l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 18 septembre 2016

Journal de l'été #11













Ainsi il ne faut pas attendre, jamais, quoi que ce soit. Il faut envoyer le dossier, le CV, le texte et se comporter comme si cela n'avait pas été fait, n'avait pas existé, n'avait jamais eu lieu. Comme si  on n'y avait pas consacré des heures, des jours, des semaines. Il faut fermer le fichier, en ouvrir un nouveau et continuer sans supposer quoi que ce soit.



















C'est inhumain, ça ne fait aucun doute, c'est bien pourquoi il y a tant d'abandons.




Il faut rester sourd aux silences, au mépris qu'on croit percevoir. Faire comme si ce monde n'avait pas existé, n'avait rien demandé, n'avait pas le pouvoir de dire : toi tu pourras manger toi non. Barrer cela d'un trait et le jour suivant se remettre à chercher ailleurs.



Latence inhumaine, épuisante passivité de cette attente qui s'étire sur une saison. On se fait balader, y croit encore parce que, tout simplement, la réponse pourrait nous sortir des ennuis pour un automne entier (je parle ici vie matérielle, on l'aura compris). On pense gestion d'énergie. Ne pas se laisser épuiser. On pense absurdité du camp d'en face, manque de compétences, de professionnalisme. Qu'est-ce que ça change ? Rien, sauf à écrire sur le sujet. 



On se dit qu'on engrange. On essaye de ne pas se laisser contaminer. On s'exhorte : continuer à vivre, à sortir, à écrire, à profiter du monde. Ne pas se réduire, ne pas s'enfermer. On se dit, et c'est une décision : l'automne ne sera pas une saison de l'attente.

lundi 8 septembre 2014

Crossroads / 25















Cela fait plusieurs jours que j'ai envie de reprendre cette chronique, sentant bien qu'il y a quelque chose à dire de ces routes croisées que sont les livres parus, écrits, à écrire, les projets en cours. Je la place sous le signe des tissus à fleurs ci-dessus, photographie mirage prise hier : l'un d'entre eux est celui de la robe portée à ce moment-là, les deux autres sont les draps, courtepointes du vrai lit sur lequel j'étais assise, situé dans la vraie chambre d'une maison qui est pourtant un bar, un lieu de passage, oloé potentiel qui brouille les repères : dérange-t-on quand on entre ? Doit-on dire au revoir ? Est-on dans un musée, sur une scène de théâtre, à l'intérieur d'un restaurant ? Situé le long du canal de l'Ourcq le pavillon des canaux, trop peuplé en ce dimanche après-midi, m'a fait fuir, mais il faudra revenir un matin de semaine pour savoir qu'en penser.

Plus tôt, je faisais les cent pas chez moi (c'est ma manière de réfléchir) et je me suis mise à compter le nombre de projets en cours. Je suis arrivée à onze et j'ai commencé à comprendre pourquoi, parfois, je me sens fatiguée, extrêmement concentrée sans pouvoir alors dire sur quoi.












Commençons par ce qui m'est extérieur, travaille sans moi pour le moment : cette photo prise à l'abbaye de Royaumont où, il y a quelques jours, Caroline Grosjean de la compagnie Les Pièces détachées a montré quelques minutes d'une proposition inspirée par mon livre sur les Cowboy Junkies. Le texte était dit, répété en boucle par les comédiens danseurs, d'après ce que j'ai compris en voyant une vidéo. Soudain j'ai entendu, non plus un corps démocratique en vagues vers l'écran, expression qui évoque la foule des spectateurs allongés sur les pelouses de la Villette, lors des projections d'été en plein air, et dont je me souviens avoir mis beaucoup de temps à trouver la forme exacte, mais quelque chose comme un corps chorégraphique...












(la Villette dont est proche le pavillon des canaux, au passage)
(mais bref)

Et c'est drôle comme, sachant depuis le printemps que Caroline allait mener ce travail et que nous allions, l'an prochain, tenter quelque chose ensemble, la danse s'est insinuée dans ce que j'ai écrit à ce moment-là : Ile ronde, dont je ne devrais pas tarder à recevoir les premières épreuves et que je présenterai le 9 octobre prochain à la médiathèque de Bouaye, près de Nantes (et du lac de Grand lieu, bien sûr) en compagnie de Joachim Séné.



















(à l'intérieur de l'île, Mathilde Roux a placé un extrait du texte, projet qui ne devrait pas être celui de la couverture définitive mais comme je lui ai demandé l'autorisation de les montrer tous, aussi, voici, je commence)
Ile ronde sera donc mon prochain livre, sauf que non : ce mois-ci paraîtra enfin Laisse venir dans la collection Résidences de la Marelle. Je pense ces prochains jours écrire ici un petit making of du livre, pour l'occasion, raconter les circonstances, les raisons de ce texte écrit avec Pierre Ménard.
Le lien entre les deux ? Des questions liées à l'intensité, je crois, au désir d'envol. Et puis, d'Est en Ouest, le côté collectif de ces textes, à propos desquels j'ai passé le printemps et l'été à discuter avec Pascal Jourdana, Roxane Lecomte et Pierre d'un côté, Joachim, Mathilde et Arnaud de la Cotte de l'autre, tout en demeurant seule lorsqu'il s'agissait de se confronter à nouveau à l'écriture, comme pour n'importe quel ouvrage. Ce passage de l'un à l'autre, collectif, non collectif, m'a vraiment plu.















Ci-dessus, le balcon déjà montré de la pension Edelweiss, située rue Lafayette à Marseille. Mais il paraît qu'elle va fermer, me dit Pierre...

En attendant la parution (LV) et les épreuves (IR), j'ai repris depuis quelques jours le Journal du Blanc posté ici au printemps, hors ligne et augmenté dans l'idée d'en faire autre chose. Une bascule possible vers le papier m'intéresse, en ce qu'elle transforme le texte, sa forme même et ce qui est dit. Je réfléchis...


(non, j'écris, en fait)
... tout en me demandant toujours comment faire publier Décor Daguerre (j'en suis encore à : "c'est très bien ce que vous écrivez mais trop risqué financièrement", troisième réponse de ce type, quel bel ensemble...).
... tout en imaginant une extension londonienne de mon grand magasin (j'ai envoyé un projet en ce sens à l'Institut français, réponse dans quelques temps)
... tout en attendant de savoir si je vais ou non écrire un roman pour ados (eh oui)
... tout en sachant que Dita Kepler, bien qu'elle se trouve actuellement près du lac de Grand lieu, va bientôt retourner à Marseille, puisque la Marelle devrait accueillir en janvier prochain mes Anamarseilles, qu'il est donc temps de finir !
... tout en cherchant comment gagner ma vie, bien sûr, alors que je travaille, n'ai pas l'impression de chômer.

samedi 14 juin 2014

Ce qu'il y a

Ce qu'il y a c'est toujours autant de livres à lire, et ceux déjà lus oubliés, une phrase, un passage reviennent parfois en mémoire le samedi matin allongée sur le canapé à réfléchir à je ne sais quoi ah si à ces livres autour, dont certains n'ont pas été rouverts depuis des années

toujours autant de livres à écrire et les anciens à défendre toujours, certains continuent de vivre sans qu'on le sache mais à l'ignorer où passe l'énergie ? Il y a celui qui a été écrit il y a deux ans et qui devrait paraître. Celui qui a été écrit il y a trois ans et qui devrait être traduit. Celui qui a été écrit l'an dernier et auquel il faut trouver un éditeur mais je considère que ce n'est pas de mon ressort, que ce n'est pas mon métier et j'en suis déjà au suivant voire à celui d'après, voire à celui d'après encore tout en sachant qu'il ne faut pas lâcher mais quoi ? Celui que je dois écrire avant fin août et auquel hier après l'avoir expliqué à l'éditeur pour qu'il l'explique aux représentants je ne comprenais plus rien.















Celui (encore un autre) pour lequel on m'a également passé commande il faudrait que je le recontacte pour signer le contrat mais tu te vois passer ta vie à ça, toi (car il y a toujours quelque chose de cet ordre qui survient au moment d'écrire, comme si l'écriture tombait du ciel  la nuit et que le jour on n'avait plus à y penser) ?
Et encore un autre, qui me revient.

Il y a d'être passée de ville en ville, d'activité en activité, de texte en texte, allées et venues dans ce qui, à un moment, a été d'une importance capitale pleurer après lecture d'extraits de Franck lus par quelqu'un d'autre, que je n'aurais pas lus ainsi, j'y pense en entendant le texte c'est pourquoi l'émotion me surprend d'autant (au Blanc, pendant le festival) ; réussir à lire en public la crise d'angoisse de la fille des escalators dans les grands magasins sans que ça me trouble ensuite en proportion, tandis que l'an dernier à Belfort le passage avait déclenché une migraine (au Blanc toujours, avec Jean-Marc Montera) ; lire encore en public un extrait de Décor Daguerre lié à l'enfance, joli moment devant très peu de monde (dans la bibliothèque d'un village). Retrouver le niveau d'intensité exact, voulu et maximum à lire et à chanter un texte auquel je n'avais plus touché depuis longtemps (à l'Université Paris 7).

Il y a la vie matérielle toujours très difficile, je n'en parle jamais ici mais c'est le cas, et la réflexion que je mène pour tenter de m'en sortir tandis que j'entends au fur et à mesure qu'il n'y a plus de budget, que les projets sont décalés à l'année prochaine, voire à la suivante j'ai un trou de six mois dans le planning financier top départ c'est le moment de me proposer des choses inavouables / le planning écritures projets est lui parfaitement excitant et dense, tout ne cesse de croître

il y a la liberté 
totale
eh oui illusion ou non je m'en fous

soleil pluie monter dans un bus changer d'itinéraire grimper au premier étage d'un café et surtout se rendre parce qu'on écrit là où on ne serait pas allé/e