l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 11 février 2018

Semaine #6 paroles, messages, silence














Dimanche Un mois à travailler six jours sur sept, le septième jour c'est hypnotique : je ne peux rien faire. Rien du tout. Rien, mais rien de productif, surtout. Aller aux Buttes-Chaumont ? Ce serait préparer l'atelier que j'y mènerai à la fin du mois. Non, non, rien. Juste mettre en forme l'enregistrement de celui de samedi à la Vallée aux Loups, et envoyer le fichier à qui me le demande. Chercher des photos liées aux gares, au temps (ci-dessus, l'horloge de la gare de l'Est). Continuer la lecture de Claustria. Tenter de réduire la taille de ma messagerie qui arrive à saturation, sans y parvenir. Et c'est tout.



















 (Villon, Paris Xe : pour la première fois me voilà écrivain dans ma bibliothèque)

Lundi Nager sous la neige, ou presque. J'avais l'idée d'un roman qui se serait appelé Ciel de verre, que je n'ai pas écrit faute de moyens. Il se serait passé entièrement dans le bassin sportif d'une piscine. Peut-être sera-t-il inséré dans Bruits, qui l'engloutira ? En attendant, le ciel au dessus de la ligne d'eau est parfaitement compact.
Café avec un ami auteur qui lui aussi a une idée de livre dédié au son, au bruit, mais très différente de la mienne : on en reparlera.
Achat du Marilyn and me de Lawrence Schiller en numérique. Je commence à lire (et donc à traduire, pour moi) le texte mais la paperasse administrative ressurgit. C'est évidemment agaçant, mais il faut se libérer l'esprit pour réussir à retrouver le photographe en 1960 qui débarque sur le plateau du Milliardaire à 23 ans sans faire son fier devant Marilyn en collants. 
La neige empêche les repérages aux Buttes pour l'atelier. Demain ?
Inscrite au Bal du silence de jeudi, mené par Mathieu Simonet à Beaubourg. Hâte de tenter l'expérience. Je ne regarde pas la vidéo exprès, pour ne pas avoir d'idée préconçue sur ce qui va se produire.














mardi Ce Marilyn and me se révèle plus intéressant que prévu. Avancer le plus possible dans la semaine (mantra). Ecrire écrire écrire écrire si je tape le verbe cent fois est-ce que j'aurai avancé d'un pouce ? Peut-être. Cette neige tombe à pic, en tout cas. Il faudrait être complètement dans le blanc, calfeutré, loin de ce qui se passe en public ces jours-ci.














Demain, consacrer la journée aux livres des photographes, sur les photographes. Pierre Ménard, ce jour, lance une série d'ateliers dédiés à l'écriture et la photographie : s'en saisir ?
Hâte que reparaisse son Comment écrire au quotidien, et de l'avoir en version papier.
Je me souviens soudain que la toute première fois que j'ai trouvé mention d'un de mes livres, c'était sur son site : Fenêtres pris comme exemple pour un atelier, bien avant que nous nous connaissions.


















mercredi et jeudi. Photographes, disions-nous. Lawrence Schiller à lire, à traduire et Garry Winogrand pour les 36 secondes du vendredi. Se perdre dans l'image, réinventer le New York de 1950, 1960, 1970 grâce à ce catalogue trouvé à la bibliothèque qu'il faudra rapporter un jour. Et sinon ? La neige, bien sûr, qui dans mon quartier à Jaurès couvre les tentes des réfugiés, les met en danger tandis que dans les médias les politiques délirent sur les chiffes et les choix de ceux qui vivent à la rue, majeurs, mineurs. Dégoût de ces discours qu'ils "assument", dégoût du verbe assumer comme une fin de non recevoir.

Mona Chollet fait passer ce message type, à relayer auprès de anne.hidalgo@paris.fr, dominique.versini@paris.fr, branka.giljaca@paris.fr :
Bonjour,
Je me permets de vous contacter pour vous signaler qu'aujourd'hui encore des centaines de personnes exilées ont passé la nuit dans la rue, dans des tentes ou à même le sol, à Jaurès, Porte de la Chapelle, au canal Saint Denis etc..
Les températures sont glaciales, il neige et ces personnes n'ont nulle part où s'abriter. Malgré l'annonce du Plan Grand Froid, elles sont toujours dehors et en grave danger.
Parmi elles, il y a des mineurs, des personnes particulièrement vulnérables et fragiles.
Au regard de l'urgence de la situation, je vous demande de bien vouloir procéder à une mise à l'abri immédiate de ces personnes.
J'ose espérer que vous n'attendrez pas qu'il y ait des morts de froid pour agir. Des vies sont en jeu.
Cordialement



















La neige, aussi, dans ce qu'elle nous renvoie d'enfance, à nous qui ne pouvons résister, la prenons en photo, faisons circuler les images. Ici, elle ouate l'avenue. Derrière les fenêtres, sirènes, vrombissements, crissements, freins : la circulation incessante, bus dans les deux sens, ambulances, police, camions, camionnettes, pompiers, voitures, scooters, motos, musiques, cris, s'arrête pour la seconde fois en quinze ans. On n'entend rien parce que la neige tient.





































Voilà aussi ma ville.

Jeudi J'apprends qu'à cause de la neige, la Vallée aux Loups a fermé le parc et la maison de Chateaubriand : la soirée de vendredi consacrée à Joachim Séné, à son travail, à son regard sur l'écriture et le numérique, est annulée. Espérons qu'elle sera reprogrammée, il a beaucoup à dire.














(photo de Mathieu Simonet)

Le soir, c'est donc bal du silence à Beaubourg et j'ai la surprise de voir que non seulement cela se passe dans le terrain de jeu (dans Décor Daguerre, sont nommés "le terrain de je/u" à la fois le quartier des Halles et le musée d'art contemporain du centre Pompidou. Leur évocation constitue un "feuilleton" qui apparaît sous forme d'encadrés. Ici, c'est de la seconde acception qu'il s'agit : on nous convie à l'intérieur du musée), mais qu'en plus, nous allons écrire sous ce tableau de Richter qui m'a inspiré un passage du texte.
Dès le début, tout est jeu : au rez-de-chaussée, on nous met en ligne, nous distribue une feuille sur laquelle il est précisé qu'à partir de maintenant, nous ne pouvons plus parler. Nous piochons ensuite un chiffre ou un nombre. Il nous indique à la fois la place que nous occuperons pendant une demi-heure et la personne avec laquelle nous échangerons sans jamais entendre sa voix.
Je pioche le 12. Nous montons maintenant, en rang, jusqu'au quatrième étage. C'est festif, drôle, chaleureux : nous formons un tout, un ensemble qui se déplace légèrement, étrangement, uni par l'absence de parole. On ne parle pas mais on sourit. Les visages s'ouvrent. Cela me rappelle une performance effectuée avec les danseurs de Pièces détachées à Besançon durant laquelle nous devions, séparés de quelques mètres, des écouteurs dans les oreilles, effectuer les mêmes gestes en même temps, guidés par les ordres de Caroline Grosjean enregistrés sur baladeur. Un grand moment.



















Face à moi, une belle femme s'installe. Tout de suite, elle prend une feuille et un crayon et écrit quelque chose comme : 12. Qu'est-ce que c'est ? Nous voilà lancées. Au bout d'une demi-heure, je ne sais ni son prénom, ni où elle vit, ni ce qu'elle fait dans la vie et pourtant nous sommes passées du jeu au je. Quand une musique annonce la fin du silence, nous sommes surprises par l'intense brouhaha qui survient dans la salle. Nous, nous avons envie de parler, mais pas si fort. Nous étions dans l'intime, c'est fini.
20h. Je rentre avec le bonheur d'avoir grâce à cette rencontre, ce jeu, ce silence, évacué ce qui me traverse depuis quelques jours, mais ne va pas tarder à revenir.

Vendredi et samedi Ce qui me traverse, m'empêche de me concentrer et même de dormir, c'est une invitation maladroite à venir parler d'un de mes livres, à traverser la France en pleine semaine pour 20 minutes d'intervention sans précisions logistiques, pas même sur la date exacte et, après questionnement, sans être payée non plus : en somme, à faire joli dans le décor, à travailler comme s'il s'agissait d'un loisir alors que nous sommes dans un cadre professionnel. La place de l'auteur, qui semble n'avoir ni corps ni besoins ? Eh bien elle sera à sa table de travail : je préfère écrire. Lundi, j'enverrai un mail, après avoir pris trop de temps à ruminer. Thierry Beinstingel, sur son site, semble découvrir cette absence de considération professionnelle envers les écrivains, à laquelle j'ai été beaucoup confrontée et dont j'avais l'impression, ces derniers temps, de sortir.
Ne pas se laisser atteindre (apprendre à).


















(1962 : l'écrivain et poète Carl Sandburg, octogénaire, apprend à Marilyn Monroe comment lutter contre les insomnies par la pratique d'exercices de relaxation. Photo d'Arnold Newman)

En attendant, le vendredi, réunion pour préparer les dix ans de publie.net. Je termine aussi Marilyn and me, dont une scène m'a particulièrement frappée. Bien longtemps que je n'avais pas lu en entier un livre en anglais : un événement à petite échelle.
Continuer à écrire. Ne pas se laisser perturber. J'arrive à la fin du manuscrit, j'ai tendance à reculer, à introduire une séance non prévue, à vouloir devenir totalement exhaustive au lieu de liquider les quatre (ou huit) chapitres qui restent. C'est stupide, il ne faudrait pas.














La semaine prochaine, bien avancer, donc avant un atelier le mercredi à la Vallée aux Loups (sauf nouvel épisode de neige), l'inauguration de ma résidence à Chartres le jeudi à 18h (j'y lirai à nouveau la première partie de A même la peau avec les sons envoyés par Jean-Marc Montera, je pense - ci dessus, une photo piquée sur son mur Facebook hier) et un atelier d'écriture dans la galerie photo de l'Esperluète le vendredi.
Circuler entre paroles, bruits et silences, toujours.

jeudi 8 juin 2017

Décor Daguerre deux fois de suite


Avis aux amateurs et aux curieux : je serai ce soir, à 19h, à la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil (bien connue de nos services) pour une lecture de Décor Daguerre qui comprendra aussi la projection d'extraits de films. Le livre étant assez protéiforme, pour ne pas nous y perdre j'ai choisi de privilégier les passages dans lesquels les commerçants sont vus comme un ensemble - ce qui ne m'empêchera pas d'opérer une petite bifurcation vers la fin...












Quant à demain, vendredi : retour à Paris, pour une rencontre autour de Décor Daguerre au Marché de la poésie, sur le stand 110-112 des éditions de l'Attente, de 18h à 20h : bienvenue !











(avec le film d'Agnès Varda et de JR qui sort à la fin de ce mois, ne sommes-nous pas au coeur de la hype ?) 



















Et si jamais vous ne pouvez pas vous déplacer, sachez que je lis en ce moment des extraits de Décor Daguerre sur Soundcloud qui ne sont pas ceux que je ferai écouter ce soir : à bon entendeur..

*
photos : tirées de Daguerréotypes, Documenteur, Visages villages, et enfin cliché de France Inter avec Vincent Josse.

samedi 26 novembre 2016

Lectures (us et coutumes du temps présent)















J'ai, sur mon téléphone et mon ordinateur, une alerte pour me rappeler de lire en continu, chaque jour, ce que je fais rarement alors que je pourrais. Je le regrette et je garde l'alerte. Quand j'arrive à lire longuement quelque chose, je suis satisfaite mais ça n'a plus de rapport avec ces lectures que je faisais étudiante, au sixième étage à Jourdain ou à Oberkampf lorsqu'il fallait, pour la fac, lire le plus possible. Je lis autrement. Moins ? Moins attentivement ? Je ne sais pas du tout. Est-ce que les livres sont moins présents dans ma vie ? Certainement pas. 













Quand j'écris mon livre sur Marilyn j'ai tendance à chercher les informations sur internet alors que des piles de livres sur le sujet m'environnent. Pourquoi ? Flemme de les ouvrir ? Désir de trouver autre chose, de ne pointer qu'une seule information qui me permettra de lancer ma phrase ? Espoir de dénicher du neuf ? De ne pas se laisser attraper par toute la biographie ? Je crois que oui, tout cela à la fois. 
Quand je suis sur internet, une partie de ma recherche est également destinée à trouver de nouveaux livres.



















Cependant, comme je n'ai pas d'argent en ce moment je n'achète plus aucun livre, ou presque. Là, j'en attends un des Etats-Unis, qui m'a coûté six euros, mais ce sera tout. Je l'ai commandé par Amazon, parce que c'est une occasion, pas chère, un livre américain introuvable ici, et que j'en ai besoin pour écrire (pure description : je ne cherche pas à me justifier mais à observer le processus. Je n'achète jamais de livres neufs sur Amazon, par ailleurs. Mais j'habite à Paris, c'est facile).

Cette impossibilité d'acheter des livres me pousse à ne plus entrer dans les librairies, à hésiter à me rendre à une lecture parce que je ne pourrais pas acheter le livre de l'auteur. A ne pas soutenir autrement que symboliquement les projets des autres. Le monde se réduit au fur et à mesure. 




















Il se rouvre et s'élargit grâce aux bibliothèques qui, à Paris, sont gratuites. Je fréquente Villon, Truffaut, parfois Duras, Parmentier, Goutte d'or. Mais ce n'est pas équivalent. 
Ce n'est pas la même chose.
C'est trouver d'autres livres, ne pas hésiter à se tromper. Ne pas découvrir assez de petits éditeurs. Ne pas être poussée à se tenir au courant de "l'actualité" littéraire dans son ensemble. N'avoir qu'une semaine pour lire un livre récent, l'emprunter, le rendre parfois sans l'avoir lu. C'est avoir testé la bibliothèque numérique pour accéder au dernier Annie Ernaux. Avoir apprécié. Pas encore recommencé. Penser le faire pour le dernier Laurent Mauvignier. Une chose est sûre : plus j'emprunte de livres, plus j'en lis.














Et puis il y a les lectures à voix haute. J'avoue que, pour gagner ma vie, j'en ferais volontiers davantage, parce que j'adore ça (tout comme travailler le son pour L'aiR Nu). Lire mes textes en public, ça ne m'est pas arrivé depuis un moment, devrait reprendre au printemps avec la sortie de Décor Daguerre, le plus possible j'espère. Lire les autres, c'est lire tout court, puis réfléchir, écouter, confronter, réessayer... Les 36 secondes de ce vendredi, je les ai pensées pour qu'elles nous donnent un peu d'élan, par exemple. 

Il y a également toutes ces voix (nous sommes quinze désormais) qui lisent en français ou en turc les livres d'Asli Erdogan : c'est ici. Et c'est si précieux de se sentir ensemble. 



















Mardi prochain, je lirai le texte de quelqu'un d'autre, en l'occurrence des extraits de Ce qu'il faut de Corinne Lovera Vitali. Cela n'aura rien à voir avec les 36 secondes. Je sais déjà que ce sera une expérience très forte, peut-être déstabilisante, comme quand je lisais Franck en public. C'est un travail au millimètre. J'essaye de m'y préparer.

Parfois la lecture englobe, enveloppe, propulse et rassure à la fois (c'est le Walt Whitman de mes 36 secondes). Parfois, elle est là, à vous secouer dans tous les sens. Attachons nos ceintures. Allons.

vendredi 9 septembre 2016

Journal de l'été #10


Pas de nouvelles de l'automne sentimental, j'ai assez relancé pour ne pouvoir plus faire qu'attendre, me sens parfois comme cet homme qui déjeune, seul/e à regarder en face ce qui bouge et avance. 


Marilyn avance, cependant, et tandis qu'elle accède au rang de mythe je me promène de chantier en chantier, m'en vais répondre à des enquêtes rémunérées, parfois créatives, quand il s'en présente. On m'offre du thé ou du jus d'orange, me demande mon avis sur une offre à venir, un projet de partenariat. Je dis que je suis biographe, après tout ce n'est pas faux me fait remarquer Marilyn qui me coince en 1953, m'oblige à retourner en arrière, aime bien venir causer travail, elle aussi. 


Tiens, en voici un autre, de biographe, qui réinvente son Rimbaud, en fait un Nicolas. Un ami avec qui parler écriture, donc travail, mais si. Le journal de l'été c'est encore la lecture de son livre (pas le Ricardou vintage en photo !), chaque matin dans un canapé.


Quant à ce qui bouge et avance, à Colonel Fabien, face à celui qui déjeune seul, qu'est-ce que ça pourrait être ? Peut-être l'homme d'Irlande des Oloé, sur la place depuis des années avec sac, yeux baissés, mutisme permanent. Parfois il apparaît quand on ne s'y attend pas. Est-ce que cet homme avance ? Peut-on le dire ? Travaille ? Travaille qui ? Moi, peut-être ?


Et nous revoilà partis boulevard de la Villette, passant devant la bibliothèque Villon, oscillant entre pluie et soleil, journal d'été et automne inconnu, quelques photos faisant charnière.

vendredi 14 février 2014

centre du monde















Le jour où ça ne va pas assez, on s’allonge. Sous les paupières ce qui surgit, à deux reprises, et l’on ne s’y attend pas, c’est la biblio de son enfance. Pas celle de la chambre mais la vraie, un cube au milieu du parc, à gauche de la bibliothèque adulte. Plafonds hauts et parquet ciré, couleurs et coussins et lumière, un lieu où l’on ne vous demande rien, où l’on vous propose, vous voyez. 
Elle : Françoise, la bibliothécaire. Une jeune femme à lunettes brune, qui ne travaille plus là depuis. C’est Françoise qui sauve tout et si jamais elle lit ce texte, je précise : bibliothèque jeunesse de Saint-Germain-en-Laye, fin des années 70. Françoise se fout de savoir si l’on est riche ou pauvre, et comment ça se fait que l’on soit bon en classe alors qu’on n’est pas riche (ce sont les mots de l’époque, aussi) dans cette ville riche, riche riche ultra riche, qui ploie sous son château, François 1er, Versailles, et vous appelle pauvre. 
C’est gravé. 
On s’en fout. 
Une fois dans le parc, oui (traverser les pelouses ou que le gardien siffle), on s’en fout royalement. Ce qui compte c’est ici, cube blanc et plafond haut (et l’odeur de la cire, du parquet que l’on cire d’où le plaisir dimanche à faire cette poussière qui ailleurs s’accumule), les bouquins découverts et tout ce que Françoise propose : atelier de BD, atelier de sérigraphie, écriture de poèmes, création d’un journal de la bibliothèque. On veut tout faire ? On fera tout. 
Emprunter vingt fois le même livre, épuisé, introuvable, vingt ans plus tard réédité (l’avoir en double). 
Entrer sans crainte, et pour toujours, dans les bibliothèques, les librairies et les musées. 
S’approprier le monde, voilà, et à qui ça ne plaît pas tant pis.
Bibliothèque jeunesse de Saint-Germain-en-Laye (aujourd'hui déplacée, qu'importe) :

centre du monde
centre du monde
centre du monde

*
Parmi une trentaine d'autres, le "Printemps français" a menacé la bibliothèque jeunesse de Saint-Germain-en-Laye, me dit-on. Ou alors pas vraiment, deux trois mails au plus, est-il écrit ailleurs : je lis les informations en ligne, ne vis plus là-bas depuis trente ans, n'en sais pas davantage. Peu importe. Cette bibliothèque fut, dans mon enfance, comme le dit le texte ci-dessus extrait d'un article pour remue.net écrit il y a plusieurs années, le centre du monde. Refuge, source de liberté, de créativité : même si la culture était très valorisée dans mon entourage, la poésie en particulier, ce lieu fut pour moi, je le répète, d'une importance capitale. Peut-être que tout était lié à Françoise, à son ouverture d'esprit... Je ne sais pas.
Des crispations, projections, fantasmes réducteurs, il y en avait tout autour. Souvent, je me sentais cernée. 
Là, non. 
De l'air.
C'est tout ce que j'ai à dire.

mardi 13 septembre 2011

L'oloé initial : la bibliothèque

En 2006 j'ai passé l'été, en Italie, à écrire un texte destiné à un dossier de remue.net, Bibliothèques en littérature, sur une proposition de Sereine Berlottier. 
C'est un texte qui tourne autour : commence par s'intéresser au meuble, à la pièce (la bibliothèque photographiée à plusieurs reprises dans ce qu'on appelle un beau livre, puis dans un magazine de design trouvé dans un train) ; parle ensuite des entassements ; du dégoût que certaines lectures obligées provoquent ; évoque pour finir ce qui, réellement, s'inscrit sous ce mot de bibliothèque.

Je le retrouve ce matin. En cinq ans, les choses ont évolué. Lire ? Toujours autant, mais sans doute autrement : davantage sur écran que sur papier ; ou des manuscrits ; plus de services de presse mais des empruntés, prêtés, achetés, parus il y a longtemps ou la semaine dernière. Livres numériques et fragments de sites, romans inconnus, classiques, venus des rayons, des conseils d'auteurs que j'aime. La bibliothèque ? Me sert de bureau, de résidence, de lieu où passer la journée.
Ce qui a changé, également, c'est ce que ce texte a changé : c'est grâce à sa publication par remue.net et le petit lien tout en bas que Fenêtres, qui avait cinq ans déjà, a fini par être publié.

Je fête ces cinq, ces dix ans de Fenêtres en le mettant ici.
(attention c'est long, et sans photos, même !)

Merci à Sereine.

Centre du monde


une pièce carrée au parquet clair, aux étagères bleu pâle, numérotées,
soutiennent des livres de même taille, parfois reliés mais qui semblent friables, comme couverts de pâte feuilletée. Au premier plan, un globe terrestre sous une couche de poussière, au fond un escabeau bleu pâle
trois marches
musée ethnographique en Suède.

jusqu'au plafond des livres reliés, taille diverse et rangs serrés, pas d'échelle. Trois tables pour six personnes chaque.
trompe-l'œil d'un palais de Cordoue.

une pièce meublée laquée de blanc, au centre une table noir et blanc, autour six chaises noir et blanc, leurs clous de tapissier très blancs, le tout sur tapis Art Déco (mais vague). Quatre livres, un classeur, une revue, en médaillon trois perruqués. Visages sévères, Salzbourg.

un salon, sa lumière, baie vitrée compliquée d'ouvertures, battants, poteaux et tringles.
Un mobile au plafond (ou un lustre ?), ses traits biffés en l'air des ratures suspendues, une sculpture bleu Klein sur une table basse.
La sculpture hérissée une seconde table, plaids coussins et tissus un canapé laineux qui semble inconfortable (pas sûr), ses fauteuils s'y perdre s'y restreindre s'y ? Livres d'art dos de livres s'empilent n'ont pas de place et se serrent sur le mur. Paris.

une « maison provençale d'époque » (ou quelque chose comme ça). La pièce, carrelée de faïence, blanc et bleu, est petite et ovale, organisée autour d'un guéridon qui soutient quelques livres, un pot. Au fond, dans la courbe de la fenêtre, deux portes très discrètes (des passages secrets ?) lancent les bibliothèques au loin sur les côtés. Rayons drus, encastrés, chaque livre : une prise du mur. Le tout bien clos, évidemment un oeuf, pour lire à l'ombre dans la chaise-longue Duchesse.

in questo appartamento a Parigi, le salon, avec piano, donne sur un jardin-terrasse, chaises à l'assise rouge et blanc. Rayures. Une tête de chien en coupure nette posée par terre, à même le sol de tomettes (un bronze ?), est cachée par un guéridon. Baies larges.
Quant au piano, un droit, il obstrue la bibliothèque déroulée sur le mur du fond. Ses vitres, ses verrous, ses accès, bloqués dans la longueur reliures inutiles pour pages inutiles mots inutiles et quoi ?

un bureau encombré (deux tables, deux chaises, deux fauteuils et un lit plaqué contre le mur de gauche dans cette toute petite pièce), encombré par deux cariatides, très hautes, arrachées à quelle façade ? Dans les rayons beaucoup de livres et l'on soupçonne, minces dos de couleur sur l'étagère d'en bas, quelques BD en lutte contre leur port de tête.

ah, compliqué celui-là, on l'a cru scandinave ou d'un nord incertain. C'est un salon de lecture cheminée de briques rouges fauteuils modernes en bois tableaux pieux table basse qu'on aurait vue en Suisse. Des livres étiquetés : une salle d'institut ?
San Cristobal de las Casas, Chiapas, Mexique.

pièce basse de plafond, fort basse, on pense immédiatement cabine du capitaine. Photos d'ancêtres sous cadre, fenêtre à trois battants étirée en largeur. Au battant du milieu pose une panthère noire entre deux géraniums. Muguet sur le bureau. Les livres sont classés : là les reliés et en haut le vulgaire, casé dans l'étagère écrasée au plafond (mais elle court).
Suède.

on penche la tête à gauche pour lire le titre des livres. Chez le stilista di moda parigiano deux biographies (Lazareff et Mata-Hari), le reste on ne sait pas. La photo est prise à plat-ventre. Dans cette contre-plongée très marquée sous la table, sur le tapis, on lit bien ?

*

verrières patios hamacs balcons baldaquins et draps frais courtepointes escaliers persiennes chemin de table bouquets paniers tressés des rizières des cascades en arrière-plan peut-être des cuisines en pagaille des terrasses et la terre terre battue dalles vertes des lampes des tiroirs des panneaux une ombrelle l'océan en lucarne des pins et des mélèzes des torches de jardin dans la neige plantés
du bambou
fer forgé
dessertes tapis de bain

et pourquoi dans ce livre Il mondo in casa trouvé en Italie dans une maison louée retenir ces dix pages, elles seules, qui ne montrent que des livres, bureaux, bibliothèques, comment ils les disposent, comment ils les arrangent les gens qu'on ne voit jamais dans ce gros livre-là (un cube sur la table) Il mondo in casa, alors qu'elles sont à eux, les maisons dites du monde, et leurs objets les meubles et tout le paysage ? A cause de cet article seulement, qu'on aimerait bien écrire, sur les bibliothèques ?

Dans la maison louée, à plein, ceux qui viennent avant vous et ont choisi leur lit vous guident vers la chambre « à livres », un mur d'étagères sous une mezzanine, face aux fenêtres, aux collines. Des bouquins en allemand, en italien, français, n'en avoir presque aucun chez soi. Dans le livre plus tard, Il mondo in casa, trouvé au rez-de-chaussée, un cube sur la table dans un coin du salon, rêver et s'énerver sur les dix pages feuilletées, photos de livres serrées sous empilement de clefs, bocaux, boîtes de conserves, fragments, matières et pigments qui font le bonheur du photographe, une déco joyeuse, posée, qui aime aussi les livres mais sans auteurs visibles, ni titres, pour la variété des volumes, élégance épaisseur couleur sobriété, qui offrent suggère-t-elle leur chaleur leur cachet aux intérieurs déshabillés.

S'énerver et rêver rêver quand même, se souvenir de San Cristobal vouloir y retourner, voir la Suède et Padoue, et lire une nouvelle dans la pièce bas de plafond (une péniche, peut-être?).
Tout ça ne nous avance pas.
Mais si.
Ah bon ?

*

Dans le train (TER) Paris Beauvais, un samedi de soleil. Il reste dans le wagon les revues des anciens voyageurs, ceux du trajet d’avant : journal des sports jeté en travers du fauteuil ou magazine professionnel. Dans la petite poubelle près des sièges en carré, dépassant largement, un journal de design, un catalogue plutôt, envoyé comme on le verra à une abonnée médecin qui l’abandonne, ne commande pas le tabouret Molaire (un classique du design allemand) ou la douche d’extérieur à 212 euros. Laissant pour le trajet le tumulte dans un sac, à deux on le feuillette (mais l’autre lit aussi Le Journal de Mickey, passionné par les pages de pub – c’est ainsi).
Et voilà en écho à Il mondo in casa, laissé en Italie avec les draps et les serviettes, que se présente vers la page 40 une série d’étagères fixées à dix centimètres du sol sur un mur à lèpre, comment dire, travaillée, seize tablettes multipliées par quatre en tôle d’acier noir, entre lesquelles poser les livres à plat. Effet garanti. Un mur de livres tient seul, qui s’avancent vers vous, se proposent et habillent le parking, le sous-sol, l’usine ou l’atelier.
Le commentaire précise : illustre l’art de sculpter avec des mots. Totem bibliothèque qui redessine variablement ses contours au gré de son chargement.
?
Le commentaire s’explique : Une fois remplis les compartiments de l’étagère (…), la structure s’efface et se fond à la sculpture livresque (bigre)
(et cette petite joie d’écrire « bigre »)
tout en facilitant l’accès aux ouvrages ( hum ça, ça reste à voir).
Prix compatible avec le mur de lèpre ?

*

On n’en sort pas. Tourner autour de la déco, franchement.

*

Et puis ? Si je recense la place des livres à partir de l’ordinateur où j’écris, en cercles concentriques, on en trouve : sur la table où est posé le clavier ; dans l’étagère d’angle située dans mon dos ; sur les deux étagères qui condamnent la porte-fenêtre de gauche et prolongent cette étagère d’angle ; sur une autre étagère, perpendiculaire à la porte-fenêtre du milieu, ancien meuble de cuisine en partie renversé ; par terre ; dans le meuble fabriqué pour le poste de télé, derrière deux vitrines, dont une démontée ; dans la bibliothèque de droite, achetée vers Colonel Fabien (magasin de brocante laide, remplacé depuis peu par une librairie qui accueille les lecteurs dans un canapé, deux fauteuils, quatre chaises, une table, un tapis, des coussins) ; sur une étagère style épices, suspendue vers le radiateur
et puis (de mémoire)
dans le couloir sur une double étagère, tous les livres en doubles rangées (comme ailleurs) ; dans la chambre d’enfant sur une étagère simple et dans le haut de l’armoire, au dessus du bureau ; dans la chambre du fond, sur une étagère qui servait avant pour le linge ; sur la tour de l’ordinateur qui ne marche plus ; sur le bureau (plusieurs piles, un agencement complexe, parfois des livres de remueurs) ; sur le piano ; par terre, près de la télé qui ne marche plus ; bourrant la gueule des deux petits meubles de chevet mal placés ; empilés sur un cube de bois, trouvé dans la rue (le vrai meuble de chevet, en fait).

Puis le tour des livres oubliés : serrés dans un petit meuble bas ; planqués contre l’armoire dans la chambre d’enfant ; empilés sur un ampli basse (ou guitare ?) dans le couloir, collés à l’étagère double : livres reçus pour le boulot (quitté), livres non lus ; « rangés » dans deux gros sacs au fond, entre le piano et le bureau, dans une attente qui se prolonge, d’ailleurs on ne sait plus ce qu’il y a dedans ; dans un petit sac en papier kraft (là on sait très bien ce qu’il y a dedans) ; et les plus importants, ceux qui servent en droite ligne pour le livre qu’on est en train d’écrire, deux livres de poche précieux, qu’on tirerait du feu en premier, prennent toute la place sur le bureau, une fois poussés les cinq derniers, livres de bibliothèque empruntés le samedi d’avant.

Quoi d’étonnant si Kafka s’éparpille ?

Livres en train d’être lus, livres qu’on s’apprête à lire, délaissés mais qu’on reprendra : ceux-là se rapprochent du lit.

Sculpture livresque à taille d’appartement, sinueuse et sournoise, une lutte amoureuse.

*

Mais qu’est-ce qui me prend d’acheter toujours plus de livres que je ne peux en lire ? Même à l’époque du RMI (trois quatre années, ou plus) je partais chaque samedi matin, je longeais le périphérique (les premiers tas de vêtements, bricoles) pour acheter des livres à 10 francs. Puces de Saint-Ouen, côté Saint-Ouen, le vendeur assez étonné me voyais repartir avec le Constantinople d’Edmondo De Amicis en turc
(tous les livres finissent par se vendre, confiait-il. Et pour celui-là, soulagé !).
Je ne lis pas le turc mais j’aime, comme tous les Français qui se sont un jour promenés dans le quartier de Bayöglu, les enseignes Diyalog, Faks, Filateli, Cuaför. Et Amicis pince-sans-rire, en 1878, qui décrit les chiens de la ville comme les balais vivants des rues. Livre prêté, jamais revu.

*

« Mais qu’est-ce qui me prend… », c’est la première phrase venue à l’idée d’écrire cet article. On y pense depuis quelques temps, déjà : acheter plus de livres qu’il n’est possible d’en lire (d’autant qu’on lit aussi ceux des bibliothèques), c’est constituer chez soi, pour soi, sa propre bibliothèque publique. Une BM (municipale) dans la chambre : pouvoir longer les rayonnages avec la certitude du vertige qui prend quand on se dit : je n’ai rien lu et surtout, pouvoir les voir comme des livres nouveaux, ces livres qui attendent, rangés en aléatoires verticales.

(mais nouveaux ne veut pas dire nouveaux, au sens où on l’entend en septembre ou janvier pour les romans, essais, en février pour les livres de jardins, en mai pour l’art à Noël pour le reste).

Ici la disposition sur la table comme dans les librairies n’a heureusement pas cours (sinon il faut quitter la ville et ses loyers de malheur, chassé par ce torrent de livres couchés plats). Des carrés, des plaquettes, de plus en plus de couleurs, la tête qui ne sait plus où tourner : en librairie, le nouveau affole ce qui bat. Qui chez ces nouveaux-là pourrait changer en nous le monde ? Quelqu’un ? Personne ? Comment savoir parmi la masse (de ceux que l’on allonge côte à côte sur la table, de ceux qui restent dans les rayons, de ceux laissés en stock) ? Question connue. Puis, quand on a pu pour le travail (rédactrice de com) les lire, les avoir à disposition sans les choisir ni les payer et qu’ils aient été imposés, ces livres de rentrée, ces incontournables de rentrée, durant plusieurs années, on en sait la nausée à la dixième page (le plus souvent). Alors faire l’inventaire, de tête, sans les chercher dans la bibliothèque, des rares qui furent marquants dans les incontournables, donne : on se souvient de quelques pages mais déjà plus du titre, on confond les auteurs.

Horreur : ces livres-là, qui ne seraient plus des livres, contamineraient les autres. Tentation du dégoût de tous - et ne plus savoir les nommer. Si c’est ça qu’est-ce qu’un livre ?

Comptine : j’en achète trois j’en commence un j’en emprunte deux j’en rapporte un j’en rachète un je me dis calme-toi je ne me calme pas j’en lis un autre je reprends le premier.

Voilà : le livre est là. Hors comptine ce ne sont plus des livres.
*

Leur nombre, et ceux qu’on lit ou pas, et qu’on en lise cinq à la fois : ce serait autre chose que des livres on se verrait en malade grave, comme cette femme qui accumulait les sacs d’ordures chez elle, partout même dans la chambre de sa fille obligée de se frayer un chemin jusqu’au lit pour aller se coucher, fait divers entendu au journal de France Inter quand on avait l’âge de la fille. Mais les livres on vous les pardonne (enfin peut-être de moins en moins)

(de l’étonnement passer à la réflexion qui affleure, muette, visible, une fois que l’invité de hasard a poussé la porte d’entrée : une mauvaise ménagère celle-là, en parlant de qui a trop de livres).

*

Certains livres attendent depuis deux ans. D’autres quinze. Ils finissent toujours par être lus. Achetés neufs chez Gibert à un jeune vendeur enthousiaste, Les Buddenbrook, lecture d’été dans la maison italienne, terminés le jour du retour, portent au dos l’étiquette : 70F00. Bien sûr, on achète par erreur certains livres deux fois et nous manquent toujours d’autres livres « évidents ». Et pourquoi acheter celui-là au lieu de l’emprunter, ou l’inverse ? Mystère. La bibliothèque sinue (cette municipale pour soi), elle tire dans tous les sens il arrive qu’on lui tire dessus.

jeter un livre à travers la pièce parce qu’il vous heurte et c’est cet auteur qu’on aimera

se dire que celui-là, franchement

vendre quelques livres (c’est rare)

ne jamais les jeter (sauf un)

*

De la bibliothèque caché sous des papiers avoir sorti ce livre que l’on savait y être (bien sûr), ce témoignage écrit sous un pseudo, nocif, l’avoir bien enveloppé dans un sac plastique et en silence, et sans croiser personne dans l’escalier, l’avoir descendu dans la cour, tracé droit au tri sélectif en choisissant la poubelle vide, et propre, puis l’avoir placé tout au fond. Encore aujourd’hui, le soulagement en revoyant le couvercle jaune, les journaux par-dessus le livre, à droite en entrant dans la cour.

*

Et que ça sinue dans l’appart ces livres entassés, oubliés, donne des phrases pour soi seul comme :

Putain où sont passées les Chantefables et Chantefleurs ?

Et que l’on redit, bien sonores, en longeant le couloir, grand plaisir des bibliothèques.

*

On vous prête un livre, vous le rendez pas, puis celui qui vous le prête est mort. A qui le rendre, et comment le considérer ? Dans les rayons entre deux autres livres ceux des morts, éparpillés, pas épargnés, que l’on aime d’une autre façon.

*

Rire bêtement en longeant la rue parce que la maîtresse de l’enfant a écrit, appliquée, Georges Desnos sous le poème. Rire encore sur le palier, dans le couloir, avant de se mettre à chercher ce livre qu’on ne trouve pas.

Grand plaisir des bibliothèques, suite : ceux qui ne veulent pas de livres chez eux, ce qu’ils perdent ! Bonheur parfait : être assis par terre un dimanche, écouter la radio en nettoyant ses livres (même allergique à la poussière) avec pshitt et chiffon.
Et le jour où ce n’est pas assez, on s’allonge.

*

Le jour où ça ne va pas assez, on s’allonge. Sous les paupières ce qui surgit, à deux reprises, et l’on ne s’y attend pas, c’est la biblio de son enfance. Pas celle de la chambre mais la vraie, un cube au milieu du parc, à gauche de la bibliothèque adulte. Plafonds hauts et parquet ciré, couleurs et coussins et lumière, un lieu où l’on ne vous demande rien, où l’on vous propose, vous voyez.
Elle : Françoise, la bibliothécaire. Une jeune femme à lunettes brune, qui ne travaille plus là depuis. C’est Françoise qui sauve tout et si jamais elle lit ce texte, je précise : bibliothèque jeunesse de Saint-Germain-en-Laye, fin des années 70. Françoise se fout de savoir si l’on est riche ou pauvre, et comment ça se fait que l’on soit bon en classe alors qu’on n’est pas riche (ce sont les mots de l’époque, aussi) dans cette ville riche, riche riche ultra riche, qui ploie sous son château, François 1er , Versailles, et vous appelle pauvre.
C’est gravé.
On s’en fout.
Une fois dans le parc, oui (traverser les pelouses ou que le gardien siffle), on s’en fout royalement. Ce qui compte c’est ici, cube blanc et plafond haut (et l’odeur de la cire, du parquet que l’on cire d’où le plaisir dimanche à faire cette poussière qui ailleurs s’accumule), les bouquins découverts et tout ce que Françoise propose : atelier de BD, atelier de sérigraphie, écriture de poèmes, création d’un journal de la bibliothèque. On veut tout faire ? On fera tout.
Emprunter vingt fois le même livre, épuisé, introuvable, vingt ans plus tard réédité (l’avoir en double).
Entrer sans crainte, et pour toujours, dans les bibliothèques, les librairies et les musées.
S’approprier le monde, voilà, et à qui ça ne plaît pas tant pis.

Bibliothèque jeunesse de Saint-Germain-en-Laye (aujourd’hui déplacée, qu’importe) :

centre du monde
centre du monde
centre du monde




dimanche 27 février 2011

où lire

Pourquoi derrière mes cent fenêtres personne ne lit-il jamais ? La question est posée dans Fenêtres Open space et les bibliothécaires de la médiathèque Robert Desnos, à Montreuil, ont repris la phrase, qu'il est difficile de ne pas remarquer lorsque l'on va emprunter ou rendre des livres.
Virginie Gautier, que j'avais rencontrée lors de l'inauguration de ma résidence et dont on peut découvrir le travail ici, et ici encore, l'a lue. Voici son élégante réponse : 
 
















mercredi 12 mai 2010

Lire Jourdain à Jourdain

Mardi prochain, le 18 mai, à 19 heures, je participerai à une rencontre à la bibliothèque Fessart, 6 rue Fessart, à Paris, métro Jourdain, en compagnie de Béatrice Courraud, Dane Cuypers, Eva Füzesséry et Derri Berkani. Elle sera animée par Bernard Magnier.

(on trouve quelques informations sur En vue, le journal des bibliothèques de la ville de Paris, page 22)
(et non, Chloé Delaume, annoncée "sous réserve", n'y sera pas).

Ce sera la seconde fois que je lirai un extrait de Franck "en place et lieu". Je m'explique : écrit non par chapitres mais par lieux, le texte commence à Château-Landon, se poursuit à Gare du Nord, continue à Jourdain, etc. En mars dernier, j'ai lu "Château-Landon" à Château-Landon. Cette fois, je lirai "Jourdain" à Jourdain. Enfin, un court extrait : nous avons droit à trois minutes de lecture chacun. Sans être nommée, la bibliothèque Fessart est évoquée dans le livre, mais ce n'est pas l'extrait que j'ai choisi : mise en abîme ok, mais pas trop, tout de même !

On devrait parler également de Cowboy Junkies, et j'apporterai quelques exemplaires de Fenêtres, si ça tente quelqu'un d'en acheter un (ou plusieurs, soyons fous).

Bienvenue, donc.