l'horloge de la gare de Chartres

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mercredi 17 février 2016

De la ville au Loing #8

Moret lundi, Montigny mardi et soudain















la forêt par la vitre de la voiture à midi alors que nous étions venus en train. Réunion terminée, tout le monde parti, le seul restaurant pile fermé ce jour et nous voilà remontant vers la gare à réaliser qu'il n'y aurait pas de transilien avant 14h. Soudain Sabine, la bibliothécaire de Montigny nous croise, nous emporte, nous dépose à Fontainebleau (beau temps sec et froid, déjeuner, marche dans la ville).
Grand merci Sabine.

La veille, à Moret, personne non plus sur la route du collège Alfred Sisley.


C'est une résidence d'hiver dans des villes où les habitants demeurent invisibles : comment les rencontrer ailleurs que dans leurs oloés, collèges, lycées, bibliothèques ?
















Voilà, peut-être, une trace de leur présence ?
Oui, aucun doute, les collégiens de Sisley étaient là et bien là et en matière d'oloé nous ont fait découvrir des forêts qui portent une adresse, un cimetière où lire des contes devant la tombe du grand-père, un jeu vidéo où passer du lit au plateau, un arbre où grimper, lire, écrire...



Au retour, le ciel, les façades devenaient capots, pare-brise, pare-chocs, rétroviseurs, inversant le courant des branches.

samedi 4 octobre 2014

bruissement (des feuilles de l'arbre dans le vent de Liré)

A Liré, hier, au Festimalles, j'ai présenté le matin ce que le festival a appelé un bruissement, faute d'avoir le droit d'employer l'expression pecha kucha (j'ignorais qu'elle était protégée), et dont je rappelle le principe : 20 photos, 20 secondes par photo, pour présenter ce que l'on veut. 
Le thème sur lequel on m'avait demandé d'intervenir était large : écrire avec le numérique. Tout en sachant que je m'adressais à des gens qui a priori ne connaissaient pas mon travail, plutôt que de présenter ce dernier de façon un peu explicative (ceci est un livre numérique, cela un texte hébergé par un autre site que le mien, etc), j'ai préféré évoquer les questions qui me traversaient au moment d'écrire le texte, quelques jours plus tôt. Questions qui, de toute façon, innervent tout ce que je fais. J'ai cherché à aller au plus près, en restant le plus simple possible. C'est ainsi que j'ai parlé d'arbre(s).

Je n'étais pas sûre de vouloir mettre le texte en ligne. Mais cela m'a été demandé à plusieurs reprises, preuve qu'on n'est pas seul(e), que ce genre de questionnement touche, quand bien même on en parle rarement.
Je me suis sentie en confiance, hier. C'st pourquoi voici ce bruissement.















Voici... mon cerveau, dirait-on. Mon cerveau a une forme d'arbre, quoique pas vraiment puisque les branches se rejoignent. Mais disons que si. Ceci est un arbre, son reflet et ce que j'écris. Une étude me dit : tu penses par arborescence comme 15 à 30 % de la population.















 Et moi je me demande : est-ce beaucoup ? Est-ce peu ? Est-ce vrai ? Est-ce utile ? Suis-je un monstre ? Je crois savoir comment je pense depuis une quinzaine d'années et cela correspond, suis-je en train de réaliser tandis que j'arpente une exposition de photos, aux débuts de ma connexion.















C'est le monde qui me pose la question : suis-je un monstre ? Moi il me semble que non. C'est le monde linéaire, séquentiel, celui des cases, des places, de l'immobilité qui me demande ça : mais est-ce notre monde ? Notre monde d'aujourd'hui est-il encore ainsi ? L'a-t-il déjà été ?



















J'arpente donc l'expo et un livre, auquel je pense sans y penser depuis longtemps déjà prend forme. En une minute à peine six ou sept fils le tressent, motifs, thèmes que je note dans un carnet. On vient de me dire non pour la publication d'un autre livre, en forme d'arbre, alors je m'interroge : faut-il à nouveau que j'écrive ? Je veux dire : de cette façon ?



















Voici mon livre en forme d'arbre. Comme on le voit je passe d'une branche à l'autre. Je crois que tout se tient, que tout est bien en ordre, que le brouillage n'est qu'apparent. Mais comment le faire comprendre ? J'aurais plus de succès (papier, j'entends) si je faisais autrement, je le sais. Mais je ne sais pas faire. Je ne peux rien y faire. Je ne suis pas faite comme ça.



















Et c'est une souffrance, d'essayer autrement. Et c'est une joie, un bonheur permanents que de tresser ces liens, de rapprocher ce qui ne se rapproche pas, de placer des géantes dans les grands magasins, de changer une femme en avion, en pan de mur, en plante, en pierre. D'inventer des mots pour ce qui ne se nomme pas.















Alors allons-y quand même. Et le tant pis devient tant mieux à lancer ses filets, laisser les portes ouvertes. Voyages en voiture, en train, en barque, en rêve et rencontres réelles, virtuelles, tangibles : tout vient, tout approche, tout arrive.



















Le non (niet, no) continue parfois de tomber : il n'y a guère de carrière, de progression sociale dans ce que je raconte. Cependant, l'arbre est là, lui aussi : dans le monde, dans nos têtes et dans les connexions. Et à se connecter on les croise nombreux, les gens à tête d'arbre. 15 à 30 %, dit l'étude ? Ces chiffres n'ont aucune importance.















Chacun de nous, chaque jour, touche du doigt toute la complexité du monde. Tout fourmille de sens, de non-sens, opacité et transparence, mensonges, vérités. Le plus gros des mensonges est le mot contre-vérité. Le monde nous tiraille en tous sens. Et alors ? Qu'est-ce qu'on fait ?   















On arase, on réduit, on nie, on efface, simplifie ? Ou on plonge, même à avoir la trouille de perdre ses repères, hiérarchie et frontières à jamais perturbés et de risquer, croit-on, sa verticalité. Mais c'est d'une autre approche qu'il s'agit, simplement.















Je ne suis pas compliqué, dit le monde, je suis complexe : ne crains pas de me penser. C'est penser tes limites, toujours et sans arrêt que de vouloir m'embrasser, certes. Mais c'est aussi le moyen de reprendre la main. Ouvrir des fenêtres, des onglets.



















Respirer, écouter les battements, les rythmes. Risquer la dispersion, mais aussi la penser : se faire grandir soi-même, observer ses entraves. Et risquer d'écrire plus, risquer de voyager, de lire des inconnus, de se faire son avis, de rencontrer du monde. Et ne pas étouffer à vouloir correspondre à une forme définie, nettement reconnaissable, à tout prix, sans arrêt.



















Et quelle forme, d'abord ? Qui peut dire qu'il possède une place dans le monde, simple, stable ? Il n'y a plus, ne cherchez pas. En tout cas, pas pour nous. C'est pourquoi, ce qui se joue, se construit à travers les réseaux, les échanges, c'est le tracé de la route qui se fait à mesure.















Ce qui n'implique pas l'isolement ni la solitude. Au contraire. Nous sommes plusieurs, nous sommes nombreux. Nous n'avons pas besoin de nous connaître pour reconnaître en nous ce qui fera écho. Nous ne savons pas nécessairement : la vie privée, le visage, l'âge, le CV de nos correspondants.














Est-ce important ? On se doute que non, même si nous nous voyons, nous retrouvons, de temps à autres, de ville en ville. Nous sommes, perpétuellement, en route. A tenter, à recommencer. Et l'échappée n'est pas une fuite : c'est un prolongement. Ici / voici / l'ailleurs.















Il ne s'agit pas d'entre-soi, de publication par défaut, d'écraser ce qui existe, ce travail sur le net, les blogs, les réseaux. C'est trouver ce qui nous correspond, y aller, ne pas attendre de savoir comment faire. Ne pas demander d'autorisation.   















 Il n'y a pas de modèle et c'est un grand bonheur. Et nous voilà adultes, responsables et joueurs. Et enfants et bosseurs, le tout conjointement. Nous ne dormons pas des masses et nous sommes fauchés, c'est un fait. Alors, comment tenir ?















C'est comme partout ailleurs : il faut covoiturer. S'échanger des services, se donner, se prêter (des plans, des livres, des lieux, des adresses, des noms). Est-ce que ça finira par porter ses fruits, ce travail, cette façon de voir ? C'est impossible à dire.















Mais c'est au présent que ça se joue. Dans la concentration, la trouvaille, la jouissance. L'étonnement, la surprise, la reprise, la boucle. La prolongation. La bifurcation. La comparaison, la friction, la métamorphose. L'éblouissement, même.















Aussi : combattre ses peurs, son trop grand désir de reconnaissance. Laisser du champ, de la marge. Laisser de la place à qui se trouve en face. Ne pas jouer des coudes mais inventer une danse, une disposition. Seul, à deux, à plusieurs. Prendre corps. Et laisser venir.   


*

Les photographies à tendance noir et blanc viennent de la récente exposition Mapplethorpe au musée Rodin. Les autres ont déjà été montrées ici ou là. Exceptés le "petit bain" trouvé au musée de la Piscine de Roubaix et les chaises sur l'eau, découvertes aux jardins de Chaumont-sur-Loire, les autres ont été prises soit près du lac de Grand-Lieu, soit dans des endroits présents dans Décor Daguerre : la Cité des Sciences (photo "agissez" et "on"), le haut Montreuil (la ligne de désir), ou encore le musée d'art moderne du centre Pompidou. Les cartes postales se trouvent également dans DD.
Enfin, il n'aura sans doute pas échappé à certains que j'ai piqué la joie et la souffrance (presque sans le faire exprès) à François Truffaut...

dimanche 22 juin 2014

décors (après la nuit remue)















Hier soir, lors de la 8e nuit remue et durant 8 minutes, j'ai réuni pour la première fois mes trois décors : deux extraits de Décor Daguerre, puis un extrait de Décor Lafayette, et enfin le début de Ile ronde, déchirure tempête, la variation pour Dita Kepler que je suis en train d'écrire. 
Ce n'était pas rien, pour moi, cette possibilité de les assembler ainsi. Lorsque j'ai eu l'idée de ces textes (en 2006 !), j'ai vraiment imaginé les trois en même temps, en quelques instants à peine, et tout de suite m'est apparu le désir de les écrire de façon parallèle. Je savais que ce n'était pas possible. Pourtant, d'une certaine façon, c'est peut-être ce qui s'est passé. En préparant cette lecture, en tout cas, j'ai eu le sentiment d'appréhender pour la première fois un ensemble.
Aussi, grand merci à remue.net de cette invitation (qui permet à certains auteurs de débloquer des choses, de faire avancer de nouveaux textes, oui, on l'a encore découvert hier) et de la belle écoute des personnes présentes.















Je pense que je ne saurai jamais vraiment pourquoi j'ai décidé un jour, dans le couloir de mon appartement, d'écrire sur la notion de décor, qu'il soit disparu, naturel, factice, virtuel, en mutation, ancré dans la ville... J'en ai une petite idée, bien sûr, mais je crois que ça ne m'intéresse pas de creuser davantage la question. Pas tant que j'écris, en tout cas. Ce dont j'ai eu la sensation hier soir, cependant, et plus tôt en effectuant le montage de mes textes, c'est que je pouvais continuer à travailler les trois séparément (ce que j'ai fait chaque fois que j'en ai abandonné deux pour écrire le troisième) mais également commencer à réagencer les trois en faisant se répondre certains éléments.















Le premier extrait de Décor Daguerre que j'ai lu hier soir s'appuie sur une fiction de 1964 (film utopique, néanmoins réaliste).
Le deuxième, toujours issu de Décor Daguerre, est lié au présent de l'écriture, à l'enfance et à un documentaire de 1975 (on se demande lequel !).
Le troisième, tiré de Décor Lafayette, inspiré lui aussi d'un documentaire (pas le même), est daté comme le film de fiction de 1964.
Enfin, le quatrième, début de Ile ronde, s'inscrit lui aussi dans le temps, puisque Second Life est mentionné, mais différemment : le personnage principal, Dita Kepler, n'est pas un personnage mais un avatar, ce qui dans mon esprit n'est pas la même chose. Quant au décor, il hésite entre plateforme de jeu et lieu réel. Autant dire que les repères temporels sont eux aussi bouleversés.















Tout cela m'apparaît par frictions, juxtaposition des trois ensembles (difficile de parler de texte, et moins encore de livre, pour Dita Kepler qui est tout explosé). D'une certaine façon, ce qui vient, ce sont des plateaux : 
plateau fiction documentaire virtuel réalisme ou non
plateau nature du personnage (personne réelle personnage avatar)
plateau décor (et je réalise ce matin que dans mon projet de départ il y avait ce "décor naturel", mis de côté pendant des années et qui m'a finalement été apporté l'an dernier, grâce à la résidence de Grand Lieu... sur un plateau !)

Et me voilà à sauter de l'un à l'autre comme dans un jeu de plateforme : oui, l'image est la bonne, davantage, même, que celle des branches de l'arbre (auquel Décor Daguerre se réfère, j'en ai déjà parlé ici), même s'il n'y a pas d'ennemi ou de but à atteindre.















Tout cela peut, du moins je le crois, causer sans toujours le dire violence colère douceur meurtre liberté bonheur angoisse dégringolade remontée en me laissant sauter, sautiller d'une plateforme, d'un plateau à l'autre, danser sur un pied, prendre de l'élan, tomber et repartir sans que ne se fige, se fixe quelque chose.
C'est en tout cas la sensation que j'ai eue hier soir.
(et donc ça remuait !)

*

photographies prises dans la chambre rose du château de la Sénaigerie, où se trouve actuellement Dita Kepler

mercredi 16 avril 2014

Journal du Blanc #14






































Au fur et à mesure, tandis que je tente de reprendre le fil de mon histoire d'île (ronde) et que je me promène dans la ville haute (du Blanc), il semblerait que les formes trop prononcées s'estompent. Les angles sont de moins en moins nets, je pars me promener pour comprendre ce que j'écris et au lieu de ça je fredonne La Chanson de la plus haute tour en grimpant et en descendant. 





















Je trouve un panneau qui indique : Arbre des métiers de la ville haute, ce qui pour moi résonne au moins trois fois. 
Par delà un muret je découvre un jardin en surplomb dans lequel je n'ose pas entrer tandis que la porte est ouverte. C'est celui, je m'en rends compte ensuite, de la maison de la ville haute que voici :














Non loin des losanges en forme de pétales














La tête trop pleine, trop vide, les deux, légèreté ou non on ne sait, je ne collecte rien, redescends ville basse.