l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 20 mai 2018

Semaine #20 bleu du ciel, écoute, numérique, cartes, atelier, traduction


















(Dublin, où le referendum sur l'avortement a lieu le 25 mai)

En milieu de semaine ce n'est pas encore la grande forme, mais le poignet se remet et je peux donc écrire. Enfin écrire... Travailler, envoyer des mails, pas écrire Bruits, qui demande trop de concentration. La fatigue physique est encore là, un tour du pâté de maison, et j'ai cent ans. 











Je ne peux pas aller à Chartres comme je l'avais prévu, ce qui ne m'empêche pas d'y penser. Du reste, ce mercredi, j'ai le plaisir de découvrir que les émissions de radio menées par Olivier L'Hostis avec Virginie Gautier en avril et Joachim Séné en mai sont en ligne sur la page que me consacre Radio Grand Ciel (les liens conduisent vers les émissions). Elles font une bonne heure chacune mais je les réécoute avec joie toutes les deux à la suite. Il est rare d'avoir autant de place pour s'exprimer.

Et puis, tiens, je n'ai pas encore dit qu'une nouvelle minute, liée au temps d'avril, était disponible :

Ni que Joachim Séné en avait fait une à son tour : 


(bientôt ce sera celui de Virginie)

Jeudi Je finis de préparer la formation sur le numérique que je proposerai à des enseignants le lendemain, la lecture de Décor Daguerre avec Mathilde Roux à la galerie Michael Woolworth qui aura lieu  le soir et l'atelier d'écriture de la vallée aux loups du samedi tout en me disant que trois activités à la fois, franchement, est-ce une bonne idée ces temps-ci ? Sur le moment, je vois les deux jours qui viennent comme un marathon et la campagne où je me rendrai le samedi soir comme un horizon indépassable. Et pourtant, tout me plaît, dans ces jours à venir. C'est simplement le corps qui voudrait se reposer.

Vendredi













 
Le matin, donc, en route pour Clichy, où a lieu une formation sur la littératie numérique que je dois animer et pour laquelle je convoque des souvenirs de la fin du XXe siècle (passage au traitement de texte, apparition du lien hypertexte, du CD-Rom, de la connexion...) et d'ancienne professionnelle de la profession (websurfeuse pour un annuaire internet, pigiste pour la presse informatique, etc) dans l'idée de poser quelques questions qui, me semble-t-il, nous travaillent toujours (celles des supports de lecture et d'écriture, de la recherche de l'information, de la surcharge de travail, de l'identité en ligne, etc.).
En guise d'introduction, je lis les premières pages de Detroit, dit-elle de Marianne Rubinstein, que l'on peut également entendre dans les 36 secondes de la semaine.












L'écoute et l'accueil sont parfaits : merci beaucoup à Florence Bordeaux, rencontrée à la Maison de la poésie en janvier, pour cette invitation. Mais vite, il faut déjà repartir. Me voilà sous un ciel bleu cru, traversant une ville en travaux que je n'ai pas le temps d'explorer - hop, hop, rentrer à Paris finir de préparer l'atelier de demain, puis rejoindre Mathilde Roux pour répéter notre lecture-projection du soir.

















Olivier Brossard, maître de conférences en littérature américaine à l'Université de Marne-la-Vallée, m'a en effet invitée à venir lire lors d'une soirée dédiée à la cartographie et l'art qui fait suite à un colloque international sur le sujet.
En fait, ce qui est drôle, c'est qu'Olivier a assisté à la lecture de Ile ronde que nous avions donnée, avec Joachim, à Bouaye, lors de ma résidence au bord du lac de Grand-Lieu : directeur de la collection chez Joca Seria, il avait accompagné l'éditeur Bernard Martin ce soir-là. Lors de la réunion à l'université où nous avons été présentés, aucun de nous deux ne s'est souvenu de cette première rencontre. Olivier s'en est rappelé quelques mois plus tard, cependant, m'a alors conviée à lire et, vu le sujet, il m'a paru évident d'associer Mathilde à l'événement.

Nous voilà donc toutes deux, ce vendredi soir, à Bastille, dans une magnifique imprimerie d'art, présentant nos travaux après avoir écouté les poètes Stephen Collis et David Herd, et la spécialiste de l'anti-cartographie Liz Mogel. Nous reprenons, en version raccourcie, la lecture-projection de Décor Daguerre que nous avions faite à Cerise en 2013, et c'est une joie d'autant plus grande que cette résidence s'était révélée assez difficile à vivre, même si cela ne m'avait pas empêchée d'écrire.

Avant de lire, j'explique au public qui sont les trois femmes dont je vais parler : ma mère, dessinatrice cartographe qui m'offrait quand j'étais enfant de quoi dessiner et écrire ; Agnès Varda, qui explore le monde depuis tant de temps ; et Maryse Hache, qui m'envoyait des cartes postales et m'encourageait. Olivier Brossard (grand merci à lui), traduit ces explications en anglais. Puis la vidéo de Mathilde alterne avec les extraits lus, ce qui me permet de la regarder. A nouveau, j'y découvre des choses.


















Si vous souhaitez un compte-rendu de la soirée, c'est facile, il suffit d'aller chez Piero Cohen-Hadria : comme il le dit lui-même, les trois quarts de L'aiR Nu étaient là ! J'emprunte du reste à Mathilde le commentaire qu'elle a mis sous une photo que j'ai postée hier : "lieu superbe, accueil superbe, intervenants passionnants, salle comble et attentive, ambiance hautement chaleureuse (on se sentait loin des prés carrés parisiens et ce fut un bonheur)". 
Bonheur, en effet, d'autant que 80 personnes, au moins, étaient présentes, anglophones ou francophones : quelque chose, soudain, s'est aéré, élevé... Ce fut vraiment un grand moment.

Samedi















Très belles heures également à la Vallée au Loups le lendemain, où nous avons enfin pu réaliser notre fantasme : écrire dans le parc. C'était mon avant-dernier atelier, quelque chose va se clore le mois prochain, il n'empêche : que ce soit là, à Chartres, à Paris ou ailleurs, quelle que soit l'activité à laquelle je m'adonne, tout cela forme au fond un même ensemble, rien n'est jamais séparé.



















(voici l'oloé 2)

La semaine prochaine, nous irons à la Maison de la poésie, puis peut-être à Chartres, à coup sûr à Montpellier et à Sète (et je me ferai sans doute un cadeau pour mon anniversaire, tiens, yes !, lié au voyage ou au désir de traduction, c'est décidé). 
Bonne semaine à tous.

lundi 8 mai 2017

Crossroads / 30













Quoi de neuf dans cette rubrique dont le dernier numéro date de cet automne ?
D'abord cet article inattendu de la librairie Charybde, à Paris sur Décor Lafayette, qui vient quatre ans après sa parution et analyse avec une grande finesse le parcours à l'oeuvre dans le texte : je suis évidemment heureuse d'être aussi bien comprise et de me dire qu'il y aura peut-être, ainsi, un prolongement avec Décor Daguerre un jour sur le blog tenu par les libraires.













Justement, à propos de DD, remue.net ouvre une nouvelle rubrique sur le cinéma, nommée Oeil pour oeil et dirigée par Aude Pivin. Aude m'a invitée à y participer et j'ai donc proposé un texte, Combien de demoiselles, intimement lié à ce Décor Daguerre : il est ici. J'ai bien envie d'en écrire d'autres, nous verrons...
Autre "extension du décor", mais qui cette fois n'est pas de moi : les explorations liés à la rue Daguerre que Pierre Cohen Hadria publie en ce moment, que ce soit sur son site, Pendant le week-end, ou dans la Maison témoin de Christine Jeanney. On s'y balade de boutique en boutique grâce à son regard attentif et ce Street view qu'il aime manipuler. 












Piero nous offre également ces jours-ci (et ce n'est pas fini, un autre épisode ne saurait tarder) une seconde incursion dans le monde du livre avec sa rubrique La Petite fabrique sur L'aiR Nu. Il interroge Frédéric Ciriez sur le métier d'écrivain, la façon dont un auteur se débrouille, son parcours, etc. C'est vivant, c'est drôle, on apprend beaucoup de choses, le tout sur fond de café du quartier Strasbourg Saint-Denis : ambiance garantie.


L'aiR Nu, parlons-en justement : je poursuis tous les vendredis la mise en ligne des 36 secondes, ces lectures courtes qui se renouvellent par sessions de deux. La rubrique commence à se faire connaître, ce qui me fait bien plaisir. Et elle va trouver un prolongement inattendu puisque désormais, je vais publier de façon hebdomadaire des articles sur la plateforme internationale Bookwitty destinée à faire découvrir des livres du monde entier, plateforme qui existe en version française depuis peu. Ce ne sera pas systématique, mais je ferai sans doute le lien entre mes lectures audio et mes articles de temps à autres. C'est d'ailleurs le cas pour le premier d'entre eux, consacré au Sel de la vie de Françoise Héritier. 
Pour suivre mes publications sur Bookwitty, c'est simple : il suffit de cliquer sur l'image de la rubrique dans la colonne de droite de ce blog ou de se rendre ici


















Et pour réussir à continuer à écrire (le Marilyn, A même la peau en relecture...), travailler pour L'aiR Nu, gagner ma vie, monter des dossiers et animer des ateliers, je me fais désormais accompagner  par le 100 : l'idée est, comme dans cette rubrique, de tout croiser sans s'emmêler et de se nourrir, au sens propre comme au figuré. Possible, donc, que le 100 apparaisse ici ou là dans ce que je raconte ces prochains temps.
En attendant la suite, bonnes lectures, balades, écoutes, cogitations, manifs à tous...


(ci-dessus le Printemps, Solange et Andy dans la boutique de Monsieur Dame, chez Agnès Varda et le toit du 100)

samedi 18 mars 2017

D'un texte à l'autre














A peine mise en ligne En friche, consacrée à la déambulation littéraire à Marseille, L'aiR Nu a fait paraître ces jours-ci une nouvelle page, In situ / Incipit : on peut y retrouver la première édition du festival du même nom, qui s'est déroulé en janvier dernier à la galerie Six Elzévir à Paris, laquelle accueillait également une exposition des collages de Mathilde Roux.














Côté collectif, nous avons été tous les quatre partie prenante de cette aventure, mais de façon différente : Mathilde a non seulement exposé, mais également mis en oeuvre et organisé les deux soirées de lectures avec Philippe Aigrain avant de concevoir la page web avec Joachim Séné, tandis que Pierre Cohen-Hadria et moi étions présents en tant qu'auteurs. 














Le texte de Piero, fragment d'un ensemble plus long à retrouver sur son site comme il l'indique au début de sa lecture, parle d'Amiens et de prison, de condamné à mort, de chanson, de géographie de la ville. Tout cela me touche au plus près et je le réécoute en écrivant ce billet. 














Nombreux ont été les textes à m'avoir marquée, de toute façon, durant ces deux soirées, lectures on ne peut plus variées que vous pouvez entendre directement ici.
J'avais choisi, de mon côté, de me servir de la thématique du festival (l'oeuvre littéraire imaginaire du créateur de la guillotine) pour me lancer dans ce qui, après Marilyn, devrait m'occuper un moment : la rédaction de ce qui s'appellera a priori Saint-Germain en Laye, sera lié de façon plus ou moins ténue à Décor Daguerre
(Il me semblait avoir écrit un texte simple, vraiment très simple, j'en suis moins sûre en le réécoutant, me dis : on verra bien quand il paraîtra, comme tous ceux du festival, sur le site remue.net.)














(un peu de château en attendant)

Quant à Décor Daguerre, il paraît la semaine prochaine, le 23, et j'en reparlerai ici dès que je le pourrai, mais on peut d'ores et déjà le trouver et le commander sur la page des éditions de l'Attente - ce depuis hier, précisément ! 
Vous pouvez également tenter d'en gagner un exemplaire en suivant le dernier épisode en date de la rubrique Service de presse de François Bon sur YouTube : c'est facile, il suffit d'y aller de son petit commentaire sous la vidéo.
















DD : le voici, le voilà, il arrive, jusqu'au salon du livre, même.

dimanche 13 décembre 2015

douceur de L'aiR Nu




Je n'ai pas envie d'en dire tellement plus que cette photo prise par Sandrine Vallée de la Communauté de communes de Moret le soir de l'inauguration de notre résidence, quelques minutes avant notre passage sur scène : tout y est. 



Alors quoi ? Raconter qu'on travaille plutôt beaucoup, en réalité, pour pouvoir à la fois assurer cette résidence, poursuivre notre projet collectif en dehors, trouver de l'argent pour tous et pour chacun tout en déroulant vaille que vaille nos projets personnels ? 
(ci-dessus la mascotte du groupe et le carnet bleu qui sert pour Moret, photo de Joachim)















Oui, il n'y a pas de raison de ne pas le dire. 
Je devrais attendre la mise en ligne de notre prochaine page, sans doute ; faire une annonce tonitruante, aussi, dire que vous pouvez adhérer, nous soutenir, grâce à ce nouveau lien sur le site.
Oui. Oui, oui. 
Mais ce dont j'ai envie, depuis quelques jours déjà, c'est simplement d'intituler un billet de ce blog douceur de L'aiR Nu. Parce que ce collectif nous porte (je crois que je peux dire nous à cet instant précis). Que nous nous sentons à notre place à tenter du nouveau. Que nous nous retrouvons parfois face à des vents contraires, froid chaud chaud froid douche écossaise pour tous et voilà que ça résiste, nous résiste, nous chasse, nous atteint. Mais il y en a toujours un (ou deux, ou les quatre, ou les six même, car en fait nous sommes six) pour inventer un truc, envoyer un lien ou une vanne, dénouer la situation, redonner de l'élan.

(ci-dessus le montage de Mathilde pour illustrer la résidence)



Nous sommes six car, en association depuis le 1er septembre, nous avons demandé à Philippe Diaz (ou Pierre Ménard, allez savoir) d'être notre président et à Caroline Diaz de devenir notre trésorière, et ils ont dit oui. Six, donc, à garder les fenêtres ouvertes, à écouter les trains et le reste, à s'équiper avant de partir, à utiliser les ciseaux et le code, le clavier et l'enregistreur, le Navigo, la carte, le papier... A tenter de respirer un peu.

(douceur : ci-dessus le panneau qui présente L'aiR Nu à la médiathèque d'Ecuelles. Chaque fois que j'entre dans une des bibliothèques de la CC j'en trouve un qui veille...)

samedi 5 décembre 2015

De la ville au Loing #5

















Marcher dans les rues de Veneux sans commerce ni personne aux portes ou aux fenêtres, à peine un homme à ventre rond apparaît-il de profil qui bricole dans son garage. Marcher vite parce qu'il fait froid et ce sont les chats le vrai peuple de l'après-midi. 



De toute façon la nuit va tomber. Les photos de Veneux sont prises à la volée en pensant à ce qui s'appelle donc De la Ville au Loing. L'idée d'un texte se dessine, différent de ce qui apparaît ici, articles qui n'en sont que la trace. 
Différent ? Trace ? Peut-être. Peut-être seulement. Tout est encore envisageable comme le note Pierre dans son Journal des frontières à peu près au même moment. 




(les bords de Mathilde vont me servir d'appui, je le sais. Je ne voudrais pas le dire trop fort)



(ne pas insister non plus sur ce que le journal du son de Joachim offre de possibilités. Laisser agir)



Tout peut encore, tout peut toujours servir, jusqu'à la dernière minute. Ainsi l'arbre-voitures aperçu en redescendant vers la gare ou les petits carreaux du souterrain qui conduit de Veneux à Moret. Ou la passerelle au-dessus des rails, métal, peinture, surface qui s'effrite, matière détruite qu'on écrase du pied en franchissant les voies, qui retient et fascine. Ou la rue de Seine sans la Seine. Ou un tableau de Sisley dont il est question près d'une villa Bellevue. Ou une phrase trouvée en ouvrant un livre au hasard, que le contexte éclaire et éteint à la fois. Ou un puzzle en partage à la bibliothèque, que personne ne termine. Ou...



(malgré ce jour que je montre, l'ébauche apparaît mieux la nuit)

lundi 5 octobre 2015

De la ville au Loing #2














C'était donc, vendredi soir, inauguration de la résidence à Ecuelles de L'aiR Nu, et départ pour nous bien avant de Paris - Piero en parle ici, déroule la journée. 
A l'horloge Victoria Station du restaurant alsacien de Moret (parfaitement) où nous venons de déjeuner, il est cinq heures trop tôt. Dehors, le temps est magnifique. Le trac monte un peu mais les rires également, surtout eux, tandis que nous partons pour Ecuelles en nous trompant, longeant la forêt sur la droite au lieu des champs à gauche, arrivons finalement 













(cette photo a été prise tout spécialement pour Christine Jeanney, qui a twitté l'adresse de la rencontre, merci Christine) 
dans la salle Jean Mermoz où il s'agit alors de transporter, d'installer, de brancher, de tester, d'accrocher des tableaux, des livres et des câbles.


















































(deux membres éminents du collectif, on le voit, surgissent de cette foule de carrés et rectangles que je saisis comme je peux)
(il manque le très beau livre d'artiste que Piero a co-réalisé, et les gants pour en tourner les pages)

Dix huit-heures. Il est encore, il est toujours trop tôt. Après une visite à la médiathèque juste en face, nous optons pour une balade le long du canal du Loing, durant laquelle je dis moult bêtises, comme d'habitude avant une lecture, ce qui ne se voit pas ici 


























mais risque d'avoir été enregistré ; paroles qui filent le long de l'eau, coureurs, cyclistes et marcheurs, nous croisons des mûres, un potager près d'un fossé, une citrouille-carrosse, une maison aux fenêtres sans rideaux (immense, on s'interroge), un banc (trop tard pour s'y asseoir), au retour une usine

























Voilà c'est presque l'heure. Les gens commencent à arriver. De mon côté, ce moment-là devient : s'isoler un peu derrière le rideau ; répéter une dernière fois (heureusement, j'avais inversé deux pages) ; attendre la fin des discours ; traverser la scène ; arriver au micro ; ne rien percevoir de la projection. Douze minutes d'écoute magnifique en salle, que j'entends, qui me porte. L'important : se concentrer sur le texte, le passage d'un extrait au suivant. 
Douze minutes de lévitation. Je ne sais pas ce que voient les gens, je n'ai pas le temps d'imaginer. Il faut se focaliser sur le ton, les silences, les accélérations. Je veux que le texte de Mathilde entraîne. Je veux rester le plus juste possible quand ce sont les voix écrites par Piero, par Joachim qui se présentent, reviennent (une vieille dame entre à nouveau dans sa maison d'enfance ; un garçon de dix ans rêve de quitter son village). Je veux qu'on ne décroche pas. Qu'on sente la chaleur, le froid, toute une palette d'émotions et que les auteurs, assis à ma droite (je ne les vois pas, me tourne une seconde vers Mathilde) s'y retrouvent, soient contents, même, disons-le.

Rien de plus intense que ces moments-là. Impossible d'y ajouter encore un mot ou une image...

*

(pour donner tout de même une idée en attendant que cela soit en ligne, sachez que les extraits de textes des douze minutes sont tirés : 
d'un vase-communicant de Mathilde avec Anne-Charlotte Chéron
d'un vase-communicant de Piero avec moi
de Village, de Joachim
de Ile ronde, déchirure / tempête
du texte que j'ai écrit pour Elles en chambre de Juliette Mezenc
d'un vase-communicant entre Joachim et moi
de J'ai l'amour, de Mathilde)

mardi 29 septembre 2015

Lectures : de Moret à Nantes, les 2 et 3 octobre prochains














Vendredi soir, le 2 octobre, aura lieu l'inauguration de la résidence de L'aiR Nu dans la communauté de communes de Moret Seine et Loing. La soirée se déroulera plus précisément dans la ville d'Ecuelles, à la salle Jean Mermoz et débutera à 19h30. 
Ce que nous y ferons ? Je commencerai par lire un montage de textes d'une dizaine de minutes tandis que Mathilde Roux projettera.... quelque chose, je ne sais pas quoi ! Le principe est en effet le suivant : j'ai effectué ce montage en allant piocher chez chacun d'entre nous des extraits de livres, sites, blogs que j'ai juxtaposés et ce, sans en dévoiler le contenu à personne. De son côté, Mathilde est allée "piquer" des photos, dessins, images, cartes, que sais-je encore chez nous quatre sans rien nous montrer non plus. Le résultat, à la fois construit et aléatoire, se découvrira donc en direct vendredi soir, devant tout le monde sauf moi, puisque, le nez sur le texte à lire, je ne verrai pas ce qui se passe sur l'écran. Frustration assurée ? Peut-être. En tout cas, je me suis beaucoup amusée à passer d'un univers à l'autre, à suivre les pas de Piero, de Mathilde et de Joachim.



















Ensuite, nous présenterons le site au public présent. J'en profite pour dire que depuis hier, on peut y trouver une nouvelle page, celle qui est dédié Ricordi de Christophe Grossi. Si un voyage en Italie vous tente, passez voir : le livre se déploie et permet d'entendre quatre propositions sonores distinctes.
Après cette présentation collective, nous inviterons le public à venir nous poser des questions de façon plus individuelle. Des ordinateurs permettront de découvrir nos sites personnels. Nous pourrons parler de nos livres et les présenter. Un accrochage des collages de Mathilde est également prévu. 
Programme alléchant, n'est-ce pas ? Si vous ne pouvez pas vous rendre jusqu'à Ecuelles, 45 rue Georges Villette, sachez que cette lecture-projection fera l'objet d'une page sur L'aiR Nu un peu plus tard.
(mais venez !)















Le lendemain, hop, un peu de TGV puis le château des Ducs de Bretagne (mazette) pour une lecture de Ile ronde de 40 minutes, suivie d'un entretien avec Arnaud de la Cotte, dans le cadre du festival Echos. Là encore, je vais "incarner" plusieurs voix puisque j'ai choisi de lire un montage d'extraits dans lesquels on entendra la mienne (de voix), celle de Dita Kepler, celle de la jeune fille, celle du géant et celle de l'aviateur. Ile ronde étant - c'est mon avis du moins - un livre impossible à lire à haute voix dans l'ordre du texte, j'ai modifié l'ordre d'apparition de ces voix et, ce faisant, eu l'impression de créer parfois un sens nouveau. Est-ce que ce sera le cas ? Nous verrons bien.

Week-end sonore qui correspond, c'est un hasard, à la fin de ma première phase de travail sur les Bruits. Et dire que sur ce blog, tout est silencieux !

lundi 1 juin 2015

dans l'air



















J'en ai à peine parlé ici et il est temps, je crois, de consacrer un article à ce projet qui est en train de devenir plus concret, je veux parler de l'aiR Nu, objet numérique, audio et littéraire que nous mettons en place avec Joachim Séné, Mathilde Roux et Pierre Cohen Hadria depuis quelques mois et qui va bientôt prendre son envol.
Comme précisé sur le site, l'idée est de mettre du son en ligne en suivant des voix, des villes, des trajets que sont amenés à effectuer les auteurs quand ils écrivent ou viennent parler de leurs livres, lors d'ateliers ou de rencontres. Il s'agit aussi d'interroger des lecteurs, des libraires, des éditeurs, des bibliothécaires ; de proposer des lectures audio ou encore, bien sûr, de faire découvrir des textes particuliers, tout cela sous forme de pages web originales, avec arborescences spécifiques. Les premières pages créées permettent, nous l'espérons, de donner sans plus attendre une idée de ce que va devenir le site.

C'est ainsi que nous vous invitons à nous suivre dans la région nantaise, dans le village de la Montagne puis dans celui de Bouaye, au bord du lac de Grand-Lieu, pour assister à une lecture. 
Que nous nous interrogeons sur le bruit des trains avec Joachim, assis à ses côtés, avant de retrouver Pierre Ménard à Marseille dans la villa La Marelle que bordent les voies de la gare Saint-Charles.
Que surgissent les Obliques, textes de Christine Jeanney.
Que l'on retrouve encore trois baleines-paysages dans le jardin de Maryse Hache
Il suffit de se laisser guider...















Cet automne, à partir du 2 octobre et pour une durée de six mois, nous serons en résidence dans la région de Moret-sur-Loing. Nous arpenterons les lieux, interrogeant qui voudra bien nous répondre sur la notion, très vaste, de frontière. Une petite présentation du projet est en ligne sur la page d'accueil de l'aiR Nu et vous pouvez suivre d'ores et déjà le journal des frontières de Pierre Cohen Hadria sur le site Pendant le week-end.

Bien sûr, nous voyons dans cette résidence une très belle opportunité, celle d'avoir les moyens pendant six mois de nourrir une rubrique spéciale, liée à l'objet littéraire que nous allons créer en fin de parcours, début avril 2016. Mais ça ne devrait pas être notre seule activité. L'idée, c'est vraiment de faire de notre "radio" un outil pérenne, de le développer et d'y consacrer chacun une partie de notre temps, créant sans cesse des liens, des passerelles. De faire entrer l'air. D'ouvrir les fenêtres, toujours plus...

*

Le logo de l'aiR Nu a été dessiné par Joachim Séné.
La photographie ci-dessus, prise à Moret, est de Mathilde Roux. 

vendredi 4 avril 2014

Un voyage, par Piero Cohen Hadria

Déjà, en passant au dessus des îles Baléares, j’ai cru que nous étions arrivées, mes yeux se sont empli de larmes. Je croyais retrouver l’air doux, les senteurs des orangers, mais nous étions encore loin d’Alger. Lorsque l’avion s’est posé, mes larmes avaient séché : j’étais accompagnée de ma plus jeune soeur D. (elle a près de vingt ans de moins que moi, une battante, moi j’ai soixante douze ans, l’année dernière notre mère est partie, et nous avons décidé d’entreprendre ce voyage, un peu comme pour nous souvenir d’elle, comme pour lui faire un signe, elle a toujours tant aimé ce pays sans y revenir jamais. Nous en avons parlé, nous sommes cinq sœurs, nous avons trois frères, mais nos trois autres sœurs ont décidé de ne pas venir. Si je suis l’aînée, mes trois autres sœurs ont presque mon âge, à présent, nous y avons vécu toutes nos jeunes années, et en soixante deux, quand nous sommes partis, ma sœur D. venait de naître). Nous avons senti le jasmin, le citron, le hénné et l’orgeat. Le soleil, la lumière et son ombre, les bleus des ciels et la finesse des nuages.
Nous sommes descendues dans un hôtel, non loin de Bab-el-Oued, là où nous vivions alors.
Le lendemain, nous avons été regarder. La maison était toujours là, la même, j’ai sonné, j’ai frappé, les gens étaient là aussi, des gens comme vous ou moi, j’ai dit : « vous savez, nous vivions là, avant les évènements, avec ma famille », mais ils ne nous connaissaient pas, et j’ai recommencé à pleurer. Cinquante ans, tu sais… Ma jeune sœur ne savait pas où se mettre, les gens nous ont fait entrer. J’ai revu ma chambre, le balcon qui donnait sur le petit jardin, les bougainvilliers, le petit amandier. J’ai revu la cuisine, l’auvent de verre au dessus des fourneaux, maintenant ils étaient neufs, maintenant, les gens ne sont plus les mêmes. L’un d’eux m’a dit : « il ne faut pas pleurer, ici vous êtes chez vous… ».
C’est de cette gentillesse dont je me souvenais. Il faisait une chaleur d’acier, et je reconnaissais aussi cette lourdeur pesante et forte des débuts d’après midi. Nous avons été nous doucher. Nous avons mangé, puis nous nous sommes couchées. Encore j’ai pleuré. J’ai l’impression, à présent que je te raconte ce voyage, mon enfant, tu sais, j’ai l’impression de n’avoir pas cessé de pleurer durant ces trois jours. Nous nous sommes promenées nous avons été voir le lycée, les magasins, le boulevard du Front de mer, la place Abdelkader, nous avons pris un café au lait, et marché longtemps, jusqu'à la grande poste, jusqu'à la grande Mosquée, nous sommes revenues et mes larmes ne cessaient pas.

C’était avril.


Le dernier jour, nous partions le lendemain, à neuf heures, le dernier jour, nous sommes retournées dans notre quartier, là j’ai rencontré nos anciens voisins. Je ne me souvenais plus de leur nom, eux m’ont reconnue et comme nous avions marché encore, pris le métro, remarché, ils nous ont invitées à nous désaltérer chez eux, nous avions soif et ils vivaient toujours dans la même maison, à trois numéros de la nôtre. Nous sommes entrées, il faisait doux, j’avais les larmes aux yeux, je n’étais pas amie avec eux, à l’époque mais je les connaissais, je me souvenais, des choses me revenaient. Nous avons raconté la raison de notre venue, notre pensée pour notre mère, des choses qui nous venaient et que je ne saurais plus te dire maintenant, tu sais, chéri, les grands-mères oublient... L’homme est revenu avec deux petits verres d’eau, nous avions si soif, j’ai cru à quelque chose comme une blague, mais il nous a dit : «  voilà, zèm zèm… » comme si nous devions comprendre ce que ça voulait dire. Je n’ai pas compris tout de suite, mais j’ai bu, l’eau était fraîche. Ma sœur aussi a bu, nous les avons remerciés et nous sommes parties. Nous avons pris un fanta dans un café, il était sept heures du soir, sur mes cheveux, je n'avais pas de voile, D. non plus, puis nous avons mangé à l'hôtel.
A l’aéroport, le lendemain, nous attendions dans la foule des gens qui embarquaient, les femmes et les hommes en blanc, les babouches et les robes, il faisait chaud, trop chaud comme d’habitude. Mes yeux étaient toujours mouillés, ma sœur a parlé avec un des hommes qui étaient là, lui avait reconnu que nous étions françaises, et la conversation a roulé sur ce « zèm zèm » et l’homme a haussé les sourcils, hoché la tête, remis son fez. « L’eau de La Mecque, oui, zam zam… » a-t-il dit. Dans l’avion qui nous ramenait à Paris, je me suis endormie.

*

Echanger des textes et photos avec Piero dans le cadre des vases communicants est presque devenu un rituel. Cela faisait un moment que je n'avais pas participé, cependant, et je suis très contente d'y revenir grâce à sa proposition, issue d'une photo de porte que j'avais publié sur Facebook et que ni lui ni moi n'avons choisi de montrer. 
Ici, donc, grâce à lui, une femme voyage, tandis que là-bas, chez lui (c'est le hasard, nous ne nous sommes pas concertés), c'est d'un homme enfermé qu'il s'agit.
Merci à Brigitte Celerier qui recense chaque mois les échanges des vases co et donne ensuite envie de les lire...

mardi 21 janvier 2014

oloé du monde entier















Après la publication de mon dernier article, Un oloé en Espagne, voici ce qu'il est advenu : 
En soutien, certains ont écrit des billets de blogs pour parler de leur oloé. Ce fut ainsi le cas de Gilda Fiermonte, Piero Cohen Hadria ou encore de Virginie Gautier. Virginie a inventé les îlots-oloés ; avec Piero, nous partageons depuis longtemps l'oloé-ligne 2 ; et c'est tout un parcours que Gilda retrace jusqu'à sa cuisine-oloé...















D'autres, comme Franck Queyraud, Christophe Grossi ou Thierry Beinstingel, ont recherché sur leurs sites les billets d'oloé et m'ont envoyé liens et/ou autorisation de m'en servir. 
Ainsi, Franck parmi tous ses billets oloé en a élu deux : ce qui est important et un oloé strasbourgeois, avec un café Brant fermé mais, me dit-il, qui devrait rouvrir au printemps après mobilisation citoyenne
Christophe, lui, avait fait une belle présentation du livre sur le blog de ePagine. 
Et Thierry en avait également parlé sur Feuilles de route, militant pour le mot - texte qu'il m'a renvoyé par mail, ses billets n'ayant pas d'URL propre à partir desquels je pourrais ici faire un lien. En voici un extrait : 
oloé met enfin un sens sur ce que sentaient confusément tous ceux attirés par la littérature, les lettres ou l'écrit. Comment faire ? Où aller ? Quel livre emmener ? Quel carnet ? Ordinateur ? Stylo ? Faut-il être toujours prêt ? Chercher partout l'instant propice ? Qui guetter ? Faut-il s'asseoir ? Rester debout ? Rester dehors ? S'enfermer ? Avoir une table bien à soi ? Un bureau ? Une maison ? Un chateau ? Est-ce que j'arriverai à écrire dans un café ? Que lire à l'hôtel ? Sur la plage ? Dans la rue ?



Les oloés ont aussi été déclinés, à la médiathèque André Malraux de Strasbourg, sous la forme d'un pecha kucha en novembre dernier lors de l'inauguration de l'@ppli. Ainsi, Pierre Ménard, Jean-Yves Fick, Cécile Portier, Jessica Maisonneuve et François Matton ont-ils écrit et illustré leurs lieux où lire où écrire (merci à Jean-Yves Fick de ce rappel, et de son message) : Jessica s'installe n'importe où et cela entraîne loin. Chez Jean-Yves Fick, nous voilà à la surface du monde, tandis que Pierre fait son trou et que François Matton trouve un refuge.
















A l'école d'ingénieurs Telecom Paris Tech, Isabelle Delatouche, elle, avait utilisé des extraits de mon texte lors d'une installation littéraire et numérique, ce qu'elle m'a rappelé en me donnant ce lien vers le blog de l'Anthologue (merci Isabelle !)



















Enfin, last but not least, comme on dit (mais alors, vraiment), Joachim Séné a ouvert un site qui géolocalise les oloé du monde entier : chacun peut lui soumettre un texte à lire et à lier. Depuis une semaine, sont ainsi apparus sur sa carte des oloés de Paris, Marseille, Madrid, Shanghaï, Ho Chi Minh ; de Biélorussie, de Roumanie... Et ça continue : à venir, ces jours-ci, un texte par jour ! Si l'Institut auquel le Bateau compte s'adresser fait la sourde oreille, au moins le site de Joachim aura-t-il vu le jour.















De mon côté, je me rappelle les textes que Maryse Hache a écrits à la parution : sa lecture du livre, jour après jour.
Je me souviens aussi du texte de Christine Jeanney et de son nouveau mot, ollo (il y eut d'autres belles présentations de mon livre à sa parution, qui sont en lien sur mon blog, dans la colonne de droite).















De plus, c'est un hasard mais il est important de le signaler : les éditions D-Fiction, qui ont publié mon texte, viennent tout juste de faire peau neuve. Mon texte lui-même, accessible ici, a changé de tête et je le découvre aujourd'hui, faisant partie d'une nouvelle collection, ArtPoText



















Continuons donc d'harponner les oloé du monde entier, me dis-je, et grand, grand merci à tous !

(les photos ci-dessus ont été prises à Bruxelles un jour de grand froid, à oloé extérieur tout à fait impossible)