l'horloge de la gare de Chartres

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mercredi 30 juin 2010

En couverture

Sur la photographie l'homme de dos, de nuit, s'abrite, c'est du moins ce que l'on peut croire à sa position sous le store, à ses épaules rentrées, au col relevé du manteau. Ou l'impression vient-elle d'une sorte de flou, décor de rue dont on ne sait s'il est de pluie, de brume ou simple projection d'une lumière très forte qui peut-être l'aveugle et dont la source à gauche est pour nous invisible.
(...)
Il a peut-être quelqu'un à battre, à tuer ?

"En couverture", Franck, pages 169-170

(la couverture d'un livre est elle aussi un lieu)

samedi 7 novembre 2009

Paris, fantômes, immeubles plats

Je n'aurais pas cru qu'à écrire sur les décors, une fois de plus, Paris prendrait tant de place. Pourtant ça crevait les yeux : Décor Lafayette aux galeries du même nom, Décor Daguerre entre Montparnasse et Denfert-Rochereau ; enfin Dita Kepler accueillie au 104 puis à la Bellevilloise alors qu'elle pourrait déambuler ailleurs (et qui sait ?).

En fait, Paris ne tient pas de place. Paris peut se ranger dans une poche, se faire oublier. Mais tout le travail de recherches, de lectures pour le premier décor (Lafayette) m'y renvoie en ce moment : aux jours de Mercier, aux nuits de Restif (merci à Martine Sonnet de ses conseils) ; aux rues de Perec, en particulier celle de l'Atlas, où il est né ; aux immeubles plats de Roger Caillois, ces pièges à fantômes...

La projection de photos que je prépare pour le 21 novembre prochain (16 heures, dans le "sas" de la Bellevilloise) semble aller en sens opposé : des séries thématiques (assises, façades...) s'organisent, mais les photos viennent de partout, Paris s'y noie peut-être... On verra.

En attendant, et pour faire le lien avec le trajet de Fenêtres, cette évocation des barrières de Claude Nicolas Ledoux (penser, à Stalingrad, à la rotonde) par Michel Delon dans son introduction aux textes de Louis-Sébastien Mercier (Tableaux de Paris, Le Nouveau Paris) et Restif de la Bretonne (Les Nuits de Paris) réunis en un seul volume :

"Mélange d'archaïsme par le retour aux modèles grecs les plus anciens et de futurisme par le goût des formes géométriquement pures, les barrières de Ledoux apparaissent comme un compromis entre l'idéal ancien de fixer, de figer la ville et la volonté de donner sa dignité aux réalités économiques. Les ordres architecturaux les plus nobles ne sont plus réservés à la Religion et au Pouvoir royal, mais ce n'est pas un hasard si les premières émeutes révolutionnaires s'en prennent à ces bâtiments sur lesquels le XIXe et le XXe siècles continueront à s'acharner : la muraille est ressentie comme celle du fisc et de la police. Elle métaphorise de façon ostentatoire la volonté de l'administration centrale de surveiller la population et d'en diriger l'existence. Elle est la forme visible, tangible d'un contrôle policier qui, plus discrètement, investit toute la ville. Le lieutenant de police la quadrille de ses hommes ; des espions lui rendent compte des mouvements de l'opinion. Les commis de la Ferme veulent surprendre ce que les Parisiens consomment ; les mouchards - on les appelle alors des mouches - écoutent ce qu'ils disent de la police, à la taverne et au bordel, dans les théâtres et dans les jardins du Palais-Royal."

Paris le jour, Paris la nuit, Editions Robert Laffont, 1990.

La rotonde de Ledoux, place de la bataille de Stalingrad deviendra prochainement un restaurant chic (très chic). Quant au Palais-Royal au XVIIIe siècle : suite au prochain épisode...

lundi 1 décembre 2008

Revue d'ici là : premier numéro gratuit













On peut désormais découvrir le numéro zéro de la revue électronique d'ici là, dont Pierre Ménard a la charge, en accès gratuit sur publie.net. Le 21 décembre, sortie du numéro 1 sur le thème suivant : Nous dormons notre vie d’un sommeil sans rêves, une phrase de Georges Perec extraite de L’Infra-ordinaire, paru aux éditions du Seuil, en 1989.

Perec, 1989...

Au sommaire du numéro 1 figure un court extrait de mon livre appelé Franck, texte qui fonctionne par lieux, se déroule en partie en 1989 et n'est pas sans rapport avec Un homme qui dort.



Le passage se situe à Château-Landon, sur le pont Lafayette.
On y parle d'un homme qui ne dort pas.

vendredi 14 novembre 2008

A voix nue : les 30 premières pages de Cowboy Junkies, The Trinity session

Pierre Ménard m'avait dit : n'ayant pas pu assister à la lecture des Buveurs d'encre alors que j'avais annoncé que je viendrais, je propose une séance d'enregistrement de Cowboy Junkies / The Trinity session qui pourra donner lieu à un atelier d'écriture en ligne. Un mois plus tard à peine tout est là, et même davantage. Récapitulons :

- l'enregistrement des 30 premières pages de mon livre, mixé par ses soins avec des extraits de l'album et une courte interview

- l'atelier d'écriture qui l'accompagne (PM avait déjà proposé un atelier sur les Fenêtres l'an dernier alors qu'on ne se connaissait pas du tout)

- la page 48 du même Cowboy Junkies avec extraits sonores des Misfits (il paraît que je suis la première, sur le site, à lire mon propre texte. En même temps, je venais d'en lire 30 pages, alors une de plus..!).

- la page 48 d'Un homme qui dort, de Georges Perec, enregistrée dans la foulée.

- un petit lecteur dont il m'a envoyé le code pour proposer ici, en plus, la lecture des 30 pages non mixée (juste la voix). Bientôt, je ferai une rubrique "textes lus à haute voix" sur ce blog, ce sera plus facile à retrouver...





Merci vivement à Pierre Ménard, donc, que je n'avais jamais rencontré avant l'enregistrement, que j'ai revu au centre Cerise depuis et que je vous invite, si ce n'est déjà fait, à écouter lire ici. Pour le travail, le temps passé, la promesse tenue...

jeudi 30 octobre 2008

d'un bleu métallique, ébloui par les phares

"Des bandes d'oiseaux passent très haut dans le ciel. Sur le canal de l'Yonne, un long chaland, à la coque d'un bleu métallique, glisse, tiré par deux grands chevaux gris. Tu reviens en marchant le long de la route nationale, dans la nuit, croisé et dépassé par des voitures qui hurlent, ébloui par les phares qui, du bas des côtes, semblent un instant vouloir illuminer le ciel avant de fondre sur toi."

Un homme qui dort, Georges Perec, édition Folio.

Extrait de la page 48 lue pour le site de Pierre Ménard tout à l'heure, juste après lecture du début de 'til I'm dead, ensemble qui inclut la page 20, elle aussi de nuit, le long d'une autoroute (et je n'avais jamais fait le lien).

vendredi 9 mai 2008

10. Un homme qui dort, de Georges Perec













Celui-là est tellement important que j'ai contraint mon exemplaire, acheté à Hauteville début 1991, à s'intégrer dans le livre que j'écris depuis trois ans. Comment le dire autrement ? Je vois bien que cette phrase n'est ni belle ni claire, mais si je dis que j'ai fait de ce Folio 2197 un personnage, ça n'ira pas non plus... Tout est important : le texte, évidemment, mais aussi la photo, la date de parution du livre et jusqu'à la date d'impression de l'exemplaire (dont la couverture est la même que celle de l'image ci-dessus, mais sans le visage de Perec). Fétichisme ? Non, pourtant.

Perec, connu comment ? Dans l'adolescence, par ma mère, qui lisait La Vie mode d'emploi en se délectant dans le RER A, entre les stations Saint-Germain-en-Laye et Vincennes. Mais j'attendrai l'époque des Fenêtres pour en faire autant, sur la ligne 2. Pourquoi diffère-t-on certains plaisirs de lecture ? Et pourquoi, parfois, ne réussit-on pas à lire ce qui semble résonner en nous si fort dès les premières pages ? Peur de s'y perdre ?

Un homme qui dort
: le timing parfait. Je le vois chez le marchand de journaux, j'ai tout un après-midi à passer au café sans rien faire. Je lis la quatrième de couverture, je me dis : c'est exactement ça. Puis : justement, non, il vaudrait mieux se distraire. Puis : au contraire, justement si. Je l'achète. Je le lis au soleil.

jeudi 1 mai 2008

2. Je sais tout, d'Alain Grée
















Toujours à Château-Rouge, en dernière année de maternelle. Quelqu'un (mes grands-parents paternels ?) m'a offert cette encyclopédie. Evidemment, le titre me fascine : si je lis ce livre, je vais donc tout savoir ? La mise en abîme de la couverture le laisse supposer... Oui mais je ne sais pas encore lire, ne suis pas encore en CP.
L'été précédent, ma grand-mère (maternelle, cette fois) a commencé à m'apprendre quelques sons, quelques combinaisons de lettres, selon la bonne vieille syllabique. Devant Je sais tout posé sur la table je me fais un petit mix globale/syllabique et j'apprends à lire seule, grâce au blondinet qui veut tout connaître, les noms des fleurs, des animaux, des couleurs, des moyens de transport...




















(scan trouvé sur ce blog d'une illustratrice)

Grand choc : tout savoir, ça signifie CONNAITRE LE NOM DES CHOSES, dans tous les domaines possibles. A partir de là, on peut dérouler ces fils : les dictionnaires qu'on demande en cadeau, puis achète (dont, à partir des années 90, les dictionnaires visuels) ; les livres qu'on trouve aux puces sur des sujets qui, a priori, n'intéressent pas (les montres, les outils anciens...) mais qu'on rapporte pour les noms qu'ils recèlent ; et cette certitude : nommer reste plus jouissif qu'acquérir (sauf dans le cas des livres, donc). Summum du plaisir à nommer : les premières pages des Choses, de Perec.

Il y aussi les illustrations d'Alain Grée, que j'aime autant que les Japonais.

lundi 25 juin 2007

Dans la marge : Saint-Ouen / 4

Un spectacle de danse, Corpus, où tout le monde est fou, croit-on. Monologue sur le noir qui envahit la scène tandis qu’une danseuse frappe et se frappe contre les murs. Seuls le sensible, le corps permettent de rester dans un certain ordre mental, nous dit-on, c’est pourquoi viennent ensuite des tentatives de reconnaissance, de définition de ce corps à jamais lié à la tête.

Sur le périphérique, à la nuit tombée, des dizaines de feux stop clignotent, clignotent aux néons orange, aux flaques aux anfractuosités. Les murs comme des lamelles de fruits. En sortie de tunnel sur la file de droite le ciel passe au gris-bleu. Il faudrait s’accrocher encore.

Mairie du XVIIIe. Visite. Un appartement donnant sur l’église, porte vitrée parquet ciré murs blancs : un nid dans le clocher.

Espèces d’espaces : Perec à la devanture d’une boutique de luxe.

lundi 4 juin 2007

Dernière phrase

Tu attends, place Clichy, que la pluie cesse de tomber.

Georges Perec, Un homme qui dort, 1967, Folio, page 144.