nom, seul, importe.












(ici à Sète la rue du chant des vagues)

Ecrire, donc, dans le lit et chercher sur Street view à capturer ce qui permettra de faire avancer le texte, de rebondir, de se projeter. Voilà qui prend un temps fou, car que choisir ? Un lieu dont on a l'image exacte en tête, comme ce fut le cas pour Auxerre par exemple (en retrouvant une place où je buvais un café, instant de pause d'un trajet, j'ai eu l'impression d'une incursion directe dans ma mémoire) ? Ou un arpentage permettant de se perdre, de longer des rues jamais vues ? A Sète, j'ai découvert un couple d'amoureux s'embrassant sur un boulevard et je l'ai tout de suite perdu, ne l'ai jamais retrouvé, malgré mes recherches. 
(si ça vous dit, n'hésitez pas : c'était près du port)












(quelque part par là)

Cependant, je n'ai pas seulement convoqué des souvenirs. Je me suis servie des images, mais aussi du présent, celui de l'écriture. A l'époque, même à avoir déjà écrit Décor Lafayette, la parution de Franck m'occupait encore, des mois après. Ou plutôt ce qui m'occupait, c'était l'état d'intensité dans lequel la publication de ce livre m'avait mise : quelque chose de très fort mais aussi d'épuisant. Comment rester à ce niveau-là ? me demandais-je. Et était-ce souhaitable ? Je sentais bien que non mais sans vouloir que ça s'arrête : ce qui s'insinue dans les souvenirs de Laisse venir.












Le présent seul s'en est mêlé, de toute façon : alors que je devais aller parler de Franck à la médiathèque de Saint-Etienne, rencontre qui était prévue depuis l'année précédente, ma grand-mère est morte. Il se trouve que c'était sa ville... Il a fallu, en quelque sorte, faire un double voyage. Ainsi, le brouillage vie / écriture tresse le texte de Laisse venir, lequel est troué, elliptique, oscille entre enfance, jeunesse, fiction et adresse à un tu qui change de nature, représente parfois quelqu'un, parfois un texte, parfois l'auteur du texte. Des pertes de repères qui disent, je crois, ce qui travaille en nous quand nous finissons d'écrire et portons le livre : ce qui traîne encore, ne s'efface pas.



Oui, c'est ça, quelque chose travaille, quelque chose que j'ai d'abord nommé il dans mon chapitre sur Paris - au début du voyage, donc. Il c'est l'autre : le texte, le lieu, le monde, les livres des autres, ceux qui les écrivent et ceux qui nous lisent : tout ce qui déclenche en nous quelque chose de neuf, nous remue, nous fait tanguer. Mais comme c'est abstrait, ce il, difficile à cerner, en écrivant j'en ai fait un tu.













(le tu contenu dans Laisse venir)

Quelque chose demandait à être nommé tout en continuant d'échapper alors j'ai joué sur les pronoms, sur leur ambiguïté : abstraits, interchangeables et pourtant liés à un être, à un objet, à un lieu. Je me souviens : j'ai retravaillé plusieurs fois le passage où j'évoque ce moment de bascule sans jamais pouvoir m'y confronter vraiment, me bagarrer avec. Drôle d'expérience.
C'est que Street view est l'étrangeté même : un miroir soi-disant fidèle du réel - mieux : du réel du monde entier - et c'est conjointement une source de fiction. Ce qu'on voit n'y est plus et nous n'y sommes pas. A jamais ailleurs, à jamais absents.
Street view est le monde sans nous. L'après nous. Et où sont nos traces ?
































Deux ans après, que reste-t-il en moi de ce texte ? Je ne sais pas, je continue de ne pas le savoir tandis que je relis les épreuves, supprime des sauts de ligne, me pose des questions sur les notes en bas de page. Il m'échappe continuellement. J'ai beau le connaître presque par coeur, je ne sais toujours pas d'où il vient, où il va. J'ai suivi le conseil de Pierre, qui a choisi le titre : j'ai laissé venir. J'aurais pu l'écrire autrement, en proposer d'autres versions. Il aurait pu être plus unifié, narratif. Mais non. Il a fallu qu'il vienne comme ça, avec ce qui résistait, ce qui insistait.

Il commence dans le métro, "en vrai", à Paris, se poursuit dans deux villes de banlieue que je confonds, où je ne suis jamais allée (Antony, Asnières). Puis on part en voiture (Auxerre, Dijon, Lyon). Puis dans la petite enfance (Saint-Etienne, Béziers, Valras-Plage). Ensuite on reprend la voiture, on s'arrête à Sète. Enfin, c'est Marseille en train.












On y trouve, de mon côté :
un thé à goût d'huître, des amours secrètes, la villa Arpel, une maison floue, un chocolatier, une bague oubliée, des avions de chasse, un manteau rouge, des chambres d'hôtel, deux oncles, un photomaton, un détour par Rouen, un grand-père qui ne veut pas se baigner, un café sur le port, un masseur dans le train.

Et chez Pierre, par exemple :
Une pile de pont, le passage du Désir, des dolmens, un château, une main tendue, une porte qui claque, le Café des sports, deux salons de coiffure, des platanes, une femme qui regarde dans un télescope, une anecdote sur Carcassonne, un étang d'or, les marches d'un grand escalier...












Tout cela est traversé par le temps de Street view, avec ses saisons, ses années qui diffèrent selon le moment où roule la street car. Et je ne suis pas très étonnée d'avoir choisi, pour illustrer ce post, des captures d'écran qui sont et ne sont pas dans le livre : Laisse venir c'est une sorte de mouvement, extérieur intérieur, intérieur extérieur permanent, doublé par ce qui, du texte de Pierre au mien, du mien vers le sien, se répond, s'éloigne, relance, fait écho.

lundi 21 octobre 2013

de Paris à Nantes, lecture(s) croisée(s) avec Thierry Beinstingel

De mon oloé à Cerise (chambre verte d'où l'on entend le temps passer), un mot pour dire que la lecture croisée avec Thierry Beinstingel qui eut lieu le 20 septembre dernier est en ligne sur remue.net depuis quelques instants, ici même.

Si vous êtes dans la région nantaise, sachez que nous reprendrons cette lecture (à moins que nous décidions de faire un peu autre chose...) le 22 novembre prochain à la médiathèque de Bouaye, près de Nantes. Ce sera à 20h30 et toutes les informations se trouvent, cette fois, par là.

(et que ceux qui veulent nous proposer une tournée n'hésitent pas !)

mercredi 28 août 2013

ciel et vitres des Halles



















- Nous montons.
- D'abord les maisons, leur verticalité, puis les toits et au-delà, l'horizon lentement s'élargit.

d'autres fois, par les belles nuits, par les aubes claires, ils grimpaient sur les toits, ils montaient l'escalier roide des tourelles, placées aux angles des pavillons. En haut, s'élargissaient des champs de zinc, des promenades, des places, toute une campagne accidentée dont ils étaient les maîtres.

- Le relief apparaît, la colline de Montmartre surmontée du Sacré-Coeur et le ciel d'habitude invisible.

Ils faisaient le tour des toitures carrées des pavillons, suivaient les toitures allongées des rues couvertes, gravissaient et descendaient les pentes, se perdaient dans des voyages sans fin. Lorsqu'ils se trouvaient las des terres basses, ils allaient encore plus haut, ils se risquaient le long des échelles de fer, où les jupes de Cadine flottaient comme drapeaux.Alors, ils couraient le second étage de toits, en plein ciel. Au-dessus d'eux, il n'y avait plus que les étoiles. Des rumeurs s'élevaient du fond des Halles sonores, des bruits roulants, une tempête au loin, entendue la nuit.

- J'habite au premier étage.
- Sur cour.
- Même au deuxième il fait encore sombre.
- De plus en plus le rez-de-chaussée est investi. Il suffit de vitres opaques, d'un rideau, et un local commercial se transforme en appartement.

Mais dès huit heures, elle n'avait plus d'yeux que pour la fenêtre, aux vitres dépolies, où se dessinaient les ombres noires des consommateurs du cabinet. Elle y constata la scission de Charvet de Clémence, en ne retrouvant plus sur le transparent laiteux leurs silhouettes sèches. Pas un événement ne se passait là, sans qu'elle finît par le deviner, à certaines révélations brusques de ces bras et de ces têtes qui surgissaient silencieusement.

- Vous ici ?
- Une rencontre sur des escalators, c'est original.
- Je ne manquerai cette soirée pour rien au monde.

Elle devint très forte, interpréta les nez allongés, les doigts écartés, les bouches fendues, les épaules dédaigneuses, suivit de la sorte la conspiration pas à pas, à ce point qu'elle aurait pu dire chaque jour où en étaient les choses. Un soir le dénouement brutal lui apparut. 

- Nous dépassons les salles plongées dans le silence et l'immobilité. La bibliothèque vide, tous ces livres qui attendent, les journaux que personne ne feuillette - une actualité bizarrement inutile et qui sera périmée, demain. Le musée d'Art moderne dont les tableaux, les objets, les sculptures vivent un jour par semaine à l'abri des regards, des paroles.

Elle aperçut l'ombre du pistolet de Gavard, un profil énorme de revolver, tout noir dans la pâleur des vitres, la gueule tendue. Le pistolet allait, venait, se multipliait.

- Comme si le monde s'était retiré.
- Une plage à marée basse.
- La mer au loin, inaccessible.
- Nous arrivons.


*

Sentinelles de Cécile Wajsbrot et Le Ventre de Paris d'Emile Zola ont pour point commun d'être entièrement situés dans le quartier des Halles. Ce sont également deux de mes lectures d'été. J'ai eu envie, ici, d'en croiser quelques extraits, respectant ainsi à peu près la façon dont je les ai lus. Pour cela, j'ai choisi de copier le début du texte de Cécile Wajsbrot (dont l'action se passe au centre Georges Pompidou et qui est uniquement composé de dialogues) en respectant son déroulement, tandis que les extraits du Ventre de Paris appartiennent à des chapitres différents du roman et n'évoquent pas les mêmes personnages.

(... ou comment, après avoir eu le désir de relire un texte linéaire, retrouver au galop le naturel !)

photographie : fontaine des Innocents

lundi 24 décembre 2012

douze


une année qui ne se raconte pas, pas trop, entamée par un deuil, moins douze degrés ce jour-là, à la fenêtre de l'hôtel (invitée dans la ville pour parler écriture c'est au crématorium la veille qu'il faut se rendre), à la fenêtre donc je regarde longuement le jouet oublié
(Saint-Etienne)



















il y a ensuite, ou plutôt avant et après, les beaux quartiers où travailler au noir, ce qui donne de quoi raconter mais étire les heures, minutes égrenées devant l'écran dont l'horloge refuse de tourner, fenêtre sur cour sans lumière, barreaux briques inchangés en trois heures de temps
(Paris)















au printemps, voyage bref, aller parler de ses livres, Fenêtres un jour et Franck le lendemain au café perdu que voici - penser l'intensité















puis en mai et en juin, posé à la fenêtre de la villa Marelle, un livre venu de Montreuil sert de support à un texte nouveau mais si difficile à écrire que j'écris parfois autre chose
(Marseille)












il faut laisser venir, seule source de sagesse, et c'est ce que nous faisons, Pierre Ménard et moi, sans savoir au juste où nous mènent le virtuel, le réel
(Paris Marseille avec évocation des jours ci-dessus, Saint-Etienne et Rouen)


















été, mille fenêtres entrouvertes malgré ce que l'année a, jusqu'ici, créé d'incertitudes














et encore un peu de montagne, avant le retour à Paris (par bribes : vie de lectrice, vie de relectrice, vie de correctrice twittées ; vie de faussaire envisagée)
(Briançon)















surprise : c'est de Bretagne qu'il s'agit, de fin août à la fin octobre : tenue de travail exigée pour ateliers en entreprise
(Saint-Brieuc)














penser maintenant aux grands magasins, parce que tout arrive : le livre de 2011 va être publié (le retravail du texte a bien occupé la première partie de cette année)
(Paris)














ne pas, pour autant, oublier de boucler la ville haute
(Nantes)














avant un retour vers le sud : cette fois tout s'enchaîne (le décor, le trajet, lectures et rencontres à propos des textes terminés) (cependant, celui de la villa Marelle attend toujours son dénouement)
(Marseille)














retour au froid, enfin, mais avec nouvelles perspectives :  trois classes/trois villes à arpenter dans le 93 et une année à venir aux Halles, envisagées comme terrain de jeu - passer de douze à treize en douceur
(Montreuil, Epinay, Tremblay et Paris)

*

ce billet douze est dédié à Maryse Hache

il y a foule ici, même si personne n'apparaît, ou presque : ainsi, merci de leurs invitations, propositions, soutiens à Daniela Diblasi (Saint-Etienne) ; Gilda Fiermonte (Paris) ; Emmanuel Delabranche et Marie-Laure Crespin (Rouen) ; Pascal Jourdana, Colette Tron, Jean-Marc Montera et toute l'équipe de la Marelle (Marseille) ; Pierre Ménard et Antoine Prunier (Paris Montreuil Marseille) ; Martine Sonnet, Nathalie Larvol et Soizic Landrein (Saint-Brieuc) ; Alexandre Civico (Paris) ; Catherine Pollet, Citoyenneté Jeunesse et les enseignants des collèges (Epinay Montreuil Tremblay) ; Donatella Saulnier, Harold David et tous ceux du centre Cerise (Paris)...

et ceux que je ne nomme pas mais qui savent y être, cachés dans ce que j'écris, en filigrane dans ces mois de l'année douze

vendredi 2 novembre 2012

Pour toujours, par Olivier Hodasava
















Il dit : C’est marrant que tu habites un numéro impair. Moi, je n’ai jamais habité que des numéros pairs : 2, 2, 6bis, 86, 302, 52, 46… Je viens de m’en rendre compte en venant chez toi. Le plus étonnant, c’est que je n’y avais jamais pensé jusque-là.

Il dit : Évidemment, on n’a jamais fait le chemin ensemble alors, parfois, je me demande : quand tu viens chez moi est-ce que tu suis le même itinéraire que moi je suis ? je veux dire que moi je suivrais ? Par exemple, boulevard de la Villette sur quel trottoir avances-tu ?… Côté sud ? côté nord ?… Marches-tu sur le terre-plein central ?

Plus tard, il dit : Mais en fait, je ne sais même pas si ce territoire est tien, si tu t’y aventures, régulièrement ou non, je ne sais pas si tu descends de ta butte. En fait, je me rends compte que je ne sais presque rien de toi.















Il dit : Un jour que j’attendais devant chez toi, j’ai aperçu un couple – des gamins. Ils étaient assis à l’arrêt de bus. Ils semblaient seuls au monde. À aucun instant, ils ne m’ont remarqué. Pourtant, Dieu sait que j’ai passé du temps à les observer… Ils avaient l’air si heureux. C’est bête, mais je me suis demandé s’il fallait voir dans leur bonheur un signe – un signe de quoi ? à vrai dire, je ne sais pas.

Il dit : Un soir que je venais chez toi, je ne sais pas si tu t’en souviens, j’ai découvert ce panneau qui semblait d’un autre temps – le genre que l’on s’attend à trouver dans un roman de Modiano. Est-ce que tu vois duquel je parle ? Dessus, il était écrit : Les Hauts des Buttes Chaumont. C’était à l’angle de la rue Henri Turot. J’avais été heureux de te le montrer. Je me demande s’il existe toujours, s’il est toujours là.

Il dit aussi : Une autre fois, je ne suis pas passé par la rue Bichat, par la rue Louvel-Tessier. Non, je suis monté par la rue du Faubourg-du-Temple, par Belleville. C’est là que je suis tombé sur ce type adossé à son cube d’affiches – c’était devant le bâtiment de la CFDT. Des types, dans la rue, il y en a des tas dans le quartier. N’empêche, lui, je ne sais pas pourquoi, il m’a marqué. Je l’ai photographié. Et j’ai passé du temps ensuite à me demander à quoi ressemblaient ses journées ; à quoi ressemblaient ses nuits.















Il dit : C’est dingue. Je ne sais pas si tu as remarqué, c’est un peu comme si on feuilletait un album de famille. Moi, souvent ça me donne le vertige. On voit des images, des bâtiments, des paysages, et on se dit : tout cela a changé – tout cela n’existe plus. Pareil pour les visages : avec le temps, ils finissent par être flous. Un peu comme un souvenir qui s’efface. Ça pourrait être triste, c’est sûr, tous ces traits qui se gomment mais moi je trouve ça assez beau. Assez doux.

Il dit également : D’une façon générale tout a beaucoup changé dans le quartier, tu ne trouves pas ? Ici, un restaurant a fait place à une galerie d’art, là l’échoppe d’un fleuriste est devenue un studio de graphistes. Je ne sais pas si on y gagne. Mais la question est un peu stupide en fait. Tout finit un jour par changer, par disparaître. On ne peut pas lutter.
Sentencieux, il rajoute : C’est le mouvement de la vie.

Quelques secondes passent. Il dit : Mais les plus grands changements, c’est dans la rue Bichat qu’ils ont eu lieu. Une bonne part des immeubles, côté impair, ont été rasés : finis la boucherie, le plombier, le bar… Tu serais étonnée, je crois. À la place maintenant il n’y a plus que des palissades grises de chantier. Et au-delà, un grand vide.















Il dit : À l’époque, l’école Nationale d’architecture n’était pas encore terminée. Et le 9B où se retrouvent, je suppose, aujourd’hui les étudiants n’était qu’un local à louer. On pouvait encore deviner l’ancienne enseigne : ça avait été un magasin de moquette et peintures. De cette façade aussi, j’ai fait une photo. Elle n’est pas terrible. Mais bon, c’est une trace.

Il dit : plus haut dans la rue Burnouf, il y avait un petit chantier tout en profondeur. Je m’arrêtais de temps en temps pour observer l’avancée des travaux. Aujourd’hui, à la place, se dresse un immeuble d’habitation, trois, quatre étages, sans grand intérêt. Je ne suis pas sûr que passant devant on le remarque. Je ne suis pas sûr non plus qu’il soit facile, par exemple, de le dater – il a déjà quelque chose de vieux – de dépassé.

Peu après, il dit : Une autre fois, dans la rue Burnouf, alors que je revenais de chez toi, j’ai aperçu une couette, des sets de tables, un tapis mis à aérer sur le rebord d’une fenêtre. Le lendemain, ils étaient encore là, exactement à la même place. Et le jour suivant encore. Je me suis dit qu’ils étaient peut-être là maintenant pour toujours.


*
De chez toi à chez moi, ou de chez moi à chez toi en utilisant Google Street View, voilà ce que m'a proposé Olivier Hodasava dont, ce n'est pas compliqué, j'adore le carnet de voyages virtuel, Dreamlands. Allez, cliquez et laissez-vous porter : le monde entier est là, sous le regard d'Olivier dont l'utilisation de Street view et la capacité à se renouveler me laisse, chaque fois, admirative. Ainsi se propose-t-il de dresser une carte du monde des chaussures suspendues ; retrouve-t-il à Dallas une croix sur la chaussée qui indique où est mort Kennedy ; s'intéresse-t-il un jour à ce qui entoure les stades de football ; se rend-il à Paris, Texas ; s'imagine-t-il, à Porto Allegre, dans la peau de Britney Spears... Je n'indique pas ici les liens exacts et c'est intentionnel : mieux vaut s'y perdre.

Mon trajet jusqu'à chez lui se trouve... chez lui, ici.

*

Les vases communicants, dont on doit la recension à Brigitte Célérier et à Pierre Ménard (merci à eux), ne vont pas, bien sûr, en ce mois de novembre sans une pensée pour Maryse Hache.

mercredi 1 août 2012

en être de cette ville

"En fin de journée, je retrouve les rues de Paris. Dans les toilettes du bureau, j'ai pris le temps de remettre mon bonnet au crochet, de noircir mes yeux et rougir mes lèvres. Rouge et noir, je me veux ainsi. J'ai vingt ans et je marche avec l'envie pressante de grands moments. D'entrer enfin dans un de ces lieux de rencontres, où l'on fomente des plans et des projets. Je veux en être de cette ville qui me traverse de désir. Je ne sais pas comment m'y prendre et je n'ai rien à proposer, même si depuis quelques mois j'ai acheté une machine à écrire portable. Je marche dans les rues aux terrasses grouillantes de gens si différents. Les monuments connus qui me donnent l'impression de traverser un décor de film. Je rejoins parfois Corinne qui travaille dans un bar, rue du faubourg Saint-Antoine. Et l'autre vie commence."

Fabienne Swiatly, Gagner sa vie, éditions La Fosse aux ours, 2006

(dont voici le site)
(et une belle interview ici)

mardi 29 mai 2012

Laisse venir, extrait du trajet Paris Marseille effectué avec Pierre Ménard

Laisse venir est le titre du texte que Pierre Ménard et moi avons présenté les 19 et 20 mai derniers lors du festival 48 heures chrono de la Friche, à Marseille, à l'invitation de Pascal Jourdana. C'est par cette présentation que j'ai entamé ma résidence à la villa Marelle, elle-même située tout au bout de la Friche (grand merci, Pascal !).

voici l'entrée de la Friche











à l'autre extrémité, la villa :













A cette occasion, avec Pierre, nous avons proposé sur Twitter un condensé de ce trajet Paris-Marseille virtuel, puis réel, fondé sur des captures de Google street view (pour plus de détails, voir le site de la villa Marelle). 

Depuis, Pierre Ménard a publié ce "faux live tweet", avec citations et photos, sur son site Liminaire. Il y a ajouté un extrait de son texte, accompagné de captures d'écran. Je fais de même aujourd'hui. Le passage que j'ai choisi est situé à Paris, devant le bassin de la Villette. Il suit une première évocation de la ville, vrai ou faux départ, on ne sait plus - comme s'il n'était pas simple de prendre la route, même virtuelle...

(rappel : on peut écouter le tout début du texte en cliquant sur ce lien)


Paris


encore une chose
je ne suis pas partie
je suis là il fait froid a beaucoup plu ce matin
Bobigny et Drancy et Bobigny encore voilà la matinée
(un canal un tramway un parking couvert
une salle de réunion un projet un conseil
la promesse de se revoir)
Je suis là à Jaurès
Paris
devant le bassin de la Villette
il fait froid un rayon de soleil un très court instant
perce
se retire
main brûlée sur la surface des choses
pavés embarcadère
droit devant des bouées
sur le côté on lit : Confiserie
(néon rouge)
du thé un plateau et des portes à battants
du wifi qui ne marche pas
un chauve rayon fumeurs Bruce Willis dirait-on
et ensuite il se lève

je suis là à écrire et c'est du temps volé
du temps pur et perdu dès que je sortirai
porte à battants signant l'envoi dans le passé
l'arrachement plutôt

le regard sur la nuque
la pluie qui recommence
le bateau à bouées faisant l'aller retour
je pense à mon grand-père cuisinant :
chose rare
je pense aux mantecaos dans le four
été raisin jambon mer
je pense que mon thé a goût d'huître et de chien
je regarde le bateau partir

allez
ouvrir
fermer
les portes à battants
dans un sens et dans l'autre pour combattre le sort