l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 15 avril 2018

Semaine #15 espace-temps

(la Vallée aux Loups au printemps)

Lundi Je commence pour de bon à écrire Bruits. Les premières minutes du livre sont tout sauf paisibles, je le savais, l'ai toujours su, et ce sont bien celles-là qui viennent. De [06:00] à [06:02] (le livre commence à 6 heures du matin), trois minutes de fiction violente, voilà pour la journée. Peut-être que la douceur de Chartres, je ne la découvrirai qu'après la résidence ? Ou jamais ? Qu'importe, ce qui compte est ailleurs, dans le mouvement. 
Et puis, comment faire autrement, avec ce qui se passe ces jours-ci à Notre-Dame des Landes et dans les universités ? 

Mardi Création d'une minute (sonore, celle-là) dans la galerie marchande près du Monoprix de Chartres, destinée à ce que j'aimerais voir devenir un portrait miniature et collectif de la ville, à la fin de la résidence.


J'aimerais, oui, que les habitants participent à ce projet, créent eux-mêmes leurs minutes et qu'en juillet nous ayons une heure d'écoute à proposer aux auditeurs. Pour cela c'est simple : il suffit d'enregistrer une ambiance sonore, d'écrire un texte, de le lire à voix haute, de mixer les deux sons et de faire une photo (vous habitez Chartres ? Vous avez quelque chose à dire de cette ville ? Bienvenue !).

Mercredi Ce jour-là, c'est Saint-Ouen la ville de référence, où j'ai vécu il y a vingt ans et où le conseil régional d'Ile de France est désormais situé. Une rue Simone Veil qui ne se trouve pas sur la carte, un groupe de voyageurs qui, sorti du métro, s'y dirige d'un seul homme : de nouveaux repères pour l'audonienne que je fus. Tout un quartier se construit derrière le quartier de la mairie où je retrouve des bâtiments connus, la salle de sport qui était alors ma bibliothèque, le parking où je m'entraînais à conduire... Bruits, qui est un très gros projet, pourra avancer après l'été grâce à la convention que je signe ce matin-là. Secrètement, je me félicite d'avoir commencé à l'écrire, délaissant l'emprise du Marilyn et l'atonie secrétée par l'attente pendant qu'il est en lecture : j'évite ainsi l'impression de voler les gens...



















Jeudi Bruits, de plus, commence à vivre sa vie sans moi, puisque le 12 ont lieu conjointement à Paris la soirée de lancement de la revue Espace(s) du CNES, dans laquelle sont publiées les minutes minuit et minuit une du manuscrit, et à Chartres la rencontre avec Virginie Gautier.


(photos de Yann Dissez)

L'équipe du CNES m'a proposé de venir lire mon texte mais s'y est prise trop tard. La minute minuit reste donc au chaud dans les pages de la revue tandis que j'interroge Virginie sur ses livres, sur le rapport qu'elle entretient avec la fixité et le mouvement en particulier. Elle nous lit à la fin trois extraits de son texte en cours, lié à la marche qui l'a conduite il y a quelques mois de chez elle à Notre-Dame des Landes : il nous fait forte impression.
C'est une très belle soirée, vraiment, et je suis contente à plus d'un titre : parce que c'est la première fois que nous organisons quelque chose toutes les deux mais également parce que je n'avais pas animé de rencontre avec un auteur depuis longtemps et qu'il me semble m'en être tirée (ouf ! joie et soulagement).


Tant mieux, d'ailleurs, car le lendemain soir, c'est Joachim Séné que je cuisine sur sa relation à l'écriture, au numérique, au code, au collectif... Nous sommes à la Vallée aux Loups, dans la bibliothèque de Chateaubriand dont la disposition a changé pour l'occasion. Joachim a installé un réseau wifi interne et peut projeter sur écran des exemples de ce qu'il fait en ligne, sur son site personnel comme sur relire ou rature. Nous parlons également de L'aiR Nu, puis il lit un passage de son dernier livre paru, Equations football.
Il était important pour moi de faire entendre l'auteur, pas seulement le créateur numérique. L'écoute dans la salle est belle, le public semble découvrir tout un univers et nous le dit : on sent bien que quelque chose s'ouvre et circule, cette fois encore.














(photo de Joachim Séné)

Samedi Me voilà déjà de retour dans cette même bibliothèque, pour mon atelier mensuel. La veille, j'ai lu un extrait du dernier livre de Virginie Gautier dans les 36 secondes, et j'en parle un peu lors de cette session dédiée aux rencontres, aux voyages. Une fois de plus, et malgré le nombre important de participants, tout le monde s'écoute. C'est un atelier bien peuplé, littérairement parlant, aussi : on y entend des extraits de textes de François-René partant pour l'Amérique, d'Albert Londres de passage à Marseille, de Martine Sonnet qui arpente son Montparnasse Monde, de Jérôme Game nous livrant à la vie des aéroports (dans les 36 secondes également) et de Françoise Héritier dont le dernier livre est une ode aux rencontres.

Ecrire, disions-nous : la suite la semaine prochaine...

dimanche 11 mars 2018

Semaine #10 avant, arrière, accueil et hasards



















Lundi, mardi Ce manuscrit terminé, c'est si fort, comment redémarrer ensuite ? Il y a Bruits qui titille, ce qui est parfait. Mais encore ? Il y a les mails, les messages en retard, l'organisation qui doit reprendre. A ce propos, justement, comment mettre en place la relecture de VF, qui va être longue ? Se décider pour une heure par jour, ou plutôt deux demi-journées par semaine, ce qui aurait l'avantage de ne pas obnubiler constamment ? Je ne sais pas encore. En attendant, répondre aux mails, donc, et préparer le prochain atelier à la Vallée aux Loups, la lecture pour les dix ans de publie.net, le festival de Clermont-Ferrand qui se profile, la journée du vendredi à Chartres... 
Sauf que. Virus. Au lit, au ralenti. 

A noter : Magali Albespy parle de la pratique de danse et d'improvisation qu'elle a mise en place à partir d'un texte de John Cage et à laquelle je participe parfois sur cette page. Elle fait aussi un peu de place sur son site à Volte-face (dont c'est la toute première trace écrite en dehors de ce blog, même si le texte vient d'ici !).

En ce début de semaine, même si je ne suis en rien efficace, je prête attention à ce qui se présente : cette vidéo des bruits et sons chez Varda apparue brusquement en ligne, ou encore le bruit, la musique de mes 18-20 ans présents dans la Fabrique de l'Histoire, sur France Culture (tout ce que je n'ai pas nommé dans Cowboy Junkies ni Franck et pourtant s'y trouve secrètement).



Mercredi Impression que ça patine, même si je prépare les 36 secondes, liées à la lecture que nous ferons, avec Virginie Gautier et Joachim Séné, pour les dix ans de publie.net, et envoie quelques mails. Pour Clermont, je veux voir si la vidéo de Fenêtres, âgée de 7 ans, pourrait être projetée pendant que je lis le texte. Mouais. Pas sûre que ce soit l'idée du siècle d'associer les deux.
C'est un peu la journée des retours en arrière, de toute façon, en ce qui me concerne : relecture de livres, mise à jour de ma fiche pour la MEL (qui date, vraiment !), retrouvailles avec cette vidéo de la ligne 2 (tant de changements depuis).
Voilà, en attendant : la rubrique 36 secondes sous influence de la soirée publie, est prête, hop, c'est déjà ça.

Jeudi Préparations diverses, suite. Samedi, un hasard : l'atelier que je mènerai à la Vallée aux Loups samedi sera consacré aux bruits, aux sons, à l'écoute du monde et il aura lieu en même temps que l'atelier sonore mené par Joachim Séné à la bibliothèque François Villon, à Paris. Contrairement à Dita Kepler, je n'ai pas le don d'ubiquité, ne pourrais y être, me concentre donc sur ce que je dois faire, mais tout cela est porteur, au moment d'entamer Bruits...
Au début de la séance, je ferai travailler les participants à partir d'une courte pièce de théâtre, Le Bruiteur, de Christine Montalbetti, parue récemment. Et ensuite ? J'ai une idée mais voilà que je tombe sur cet appel



qui, par ricochet, m'invite à écouter



reportage sonore où l'anarmorphose est convoquée... bref.
Avec Virginie Gautier, nous travaillons sur les textes choisis pour les dix ans de publie. Le soir, je vais l'écouter lire des extraits de Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, y retrouve des amis. Soirée douce...













Vendredi Journée à Chartres, à découvrir la médiathèque, qui me plaît tout de suite (j'en reparlerai, je pense) ; à suivre le spécialiste de la ville Michel Brice dans le quartier de la cathédrale, à imaginer avec lui les bruits du Moyen Age ; à rencontrer Nicole et Lucien Giraudo, qui s'occupent des expositions de la galerie de l'Esperluète et du festival Jazz de mars, lequel débute le lendemain. Ils sont en train d'accrocher des photos de musiciens issues de la collection de Francis Paudras dans l'espace où se tenait plus tôt l'exposition Bernard Plossu et où Magali a dansé.














Avec Olivier L'Hostis, nous visitons ensuite le chantier de la gare, en pleine rénovation depuis un moment, allons admirer en particulier la constellation des voyageurs, vitrail que l'artiste Jean-Paul Albinet réalise autour de l'horloge du bâtiment, de laquelle partent ou convergent des motifs ronds d'une couleur particulière, le jaune d'argent. Jean-Paul Albinet nous explique qu'il l'a choisi parce qu'il est présent dans les vitraux du Moyen Age, dont ceux de la cathédrale, si je me souviens bien. Nous sommes invités à regarder le vitrail du couloir qu'emprunteront les voyageurs pour passer sous les voies, terminé par un escalier qui donne dans le hall : nous imaginons comment, un jour de soleil, l'horloge, les motifs du vitrail leur apparaîtront, illumineront cette entrée (Bruno Loire nous précise que cela devrait permettre une lumière diffuse, non un ensemble de ronds projetés comme on pourrait le croire). Nous prenons des photos, mais nous engageons à ne pas les diffuser (le chantier est pour l'instant interdit au public, il faut attendre l'inauguration). Ce qu'il me semble, à moi, c'est que grâce au vitrail, à sa couleur, à son rayonnement, l'horloge donnera aux voyageurs la sensation de les accueillir. Simple impression dans le gris de ce jour, mais forte.













 (voici, tout de même, l'horloge du côté de la façade extérieure, que tout le monde voit)

Bruits est un projet minuté et, pour cette raison, toute horloge m'intéresse. Je prends en photo celles que je croise depuis le début de l'année - on en voit déjà quelques exemples  au fil de ce semainier. Disons que celle de la gare, dont j'ai pu découvrir les coulisses par hasard, tiendra peut-être une place particulière.

Le soir, c'est le début du Printemps des poètes à la librairie, où est invité Denis Ferdinande, rencontre organisée par Christophe Esnault qui lit également, ou plutôt fait lire au public, des textes parus à L'Atelier de l'agneau.  Il nous présente pour finir la chaîne Youtube qu'il anime, Le manque. On y voit des "haïklips" et des clips un peu plus longs dont Mourir à Chartres, autre façon de voir la ville - c'est vrai qu'une soirée, ici, commence à 18h et finit à 19h30, il faut le savoir !















Samedi Retour à la Vallée aux Loups pour le septième atelier, et début de printemps dans le parc. Je commence à réaliser que c'est bientôt la fin, qu'il ne reste plus que trois sessions. Cela aura été une belle expérience, heureuse, riche d'échanges. J'imagine déjà le souvenir qu'elle deviendra, ce qui n'a rien d'une anticipation nostalgique.
Patraque quand même depuis lundi, est-ce que c'est lié à l'énergie dépensée pour terminer VF la semaine dernière ? Mystère. En tout cas, pas envie que ça dure...

Dimanche Soleil. Bien envie de découvrir ce Lafayette Anticipations dont j'entends parler depuis longtemps - forcément, puisque le décor Lafayette est ma propriété !
Auparavant, je regarde à nouveau le diaporama "Trois classes trois villes" que j'avais réalisé pour accompagner l'écriture de Décor Daguerre en 2013 : s'y appuyer pour ma présentation à Clermont, oui, peut-être.

Sans cesse, des allers-retours, qui n'en sont jamais tout à fait.

*

La semaine prochaine, on devrait aller faire un tour du côté de Marne-la-Vallée, passer à nouveau une journée à Chartres, cogiter Marilyn (deux demi-journées par semaine, c'est décidé, après consultation de mes camarades Claire Lecoeur et Delphine Bretesché dans le métro post-lecture de vendredi !), prendre ou honorer des rendez-vous et enfin aller au Salon du livre (car il s'est engagé à #payersonauteur, n'est-ce pas ?).

dimanche 11 février 2018

Semaine #6 paroles, messages, silence














Dimanche Un mois à travailler six jours sur sept, le septième jour c'est hypnotique : je ne peux rien faire. Rien du tout. Rien, mais rien de productif, surtout. Aller aux Buttes-Chaumont ? Ce serait préparer l'atelier que j'y mènerai à la fin du mois. Non, non, rien. Juste mettre en forme l'enregistrement de celui de samedi à la Vallée aux Loups, et envoyer le fichier à qui me le demande. Chercher des photos liées aux gares, au temps (ci-dessus, l'horloge de la gare de l'Est). Continuer la lecture de Claustria. Tenter de réduire la taille de ma messagerie qui arrive à saturation, sans y parvenir. Et c'est tout.



















 (Villon, Paris Xe : pour la première fois me voilà écrivain dans ma bibliothèque)

Lundi Nager sous la neige, ou presque. J'avais l'idée d'un roman qui se serait appelé Ciel de verre, que je n'ai pas écrit faute de moyens. Il se serait passé entièrement dans le bassin sportif d'une piscine. Peut-être sera-t-il inséré dans Bruits, qui l'engloutira ? En attendant, le ciel au dessus de la ligne d'eau est parfaitement compact.
Café avec un ami auteur qui lui aussi a une idée de livre dédié au son, au bruit, mais très différente de la mienne : on en reparlera.
Achat du Marilyn and me de Lawrence Schiller en numérique. Je commence à lire (et donc à traduire, pour moi) le texte mais la paperasse administrative ressurgit. C'est évidemment agaçant, mais il faut se libérer l'esprit pour réussir à retrouver le photographe en 1960 qui débarque sur le plateau du Milliardaire à 23 ans sans faire son fier devant Marilyn en collants. 
La neige empêche les repérages aux Buttes pour l'atelier. Demain ?
Inscrite au Bal du silence de jeudi, mené par Mathieu Simonet à Beaubourg. Hâte de tenter l'expérience. Je ne regarde pas la vidéo exprès, pour ne pas avoir d'idée préconçue sur ce qui va se produire.














mardi Ce Marilyn and me se révèle plus intéressant que prévu. Avancer le plus possible dans la semaine (mantra). Ecrire écrire écrire écrire si je tape le verbe cent fois est-ce que j'aurai avancé d'un pouce ? Peut-être. Cette neige tombe à pic, en tout cas. Il faudrait être complètement dans le blanc, calfeutré, loin de ce qui se passe en public ces jours-ci.














Demain, consacrer la journée aux livres des photographes, sur les photographes. Pierre Ménard, ce jour, lance une série d'ateliers dédiés à l'écriture et la photographie : s'en saisir ?
Hâte que reparaisse son Comment écrire au quotidien, et de l'avoir en version papier.
Je me souviens soudain que la toute première fois que j'ai trouvé mention d'un de mes livres, c'était sur son site : Fenêtres pris comme exemple pour un atelier, bien avant que nous nous connaissions.


















mercredi et jeudi. Photographes, disions-nous. Lawrence Schiller à lire, à traduire et Garry Winogrand pour les 36 secondes du vendredi. Se perdre dans l'image, réinventer le New York de 1950, 1960, 1970 grâce à ce catalogue trouvé à la bibliothèque qu'il faudra rapporter un jour. Et sinon ? La neige, bien sûr, qui dans mon quartier à Jaurès couvre les tentes des réfugiés, les met en danger tandis que dans les médias les politiques délirent sur les chiffes et les choix de ceux qui vivent à la rue, majeurs, mineurs. Dégoût de ces discours qu'ils "assument", dégoût du verbe assumer comme une fin de non recevoir.

Mona Chollet fait passer ce message type, à relayer auprès de anne.hidalgo@paris.fr, dominique.versini@paris.fr, branka.giljaca@paris.fr :
Bonjour,
Je me permets de vous contacter pour vous signaler qu'aujourd'hui encore des centaines de personnes exilées ont passé la nuit dans la rue, dans des tentes ou à même le sol, à Jaurès, Porte de la Chapelle, au canal Saint Denis etc..
Les températures sont glaciales, il neige et ces personnes n'ont nulle part où s'abriter. Malgré l'annonce du Plan Grand Froid, elles sont toujours dehors et en grave danger.
Parmi elles, il y a des mineurs, des personnes particulièrement vulnérables et fragiles.
Au regard de l'urgence de la situation, je vous demande de bien vouloir procéder à une mise à l'abri immédiate de ces personnes.
J'ose espérer que vous n'attendrez pas qu'il y ait des morts de froid pour agir. Des vies sont en jeu.
Cordialement



















La neige, aussi, dans ce qu'elle nous renvoie d'enfance, à nous qui ne pouvons résister, la prenons en photo, faisons circuler les images. Ici, elle ouate l'avenue. Derrière les fenêtres, sirènes, vrombissements, crissements, freins : la circulation incessante, bus dans les deux sens, ambulances, police, camions, camionnettes, pompiers, voitures, scooters, motos, musiques, cris, s'arrête pour la seconde fois en quinze ans. On n'entend rien parce que la neige tient.





































Voilà aussi ma ville.

Jeudi J'apprends qu'à cause de la neige, la Vallée aux Loups a fermé le parc et la maison de Chateaubriand : la soirée de vendredi consacrée à Joachim Séné, à son travail, à son regard sur l'écriture et le numérique, est annulée. Espérons qu'elle sera reprogrammée, il a beaucoup à dire.














(photo de Mathieu Simonet)

Le soir, c'est donc bal du silence à Beaubourg et j'ai la surprise de voir que non seulement cela se passe dans le terrain de jeu (dans Décor Daguerre, sont nommés "le terrain de je/u" à la fois le quartier des Halles et le musée d'art contemporain du centre Pompidou. Leur évocation constitue un "feuilleton" qui apparaît sous forme d'encadrés. Ici, c'est de la seconde acception qu'il s'agit : on nous convie à l'intérieur du musée), mais qu'en plus, nous allons écrire sous ce tableau de Richter qui m'a inspiré un passage du texte.
Dès le début, tout est jeu : au rez-de-chaussée, on nous met en ligne, nous distribue une feuille sur laquelle il est précisé qu'à partir de maintenant, nous ne pouvons plus parler. Nous piochons ensuite un chiffre ou un nombre. Il nous indique à la fois la place que nous occuperons pendant une demi-heure et la personne avec laquelle nous échangerons sans jamais entendre sa voix.
Je pioche le 12. Nous montons maintenant, en rang, jusqu'au quatrième étage. C'est festif, drôle, chaleureux : nous formons un tout, un ensemble qui se déplace légèrement, étrangement, uni par l'absence de parole. On ne parle pas mais on sourit. Les visages s'ouvrent. Cela me rappelle une performance effectuée avec les danseurs de Pièces détachées à Besançon durant laquelle nous devions, séparés de quelques mètres, des écouteurs dans les oreilles, effectuer les mêmes gestes en même temps, guidés par les ordres de Caroline Grosjean enregistrés sur baladeur. Un grand moment.



















Face à moi, une belle femme s'installe. Tout de suite, elle prend une feuille et un crayon et écrit quelque chose comme : 12. Qu'est-ce que c'est ? Nous voilà lancées. Au bout d'une demi-heure, je ne sais ni son prénom, ni où elle vit, ni ce qu'elle fait dans la vie et pourtant nous sommes passées du jeu au je. Quand une musique annonce la fin du silence, nous sommes surprises par l'intense brouhaha qui survient dans la salle. Nous, nous avons envie de parler, mais pas si fort. Nous étions dans l'intime, c'est fini.
20h. Je rentre avec le bonheur d'avoir grâce à cette rencontre, ce jeu, ce silence, évacué ce qui me traverse depuis quelques jours, mais ne va pas tarder à revenir.

Vendredi et samedi Ce qui me traverse, m'empêche de me concentrer et même de dormir, c'est une invitation maladroite à venir parler d'un de mes livres, à traverser la France en pleine semaine pour 20 minutes d'intervention sans précisions logistiques, pas même sur la date exacte et, après questionnement, sans être payée non plus : en somme, à faire joli dans le décor, à travailler comme s'il s'agissait d'un loisir alors que nous sommes dans un cadre professionnel. La place de l'auteur, qui semble n'avoir ni corps ni besoins ? Eh bien elle sera à sa table de travail : je préfère écrire. Lundi, j'enverrai un mail, après avoir pris trop de temps à ruminer. Thierry Beinstingel, sur son site, semble découvrir cette absence de considération professionnelle envers les écrivains, à laquelle j'ai été beaucoup confrontée et dont j'avais l'impression, ces derniers temps, de sortir.
Ne pas se laisser atteindre (apprendre à).


















(1962 : l'écrivain et poète Carl Sandburg, octogénaire, apprend à Marilyn Monroe comment lutter contre les insomnies par la pratique d'exercices de relaxation. Photo d'Arnold Newman)

En attendant, le vendredi, réunion pour préparer les dix ans de publie.net. Je termine aussi Marilyn and me, dont une scène m'a particulièrement frappée. Bien longtemps que je n'avais pas lu en entier un livre en anglais : un événement à petite échelle.
Continuer à écrire. Ne pas se laisser perturber. J'arrive à la fin du manuscrit, j'ai tendance à reculer, à introduire une séance non prévue, à vouloir devenir totalement exhaustive au lieu de liquider les quatre (ou huit) chapitres qui restent. C'est stupide, il ne faudrait pas.














La semaine prochaine, bien avancer, donc avant un atelier le mercredi à la Vallée aux Loups (sauf nouvel épisode de neige), l'inauguration de ma résidence à Chartres le jeudi à 18h (j'y lirai à nouveau la première partie de A même la peau avec les sons envoyés par Jean-Marc Montera, je pense - ci dessus, une photo piquée sur son mur Facebook hier) et un atelier d'écriture dans la galerie photo de l'Esperluète le vendredi.
Circuler entre paroles, bruits et silences, toujours.

dimanche 4 février 2018

Semaine #5 maisons, librairies, galeries


dimanche Charybde met en ligne l'enregistrement de la rencontre qui a eu lieu un peu plus tôt, animée par Gilda Fiermonte : quel boulot les libraires abattent-ils ! Où il est donc question en une heure, si je me souviens bien, de Décor Daguerre et de A même la peau, mais également du Marilyn, avec un nouvel extrait, et d'autres livres (Fenêtres, Cowboy Junkies...)

Ce même jour, Olivia Sanchez, qui m'accueille lors des ateliers à la Vallée aux Loups, nous envoie les photos qu'elle a prises lors de la Nuit de la lecture.












































































Le plaisir d'enjamber le cordon rouge, de franchir les vitrines que permet l'écriture est sans fin.

Lundi et mardi C'est d'ailleurs peu ou prou ce que je raconte les jours suivants à la Maison de la poésie, où j'interviens avec Jean-Michel Espitallier et Hélène Merlin-Kajman, lors de la formation pour laquelle j'ai fait le bilan de mes lectures la semaine précédente. Il s'agit d'animer deux ateliers de lecture et d'écriture, mais également de rester longuement sur la scène, par moments. Le premier jour, nous y présentons notre travail (je montre le teaser de Diptyque - succès auprès des enseignants, vivement que la pièce soit à nouveau programmée ! - et lis des passages de A même la peau). Le second jour, lors du bilan, nous parlons également résidences d'écriture. 



















Ce sont deux jours très pleins, à ne pas assez dormir, à naviguer au sous-sol, intervenir dans la petite salle où remue.net m'avait invitée en novembre dernier, lire, piocher au hasard, en tous sens dans la bibliothèque (privilège !), se perdre dans une cave, tomber sur un escalier qui entraîne ailleurs...

















... parler des oloé, faire écouter des 36 secondes et la nuit de la lecture, rire, s'écouter, imaginer des rebonds...














En fin d'après-midi, on se quitte, on se dit à bientôt sans doute. 
Et déjà, mercredi, c'est le moment de se rendre à Chartres. Avec Olivier L'Hostis, le libraire, nous allons faire de la radio, émission qui sera diffusée le vendredi. Surprise : les studios se trouvent dans un ancien cloître. Surprise bis : il s'agit d'une radio chrétienne (Radio Grand ciel), ce dont je ne me rends compte qu'après - cela ne change rien à ce qu'on se raconte, casque sur les oreilles.






























Douceur, douceur... Pendant l'émission, Olivier déclare que la librairie L'Esperluète, durant la résidence, sera ma maison. Je ne risque pas d'oublier cette phrase, qui résonne tout de suite. De retour à la librairie, d'ailleurs, je photographie ma "pièce d'écriture", oloé que je m'approprie et qui, en réalité, est une galerie photo.













(Simone de B. veille sur moi, comme on le voit)

J'ai un peu de temps, j'installe une chaise (que, pressée de ne pas rater le train du retour, j'oublierai de ranger), écris ce qui pourra à la fois me servir pour le livre à venir et le prochain atelier, lequel aura lieu à la Vallée aux Loups samedi. J'aime l'idée d'un lien possible entre les choses, les gens... Lors de la Nuit de la lecture il y avait ainsi des participants à mes ateliers venus de tout près, de Châtenay-Malabry, mais également d'autres écrivants avec lesquels je travaille parfois à Paris. Le vendredi 9 février, date où, à nouveau chez Chateaubriand, dans le cadre de La Science se livre j'interrogerai Joachim Séné sur son double parcours d'écrivain et d'informaticien (décidément, on ne quitte plus la maison !), une enseignante rencontrée à la Maison de la poésie m'a dit qu'elle se rendrait. C'est beau, toute cette circulation.



















Dans la galerie de L'Esperluète, où une série de photos de Bernard Plossu, liées par une thématique ferroviaire, est exposée, je rencontre un photographe qui me laisse sa carte et un jeune homme qui s'installe dans l'unique fauteuil de la pièce. Il lit tranquillement du Bataille. Plus tard, j'apprendrai qu'il laisse parfois croire à qui le lui demande qu'il est Plossu lui-même. 
Dans le train du retour, malgré la pluie battante qui ne m'a rien montré de la ville, je me dis, me répète que j'ai vraiment de la chance. Je sais qu'il s'agit en réalité d'un travail de longue haleine, d'une lutte contre le découragement qui prend quand les projets n'aboutissent pas, aussi. N'empêche : je savoure cette félicité tout en enregistrant ma voisine de derrière sans trop savoir ce que je ferai de ce bruit.














 jeudi : retour à Marilyn Monroe avec une visite à la Galerie de l'Instant, à Paris, qui expose et met en vente quelques photographies, dont ma préférée de Sam Shaw, signée par l'auteur :

 












La galerie en est à sa quatrième exposition sur Marilyn. Au vernissage de l'avant-dernière, où je m'étais déjà rendue, j'entamais à peine mon projet de livre. Il avait pris corps, secrètement, ce soir-là. Cette fois, nous sommes en 1962, je n'ai plus que trois séances à (d)écrire et il est impératif que je termine sans tarder la première version du manuscrit : Bruits tape à la porte.
(si jamais le Marilyn est un best-seller et que, par miracle, cette photo n'est pas vendue, je sais combien elle coûte !)
Discussion chaleureuse avec la jeune femme qui m'accueille : je reviendrai vite.

vendredi Le matin, les 36 secondes parlent d'amour. Ensuite, enfin, ne plus bouger, ne pas sortir. Se mettre, pour l'extérieur, en service minimum. Sur off, en veille, comme on voudra. Je regarde pour la seconde fois cette étrangeté qu'est le dernier, et inachevé, film de Marilyn reconstitué à partir de rushes. Je m'aperçois que je ne le vois pas, ne la vois pas elle de la même façon qu'il y a quelques mois. Je repars en arrière, crois avancer, recule d'un chapitre, avance quand même, enfin peut-être...


















samedi Et voilà comment la boucle de la semaine est bouclée : pour l'atelier à la Vallée aux Loups, j'arrive donc avec une proposition intimement liée à l'exposition Bernard Plossu à Chartres. Les ateliers qui se déroulent dans la maison de Chateaubriand se passent toujours très bien mais cette fois, il me semble qu'apparaît une dimension supplémentaire : celle d'un texte collectif, ramifié, enrichi à mesure que nous découvrons chaque texte particulier. J'enregistre les participants en me glissant sous une des tables de la bibliothèque (penser au corps : le travail entamé avec Magali, la danseuse de Pièces détachées, me revient) (par ailleurs, j'ai déjà effectué un enregistrement choral avec un des groupes d'enseignants le lundi à la Maison de la poésie, c'était une impro, l'idée a fait son chemin). 
Nous repartons vraiment contents, je crois.

*

La semaine prochaine devrait être moins agitée : un peu de Vallée aux Loups, et écrire.

dimanche 21 janvier 2018

Semaine #3 night and days



















Chose promise, chose due : le général Instin m'envoie une photo de lui-même affublé de la chevelure  warholienne de Marilyn : merci Général ! 

Pour le reste, la semaine commence de façon moins flamboyante : il faut finir d'organiser la Nuit de la lecture à la Vallée aux Loups et les événements ultérieurs en manquant de sommeil. Textes à lister, documents à formater, branchements, écrans, enceintes, fichiers, horaires à prendre en compte, paperasse à dompter, calendrier à mettre en place, répondre à tous, rappeler, communiquer, ne pas oublier de..., tandis que la poste ne joue pas le jeu, perd des lettres importantes. C'est s'accrocher aux todo lists, remettre à plus tard toute élaboration, création.

réduire la voilure
se concentrer sur une seule chose
parler aux autres le moins possible

le soir, regarder la nouvelle vidéo de Marina, la jeune femme de L'eau douce
(à agrandir, ici les vidéos débordent)
(penser à changer de maison virtuelle tandis que Marina déménage ?)


Est-ce que la douceur est question d'organisation ? Est-ce qu'il s'agit d'une construction ?

mercredi Aller la chercher, cette douceur, ce sera en tout cas ce que je ferai à Chartres ces six prochains mois. Je n'en parlais pas jusqu'à présent car cela n'avait pas été annoncé mais c'est désormais officiel : la très bonne nouvelle de ce début d'année, c'est que je suis en résidence autrice associée à la librairie L'Esperluète jusqu'à fin juin. D'ailleurs, voici déjà ma page sur le site ! Il n'y a pas grand chose encore mais le calendrier va se remplir. De bruit et de douceur, tel sera le nom que je donnerai à l'ensemble des interventions qui seront liées à mon prochain projet d'écriture.

Trouvé d'abord en arrivant cet












(cliquez pour agrandir) puis ce qui pourrait devenir mon













de la ville. Ensuite, des signes, des lettres, le nom de cette ville...













(comme pour l'hôtel, agrandissez, regardez bien)

























et ce mystérieux


















Enfin, c'est l'Esperluète, et le premier cahier carnet de la résidence :













Douceur du trajet et de la journée, des rencontres et des perspectives : comme si le sujet s'était imposé, ce mercredi-là, alors que nous préparions le calendrier. Dans le train, pourtant, voilà ce que je lisais :














Au retour, agenda bien rempli, il faut régler les derniers détails de cette Nuit de samedi pour laquelle l'équipe de la Vallée aux Loups, la médiathèque de Chatenay-Malabry et L'aiR Nu ont beaucoup travaillé, je crois qu'on peut le dire.













Voici la bibliothèque de la maison de Chateaubriand transformée, prête à accueillir les enfants (que nous ne verrons quasiment pas, nous, sauf lorsqu'ils passeront dans le cabinet Girodet où Joachim Séné écrira un texte)



















la salle de réunion devenue loge (pendre la robe, occuper le terrain)













les "nuits" de Joachim sur le bureau de François-René













les écrans que nous allons disséminer pour lire, faire voir, faire entendre... Photos prises, comme on le comprend, avant que la soirée ne commence : ensuite, c'est plonger dans le grand bain.

Dans la salle à manger, on peut entendre des lectures enregistrées mixées avec des bruitages de nuit du monde entier : vous pouvez aller les écouter, vous aussi, puisqu'elles se trouvent ici. Un conseil : relaxez-vous, la page se lance toute seule. 34 morceaux, c'est parfait à l'heure de la sieste, par exemple ! (il était question de douceur, tout à l'heure, n'est-ce pas ?)

A ce propos, (Ni bruit ni fureur), cette autre vidéo de la semaine :



La semaine prochaine, ici-même, on parlera Droits de cité je pense (avec Delphine Bretesché, nous sommes invitées par la Maison des écrivains aux Enjeux contemporains de la littérature jeudi).
Bonne semaine à tous !