l'horloge de la gare de Chartres

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vendredi 9 septembre 2016

Journal de l'été #10


Pas de nouvelles de l'automne sentimental, j'ai assez relancé pour ne pouvoir plus faire qu'attendre, me sens parfois comme cet homme qui déjeune, seul/e à regarder en face ce qui bouge et avance. 


Marilyn avance, cependant, et tandis qu'elle accède au rang de mythe je me promène de chantier en chantier, m'en vais répondre à des enquêtes rémunérées, parfois créatives, quand il s'en présente. On m'offre du thé ou du jus d'orange, me demande mon avis sur une offre à venir, un projet de partenariat. Je dis que je suis biographe, après tout ce n'est pas faux me fait remarquer Marilyn qui me coince en 1953, m'oblige à retourner en arrière, aime bien venir causer travail, elle aussi. 


Tiens, en voici un autre, de biographe, qui réinvente son Rimbaud, en fait un Nicolas. Un ami avec qui parler écriture, donc travail, mais si. Le journal de l'été c'est encore la lecture de son livre (pas le Ricardou vintage en photo !), chaque matin dans un canapé.


Quant à ce qui bouge et avance, à Colonel Fabien, face à celui qui déjeune seul, qu'est-ce que ça pourrait être ? Peut-être l'homme d'Irlande des Oloé, sur la place depuis des années avec sac, yeux baissés, mutisme permanent. Parfois il apparaît quand on ne s'y attend pas. Est-ce que cet homme avance ? Peut-on le dire ? Travaille ? Travaille qui ? Moi, peut-être ?


Et nous revoilà partis boulevard de la Villette, passant devant la bibliothèque Villon, oscillant entre pluie et soleil, journal d'été et automne inconnu, quelques photos faisant charnière.

dimanche 17 juillet 2016

Journal de l'été #3



















Envie, ce matin, d'écrire un nouvel épisode de ce journal de l'été et de commencer par cette photo prise dans une cour de la rue Richelieu, à Paris, mercredi dernier. Photo à la volée avant de bifurquer, de grimper un étage, d'attendre dix minutes dans une salle à la déco pétaradante puis de me faire interroger durant trois heures sur ce que la RATP envisage pour compléter (remplacer ?) à terme le Navigo, passe mensuel si important pour mon personnage de Une ville au loin, qui lui permet d'en détourner l'usage, de s'imaginer d'autres vies.
J'ai dit que de toute façon je préférais le Navigo, mais ce n'est pas ce qu'on me demandait.
J'ai répondu à l'enquête pour recevoir de l'argent, suis ressortie avec un chèque, ai pensé : pour une fois que je gagne quelque chose sans projeter autre chose. J'ai marché jusqu'à la station Palais Royal. J'avais l'impression que pour une fois le monde était simple : on t'invite, on te demande ce que tu penses, combien tu es prêt à payer. On t'offre du jus d'orange, un thé, des gâteaux. On t'enregistre, te filme, on te le dit. On te parle gentiment, on te donne de l'argent, tu repars, tu oublies. 

 

Je suis rentrée chez moi attentive à cette sensation : le contentement peut-être, le léger soulagement de se dire qu'il est parfois possible de traverser dans les clous, de répondre à la demande sans chercher plus loin.
Je suis arrivée. Il était 18h. Suis allée me coucher direct.














Deux jours plus tôt (ou comment depuis tout à l'heure remonter le temps avant Nice, on le comprend j'espère), avec L'aiR Nu nous en étions toujours à projeter quelque chose pour gagner quelque chose : collecte Ulule qui au moment où j'écris n'en a plus que pour quelques heures avant d'échouer ou de réussir (vite vite), dossier Dicream que nous avons porté sur place avant la date limite avant d'apprendre qu'il manquait un papier : celui du formulaire, des cases à remplir.
On ne rit pas ? Si, si. On a stressé puis on a ri, tant ça nous ressemble. 
On a encore jusqu'à demain, rien n'est perdu.


(tiens, voilà bien ce qui nous ressemble, plutôt)

*

J'ai appris pour Nice à 6h30 du matin, tandis que je voyais défiler ma timeline, sa nuit blanche. Quatre de vos amis sont en sécurité à Nice me disait Facebook. On comprend tout de suite, désormais, n'est-ce pas ?
Est-ce qu'on se précipite pour regarder ? 
Nice. Sécurité. On laisse les mots envahir la pièce. On attend. On retarde. Ca dure combien ? Une, deux minutes à peine. 
 












Ensuite ? 
Regarder le mur, le plafond. Devant soi sans voir.

J'avais un truc inavouable à faire pour tenter de gagner de l'argent, un test, j'ai serré les dents toute la journée et je l'ai fait. Je n'ai rien écrit sur les réseaux sociaux (je ne poste plus rien dans ces cas-là, pourquoi dire ?) (dans ces cas-là résume tout). Mais évidemment j'alternais l'écriture du test inavouable avec la lecture des articles, des nouvelles, des commentaires. Les monstruosités, les horreurs, les premières réflexions. Pas les rumeurs : plusieurs heures, déjà, s'étaient écoulées. Pas les images : depuis des années je les regarde plus.
Dire son effroi puis, très vite, presque en même temps, sa consternation devant les déclarations des politiques ? Le dire ? Le taire ? Je ne sais pas. Je me demande : l'effroi et le mépris qui alternent à toute vitesse, se répondent, qu'est-ce que c'est que cette violence supplémentaire ? Quel nom pour cette déchirure ?

Sans rien oublier, de la fenêtre postée ci-dessus détailler longuement mur et ciel, le bleu du dedans, dehors.

*

Je place ici la cour qui est belle et sans lien avec le travail ; une photo d'Albert, escargot aimé de ma mère (photo prise par elle) ; le dossier incomplet mais bientôt complété de L'aiR Nu ; un collage de Mathilde Roux qui se trouve dans Une ville au loin ; une photo de fenêtre de Thierry Beinstingel, liée dans son esprit à Dita Kepler.
Embrasser le monde, toujours.

dimanche 8 février 2015

Décor Daguerre #4















Fermer les yeux, bien écouter. Apprendre ceci : fer de lance, dent de cheval, variolite (parce que la roche présente des ressemblances avec les pustules de la variole), les noms de pierres données par les géologues ont été choisis de façon plus poétique que scientifique. Apprendre que rien sur terre ne résiste au temps. Que les squelettes d'algues font des fossiles, sphères qui ressemblent à des porte-savons. Que le granit pourrit. Que la craie, ce sont encore des squelettes d'algues. Qu'un galet, c'est un silex entouré de craie, que celle-ci disparaît, se dissout, que la silice ne l'aime pas et se regroupe pour l'éviter. Que plus le galet est sphérique, plus il est vieux (quelques dizaines d'années seulement). Apprendre, et entendre plusieurs fois, de plusieurs bouches, car les animatrices se succèdent en reprenant la même leçon, que le marbre et l'ardoise sont des roches métamorphiques, couches soudées, contrairement aux autres roches, sédimentaires ou magmatiques.
(c'est ce métamorphique qui me tient, me plaît, c'est la transformation qui m'attire)

*
=> 1975, école primaire
=> 2012, cdd d'enquêtrice à la Cité des Sciences ; Paris ; travail
=> 2015, atelier d'écriture en collège à Aulnay-sous-Bois à partir de J'apprends de Brigitte Giraud le 9 février (c'est-à-dire demain)

mardi 13 novembre 2012

peut-être (du travail, en apparence)















Il faudrait un jour parler du travail, pensais-je depuis longtemps, de ce travail qui n'est pas de l'écriture et dont on m'a invitée à dire quelque chose il y a peu















Mais voilà, ma vie est plutôt comme ça, panneau Dijon Brest Amsterdam, plutôt le bordel en apparence, pas plus de CDD que de CDI, des projets qui se croisent, crossroads, des trajets qui s'inventent et le vide peut-être au bout.















Dans l'attente (que va donner 2013 ? vous le saurez, peut-être, dans quelques jours) (si c'est oui vous le saurez, et l'année sera structurée) (si c'est non, ah) (tout à fabriquer à nouveau), dans l'attente d'une réponse je signe un petit CDD, cinq jours, pour tromper le temps sans le perdre (et pour d'autres raisons on s'en doute).















C'est comme ces photos ça se mélange, prises par différents appareils, vitres écrans et panneaux divers, le travail c'est assez flou : quelques minutes à agissez, et tout le reste à faire semblant.















C'est rassurant de poser sa tête, chez soi le cerveau sur la table, et de partir jusqu'à la nuit (je ne connaissais plus depuis dix ans). Ca rassure mais c'est fatigant, on rentre avec les nerfs qui vibrent de n'avoir rien fait de tangible  (à son goût). 















(ceci est un objet fractal)














Ce que je dis est vrai et faux. Ainsi, où trouver ailleurs le mur ci-dessus que dans le passage du silence ?

Ainsi cinq jours à collecter : 







































































et


mardi 24 février 2009

Vraie vie de l'open space

Depuis que j'ai ouvert ce blog il y a un an et demi, certains sont passés à cause du sous-titre de mon livre : Open space, espérant peut-être y trouver des indications sur une certaine vie de bureau.
Je ne travaille plus dans un bureau depuis plus de sept ans. A l'époque où ce livre a été écrit, en 2000-2001, j'étais web-surfeuse, ou documentaliste web si l'on préfère, ou encore rédactrice (c'était le titre exact) pour un annuaire internet, métier qui a disparu depuis. Nous travaillions pour une start-up américaine concurrente de Yahoo ancienne formule, Looksmart, qui existe encore aux Etats-Unis. Nos bureaux étaient situés près de l'Arc de Triomphe (j'y pensais hier en faisant la touriste) dans un agréable immeuble années 30. Pas d'open space, des pièces pour cinq, six. Des conditions de travail agréables, la première année tout au moins.
Les open spaces se construisaient, on les voyait grimper (immeuble de I-Bazar racheté par e-bay à Stalingrad), on y voyait des gens travailler sous vitre à n'importe quelle heure (immeuble neuf près de Lariboisière). Open space, c'était un de ces mots nouveaux en l'an 2000 avec start-up, .com (prononcez dot com), etc. C'est parce qu'il symbolise bien l'époque tout en continuant de signifier "espace ouvert", ce ciel plein que je ne voyais que le matin dans le métro aérien, c'est pour le double sens que je l'ai choisi. Les gens qui voulaient des informations sur le livre récemment paru L'Open space m'a tuer se sont égarés en venant ici.
Enfin pas sûr. Car si je ne l'ai pas lu, je viens d'écouter la dernière émission en date de Zoé Varier sur France Inter, Nous autres. Une ancienne collègue des auteurs, Marina, y raconte ses conditions de travail, le lavage de cerveau permanent. Même si on se doute, même si on connaît, ça vaut la peine de l'entendre.