l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 30 octobre 2016

Crossroads / 29


















J'avais bien conscience d'avoir laissé cette rubrique, où les livres parus et les projets en cours se croisent, un peu en friche ces derniers temps, mais je ne pensais pas que cela faisait déjà une bonne dizaine de mois. Pourquoi ? Sans doute parce que L'aiR Nu a pris beaucoup de place cette année, ce qui n'a fait que me réjouir. Outre les 36 secondes, rubrique hebdomadaire qui commence même à avoir quelques fidèles (joie !), nous avons récemment mis en ligne notre premier chemin de lecture, consacré à Thierry Beinstingel. Je n'ai qu'une hâte : que les propositions se multiplient, que nous ne sachions plus où donner de la tête. 


(tiens, voilà une photo qui n'est pas sur L'aiR Nu)

D'ailleurs, oui, voilà ce dont j'ai envie, ces derniers temps : avoir énormément de pain sur la planche. Devoir à nouveau jongler, écrire dans l'urgence, être obligée d'établir des ponts entre toutes ces choses, projets lancés, textes qui sortent, voyages, enregistrements, pour aller au bout de ce que je me suis promis. 2017, une année comme ça ? Ce serait bien.



















En attendant, ce qui est paru, c'est le début de L, la seconde partie de Diptyque, vendredi dernier dans la revue Hors Sol. Un travail dont, de mon côté, je ne sais que faire (qu'est-ce que c'est, au juste ? Un texte pour la scène ? Non, on ne peut pas dire, même si la compagnie Pièces détachées l'a adapté) mais que je n'ai pas envie de lâcher pour autant. D'ailleurs le projet de la compagnie est de réaliser, à terme, un livre-objet.  
L est une sorte de triangle entre un photographe, son modèle et le livre qu'ils réalisent. Qui des deux est le créateur ? Lui, qui met en scène la situation, agit sur le cadre, la lumière, les poses, les expressions ? Elle, qui a fait de son corps une oeuvre, quitte à en tester les limites ?













Une femme qui se laisse photographier : évidemment, on peut penser à Marilyn, même si dans L ce n'est pas d'elle qu'il s'agit. MM, ou le chantier principal de cette année : il faudrait avoir terminé avant fin décembre me dis-je, tout en continuant d'osciller entre 1954 et 1955 et en attendant les épreuves de Décor Daguerre, qui ne devraient plus tarder.
Le premier métier d'Agnès Varda fut d'être photographe, on le sait. Ecrire ce Marilyn, c'est s'intéresser au travail d'un grand nombre d'hommes, bien sûr (Milton Greene, Sam Shaw, bientôt Richard Avedon, Cecil Beaton...), mais c'est aussi croiser des femmes et s'y arrêter : pin-up, modèles, actrices, photographes, productrices, réalisatrices qui furent les vraies pionnières de ce qu'est devenu Hollywood.















Etre des deux côtés de l'appareil, prendre place partout, voilà ce que permet l'écriture, se dit-on. C'est en tout cas ce qu'on s'imagine, l'illusion qu'on en a. Ou peut-être même pas : on est encore ailleurs, à ne jamais dominer le sujet, à creuser sa brèche avec l'entêtement d'un joueur alors que les plates-bandes ont déjà été piétinées mille fois.


Décor Daguerre : j'attends les épreuves, donc, et la couverture, qui reprendra le détail de mes arbres. Je sais que ça va être quelque chose, ce retour au texte de 2013. A vrai dire, j'ai déjà l'idée d'un autre livre qui serait lié à celui-là. Il est même en train de pousser fort, marque son territoire, seul dans son coin. Seulement, outre le Marilyn, il y a encore le projet de deux autres livres, que des résidences pourraient m'aider à développer. Si c'est non pour tout, on verra. Si c'est oui, il faudra tout écrire en même temps - et j'ai horriblement envie que ça se fasse !

 

Au départ, il n'y a que nos désirs d'écrire. Comment nommer ce qui ensuite se matérialise, se détache, existe, voyage, est oublié ? Est-ce autre chose ? La même chose ? Une extension ? Un modèle ? Un passage ? Du présent pur et dur ? Parfois je me sens comme ces deux-là, qui ont laissé leurs parasols rouges au balcon tandis que les feuilles tombent. A d'autres moments, c'est la feuille qui me semble proche.


(et c'est pourquoi, en guise de fin, voilà donc des nouvelles du lierre)

samedi 15 octobre 2016

automne nu #2














Certains se délestent, d'autres utilisent toutes les surfaces alentour. Si mon automne est nu c'est parce qu'il est sans perspective financière pour le moment. Par contre j'ai trouvé ce que je voulais faire dans la vie à côté de l'écriture, pour la gagner, cette vie, enfin ressenti ça pour la première fois l'autre jour, ce que je voulais vraiment, là où je me sentais bien. C'était lundi dernier, pas encore trop tard j'en suis sûre.













Sans perspective financière mais pas sans perspective, non : je sais quoi faire (sauf pour gagner de l'argent, mais ça va finir par venir), je sais exactement ce que je veux, ce qui est bon dans mon cas, ce qu'il me faut en somme. J'ai pris la photo ci-dessus alors que la nuit tombait, que je sortais d'heures et d'heures devant l'écran à écouter, couper, mixer des sons (vous pourrez entendre le résultat la semaine prochaine si ça vous intéresse, ce sera en ligne sur L'aiR Nu). Des heures et des heures à regarder le son converti en lignes bleues d'Audacity, à ne pas s'en lasser, à vouloir aller jusqu'au bout. Sortie un peu groggy mais exactement à ma place. Dans cette transparence, ville et plantes mêlées : un vertige léger, pas un gouffre.
Ces heures de travail : d'accord, ne pas pouvoir écrire pendant ce temps. Mais pas de deuil à faire pour la première fois.


Le lendemain j'ai appris que ma candidature à la bourse pour écrivains maudits à laquelle j'avais prétendu plusieurs mois auparavant et pour laquelle j'avais écrit une longue lettre (elle galopait sur quatre pages et encore j'en avais coupé) n'avait pas été retenue. Suis tout de même allée en finale, m'a-t-on dit. On a écrit de mon projet qu'il avait été défendu avec passion, m'a encouragé à poursuivre. C'est important, l'encouragement d'inconnus, même si ça ne résout pas mon problème. 

(ci-dessus, la photo d'une photographie de Sylvain Margaine exposée à l'espace Niemeyer, métro Colonel Fabien, jusqu'à décembre et qui fait en moi de nombreux échos)


















Voilà pour finir mon petit bazar de voyage, car je suis partie tout de même en ce début d'automne, avec le livre de Pamuk prêté par Piero, texte dans lequel il dit beaucoup de ce qui nous concerne au moment où il reçoit le Nobel (écriture, marge, reconnaissance, argent, solitude, j'en passe).

Très souvent, je pense à Franck à la rue. C'était il y a plus de vingt-cinq ans. Je pense à ce qu'il n'a pas vécu tandis que je vis moi-même : c'est comme une sorte de boussole, mais qui fait risquer le raz du sol au lieu d'orienter, parfois. Celui qui, sans le savoir peut-être, a le mieux parlé de ça, c'est Thierry Beinstingel : dans Avant Franck, il a fait la liste de ce qui s'est passé depuis sa mort, inventaire accéléré d'innovations techniques, d'événements planétaires. C'est tout. Ca suffit.

Dans ce que j'ai enregistré, monté, mixé dimanche et lundi derniers, il y a un extrait de ce texte, justement, vous verrez, même si ce n'est pas cet extrait-là. 
Où nous mène l'écriture ? Jusque là. Partout.

dimanche 9 octobre 2016

mobile immobile



Brusquement cette vidéo de 2008 revient à la surface, par le commentaire d'un inconnu dont YouTube m'informe, par le désir de la regarder à nouveau puis, après avoir observé ce qui a changé, a disparu, s'est modifié, par celui de la poster sur un réseau social, ce qui provoque une réflexion nouvelle, celle d'un ami cette fois qui reprend son commentaire dans son journal filmé, et le prolonge.

Incapacité de se fixer, de travailler de façon classique ; livre qui se lit le temps d'écouter un disque ou de faire un trajet de métro ; traversée de la ville d'un quartier populaire au boulevard figé dans son luxe ; décors mouvants, inamovibles ; bifurcations, embranchements, temps de pause : le mouvement et l'immobilité m'occupent depuis que j'écris, se répondent, circulent. Mobile immobile, tel était le titre d'un livre sur les musées que j'ai abandonné, auquel je ne pense plus tandis que le bruit, la photographie, le cinéma, la nage viennent pêle-mêle lancer les suivants - ce qu'on fuit, ce qu'on épingle, ce qui nous parasite, nous obsède, tout se croise et croise les phrases, les images de ceux que je lis, suis, regarde. 

Alors, que dire d'ici, que dire de cette vidéo ? Bien sûr, ce qui me vient ce soir et ne s'y trouvait pas à l'époque, ce sont les silhouettes, les visages des réfugiés dont les tentes, les cartons, les matelas s'entassent à La Chapelle, à Stalingrad, à Jaurès, à Colonel Fabien, sont chassés et réapparaissent depuis des mois. Qu'on aperçoit chaque jour à la vitre de la ligne 2 avant ou après la rotonde, le long de l'avenue de Flandre ou du boulevard de la Villette. Impression d'un mouvement, d'une boucle, d'un sur-place perpétuels, d'une inertie, d'une accélération terribles, et je me dis soudain que 2008, année de cette vidéo, année dite de la crise - mais elle n'était encore qu'américaine -, me paraît une sorte de curseur placé entre 2001, année où j'écrivais mon livre, et toutes les bascules de 2015. 

En 2008, je croyais ne filmer que du très quotidien, pris un jour d'été avec un camescope de poche à tester pour un magazine qui n'existe plus, consciente tout de même que ce qui nous paraît anodin prend une épaisseur, une étrange valeur au fil des années (sujet de départ de Décor Daguerre, disons). Il ne s'agit pas de nostalgie, plutôt de stupéfaction née du mouvement même du film, de sa proximité mimétique avec ce qui fut. Il s'agit aussi des traces invisibles de la guerre et de la misère quand je crois seulement scruter le squat dont j'aimais la façade, remplacé par un immeuble qui me plaît aussi. Depuis le début, le monde entier se précipite entre les cinq stations de ce trajet, même à regarder un homme en chemise, même à écouter une voix d'enfant. 

Pour écrire ce post je tape "Facebook", "réfugiés de la guerre civile syrienne", "politique de la ville". Je retourne à la vidéo, ne sais plus de quelle année je parle pour finir. S'il y a déjà des militaires partout ? Des publicités de la RATP dignes de 1984 ? Non, pas encore : voilà qui signe l'époque, la nôtre, celle d'après le curseur. Restent les feuilles des arbres, la tête de l'une sur l'épaule de l'autre dont on espère qu'ils nous relient encore. 

Il s'agit en tout cas de l'écrire.

jeudi 29 septembre 2016

automne nu

 

Pourquoi ce titre ? Est-ce qu'il s'agit à nouveau d'un journal saisonnier ? Est-ce une référence à la vie matérielle, aux branches, à L'aiR Nu ? Ou simplement, parce que c'est difficile à dire, à répéter mais que ça résiste, ne veut pas se faire oublier ?













La rentrée démarre plus doucement que prévu. Quelque chose va se produire, c'est certain, mais quoi, et quand ? En attendant il faut continuer à écrire, à monter des projets. A automne nu avenir flottant. Où donc en chercher des signes ? Essayons les photos du jour.



L'échelle dans la cour, les plantes en pot appellent la silhouette mince et vive de la gardienne que tout le monde aimait, partie vivre au sud dans une grande maison au début de l'été. On attend sa carte postale.



Autre maison : celle, stylisée, d'un personnage de Fenêtres open space, ce grand-père imaginaire buvant du chocolat en face du métro aérien que Christine Tchépiega a presque réduit à son bol. Travail de céramique en cours qui, lorsqu'il sera achevé, permettra de découvrir neuf extraits de mes livres intégrés à neuf constructions, neuf pièces que l'automne, l'hiver, vont révéler. 













J'ai hâte !


(je pensais écrire un article bluesy, une exclamation apparaît. Je la laisse bien sûr, même à regretter d'écrire je. Tout est bon à prendre, n'est-ce pas ? )
Suivent trois polaroïds pris par Jean-Marc Montera pendant le concert What's up ? donné au centre Georges Pompidou, appareil-photo posé directement sur les cordes de sa guitare. Ce qui nous sauve ? L'art des autres, toujours, aucun doute.



Leur présence, leur humour, leur colère, leur pensée, leur énergie.

Ce matin, le collage géant de la rue Edouard Pailleron, apparu hier face au lycée Bergson, à Paris, a disparu. Depuis le mur est nu. Le restera-t-il ? 


















What's up ? Quoi de neuf ? Simplement, ce qui en suspens ne s'est pas annoncé. N'a pas encore donné son nom.

dimanche 18 septembre 2016

Journal de l'été #11













Ainsi il ne faut pas attendre, jamais, quoi que ce soit. Il faut envoyer le dossier, le CV, le texte et se comporter comme si cela n'avait pas été fait, n'avait pas existé, n'avait jamais eu lieu. Comme si  on n'y avait pas consacré des heures, des jours, des semaines. Il faut fermer le fichier, en ouvrir un nouveau et continuer sans supposer quoi que ce soit.



















C'est inhumain, ça ne fait aucun doute, c'est bien pourquoi il y a tant d'abandons.




Il faut rester sourd aux silences, au mépris qu'on croit percevoir. Faire comme si ce monde n'avait pas existé, n'avait rien demandé, n'avait pas le pouvoir de dire : toi tu pourras manger toi non. Barrer cela d'un trait et le jour suivant se remettre à chercher ailleurs.



Latence inhumaine, épuisante passivité de cette attente qui s'étire sur une saison. On se fait balader, y croit encore parce que, tout simplement, la réponse pourrait nous sortir des ennuis pour un automne entier (je parle ici vie matérielle, on l'aura compris). On pense gestion d'énergie. Ne pas se laisser épuiser. On pense absurdité du camp d'en face, manque de compétences, de professionnalisme. Qu'est-ce que ça change ? Rien, sauf à écrire sur le sujet. 



On se dit qu'on engrange. On essaye de ne pas se laisser contaminer. On s'exhorte : continuer à vivre, à sortir, à écrire, à profiter du monde. Ne pas se réduire, ne pas s'enfermer. On se dit, et c'est une décision : l'automne ne sera pas une saison de l'attente.

vendredi 9 septembre 2016

Journal de l'été #10


Pas de nouvelles de l'automne sentimental, j'ai assez relancé pour ne pouvoir plus faire qu'attendre, me sens parfois comme cet homme qui déjeune, seul/e à regarder en face ce qui bouge et avance. 


Marilyn avance, cependant, et tandis qu'elle accède au rang de mythe je me promène de chantier en chantier, m'en vais répondre à des enquêtes rémunérées, parfois créatives, quand il s'en présente. On m'offre du thé ou du jus d'orange, me demande mon avis sur une offre à venir, un projet de partenariat. Je dis que je suis biographe, après tout ce n'est pas faux me fait remarquer Marilyn qui me coince en 1953, m'oblige à retourner en arrière, aime bien venir causer travail, elle aussi. 


Tiens, en voici un autre, de biographe, qui réinvente son Rimbaud, en fait un Nicolas. Un ami avec qui parler écriture, donc travail, mais si. Le journal de l'été c'est encore la lecture de son livre (pas le Ricardou vintage en photo !), chaque matin dans un canapé.


Quant à ce qui bouge et avance, à Colonel Fabien, face à celui qui déjeune seul, qu'est-ce que ça pourrait être ? Peut-être l'homme d'Irlande des Oloé, sur la place depuis des années avec sac, yeux baissés, mutisme permanent. Parfois il apparaît quand on ne s'y attend pas. Est-ce que cet homme avance ? Peut-on le dire ? Travaille ? Travaille qui ? Moi, peut-être ?


Et nous revoilà partis boulevard de la Villette, passant devant la bibliothèque Villon, oscillant entre pluie et soleil, journal d'été et automne inconnu, quelques photos faisant charnière.

samedi 3 septembre 2016

Journal de l'été #9





Une respiration. Autre chose que Paris pour la première fois depuis le début de l'été, cesser de subir l'entrave, le désir de voir large à nouveau, même à y regarder de très près. 













Se sentir pauvre, se sentir malade ont pas mal en commun. C'est se détourner sciemment de ce qui, croit-on, ne nous appartient plus parce que à quoi bon - inutile de développer, c'est justement de cette lassitude dont il est question.













Pauvre, malade, des adjectifs qui sentent leur XIXe siècle, la honte, l'outrance, l'outrecuidance, la plainte, la geignardise, la maladresse, j'en passe. On s'en fout. Pas de fausse pudeur. L'amour des mots simples, plutôt.













D'autant que dans le chemin du houx, solitude, silence, une énergie tire par la manche, décline son identité, annonce qu'à Paris elle continuera de se montrer. D'accord, c'est noté. Et pour plus de sûreté c'est même inscrit ici, sur ce billet de blog.

Retour à Paris, après trois jours de houx, de roses.

 

A Paris, j'attends depuis un mois et demi une réponse pour un boulot qui devrait me sauver l'automne, matériellement parlant. J'attends, j'attends. Si jamais ça marche, je l'appellerai l'automne sentimental. Ne pas y penser. Ne pas se dire : ça va marcher / ça ne va pas marcher. Continuer d'écrire.
Dans la boîte aux lettres, ce qui était attendu là aussi, mais sans inquiétude, s'en vient : le contrat de Décor Daguerre



Il arrive l'avant-dernier jour du mois d'août, signe bienveillant de rentrée. Et l'énergie du chemin circule, donne le ton : désormais, tous les vendredis minimum dit-elle, on la verra réapparaître. Elle passera d'un livre à l'autre, d'un fichier son à une photo couleur. Ce n'est presque rien, juste les 36 secondes de L'aiR Nu qui se remettent en route, deviennent hebdomadaires. Mais ce rythme léger, ce désir de lectures appellent.