l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 19 septembre 2010

Fenêtres de Lisbonne



Son séjour à Lisbonne, l'été dernier, on pouvait le suivre sur Petit Journal de François Bon (rubrique qui change parfois de nom mais que nous nous obstinons à appeler ainsi).











Voici quelques fenêtres prises par










un voisin et ami








de Belleville











qui se reconnaîtra








facilement, je pense.

dimanche 9 mai 2010

dimanche 22 février 2009

Fenêtres au 104, fin

De ce côté-là, c'est toujours aussi étrange de savoir ce qu'on a ressenti durant une lecture, une présentation de son travail. La nuit passée, qu'est-ce qu'on en retient ? Que la pression est longue à retomber ; que le grand silence du public est aussi précieux qu'inquiétant ; qu'on a la sensation de se souvenir par bribes de ce qu'on a dit, mais la sensation seulement.

La lecture s'est déroulée comme je l'avais imaginée et côté technique aucun problème : merci aux gens du 104 qui m'ont aidée à tout installer et ont accueilli le public. J'avais morcelé la rencontre, qui durait une heure, en plusieurs "moments" différents (montrer des vidéos du trajet, lire à partir d'un diaporama, expliquer comment j'ai construit le livre...), ce qui correspondait bien au texte, me semble-t-il, mais demandait un peu d'organisation : difficile de se libérer totalement, d'une certaine façon. Je ferai sans doute plus simple pour le deuxième "rendez-vous" (terminologie 104) sur les Cowboy Junkies le 8 mars. Enfin on verra...

Pas évident de parler d'un texte écrit il y a tant d'années, en deux fois, et qui n'a pas trouvé d'écho tout de suite : c'est pourquoi je profite de ce blog pour remercier François Bon, qui fut le premier à le lire et à en publier le début sur remue.net (alors son site personnel, c'est vous dire si ça fait longtemps !) ; remercier aussi Yves Jolivet, mon éditeur, qui m'a contactée grâce à cette publication en ligne.

Pour ceux qui voudraient voir ou revoir le diaporama qui a accompagné la lecture, c'est ici.
Quant au travail de Fred Griot, nommé Flux, sur la ligne 2 que j'ai montré à la fin de la lecture sans son autorisation, le voilà. La vidéo est de Thomas Deschamps, dont le site se trouve ici, me précise-t-il. On trouve aussi leur travail commun dans ma rubrique "liens".

Et clin d'oeil aux habitués du Petit journal devenu Vies du jour : PdB, Gilda et Martine Sonnet.

samedi 20 septembre 2008

J - 4 : Père Goriot, le retour

En mai dernier, François Bon avait proposé aux participants de son petit journal de donner la liste des dix ou quinze livres qui les avaient marqués durant l'enfance et l'adolescence. J'avais répondu à l'appel en présentant sur ce blog un livre par jour. Parmi les titres choisis, il y avait Le Père Goriot, lu et honni à quatorze ans, comme on peut s'en rendre compte ici.

Ce qui est drôle, si j'en crois les statistiques données par Google, c'est que les gens qui viennent sur mon site sans lien, en tapant une requête dans le moteur, cherchent à une majorité écrasante des informations sur Le Père Goriot. J'imagine que l'oeuvre est toujours au programme et que ce sont des lycéens, surtout, qui passent sur ces pages. Alors comme ça, on a le droit de détester Balzac à quatorze ans ? Oui oui oui ! Et des années plus tard on passe l'été plongé dans Illusions perdues, vous verrez...

Et puis, Le Père Goriot, dont je possède toujours la version abrégée de l'époque sur une étagère, n'a pas dit son dernier mot. Depuis ce billet écrit en mai dernier je me dis que je devrais le relire, en entier cette fois. Or, au moment d'aller à la poste envoyer le kilo, 375 grammes qui m'occupe depuis trois ans, je tombe sur Le Monde, son Père Goriot gratuit. C'est un signe, forcément... d'autant que la préface est signée d'un de mes anciens professeurs de fac, Michel Lichtlé, à qui je dois pas mal de choses sans qu'il s'en doute : la découverte de Nadja et surtout une sensibilité à la peinture qui avant ses cours sur les Salons de Diderot me faisait complètement défaut. Mais on bifurque, là...

Et au fait, la deuxième requête tapée, selon Google, c'est quoi ?
Plâtre, bien sûr ! Tout cela est parfaitement cohérent, une fois de plus.

dimanche 6 juillet 2008

ciel d'Orsalia et kaléidoscope

























pour comprendre le lien qu'Orsalia, de Grèce, fait entre fenêtres et couleurs (du ciel, d'un kaléidoscope), il faut passer par les feux d'artifice qui se trouvent ici.

mercredi 14 mai 2008

Petit journal

J'ai dû en perdre en route, mais voici ma compil du petit journal, hors textes sur les livres qui ont compté, depuis le 25 février dernier. Presque trois mois durant lesquels j'ai arrêté de travailler pour ne plus faire qu'écrire, ai terminé puis rendu à mon éditeur le manuscrit du livre centré sur le deuxième album des Cowboy Junkies, me suis acharnée (et ça dure !) sur les corrections du suivant sans oublier la piscine.

25 février It doesn't really matter anyway (un titre des Cowboy Junkies, le chuchotement de Margo Timmins) Photos prises à Jaurès, retrouvées à Barbès. Des rires, des essais, des ratages. 27 février Il n'y a que ces deux-là qui me viennent : jubilation conjonctivite. 9 mars Le gardien de l'école B pendant l’éclaircie, le dit : pas grand monde pour voter depuis ce matin. Peut-être plus tard ? (on est à Paris). Journée rythmée par l’arrestation, puis la libération, du père d’un enfant du groupe scolaire. La rentrée, c’était donc le dimanche pour RESF. Sans date : Lire, lire, se laisser envahir et ne plus écouter de musique. Puis un jour le contraire. On oscille, on se demande s'il y a double vie. 20 mars 2008 la tête hors de l'eau, à la piscine dont le plafond est de verre, la tête dans le ciel, donc, pour oublier un peu les pages terminées, la parole prise, la paralysie qui la suit... 26 mars Vus de la coursive, le long des cabines 1900, les nageurs de ma piscine surprennent, lents et gracieux (ce qu’on ne peut imaginer dans l’eau). Mais les coursives, d’habitude, sont interdites. 27 mars En diagonale la lecture, en ligne droite la nage, je regarde le plafond de verre il parcourt mon manuscrit. 28 mars Ma prochaine devise ? Entendu lors d’une conférence de presse, de Dominique Répécaud (je crois), dans une salle qui comptait nombre de musiciens expérimentaux : "pourquoi faire simple quand on peut faire mieux ?!" 29 mars aux Buttes S’allonger dans l’herbe malgré le vent, le sol encore mouvant de la pluie de la veille. Et dans le dos, un églantier. 1er avril 102-105 temps doux à Belleville, arrive les mains dans les poches pour assister à un concert évidemment complet. Plus tôt, détaille les tatouages des nageurs. Avant, après, à la place, me bats avec ma page 102 (et ça fait tache jusqu’à 105 au moins). 13 avril C'est quoi cette journée passée à couper un paragraphe qui avait résisté, jusque là - avoir eu raison mais dans le déséquilibre, vers la page 20 à peine, on peine aux deux cents pages suivantes. Se méfier, vouloir retrouver le texte dans son déroulement. L’écran ne suffit plus, il faudrait imprimer, enregistrer sa voix – faire quelque chose, quoi ! Autre chose que l’écran. 15 avril dead lines, même chose, vraiment, avec pourtant un seul paragraphe mort sur les 200 relues, sur 330 en tout ; la peur, ici, que ça fasse basculer l’ensemble, comme dans un jeu de dominos. Méfiance. 18 avril silence radio Ah oui, mais comment leur clouer le bec, ces questions les obsèdent, on les sent en apnée quand ils s’empêchent de les poser (et parfois, préviennent à l’antenne qu’ils n’en parleront pas, de la filiation, pour avoir l’air subtil et au fond se dédouaner d’en parler quand même - pervers).

20 avril Une nuit, trois fois


nuit sur ma secte

nuit sur où que tu sois

nuit sur ça : plus aucun lieu qui vaille

21 avril des visages En attendant un coup de fil qui ne venait pas, joué au memory de Philippe De Jonckheere et comme je ne suis pas téméraire, ai commencé par celui des boutons (dont une paire semble en colère). 27 avril Après une semaine seule pour la première fois depuis des années (écrire, corriger, nager), suis allée poursuivre ma lecture au lavomatic, seul endroit à Paris sans radio ni musique, avant de voir et d’écouter ceci. 29 avril ça se croise tiens, justement, vingt ans aujourd’hui d’une journée particulière, passée avec celui qui, quelques mois plus tôt, m’avait offert un rat (une rate, pour être précise, que moi aussi j’emportais en voyage). Quelqu’un par qui j’ai connu Lille, changement à Arras, comme ça se trouve... Je ne savais pas comment marquer ces vingt ans. Voilà, c’est fait. 10 mai Pont à Paris Il me dit qu’il devait se rendre à Beyrouth, que l’aéroport est fermé. Il me demande si nous sommes à Paris. Oui. Et faisons même cyber café à la maison avec boissons, connexion wifi et musique, pendant que les autochtones désertent. Je ne lui dis pas que nous devions aller à la mer. 14 mai contre la vitre Partir mais pour l’instant c’est encore du balcon - le zinc brûle, impossible d’y rester pieds nus. Bruits de voitures, sirènes, bus, dans lesquels nous ne tenons plus.

13. Et ne pas oublier Proust













Lui aussi, ma mère l'a lu dans le RER A entre Saint-Germain et Vincennes, adolescente je la voyais partir le matin avec l'un des volumes.
J'ai lu La Recherche d'une traite, à 24 ans, en trois mois, en ne faisant que ça de mes journées grâce à une bourse de DEA et le luxe d'avoir suivi, l'année précédente, les cours de Jean-Yves Tadié. J'ai très longtemps pensé qu'il était impossible de faire moins, jusqu'à ce que je découvre qu'un certain fb avait mis trois semaines...












A ceux que La Recherche effraie, dire juste :

que si l'on commence par le Contre Sainte-Beuve, on découvre une ébauche de Du Côté de chez Swann qui contient, surprise, une scène de masturbation quasi disparue par la suite
(et je ne dis pas ce qu'étaient les madeleines au départ...)

que Proust est le roi du suspense : un élément qui, ailleurs, vous aurait paru insignifiant, vous tient en haleine deux cents pages, sans problème !

que j'ai souvent éclaté de rire en le lisant

qu'il hypnotise : vous vous laissez couler dans la phrase, vous y êtes encore mille pages plus loin

que tout y est, qu'une fois lu on s'y réfère sans cesse, de soi à soi (toute méfiance - qu'est-ce que c'est que ces histoires de duchesses qui ne me concernent pas ? - se dissipe et ne revient plus)

Des raisons futiles ? Oui, non, peu importe.

Voilà, c'était mon dernier de la liste. Il en manque évidemment des tonnes, mais enfin...




lundi 12 mai 2008

12. La Folie en tête, de Violette Leduc










Ce n'est pas grâce à cet exemplaire-là, mais à un Folio doté d'une atroce couverture seventies que j'ai découvert l'oeuvre de Violette Leduc vers 20 ans (dans son article sur remue.net, Fabienne Swiatly parle aussi de ces "illustrations" malencontreuses). La Folie en tête est le deuxième tome de l'autobiographie de Leduc, après La Bâtarde et avant La Chasse à l'amour, mais c'est par lui que j'ai commencé et c'est toujours, plusieurs lectures plus tard, celui que je préfère. On y retrouve la période de sa vie où, recluse rue Paul Bert et soutenue par Simone de Beauvoir, elle écrit (sans aucun succès), se lie avec Genet, se brouille avec lui, tombe amoureuse du grand amateur d'art Jacques Guérin et surtout développe une paranoïa de plus en plus envahissante, qui l'oblige à se faire interner. C'est précisément la distance et l'absence de distance pour parler de cette "folie" qui me fascine alors : on plonge avec elle, et sans elle, grâce (entre autres) à un travail sur le temps, la chronologie, qui modifie sans arrêt notre regard.

La Folie en tête, pour ces pages sans ponctuation dans lesquelles la narratrice tombe, tête la première, dans une poubelle et qui mènent directement au roman de Dulce Maria Cardoso Les Anges, Violeta (sans blague ? je fais le lien en l'écrivant !) ; livre que je voulais inscrire à la toute fin de cette liste, paru en 2006 et qui demeure, décidément, LE livre qui m'aura marqué ces dernières années. Les Anges, Violeta, qui ne compte qu'une phrase rythmée par des virgules, s'ouvre et se ferme sur l'image d'une femme suspendue tête en bas, justement...

samedi 10 mai 2008

11. Un ange à ma table, de Janet Frame













Autobiographie découverte grâce à l"adaptation cinématographique de Jane Campion sortie en 1990, trois tomes très difficiles à réunir à l'époque (le deuxième avait été publié quelques années plus tôt par un éditeur qui avait fait faillite, a ensuite changé de titre, entre temps était introuvable...), ce qui m'a valu l'amitié de ma libraire, qui les a pistés jusqu'au bout.



























Depuis, lu tout ce qui est paru en français, acheté certains de ses romans en anglais (mais pour l'instant c'est trop d'efforts de les traduire, surtout avec le vocabulaire maori qu'elle emploie, je les observent au pied du lit, le dico bilingue en attente) ; espéré qu'elle ait le Nobel pour que le processus s'accélère, su qu'elle était très malade, voulu lui écrire sans y parvenir, le brouillon est resté en suspens, n'ai pas osé le faire par e-mail alors que je savais qu'il fallait aller vite, su ensuite qu'elle adorait ça (les mails), mais trop tard.
Janet Frame, mon écrivain préféré, donc, la seule personne sans doute pour laquelle j'ai une admiration totale - sentiment qui ne peut être détaché de la fraternité éprouvée à la lire (je ne sais pas pourquoi, sororité ne me dit rien). Etre côte à côte, être tout près d'elle.

Quand j'ai lu La Fille bison, alors que ce que je projetais d'écrire semblait en apparence très différent, je me suis dit : au moins, si je ne réussis pas, le livre existe déjà.

Pour ceux qui ne la connaissent pas, une courte biographie sur Wikipedia. Mais elle est réductrice (je sais, c'est moi qui l'ai écrite un jour de boulot alimentaire, pour tester les services du site !), il ne faut pas s'arrêter au seul champ psychiatrique...

vendredi 9 mai 2008

10. Un homme qui dort, de Georges Perec













Celui-là est tellement important que j'ai contraint mon exemplaire, acheté à Hauteville début 1991, à s'intégrer dans le livre que j'écris depuis trois ans. Comment le dire autrement ? Je vois bien que cette phrase n'est ni belle ni claire, mais si je dis que j'ai fait de ce Folio 2197 un personnage, ça n'ira pas non plus... Tout est important : le texte, évidemment, mais aussi la photo, la date de parution du livre et jusqu'à la date d'impression de l'exemplaire (dont la couverture est la même que celle de l'image ci-dessus, mais sans le visage de Perec). Fétichisme ? Non, pourtant.

Perec, connu comment ? Dans l'adolescence, par ma mère, qui lisait La Vie mode d'emploi en se délectant dans le RER A, entre les stations Saint-Germain-en-Laye et Vincennes. Mais j'attendrai l'époque des Fenêtres pour en faire autant, sur la ligne 2. Pourquoi diffère-t-on certains plaisirs de lecture ? Et pourquoi, parfois, ne réussit-on pas à lire ce qui semble résonner en nous si fort dès les premières pages ? Peur de s'y perdre ?

Un homme qui dort
: le timing parfait. Je le vois chez le marchand de journaux, j'ai tout un après-midi à passer au café sans rien faire. Je lis la quatrième de couverture, je me dis : c'est exactement ça. Puis : justement, non, il vaudrait mieux se distraire. Puis : au contraire, justement si. Je l'achète. Je le lis au soleil.

jeudi 8 mai 2008

9. Les livres lus à contretemps













De ces livres qu'on ne lit pas au bon moment (trop tard, surtout). Quelquefois la rencontre n'a jamais lieu : on voit très bien ce qu'on a raté, sans réussir à le rattraper en route.
Ainsi, découvert Le Grand Meaulnes à la fac, vers 19 ou 20 ans : trop tard, il aurait fallu que ce soit à 15, comme pour deux de mes amis que le livre avait fasciné. Je les écoutais en parler, dans l'amphi, à la fin du cours, je voyais devant moi tout ce qui m'échappait, ne permettait plus d'écho.













Même chose vers 25 ans, pour L'Attrape-coeurs de Salinger, offert par la libraire du canal Saint-Martin qui m'employait le lundi. Trop tard, une fois encore, rien à faire.

Par contre, pour d'autres (surtout un), ça fonctionne quand même. Entre 21 et 22 ans, à la fin des années 80, j'ai eu grand besoin d'un livre, introuvable (parenthèse pour les trois ou quatre qui ont lu mon manuscrit sur les Cowboy Junkies : c'est précisément cette période). Je le cherchais sans savoir ce qu'il pouvait être, s'il existait, s'il avait ou non déjà été écrit, et par qui. Par défaut, je lisais les rubriques judiciaires du Monde ou les livres de Serge Livrozet. Je l'ai trouvé quinze ans plus tard : c'était Le Crime de Buzon. Pas trop tard du tout.

mercredi 7 mai 2008

8. Cocteau + Racine = Genet ?













Entre 14 et 16 ans, bof, pas grand chose, si ce n'est Ionesco et Zola (L'Oeuvre), trouvés dans la bibliothèque de ma mère, et 1984 d'Orwell. Mais entre 16 et 17, ça se bouscule : d'abord Les Enfants terribles, lu trois fois de nuit. Ce qui me plaît : les rapports de domination des personnages entre eux, ce côté vampire qui fascine, hypnotise ; leur marginalité, leur mépris des problèmes matériels ; et surtout la chambre, vrai sujet du livre (claustration obsédante : dépouillée de tout artifice théâtral, plus tard, ce sera celle d'Un homme qui dort).
Ensuite, Phèdre, de Racine. Comme pour la pièce de Prévert à 10 ans, en connaître des passages par coeur, à force de relire. Seul grincement : la mort d'Hippolyte, happé par un monstre marin, fin que je trouve consternante. Que vient faire le surnaturel là-dedans ?
Enfin, toujours à 16 ans, en première, découverte de Genet grâce à Fassbinder et son adaptation de Querelle de Brest. La salle siffle, le lyrisme dérange, Genet n'est pas aimable : tant mieux. Evidemment, pour être honnête, c'est le physique de Brad Davis sur fond de ciel orange qui commence par compter ! Mais c'est aussi le trait de lumière rouge sur le cou de sa victime : décidément...
En sortant du cinéma, j'achète le livre, qui s'ouvre sur cette idée de mer évoquant l'idée de meurtre, de marins. Contrairement à Notre-Dame-des-fleurs et Miracle de la rose, je ne l'ai pas relu jusqu'ici. Mais Genet, dont la langue ensorcelle, vire régulièrement le lecteur de son livre : je commence à le percevoir et c'est, je crois, ce qui me plaît.
Plus tard, à vingt et un ans, quand je décide de faire mon mémoire de maîtrise sur son oeuvre, je découvre ses attaches avec Cocteau, et ce qu'on dit régulièrement de lui : un racinien. Mais pour moi non, Cocteau + Racine n'est pas égal à Genet, qui ne se compare à rien.

Mes préférés : L'Atelier d'Alberto Giacometti, Miracle de la rose.
Celui que je jette à travers la pièce : Pompes funèbres (cette fois, il m'a vraiment virée de son livre).

lundi 5 mai 2008

7. Le Père Goriot, de Balzac













Lu au collège à 14 ou 15 ans.

Auparavant, raconter qu'entre 11 et 14 ans, il y eut d'autres livres importants, en particulier un recueil de dessins de Topor et un dictionnaire des injures que quelqu'un avait laissé à la maison.
Et à 10 ans, sans doute ce qui a le plus compté : un dossier du Nouvel Obs sur le mouvement punk (on était en 77), conservé des années.

Jusqu'ici, aucun roman ou presque dans ma liste.

En 4e, surgit le livre que j'ai sans doute le plus détesté durant mon adolescence (même si j'avais déjà bien descendu Le Roman de la momie de Théophile Gautier en 6e et Quo vadis ? en 5e, au grand étonnement des enseignantes) : Le Père Goriot. Une haine directe, franche, nette, absolue. Et encore, on nous l'avait fait acheter, en deux volumes, dans une version abrégée. Je me demande ce que j'aurais fait s'il avait fallu avaler l'intégrale ! En lisant la description de la salle à manger de la pension Vauquer, j'étais folle furieuse - car c'était bien sûr la longueur, la minutie des descriptions de Balzac que je ne supportais pas. Aucune originalité dans cette aversion partagée par tous les élèves de la classe, mais elle était si forte... De même intensité que celle que je ressentais pour ma prof de français. Un sentiment réciproque : depuis le début de l'année, nous nous méprisions ouvertement.

Puis, un soir, du nouveau. Il fallait avancer dans la lecture du Père Goriot (on en était au début du second tome, je crois), lire une quarantaine de pages pour le lendemain. Sans m'en rendre compte, je suis presque allée jusqu'au bout, comme ces livres qu'on dévore allongé sur son lit, Perec dixit. En cours, personne d'autre n'avait lu les fameuses quarante pages. Elle m'a regardé un peu autrement. Nos rapports se sont (très légèrement) améliorés.

Plus tard, à la fac, pour les enseignants de lettres modernes dont je suivais les cours Balzac c'était : Dieu. Heureusement, j'avais réglé mes comptes avec lui.

Par contre, celui que je me suis mis à haïr (c'est drôle ces fureurs quand même) : François-René de Chateaubriand, dont j'ai revendu Les Mémoires d'outre-tombe dès l'UV dans la poche. Pour réussir l'examen, j'avais retourné comme une chaussette tous mes arguments négatifs (impossible pour certains enseignants de la Sorbonne, à l'époque, de supporter les critiques concernant leurs auteurs favoris - il fallait rester à notre place, c'est-à-dire à genoux devant les textes, tant qu'on n'était pas en maîtrise. Ensuite, brusquement, il était bien vu de faire le contraire...).

Ce serait une bonne idée de les relire, peut-être, ces deux-là : certains de mes livres préférés, j'ai commencé par ne pas pouvoir les supporter.

dimanche 4 mai 2008

6. Histoires extraordinaires, d'Edgar Poe











De la main invisible qui tue de Rimbaud à la main du médecin qui se tranche la gorge chez Prévert, il y a un lien que je n'ai fait qu'hier. On peut y ajouter la main coupée de Maupassant (auteur que j'avais bien l'intention de citer au moins une fois), le meurtre de Querelle de Brest (ça viendra), et si l'on veut, aussi, une liste de murder ballads : celles de Nick Cave, Anna la belle de Norge chantée par Jeanne Moreau, et bien sûr To love is to bury des Cowboys Junkies (la première des reprises de Trinity revisited, au piano, par Nathalie Merchant : il suffit d'attendre quelques secondes).

Entre temps, à onze ans, découvert les Histoires extraordinaires d'Edgar Poe, suivi des Nouvelles histoires extraordinaires et des Histoires grotesques et sérieuses, poches offerts, prêtés, offerts à nouveau, perdus, retrouvés... Si la main invisible des Assis me revient, c'est parce que Poe, pour moi comme pour beaucoup de monde, je suppose, c'est d'abord un cadavre de jeune fille fourré la tête en bas dans un conduit de cheminée (Double assassinat dans la rue Morgue) : seule image capable de supplanter, de neutraliser cette première angoisse, qui sait ?

Et puis non : Poe, c'est d'abord le plaisir de lire un texte difficile, qui demande des efforts. Chercher le vocabulaire qu'on ne connaît pas. Avancer lentement soutenu par l'intrigue. Et surtout : une célébration de l'intelligence d'autant plus probante que le narrateur se présente comme inférieur au détective qui résout les énigmes (dans La Lettre volée, Le Double assassinat...), incapable de suivre les circonvolutions de sa pensée tant que celui-ci ne les expose pas clairement.

Un détail : le détective, Dupin, porte le même nom que le père d'Aline, celui qui construit des bibliothèques.

jeudi 1 mai 2008

3. Poulerousse

















Nous, on n'a pas de meubles, on n'a que des valises : quand vous voulez clouer le bec aux enfants dans la cour et que vous avez déjà, à cinq ou six ans, déménagé un certain nombre de fois, ce genre de phrase fait ses preuves. Et puisqu'on n'a que des valises, inutile de s'encombrer d'un appartement de plusieurs pièces, non ? De toutes façons on repartira ! Ou comment frimer (à l'aise) avec ce qu'on n'a pas.
Et la maison, alors ? La notion même de maison ? Je n'ai jamais vécu autrement qu'en appartement. Ma maison, c'était dans l'enfance celle de Poulerousse, un album du Père Castor sans cesse réédité dans lequel l'héroïne se fait enlever, chez elle, par un renard mais réussit à lui échapper.
Ce que j'aimais, précisément, dans ce livre, c'était le début : Dans la maison de Poulerousse, tout est propre et bien rangé. C'est un plaisir d'aller chez elle. Pas un grain de poussière sur les meubles... (je cite de mémoire). Et l'on voyait les différentes pièces (surtout la chambre et la cuisine) dans un état impeccable, fleurs dans les vases, rideaux repassés. C'était l'époque où ma mère et ses amis m'avaient offert pour un anniversaire une maison de poupées qu'ils avaient fabriquée eux-mêmes en récoltant des chutes de moquette, de papier peint, des porte-clés publicitaires... Maison à un étage avec télévision, machine à laver, baignoire, toilettes, tapis en peau de bête, et jusqu'à l'électricité : tout en récup, une maison unique (m'en est resté le goût de la miniaturisation, des maquettes, de l'échelle réduite). Poulerousse, c'était l'ordre aussi, ce "chaque chose à sa place" qui me servait de repère lors des déménagements.
Poulerousse se faisait donc enlever par un renard et s'en sortait parce qu'elle était plus rusée que lui (grâce aussi à la tourterelle, son amie, avec laquelle elle finissait par habiter). Le problème, c'était la beauté du renard et de la renarde, et les conséquences du geste de Poulerousse : la pierre qu'elle avait mise dans le sac à sa place ébouillantait le couple qui croyait faire un bon repas. Et ça, ça ne m'allait pas du tout. Après, qu'elle aille vivre avec la tourterelle, partager avec elle du vin et des gâteaux, ça m'était complètement égal.

J'ai offert ce livre à mon fils, qui l'a laissé jusqu'à ce jour totalement indifférent (en apparence, du moins). Par contre, nous sommes tous deux de très grands fans de Ma maison, un album de Delphine Durand paru au Rouergue.









La maison de la narratrice ne paie pas de mine, mais à l'intérieur on y trouve des monstres (dont certains de la famille des mous), des saucisses qui parlent, un type qui se plaint tout le temps, un endroit où l'on range tout ce qu'on ne sait pas où mettre ailleurs (les idées qu'on n'a pas encore eues), etc. A la dernière page, l'un des personnages ouvre la porte et ordonne à tous les autres : allez, tout le monde dehors ! Bref, un endroit bien plus marrant que la maison de Poulerousse, ménagère parfaite qui fait fuir la beauté.

Poulerousse ou le livre du refuge, du lieu clos au milieu du chaos. Sa suite : les romans de Barbara Pym où les Anglaises boivent du thé en observant leur nouveau pasteur par la fenêtre (lus à Stalingrad ou sur la ligne 2, tiens, en période difficile, au début des années 2000) ; le jardin de Sido.

Et puisque j'en suis à parler de Delphine Durand, de la pub pour un autre de ses albums parus au Rouergue, le génial Bob et compagnie (un livre sur la création du monde, si si). A lire à n'importe quel âge.



mercredi 30 avril 2008

1. Verlaine et Rimbaud chantés par Ferré









Le premier livre de cette liste n'est donc pas un livre, ni même un disque, mais une cassette. Mes parents ont eu Léo Ferré pour point commun et, lorsque ma mère et moi avons emménagé à Château-Rouge, dans une seule pièce, j'ai forcément entendu ce qu'elle passait en boucle dans son radio-cassettes. J'étais en maternelle, je ne savais pas lire. C'est donc sans les voir jamais écrits que j'ai découvert les poèmes de Rimbaud et Verlaine, mis en musique par Ferré. A cinq ans, je connaissais Les Poètes de sept ans quasiment par coeur et me sentais en phase avec cet enfant dont il était question, pourtant plus grand que moi (un vieux, quoi). Ma mère me disait qu'Arthur Rimbaud avait écrit toute son oeuvre à quinze ans et je ne partageais pas une seconde son admiration pour cette prétendue maturité : quand j'aurai quinze ans, je saurai sûrement écrire comme ce vieillard, me disais-je, sans pour autant le claironner (je devais bien sentir que cette phrase pourrait un jour se retourner contre moi). Les poèmes de Rimbaud me terrorisaient, surtout Les Assis (Puis ils ont une main invisible qui tue (...) Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir : allez dormir tranquille, après !), que j'adorais. Et il y avait la bible à la tranche vert chou du poète de sept ans, qui exerçait une double fascination : celle de la feuille de chou servant, à mon avis, de couverture (je l'imaginais très bosselée et grumeleuse, me demandais s'il finissait par la manger - et qu'est-ce que ça pouvait être que cette tranche ? une tranche de quoi ?) ; et aussi, qu'il soit question de la Bible, un livre assez diabolique sans doute, interdit à coup sûr (j'étais élevée par une athée farouche, il n'était pas question d'avoir la Bible à la maison).
Ca m'a saoulée comme on ne peut pas l'imaginer d'apprendre ensuite que tout Français normalement constitué se mettait à aimer Rimbaud à quinze ans et se lançait dans la rédaction de poèmes qu'il allait renier par la suite (ce qui lui conserverait néanmoins une aura romantique auprès des filles - car c'était les garçons qui écrivaient les poèmes, bien sûr). En première, pour le bac de français, nous avons étudié Rimbaud en cours, et les cours n'étaient pas très bons : je n'ai plus rien voulu savoir de lui, n'ai pas non plus écrit de poèmes. Mais La Chanson de la plus haute tour est inscrite, réinscrite en moi, le sera jusqu'au bout.

Puisqu'on me piquait Rimbaud, je me suis alors tournée vers mon autre vieux camarade : Verlaine, dont Ferré m'avait permis de découvrir Il patinait merveilleusement, Mon rêve familier ou Ô triste triste était mon âme (que je confondais tous les deux). Je me suis gavée de Verlaine à dix-huit ans, quand j'ai vécu seule la première fois, et n'ai repris Rimbaud que bien plus tard, et pas sans méfiance.

Dans mon tableau de lectures, en gros : une veine Rimbaud pour les abîmes, les chocs, les textes qui ont les yeux cerclés de bagues vertes ; une veine Verlaine pour les délicatesses, les nuances, les wagons roses avec des coussins bleus où l'on se cherche des poux (c'est ce que j'en avais déduit).

Quant à Ferré, il faut bien avouer qu'à part ce disque-là...

Les dix ou douze livres qui ont compté

Oui, oui, encore en train de parler du Petit journal, plus du tout de la ligne 2, mais ça n'a aucune importance : le principe des Fenêtres, c'était d'écrire quand le métro était aérien et d'ouvrir un livre dès qu'il entamait sa descente à Barbès. Donc, quand François Bon propose que nous indiquions tous quels sont les dix ou douze livres qui ont compté, j'y vois un prolongement évident.

C'est d'ailleurs un exercice que j'avais déjà fait, la première fois pour la sentimenthèque de remue.net et, quelques années plus tard de façon bien plus précise, pour moi, en utilisant la méthode suivante : sur une feuille de papier, on note sans réfléchir les livres qui nous ont vraiment marqué durant l'enfance sans exercer de censure (il ne s'agit pas de donner une bonne image de soi, évidemment, mais d'aller voir comment on est passé de l'un à l'autre, ce qui a conduit à lire tel ou tel). Puis on relie par des traits les différents titres selon des thématiques qui se découvrent petit à petit. Ce fut une expérience fascinante, même si je n'ai pas conservé le tableau que ça avait fini par produire et que je ne me souviens plus de toutes les conclusions auxquelles j'étais arrivée. Tout commençait à partir de deux "veines", Rimbaud et Verlaine. Ensuite, via les albums pour enfants, les recueils de poèmes, etc., ça se ramifiait de plus en plus jusqu'à l'âge adulte selon une logique interne insoupçonnable au départ, qui finissait par sauter aux yeux.

Cette fois, je vais faire plus simple : envoyer chaque jour, si je peux, un article sur l'un des dix ou douze titres choisis, avec la couverture si je la trouve. Le blog chassant au fur et à mesure les messages les plus anciens, à la fin, on se retrouvera avec les ouvrages les plus récents, ceux que j'ai découvert avant 25 ans. En route (avec Rimbaud et Verlaine, donc).

mardi 29 avril 2008

Strip-tease pour le centième message

(je sens que ce titre va m'attirer du spam à modérer dans les commentaires. Et attendez, il y a encore "fesses" dans le texte ci-dessous !)

Autrement dit : du journal, intime ou non, et collectif, sur Internet

Il se trouve que je continue à inscrire, quand ça me prend, ma vie en deux lignes dans le Petit journal de François Bon et au fil du temps je réalise que si on le souhaite, on peut finir par collecter pas mal d'éléments (des lieux, des images, des colères, des joies...) sur qui participe.
Pourtant (et je perçois souvent les textes des autres bien plus elliptiques, encore) j'ai la sensation d'écrire de côté, de ne presque rien révéler de ma journée, même si ce que je choisis de dire est pour moi en évidente corrélation avec ce qui me préoccupe sur le moment.
Ainsi, même si ce n'est vraiment pas grand chose : rien qu'en regroupant certaines phrases et/ou en suivant leurs liens, on peut en déduire que je passe ma vie à la piscine Pailleron, suis en train de lire le roman d'Yves Pagès situé en face dans le collège du même nom, et que par conséquent, je ne bouge jamais mes fesses (les voilà !) de ce coin du dix-neuvième arrondissement. Espace physique et mental en parfaite adéquation, restreint à une rue ou presque. Alors ? Puzzle ou strip-tease ? Pipeau, ou non ? Maîtrise-t-on ce qui surgit de cette juxtaposition de nos phrases ? Parfois nous rebondissons sur son texte à lui (François Bon), attendant qu'il le mette en ligne pour cliquer et écrire. D'autres s'engueulent, se font des clins d'oeil, s'envoient des citations... Souvent, je m'étonne des échos multiples, me freine pour ne pas engager un parallèle de plus. De l'intérêt du collectif, en l'occurrence...

mardi 15 avril 2008

Une autre fenêtre

celle du petit journal de François Bon, où tout le monde (et ce sont souvent les mêmes) peut noter sa journée en deux lignes. Viens de m'apercevoir que j'avais décrit un dimanche, un mardi avec les mêmes mots alors que ces deux jours n'ont en apparence rien de commun : l'un avec, l'autre sans écriture, relecture. Mais la simple suppression d'un paragraphe dans un texte de plus de 300 pages obsède...