l'horloge de la gare de Chartres

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Affichage des articles dont le libellé est Maryse Hache. Afficher tous les articles
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lundi 1 juin 2015

dans l'air



















J'en ai à peine parlé ici et il est temps, je crois, de consacrer un article à ce projet qui est en train de devenir plus concret, je veux parler de l'aiR Nu, objet numérique, audio et littéraire que nous mettons en place avec Joachim Séné, Mathilde Roux et Pierre Cohen Hadria depuis quelques mois et qui va bientôt prendre son envol.
Comme précisé sur le site, l'idée est de mettre du son en ligne en suivant des voix, des villes, des trajets que sont amenés à effectuer les auteurs quand ils écrivent ou viennent parler de leurs livres, lors d'ateliers ou de rencontres. Il s'agit aussi d'interroger des lecteurs, des libraires, des éditeurs, des bibliothécaires ; de proposer des lectures audio ou encore, bien sûr, de faire découvrir des textes particuliers, tout cela sous forme de pages web originales, avec arborescences spécifiques. Les premières pages créées permettent, nous l'espérons, de donner sans plus attendre une idée de ce que va devenir le site.

C'est ainsi que nous vous invitons à nous suivre dans la région nantaise, dans le village de la Montagne puis dans celui de Bouaye, au bord du lac de Grand-Lieu, pour assister à une lecture. 
Que nous nous interrogeons sur le bruit des trains avec Joachim, assis à ses côtés, avant de retrouver Pierre Ménard à Marseille dans la villa La Marelle que bordent les voies de la gare Saint-Charles.
Que surgissent les Obliques, textes de Christine Jeanney.
Que l'on retrouve encore trois baleines-paysages dans le jardin de Maryse Hache
Il suffit de se laisser guider...















Cet automne, à partir du 2 octobre et pour une durée de six mois, nous serons en résidence dans la région de Moret-sur-Loing. Nous arpenterons les lieux, interrogeant qui voudra bien nous répondre sur la notion, très vaste, de frontière. Une petite présentation du projet est en ligne sur la page d'accueil de l'aiR Nu et vous pouvez suivre d'ores et déjà le journal des frontières de Pierre Cohen Hadria sur le site Pendant le week-end.

Bien sûr, nous voyons dans cette résidence une très belle opportunité, celle d'avoir les moyens pendant six mois de nourrir une rubrique spéciale, liée à l'objet littéraire que nous allons créer en fin de parcours, début avril 2016. Mais ça ne devrait pas être notre seule activité. L'idée, c'est vraiment de faire de notre "radio" un outil pérenne, de le développer et d'y consacrer chacun une partie de notre temps, créant sans cesse des liens, des passerelles. De faire entrer l'air. D'ouvrir les fenêtres, toujours plus...

*

Le logo de l'aiR Nu a été dessiné par Joachim Séné.
La photographie ci-dessus, prise à Moret, est de Mathilde Roux. 

mardi 5 mai 2015

4 mai - bruits















Chaque jour, depuis le 1er octobre dernier, je note les bruits de la journée, assez rapidement, sans que cela pour l'instant n'apparaisse nulle part - ce que j'en ferai, si ce n'est qu'un matériau, si je transformerai l'ensemble, je verrai ça dans plusieurs mois... Ce matin, cependant, j'ai envie de mettre en ligne ce 4 mai d'hier, qui fut soirée dédiée à Maryse Hache au Cent.
(une précision : "Bruits" n'est pas un projet autobiographique, d'où le décalage que sentiront peut-être dans le texte certains qui étaient présents hier soir)

Lundi 4 mai

Dans une salle à néons qui n'est pas faite pour ça, ils sont plusieurs à lire, au micro ou non, en hommage à une amie, des extraits de ses tweets, de ses textes, de ses livres, de ses mails, de ses cartes postales. Elle était auteure et clown, écrivait chaque jour de chez elle un poème où les avions, filant sans discontinuer au-dessus de sa tête, devenaient musique. Métamorphoser le vrombissement, en faire un rythme, une ponctuation au lieu de le subir ; offrir par brassées des onomatopées ; inviter à sa table, dans son lit, au jardin, dans le ciel la surprise, la beauté ; les partager avec ceux qui chaque jour ont imaginé la maison, son bassin, ses roses sans occulter la mort prochaine c'est gagner la partie peut-être, malgré l'absurdité de cette expression-là. C'est inclure le néon et sa lumière crue. Réunir ceux qui écoutent – comment faire plus simple, ici, et ailleurs plus compliqué ? Composer des bouquets de voix, de phrases claires, de chuchotements.
Un pied martèle le sol. Un corps se déplace. On entend du vent dans les feuilles. 

*

Pollen, le texte de Christophe Grossi dédié à Maryse.
Le jour disparu dans la nuit d'écrire, hommage de Pierre Ménard à Maryse.
Photographie prise chez Maryse.

mardi 21 janvier 2014

oloé du monde entier















Après la publication de mon dernier article, Un oloé en Espagne, voici ce qu'il est advenu : 
En soutien, certains ont écrit des billets de blogs pour parler de leur oloé. Ce fut ainsi le cas de Gilda Fiermonte, Piero Cohen Hadria ou encore de Virginie Gautier. Virginie a inventé les îlots-oloés ; avec Piero, nous partageons depuis longtemps l'oloé-ligne 2 ; et c'est tout un parcours que Gilda retrace jusqu'à sa cuisine-oloé...















D'autres, comme Franck Queyraud, Christophe Grossi ou Thierry Beinstingel, ont recherché sur leurs sites les billets d'oloé et m'ont envoyé liens et/ou autorisation de m'en servir. 
Ainsi, Franck parmi tous ses billets oloé en a élu deux : ce qui est important et un oloé strasbourgeois, avec un café Brant fermé mais, me dit-il, qui devrait rouvrir au printemps après mobilisation citoyenne
Christophe, lui, avait fait une belle présentation du livre sur le blog de ePagine. 
Et Thierry en avait également parlé sur Feuilles de route, militant pour le mot - texte qu'il m'a renvoyé par mail, ses billets n'ayant pas d'URL propre à partir desquels je pourrais ici faire un lien. En voici un extrait : 
oloé met enfin un sens sur ce que sentaient confusément tous ceux attirés par la littérature, les lettres ou l'écrit. Comment faire ? Où aller ? Quel livre emmener ? Quel carnet ? Ordinateur ? Stylo ? Faut-il être toujours prêt ? Chercher partout l'instant propice ? Qui guetter ? Faut-il s'asseoir ? Rester debout ? Rester dehors ? S'enfermer ? Avoir une table bien à soi ? Un bureau ? Une maison ? Un chateau ? Est-ce que j'arriverai à écrire dans un café ? Que lire à l'hôtel ? Sur la plage ? Dans la rue ?



Les oloés ont aussi été déclinés, à la médiathèque André Malraux de Strasbourg, sous la forme d'un pecha kucha en novembre dernier lors de l'inauguration de l'@ppli. Ainsi, Pierre Ménard, Jean-Yves Fick, Cécile Portier, Jessica Maisonneuve et François Matton ont-ils écrit et illustré leurs lieux où lire où écrire (merci à Jean-Yves Fick de ce rappel, et de son message) : Jessica s'installe n'importe où et cela entraîne loin. Chez Jean-Yves Fick, nous voilà à la surface du monde, tandis que Pierre fait son trou et que François Matton trouve un refuge.
















A l'école d'ingénieurs Telecom Paris Tech, Isabelle Delatouche, elle, avait utilisé des extraits de mon texte lors d'une installation littéraire et numérique, ce qu'elle m'a rappelé en me donnant ce lien vers le blog de l'Anthologue (merci Isabelle !)



















Enfin, last but not least, comme on dit (mais alors, vraiment), Joachim Séné a ouvert un site qui géolocalise les oloé du monde entier : chacun peut lui soumettre un texte à lire et à lier. Depuis une semaine, sont ainsi apparus sur sa carte des oloés de Paris, Marseille, Madrid, Shanghaï, Ho Chi Minh ; de Biélorussie, de Roumanie... Et ça continue : à venir, ces jours-ci, un texte par jour ! Si l'Institut auquel le Bateau compte s'adresser fait la sourde oreille, au moins le site de Joachim aura-t-il vu le jour.















De mon côté, je me rappelle les textes que Maryse Hache a écrits à la parution : sa lecture du livre, jour après jour.
Je me souviens aussi du texte de Christine Jeanney et de son nouveau mot, ollo (il y eut d'autres belles présentations de mon livre à sa parution, qui sont en lien sur mon blog, dans la colonne de droite).















De plus, c'est un hasard mais il est important de le signaler : les éditions D-Fiction, qui ont publié mon texte, viennent tout juste de faire peau neuve. Mon texte lui-même, accessible ici, a changé de tête et je le découvre aujourd'hui, faisant partie d'une nouvelle collection, ArtPoText



















Continuons donc d'harponner les oloé du monde entier, me dis-je, et grand, grand merci à tous !

(les photos ci-dessus ont été prises à Bruxelles un jour de grand froid, à oloé extérieur tout à fait impossible)

vendredi 25 octobre 2013

hommages à Maryse















ici et par















et ici encore (toujours)
et ailleurs sans doute















au dos de ses cartes et dans ce jardin ce qu'elle a écrit















venu de partout ça essaime



















ce qu'elle a aimé, offert

















suit sa route
















et nous continuons à aimer















à écrire

vendredi 2 novembre 2012

Pour toujours, par Olivier Hodasava
















Il dit : C’est marrant que tu habites un numéro impair. Moi, je n’ai jamais habité que des numéros pairs : 2, 2, 6bis, 86, 302, 52, 46… Je viens de m’en rendre compte en venant chez toi. Le plus étonnant, c’est que je n’y avais jamais pensé jusque-là.

Il dit : Évidemment, on n’a jamais fait le chemin ensemble alors, parfois, je me demande : quand tu viens chez moi est-ce que tu suis le même itinéraire que moi je suis ? je veux dire que moi je suivrais ? Par exemple, boulevard de la Villette sur quel trottoir avances-tu ?… Côté sud ? côté nord ?… Marches-tu sur le terre-plein central ?

Plus tard, il dit : Mais en fait, je ne sais même pas si ce territoire est tien, si tu t’y aventures, régulièrement ou non, je ne sais pas si tu descends de ta butte. En fait, je me rends compte que je ne sais presque rien de toi.















Il dit : Un jour que j’attendais devant chez toi, j’ai aperçu un couple – des gamins. Ils étaient assis à l’arrêt de bus. Ils semblaient seuls au monde. À aucun instant, ils ne m’ont remarqué. Pourtant, Dieu sait que j’ai passé du temps à les observer… Ils avaient l’air si heureux. C’est bête, mais je me suis demandé s’il fallait voir dans leur bonheur un signe – un signe de quoi ? à vrai dire, je ne sais pas.

Il dit : Un soir que je venais chez toi, je ne sais pas si tu t’en souviens, j’ai découvert ce panneau qui semblait d’un autre temps – le genre que l’on s’attend à trouver dans un roman de Modiano. Est-ce que tu vois duquel je parle ? Dessus, il était écrit : Les Hauts des Buttes Chaumont. C’était à l’angle de la rue Henri Turot. J’avais été heureux de te le montrer. Je me demande s’il existe toujours, s’il est toujours là.

Il dit aussi : Une autre fois, je ne suis pas passé par la rue Bichat, par la rue Louvel-Tessier. Non, je suis monté par la rue du Faubourg-du-Temple, par Belleville. C’est là que je suis tombé sur ce type adossé à son cube d’affiches – c’était devant le bâtiment de la CFDT. Des types, dans la rue, il y en a des tas dans le quartier. N’empêche, lui, je ne sais pas pourquoi, il m’a marqué. Je l’ai photographié. Et j’ai passé du temps ensuite à me demander à quoi ressemblaient ses journées ; à quoi ressemblaient ses nuits.















Il dit : C’est dingue. Je ne sais pas si tu as remarqué, c’est un peu comme si on feuilletait un album de famille. Moi, souvent ça me donne le vertige. On voit des images, des bâtiments, des paysages, et on se dit : tout cela a changé – tout cela n’existe plus. Pareil pour les visages : avec le temps, ils finissent par être flous. Un peu comme un souvenir qui s’efface. Ça pourrait être triste, c’est sûr, tous ces traits qui se gomment mais moi je trouve ça assez beau. Assez doux.

Il dit également : D’une façon générale tout a beaucoup changé dans le quartier, tu ne trouves pas ? Ici, un restaurant a fait place à une galerie d’art, là l’échoppe d’un fleuriste est devenue un studio de graphistes. Je ne sais pas si on y gagne. Mais la question est un peu stupide en fait. Tout finit un jour par changer, par disparaître. On ne peut pas lutter.
Sentencieux, il rajoute : C’est le mouvement de la vie.

Quelques secondes passent. Il dit : Mais les plus grands changements, c’est dans la rue Bichat qu’ils ont eu lieu. Une bonne part des immeubles, côté impair, ont été rasés : finis la boucherie, le plombier, le bar… Tu serais étonnée, je crois. À la place maintenant il n’y a plus que des palissades grises de chantier. Et au-delà, un grand vide.















Il dit : À l’époque, l’école Nationale d’architecture n’était pas encore terminée. Et le 9B où se retrouvent, je suppose, aujourd’hui les étudiants n’était qu’un local à louer. On pouvait encore deviner l’ancienne enseigne : ça avait été un magasin de moquette et peintures. De cette façade aussi, j’ai fait une photo. Elle n’est pas terrible. Mais bon, c’est une trace.

Il dit : plus haut dans la rue Burnouf, il y avait un petit chantier tout en profondeur. Je m’arrêtais de temps en temps pour observer l’avancée des travaux. Aujourd’hui, à la place, se dresse un immeuble d’habitation, trois, quatre étages, sans grand intérêt. Je ne suis pas sûr que passant devant on le remarque. Je ne suis pas sûr non plus qu’il soit facile, par exemple, de le dater – il a déjà quelque chose de vieux – de dépassé.

Peu après, il dit : Une autre fois, dans la rue Burnouf, alors que je revenais de chez toi, j’ai aperçu une couette, des sets de tables, un tapis mis à aérer sur le rebord d’une fenêtre. Le lendemain, ils étaient encore là, exactement à la même place. Et le jour suivant encore. Je me suis dit qu’ils étaient peut-être là maintenant pour toujours.


*
De chez toi à chez moi, ou de chez moi à chez toi en utilisant Google Street View, voilà ce que m'a proposé Olivier Hodasava dont, ce n'est pas compliqué, j'adore le carnet de voyages virtuel, Dreamlands. Allez, cliquez et laissez-vous porter : le monde entier est là, sous le regard d'Olivier dont l'utilisation de Street view et la capacité à se renouveler me laisse, chaque fois, admirative. Ainsi se propose-t-il de dresser une carte du monde des chaussures suspendues ; retrouve-t-il à Dallas une croix sur la chaussée qui indique où est mort Kennedy ; s'intéresse-t-il un jour à ce qui entoure les stades de football ; se rend-il à Paris, Texas ; s'imagine-t-il, à Porto Allegre, dans la peau de Britney Spears... Je n'indique pas ici les liens exacts et c'est intentionnel : mieux vaut s'y perdre.

Mon trajet jusqu'à chez lui se trouve... chez lui, ici.

*

Les vases communicants, dont on doit la recension à Brigitte Célérier et à Pierre Ménard (merci à eux), ne vont pas, bien sûr, en ce mois de novembre sans une pensée pour Maryse Hache.

jeudi 1 novembre 2012

territoire postal
















dans la main elle agite une herbe 
comme un souffle léger vers une amie
Territoire postal 3, Maryse Hache

J'ai lu hier soir, à la librairie La lucarne des écrivains (Paris 19e), le texte quinze cartes en hommage à Maryse. A la fin de la soirée, il m'a été demandé si je pouvais poster ici une photographie des cartes : la voici. Un peu surexposée, oui (lumière pâle venue de la fenêtre de droite) mais c'était ce matin ou jamais, je crois. Les disposer, appuyer, hop.

Merci à Angèle Paoli, Aurélie Tourniaire et Sabyne Huynh d'avoir accepté que je lise ce texte lors de la présentation de leur anthologie poétique francophone de voix féminines Pas d'ici pas d'ailleurs, parue aux éditions Voix d'encre. Et merci deux fois à Sabine, d'ailleurs, qui a montré les cartes pendant que je lisais : je me suis sentie cinq minutes dans la peau d'une prestidigitatrice avec acolyte, c'était bien !

Pour mieux voir les cartes, territoire postal avec ou sans roses, on peut cliquer sur la photo
sur ce lien, qui replace le contexte dans lequel elle ont été écrites 
ou encore sur cet autre, mot-clé qui permet de retrouver l'ensemble des billets #cartespostales.

mardi 30 octobre 2012

quinze cartes

j'ai dans un sac de toile blanc à pommes rouges offert par un ami allemand
(un homme doux et généreux cela a son importance)
quinze cartes signées M.H 
ou Maryse H
quinze enveloppes aux timbres choisis

ces cartes sont numérotées comme suit : territoire postal 1, territoire postal 2, etc.

la première représente les marais salants de la côte d'amour
il y est question de lumière oblique de septembre
le poème commence par ces mots : elle lança la vie par-dessus son épaule

la deuxième montre la grande forge de Buffon
pluie tonnerre forge tout se mêle
écrit Maryse

la troisième est une photo de l'Alhambra, Granada
je crois que c'est une mosquée
j'aime tellement les courbes les arcades
(moi aussi, Maryse)

la quatrième : le viaduc rue de Monthléry à Orsay
une photographie noir et blanc
paysage de ponts d'aqueducs de forêts de fenêtres

sur la cinquième, elle a commencé à écrire long, plus long, et a ajouté ("à suivre") un petit papier pour la fin de la phrase. 
La carte reproduit le visage d'une femme, image tirée d'une case de bande dessinée. De l'eau jusqu'au cou elle pleure mais annonce qu'elle s'en fout : plutôt couler que de demander de l'aide à Brad, est-il écrit en langue anglaise dans la bulle pensante. Cependant Brad est là, me rassure Maryse. Sur la plage, avec son acolyte, ils veillent la brune à la jumelle. 

le territoire postal 6 est de Jérôme Bosch : il s'agit d'une reproduction de Saint-Jacques et le magicien Hermogène. Par les mots de Maryse cela donne bouche d'oeuf, bec oblong, aile d'ange, escogriffe, papillon à fesses de biche et elle refait l'histoire : trois types viennent pour les vacances, surveillés par leur oncle et un de ses amis : petit rabougri
Maryse me parle à nouveau de la femme d'hier, baignée jusqu'à l'espace ouvert.

la septième carte, c'est un champ de blé de Georges Braque. 
revenir sur les lieux et voir le temps qui passe
grand remontoir de l'espace et du temps
et l'amie

la huitième, c'est le second cheval chinois de Lascaux II. courir courir une femme sauve son enfant de la cavalcade mufles et souffles et pour remercier la bête de lui avoir laissé la vie elle déposera sur le parvis de la grotte la terre brune et le liant
ce jour-là elle a tracé une fenêtre
clôt le récit

la neuvième expose le jugement dernier tel qu'on le voit à l'abbaye royale de Fontevraud, sculpté en tuffeau polychrome
ce tuffeau, justement : puiser aux carrières en pillant orsay direction st-germain en laye
un peu plus loin : 
c'est quoi cet amalgame de pierre et corps

la dixième carte m'envoie à Menton, Côte d'Azur. Il y est question de violette, dite timide, de multiples parfums.

la onzième, c'est Berlin, Potsdamer Platz. Et la forme d'une ville qui change plus vite, hélas... C'est une carte écrite dans un TGV en duplex avec arrêt à Angoulème ; paysage-ville d'arbres et d'herbes de champs de céréales quelques maisons passent

ah j'aime tant la douzième, carte publicitaire dont Maryse a maquillé la marque pour garder trip et, plus loin, ose. Elle représente des pieds avec chaussures de différentes couleurs (dont rouge, turquoise). Et Maryse me dit  plusieurs fois 
marche écris 
va parcours la terre de ton pas ailé

le territoire postal 13, ce sont douze bols impériaux. Au dos elle boit du thé, du bouillon, des herbes à tisane.

l'avant-dernière carte représente une toile de Christian Dotremont et Asger Jorn sur laquelle est écrit : Je lève Tu lèves Nous rêvons
elle rêve de cartes elle lève la main dit Maryse

la quinzième est une aquarelle, Clématite rose (Henri Berger, 1902). 
sont décliné(e)s ces roses qu'elle a tant aimé(e)s
la dernière phrase est pour moi
je n'ai pas su répondre aussi beau, aussi bien 
je n'ai dit que merci

mais voyez quel est mon trésor

dans le sac ce jour
quinze cartes quinze enveloppes
et des pétales de roses

vendredi 26 octobre 2012

Maryse















elle m'avait dit lundi j'ai des fenêtres à te donner et j'ai écrit le billet d'hier sans savoir où elle était partie l'ai su une heure après ai décidé de le laisser : il est écrit pour elle et au présent, voilà qui est très bien

elle nous a dit qu'elle écrirait la semaine suivante au semenoir nous nous sommes quittées dans un rire et je la crois je sais que oui ses textes sont là et bien là















reine du rebond 
de la surprise 
de l'écho
de la vibration

jeudi 25 octobre 2012

d'autres fenêtres









































Je cherche des photos pour toi, d'autres fenêtres, et ce qui me vient ce sont ces arbres, plantes dont tu connais chaque nom.



























Je cherche des baleines paysages, un hippopotame apparaît, il vit à Berlin peu importe, je cherche partout dans le monde ce qui se trouve à nos fenêtres.































Vrai, faux, je cherche ce que je n'ai pas vu, que les autres auront vu pour moi, ce qui s'absente, se réinvente, étend sa route à ton jardin.














une collection dépareillée








































fenêtre ouverte
passe le chat roux

mardi 26 juillet 2011

Des oloé, espaces parallèles, dansants, ondulatoires















Je ne sais pas ce qui se passe cette semaine : deux mois après la sortie du livre, tout à coup, c'est la fête aux oloé (voir ici) et elle se poursuit !

Je pense d'abord aux lirécrire de Maryse Hache, que l'on trouve dans son Semenoir : elle les écrit en lisant mon texte sur tablette. Tout se croise, alors : la vie du jardin, ses impressions de lecture, ses rêves, souvenirs, et mes phrases. C'est pour moi une expérience très forte que de suivre ses lirécrire : tout à coup, me voici à la place de quelqu'un qui est en train de me lire. A sa place, littéralement : me traverse ce qui la traverse, je suis assise sur sa chaise longue et l'accompagne, c'est l'heure du café, elle pense aux hortillonnages d'Amiens et j'y pense avec elle - elle ne le sait pas encore, mais c'est un lieu que nous partageons. J'ai l'impression d'avoir une chance extraordinaire. Déroulements parallèles, méandres, rien n'est figé, ni sa lecture, ni la mienne.
Etre lu(e), pour moi, c'est précisément ça : que le livre aille où je ne peux aller; me donne le don d'ubiquité, que des vies surgissent, invisibles, silencieuses, bien là.

Franck Queyraud, lui, invente les otloé : les lieux où trouver un oloé. Sa promenade nous entraîne à Simiane-la-Rotonde (s'il savait qu'il y a une rotonde dans mon texte en cours, justement... bref !). On y trouve Nietzsche, la philosophie et la danse, et cette belle citation de Béatrice Commengé dont voici les premières lignes Si le danseur doit être solide sur ses jambes, ce n’est pas pour ramper sur le sol, c’est pour mieux prendre son envol. La hauteur d’un saut dépend toujours d’un bon appel : le danseur sera d’autant plus léger dans les airs qu’il aura su se faire lourd sur terre.

Des citations, il y en a aussi dans les notes de lecture de Thierry Beinstingel consacrées aux oloé : je vous laisse le plaisir de découvrir celles de Proust et de Baudelaire... Thierry explique si bien ce qu'est un oloé qu'il n'est plus besoin, contrairement à ce qu'il prétend, de trouver un jour le mot dans le dictionnaire :
L’oloé est fuyant, en mouvement permanent. Il dit où et quand en même temps, mais pas la peine de demander le pourquoi du comment, ni quoi, ni qu’est-ce : il a déjà changé Il ondule l’oloé.

Je crois que le terme exact, lorsque je découvre ces billets, est : félicité.

mercredi 8 décembre 2010

Fenêtres de Maryse Hache, écume de Marcel Proust

Une photographie, que je garde précieusement, un twit rappelant que je les aime, les fenêtres, et voilà que Maryse Hache m'offre une collection de lucarnes, de croisées, de marquises. Merci beaucoup, Maryse.

En retour, cet extrait des Jeunes filles, peut-être ?

"J'entrai dans ma chambre. Au fur et à mesure que la saison s'avança, changea le tableau que j'y trouvais dans la fenêtre. D'abord il faisait grand jour, et sombre seulement s'il faisait mauvais temps ; alors, dans le verre glauque et qu'elle boursouflait de ses vagues rondes, la mer, sertie entre les montants de fer de ma croisée comme dans les plombs d'un vitrail, effilochait sur toute la profonde bordure rocheuse de la baie des triangles empennés d'une immobile écume linéamentée avec la délicatesse d'une plume ou d'un duvet dessinés par Pisanello, et fixés par cet émail blanc, inaltérable et crémeux qui figure une couche de neige dans les verreries de Gallé."

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

dimanche 1 août 2010

Dans la ville haute : apparition de Jourdain

Après Château-Landon et Gare du Nord, c'est au tour de Jourdain d'apparaître dans la ville haute, le site lié à mon prochain livre, Franck, publié chez Stock à la rentrée (oui, je sais, je l'ai déjà dit...).
Jourdain fait partie de ces lieux, comme la gare du Nord, qui reviendront plusieurs fois.

(je rappelle que la rubrique intitulée "Franck" est consacrée à la lecture audio intégrale du livre, avec photos)

La rubrique "journal", elle, a été actualisée une à deux fois par semaine en juillet. Ce mois d'août, je vais poster (sans doute dans quelques jours) un long billet consacré à une journée passée à Béthune puis, sans doute, je me déconnecterai un peu.

Pour l'instant, après Berlin, retour à Paris, donc... Cette nuit, j'ai découvert, grâce à Maryse Hache, les chroniques berlinoises de Myriam Laffont, partie aux mêmes dates que moi et ayant, parfois, fréquenté les mêmes endroits. Je vous les conseille.

mercredi 21 juillet 2010

Fenêtres de Paris, par Maryse Hache

Huit fenêtres de la rue des Halles dans le semenoir de Maryse Hache, avec reflets et lumière d'été, à découvrir ici (merci Maryse).