l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 27 mai 2018

Semaine #21 contrastes















(Maison de la poésie, Etats généraux du livre, photographie de Samantha Bailly)

Mardi, mercredi, jeudi : Dire que j'allais écrire sur la douceur, c'était mentir : Bruits, c'est une histoire de violence, d'abord et avant tout - et je ne l'écris pas en ce moment. J'écris mon journal, ce semainier et un peu de Dita Kepler sur Twitter, je lis, prends des notes, disséminées partout.
Surtout, je suis traversée par cette violence symbolique, physique, sociale qui fuse de tous côtés sans qu'on puisse reprendre souffle : le mépris, maître-mot des Etats généraux du livre à la Maison de la poésie posant la question du statut des auteurs ; le communiqué sur les migrants à Paris du ministère de l'intérieur, bouillie mentale à laquelle il voudrait m'associer ("enjeux humanitaires qui ne sont plus supportables pour les parisiens", je cite, faute comprise), les lycéens d'Arago en garde à vue, fouillés, humiliés, leurs parents non prévenus ; les futurs bacheliers en plein stress, la main de l'étudiant arrachée à la Zad...  

J'essaye ici de parler de ce qui avance, se construit, progresse mais comment faire ? Non, je ne me blinderai pas, me dis-je ces jours-ci, et non je ne regarderai pas ailleurs. Généralement, je n'interviens pas dans les débats, sur les réseaux sociaux ou autres, me méfiant de moi-même, de mes emportements, mais cela ne veut pas dire que je n'écoute pas, ne réfléchis pas. Simplement, d'habitude, j'en passe par l'écriture et ça infuse longtemps, en ressort transformé.
Mais là, comment faire ?
Etat policier en marche.
Lui opposer une autre force. Un autre corps. D'autres mouvements, d'autres jambes.














(photo fétiche, prise à Montparnasse)

Pas si simple. Parfois tout paraît dérisoire.
Heureusement, voici qu'à l'instant m'arrive la "minute" de Virginie Gautier, détournée vers la ZAD.



Il y aussi les extraits de VF dans la revue Terres d'encre qui paraissent, et ce portrait que Lucie Leprêtre, romancière et étudiante à l'Université de Clermont-Ferrand, a fait de moi en atelier, qui me touche et me redonne de l'énergie : 
















Vendredi anniversaire, jour off

Samedi départ pour Montpellier, afin de participer à un colloque sur le numérique et les ateliers d'écriture à l'université Paul Valéry animé par Juliette Mezenc, avec Guénaël Boutouillet, Gilles Bonnet, Virginie Gautier et moi. Dans le train, je prends des notes sur Bruits, sur mes intentions à propos du personnage principal, une petite fille désignée par la lettre F. Elles débordent vite le cadre de ce livre : 

F est un personnage abstrait. Ce n'est pas une vraie petite fille, pas plus que Dita Kepler n'est une femme, pas plus que l'exposition de Volte-face n'est une véritable exposition ni son guide un guide réaliste. Je ne cherche pas le réalisme, le fait vrai : je m'en fous. Je ne me sens pas de comptes à rendre à propos du réel, n'ai pas à prouver que j'ai vécu. Je ne veux pas démontrer que je sais imiter ni prendre la voix des autres. Franck n'est pas Franck. F a six ans, ou seize, ou soixante, il y a des géantes dans les grands magasins, Dita Kepler est capable de franchir les murs, de se scinder en deux et d'entendre des voix. Ce que je dis des parloirs de prison dans les années 80 est vrai, je l'ai vécu, mais les salles d'attente pour familles de détenus sont aussi des serres, des laboratoires.
Seule vérité : n'avoir qu'une vie, qu'un cerveau, un corps, ne pas vouloir les limiter. Vouloir plutôt le rythme, le mouvement, le désir, l'envolée, tracer en ligne droite, bifurquer sans arrêt. 












(avec Juliette Mezenc, photo de Virginie Gautier)

Et voilà que tout se déplace et change, justement, après la table ronde et le départ de Montpellier pour Sète. Juliette et Stéphane ont prévu de nous emmener, Virginie et moi, à la Pointe courte, le quartier de jeunesse d'Agnès Varda.












































Mettre les pieds dans l'eau, voir passer des méduses, des chats, des mouettes, des bateaux qui croisent un TGV sur le départ. Prendre l'apéritif, entendre des histoires de mer et de lectures d'enfance : de vrais amis, n'est-ce pas, ceux qui vous entraînent de ce côté-là ?
Début de semaine dans la fracture, fin de week-end dans l'harmonie, provisoire et renouvelée.
Se conforter, reprendre pied, repartir. 

dimanche 22 avril 2018

Semaine #16 écoutes, chute, strates de temps














(Paris, parc des Buttes Chaumont)

Lundi mardi Reprendre en douceur, tiens donc, après une semaine chargée où il a fallu s'exposer, parler en public. Cette semaine, non. J'irai à Chartres vendredi collecter du son, me balader et écouter Krzysztof Styczynski, poète et éditeur qui travaille régulièrement avec Serge Teyssot-Gay, dormir à l'hôtel avant de rentrer à Paris, et c'est tout. J'ai envie de prendre un peu le temps, d'arrêter de courir. 
Le mardi, il fait beau, Bruits redémarre, à la fois vite et lentement. Les possibilités qu'il offre m'excitent et me font peur, presque. Tout s'ouvre sans arrêt. Peur ? Je coupe le rythme, vais nager. J'écoute les cris d'encouragement des jeunes nageurs qui passent une épreuve de sauvetage, font une course. La rumeur est rapidement trop forte, les voix s'étendent à l'ensemble du bassin. Sensation que nous nous cognons, à eux, à nous-mêmes.
(deux jours plus tard, le matin, tout le contraire : un maître-nageur passe du jazz tandis que le soleil illumine les lignes d'eau)

J'écoute aussi cette étonnante petite fille qui parle avec son père, raconte le dentiste et quelques horreurs sur Arte Radio. Aujourd'hui, ce doit être une jeune femme.

Plus tard, je reprends Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle. Elle écrit ceci :
La douceur est un rapport émerveillé à la pensée.
Une sensation d'apesanteur que partagent avec elle les cosmonautes, les comètes. La douceur allège la peau d'être peau, elle ne résonne pas, elle se fond, s'enroule autour des lignes du paysage, ne mouille rien, donne de l'espace aux choses, enlève leur poids aux ombres.
Lessive étendue sur le balcon, jambes nues, manches courtes : toutes les premières fois de l'année se déploient.

Mercredi La douceur, en ce qu'elle peut apporter à mon livre, commence à m'apparaître, toujours grâce au livre d'Anne Dufourmantelle. Je me souviens soudain que Dita Kepler s'en est approchée, que la question est là depuis longtemps, n'a rien à voir avec ce que le commerce en propose.
Je mets par ailleurs une nouvelle minute à Chartres en ligne, que voici :



Jeudi Bruits a exactement quinze ans. Je veux dire par là que j'ai commencé à l'écrire il y a quinze ans. Où est passé le manuscrit ? Je fouille dans mes tiroirs, sur mes étagères. Je retrouve tout, sauf lui : un petit texte écrit le jour de mes 25 ans, des poèmes, un nombre incalculable de versions manuscrites, tapées à la machine (!), imprimées de fictions jamais terminées, jamais montrées à personne, encore moins publiées... Incroyable comme j'ai pu bosser comme ça, pour moi, dans le vide, c'est vertigineux.
Je suis faite de ces strates. Mon écriture vient d'elles. Brusquement, je mesure le travail et l'écart avec d'autres vies (professionnelles, j'entends). Il a fallu tout ce temps, ce silence, ces années pour pouvoir aujourd'hui écrire sur ce blog ceci : je suis en résidence pour un roman, Bruits. Mon livre précédent, Volte-face, est en lecture. Mon livre d'avant, A même la peau, est le fruit d'un travail avec une compagnie de danse. Celui d'avant encore, Décor Daguerre, m'a valu un coup de téléphone d'Agnès Varda l'été dernier. Etc. Et tout cela, je ne l'écris pas dans un nième carnet, une feuille volante que je retrouverai un jour mais ici, prêt à être lu, et sur le site de Ciclic, où des inconnus suivent le semainier. Difficile de mesurer exactement l'écart, mais il existe.

Une fois les carnets, les cahiers, les pochettes éparpillés partout, je découvre que la version d'il y a quinze ans est dans mon ordinateur (toujours sauvegardée, donc).
Elle contient 128 éléments datant de 2003 et 2004.
Il est fort possible que je ne m'en serve pas.

Les 36 secondes, elles, le vendredi, s'élèvent, grâce à Et si le temps n'existait pas ? de Carlo Rovelli (lire l'ouvrage d'un physicien sur le temps et l'espace me fait un bien fou) et Blaise Cendrars.













Vendredi Chartres par très beau temps pour aller faire du son, traverser le jardin de l'évêché, longer la rivière, rien de mieux. Je commence à trouver mes repères et ce sera tout à fait le cas à la fin de ma résidence, je le sais. Pour cette fois, je collecte, croise, hasard ou non, trois habitués des ateliers, me rends à la lecture, dors à cet hôtel des Poèmes que j'avais pris en photo en février dernier.













Est-ce du tourisme ? De l'écriture ? Autre chose ? Un privilège, cette balade le long de la rivière où travaillaient les tanneurs, les lavandières de la ville basse au Moyen Age, auxquels je pense tandis que des lycéens discutent, se balancent des vannes, que les canards sommeillent, que je rate mille photos à prendre du son ?

A l'hôtel, je suis ce qui se passe à Tolbiac, découvre ce que j'ai exactement envie de lire.

Le samedi matin, terrasses tranquilles, marché. Des Anglaises, des Allemands vont à la cathédrale. Un père explique à son fils la différence entre une bibliothèque et une librairie. Je bifurque, retourne à l'Esperluète quand je fatigue, reprends le train avec trois livres. Je sais que j'ai bien fait de rester dormir cette fois, de prendre un peu plus de temps que d'habitude, ne serait-ce parce que j'ai pu raconter mon histoire de "minute à" à qui voulait l'entendre (deux m'arrivent par mail dès le dimanche : merci !).

















 
Retour à Paris à midi. L'après-midi, je décide de passer voir l'exposition d'Agnès Varda à la galerie Galerie Nathalie Obadia, dans le Marais, sachant qu'elle y sera. Je ne pense pas lui parler longtemps, juste lui faire un petit signe.
Le petit signe, c'est plutôt à moi-même que je le fais : en pleine cogitation à propos de Bruits (même cause, même effet, j'étais déjà rentrée dans une rambarde en allant à la piscine l'autre jour), juste avant d'arriver, je m'étale de tout mon long en traversant la rue de la Verrerie. Talons, robe de printemps, sang, pharmacie, belle écorchure au genou : j'arrive à la galerie avec un pansement conséquent, au moment même où Jane B. va s'assoir aux côtés d'Agnès V et lui parle. Bien. Je fais un tour, me dis qu'en ce qui concerne la conversation, ce sera pour une autre fois !















(la même Jane à la Galerie de l'Instant, même quartier, quelques temps plus tôt, lors du vernissage de l'exposition Gainsbourg, salle pleine à craquer, oh, partir, revenir)

Ce n'est pas le lieu, ce n'est pas le moment : ce que disait ce signe. Ce que je retiens, et qui m'intéresse, c'est ce que j'entends Rosalie Varda expliquer de cette cabane constituée d'une seule pellicule de 1965 et des deux autres (cabane des Créatures, que j'avais déjà vue à la fondation Cartier, cabane de Sans toit ni loi, qui n'existe pour l'instant qu'à l'état de maquette) : l'espoir qu'elles voyagent, intéressent ; que cette exposition soit un début. 




















(la cabane est une serre, dont voici l'entrée)

Semaine instructive, donc, des livres conseillés aux manuscrits retrouvés, de cette chute qui m'indique à quel point je ne serai jamais mondaine, c'est ainsi, à ce que m'apprend le livre de Carlo Rovelli sur la gravité quantique, du soleil qui change la vision de la ville à l'écoute de Chartres (orgues, gravier, rivière,  ados, cloches...). 

*
La semaine prochaine, nouveau départ : mercredi, ce sera Belfort, deux jours d'immersion pour écrire avec les danseurs de Pièces détachées.

dimanche 2 juillet 2017

Décors dehors



Tandis qu'Agnès Varda et JR présentent leur Visages villages un peu partout (ci-dessus une image de la scène que je garderai le plus sûrement en mémoire, où la dernière habitante d'un coron est saisie par le portrait hommage qui est fait d'elle), mon Décor Daguerre progresse, certes à une autre vitesse, mais tout de même un peu. On le retrouve chez Diacritik, où Christine Marcandier, qui m'avait longuement interrogée pour le précédent, Décor Lafayette, y voit cette question posée : Qui suis-je ? "dans tous les sens du verbe".
Ce qui m'a fait le plus plaisir, je crois, c'est que pour elle, la réponse à mon interrogation initiale (Ce récit va-t-il pouvoir se dérouler de façon linéaire ? Non, il n'y aura pas moyen) est légitime, et même souhaitable. Avant de trouver mon éditeur, j'ai eu du mal à faire comprendre mes choix, ai parfois reçu des réponses tellement... disons, énigmatiques, que je suis d'autant plus contente d'être  comprise aujourd'hui. 
Ce n'est pas que ces arguments m'aient fait douter en termes d'écriture : je sais exactement ce que je veux faire et pourquoi je le fais (pardon pour le côté un peu "asséné" de cette phrase, au passage, mais enfin c'est ça !). Christine Marcandier parle, à propos de DD, non pas de roman, mais d'installation, et même de désinstallation. Installation - désinstallation - réinstallation autrement : il y a vraiment de ça en effet, et j'y pensais en écrivant. Merci à elle d'aller voir, chaque fois, au-delà de la surface, de saisir ce que la forme met vraiment en jeu...












Un autre article est paru également sur le blog de Daniel Lebordais, qui avait déjà défendu Franck et Décor Lafayette. Il y parle à la fin de résistance poétique et, forcément, j'y trouve mon compte aussi. Grand merci à eux, donc. Même si, comme je le disais, je ne compte pas m'arrêter en chemin, ces regards m'aident à tenir, m'allègent, accompagnent l'élan.

Quant à mon Décor, il va voyager un peu ces prochains mois : de l'automne au printemps, je vais être invitée à en parler à Bordeaux, à Paris, à Nanterre, à Clermont-Ferrand et sans doute, je l'espère, en Seine-Saint-Denis où il se passe en partie.
En attendant, je tenterai de vous donner des nouvelles de la Côte d'Azur en août, où je vais, eh oui, mener à nouveau des balades littéraires pour le compte de la CCAS. Une tournée de huit jours à Six-Fours, Le Brusc, Bormes-les-Mimosas et la presqu'île de Giens. J'espère rapporter sons, textes et images, sur le modèle de la page de Mandelieu. Voici le programme :


















Ce que je propose est un peu particulier, différent de ce que font les autres auteurs invités, et je me demande bien comment ça va se passer ! 
Suite au prochain épisode, toujours... A bientôt.

lundi 8 mai 2017

Crossroads / 30













Quoi de neuf dans cette rubrique dont le dernier numéro date de cet automne ?
D'abord cet article inattendu de la librairie Charybde, à Paris sur Décor Lafayette, qui vient quatre ans après sa parution et analyse avec une grande finesse le parcours à l'oeuvre dans le texte : je suis évidemment heureuse d'être aussi bien comprise et de me dire qu'il y aura peut-être, ainsi, un prolongement avec Décor Daguerre un jour sur le blog tenu par les libraires.













Justement, à propos de DD, remue.net ouvre une nouvelle rubrique sur le cinéma, nommée Oeil pour oeil et dirigée par Aude Pivin. Aude m'a invitée à y participer et j'ai donc proposé un texte, Combien de demoiselles, intimement lié à ce Décor Daguerre : il est ici. J'ai bien envie d'en écrire d'autres, nous verrons...
Autre "extension du décor", mais qui cette fois n'est pas de moi : les explorations liés à la rue Daguerre que Pierre Cohen Hadria publie en ce moment, que ce soit sur son site, Pendant le week-end, ou dans la Maison témoin de Christine Jeanney. On s'y balade de boutique en boutique grâce à son regard attentif et ce Street view qu'il aime manipuler. 












Piero nous offre également ces jours-ci (et ce n'est pas fini, un autre épisode ne saurait tarder) une seconde incursion dans le monde du livre avec sa rubrique La Petite fabrique sur L'aiR Nu. Il interroge Frédéric Ciriez sur le métier d'écrivain, la façon dont un auteur se débrouille, son parcours, etc. C'est vivant, c'est drôle, on apprend beaucoup de choses, le tout sur fond de café du quartier Strasbourg Saint-Denis : ambiance garantie.


L'aiR Nu, parlons-en justement : je poursuis tous les vendredis la mise en ligne des 36 secondes, ces lectures courtes qui se renouvellent par sessions de deux. La rubrique commence à se faire connaître, ce qui me fait bien plaisir. Et elle va trouver un prolongement inattendu puisque désormais, je vais publier de façon hebdomadaire des articles sur la plateforme internationale Bookwitty destinée à faire découvrir des livres du monde entier, plateforme qui existe en version française depuis peu. Ce ne sera pas systématique, mais je ferai sans doute le lien entre mes lectures audio et mes articles de temps à autres. C'est d'ailleurs le cas pour le premier d'entre eux, consacré au Sel de la vie de Françoise Héritier. 
Pour suivre mes publications sur Bookwitty, c'est simple : il suffit de cliquer sur l'image de la rubrique dans la colonne de droite de ce blog ou de se rendre ici


















Et pour réussir à continuer à écrire (le Marilyn, A même la peau en relecture...), travailler pour L'aiR Nu, gagner ma vie, monter des dossiers et animer des ateliers, je me fais désormais accompagner  par le 100 : l'idée est, comme dans cette rubrique, de tout croiser sans s'emmêler et de se nourrir, au sens propre comme au figuré. Possible, donc, que le 100 apparaisse ici ou là dans ce que je raconte ces prochains temps.
En attendant la suite, bonnes lectures, balades, écoutes, cogitations, manifs à tous...


(ci-dessus le Printemps, Solange et Andy dans la boutique de Monsieur Dame, chez Agnès Varda et le toit du 100)

mercredi 4 mai 2016

ici rue Daguerre


Le Paris de... Agnès Varda par mairiedeparis

Contre toute attente, Décor Daguerre est à nouveau en lecture chez un éditeur. La personne qui vient de le recevoir connaît bien mon travail et va me donner une réponse rapide, voilà tout ce que je peux dire pour l'instant. L'esprit à Hollywood, j'ai fait mon deuil de la publication de ce texte depuis longtemps, n'ai pas cherché à réactiver les choses, c'est pourquoi je reste ces jours-ci à Palm Springs ou sur Sunset boulevard même si, évidemment, ici rue Daguerre se remet à résonner et que tout le travail mené sur la notion de décor depuis des années me revient un peu brutalement.


















(mais c'est bien)
Que faire quand on vous dit que le texte n'est pas publiable pour des raisons économiques alors qu'il fait partie d'un ensemble ? On va voir ailleurs sans le renier pour autant. C'est ce à quoi je m'emploie depuis deux ans.

















J'écris ce billet dans le suspens (Quelle sera la réponse ? Que va-t-elle modifier ? Où va-t-elle conduire, surtout) pour observer l'élan qu'il donne, ce qu'il réactive même à ne pas se faire d'illusions. 













Peu importe, de toute façon : tout est lié (Agnès Varda à L.A c'est Mur... murs et mon préféré d'elle, Documenteur) aussi quoi qu'il arrive, ce qui se passera ce sera : continuer à écrire.













(et pourtant la vie matérielle s'ingénie à vouloir prouver le contraire, j'en parlerai peut-être ici une autre fois)


*
Photos : reportage de Robert Doisneau à Palm Springs, 1960

lundi 23 février 2015

Décor Daguerre #6



« Agnès Varda au fond à gauche » indique l'écriteau au début du reportage.
Un homme, une femme, un vrai couple, annonce la voix off, dans une vraie maison, ajoute-t-elle en montrant cependant le décor du Bonheur, une façade de banlieue, avant de suggérer que cet homme et cette femme vivent chacun de leur côté. Chacun dans un appartement qui donnerait sur la cour ? C'est ce qu'il semblerait.
Harmonie de l'ensemble.
Jacques Demy écrit Les Demoiselles de Rochefort dans une pièce à escalier, à meubles anciens, près d'une fenêtre – mais pas juste en face, à côté.
Dans une seconde pièce, Agnès Varda reçoit la presse pour parler du Bonheur, qui sort. Fleurs dans un vase, colliers au mur.
Demy, le premier, est interrogé et il livre presque tout de lui, alors qu'il croit se taire : l'enfance heureuse brisée par le bombardement de Nantes le 16 septembre 1943 (il donne la date précise). A partir de ce moment-là rien ne compte. Rien de plus atroce ne peut arriver. A partir de ce moment-là on rêve une existence.
La réalité est presque toujours une catastrophe, dans votre œuvre, répond en écho le journaliste, citant Lola, les Parapluies. Il constate, acquiesce.
Devant lui, un téléphone, un cendrier.
Vous vivez seul.
Eh bien j'ai des amis. Et je vis surtout avec ma femme.
Plus tôt, la caméra a montré des chats, du soleil, la cuisine où ils se retrouvent. C'est champêtre comme Le Bonheur, que Varda dit avoir pensé en fonction de deux références : la photographie d'amateur et la peinture impressionniste.
La photographie amateur, vous connaissez ça : vous avez été photographe.
- Non, pas du tout. J'ai été photographe mais jamais amateur. Je veux dire qu'avant de devenir professionnelle, avant d'apprendre, je n'avais même pas d'appareil pour m'amuser.
(sous la politesse on sent l'agacement)
Cette photographie de famille, de clan dont elle savoure le charme a, on s'en doute, influencé le choix des couleurs, des extérieurs. Des chromos assumés, des silhouettes graciles qui pourraient passer des clichés à la pellicule, de son film à elle, Varda, à son film à lui, Demy – pourrait passer la cour.
Cependant : ne pas se gêner. Ne pas se juger. Ne pas se donner de conseils. Se lire, mais à la fin. Ne pas se rendre sur les tournages de l'autre, ou si peu. Ne pas nécessairement comprendre son travail, et tant mieux.

*

=> un reportage de 1972, chez Agnès Varda, rue Daguerre
=> un reportage de 1964, chez Agnès Varda et Jacques Demy, rue Daguerre
=> Les Demoiselles de Rochefort
=> Le Bonheur
=> La photographie

lundi 16 septembre 2013

Mille et un lieux : la dune














"C'est seulement quand je suis arrivée au pied de la dune qu'il m'a semblé qu'elle s'animait. Observée ainsi en contre-plongée, elle ressemblait à une forme humaine, peut-être féminine, une sorte de géant tondu allongé sur le flanc. Je me suis tenue immobile, les yeux bien écarquillés. La communion avec la nature n'a jamais été mon fort. J'y voyais le plus souvent l'expression de nos interprétations lourdes et intrusives. Certes, il y avait eu ces nuits d'été, ces nuits puissantes et nues, renversées dans les chaises longues, passées à rapporter bravement nos vies terrestres à l'infini céleste. Mais, selon moi, il ne fallait pas demander aux lieux d'être autre chose qu'eux-mêmes afin de ne pas les étouffer sous les strates de nos sentiments. Pourtant, ce jour-là, devant la dune, je me suis laissée faire. J'étais sans doute trop affaiblie pour tenir quoi que ce soit à distance."

Maylis de Kerangal, La Vie voyageuse.

Visuel : installation d'Agnès Varda, présentée lors de son exposition L'île et elle.

vendredi 6 septembre 2013

à l'oreille















peu de nouvelles ici et ce n'était pas l'été
j'attendais que la tension remonte
j'attends la pluie
qu'elle ferme les bouches rythme le sommeil
que le rivage perde
que du bleu nous manque et rouvrir les livres sans les ouvrir tous 
(feuilleter fermer)
puis j'écris et je n'attends plus

à l'oreille l'orage

vendredi 1 mars 2013

L'une chante et l'autre pas, vase communicant avec Thierry Beinstingel

Voilà qui n'est pas très mystérieux : c'est vrai, Thierry Beinstingel et moi nous nous connaissons et discutons parfois de ce que nous écrivons (cliquez sur le lien, vous verrez apparaître Autour de Franck, texte né d'une lecture de Thierry, si beau cadeau...). C'est ainsi que l'idée nous est venue, il y a quelques temps, d'un échange autour d'Agnès Varda. Chacun son film : L'une chante l'autre pas, pour lui, Le Bonheur pour moi. 70's sur Fenêtres, 60's sur Feuilles de route...
Avec de l'avoir pour ami, cependant, j'ai d'abord été l'une de ses lectrices. Central, Composants, CV roman, Paysage et portrait en pied-de-poule, Bestiaire domestique sont autant de livres que j'aime et qui m'accompagnent depuis longtemps, pour ne pas toujours citer que les plus récents. Sur Feuilles de route, le site de Thierry, chacun a son dossier : n'hésitez pas ! Et partagez ses étonnements, lisez ses notes d'écriture et de lecture, scrutez sa webcam...
Autant de raisons qui me rendent si heureuse de l'accueillir ici, en ce premier vendredi du mois, jour de vases communicants.

*



















 Je n’avais jamais regardé un film d’Agnès Varda à l’époque. Par la suite non plus d’ailleurs, ou probablement par inadvertance comme pour L’une chante et l’autre pas. C’était aux alentours de 1979. Je peux cerner la date à dix mois près : il me reste le lieu précis dans lequel j’ai vu ce film à la télévision, une caserne de la Marne que j’ai occupée de juin 1979 à mars 1980 à l’occasion de mon service militaire. C’est sans doute pour cela que reste si présent en moi le souvenir de ce film féministe entrevu dans un monde exclusivement masculin.

*

Du film, je ne me souviens de rien, même pas de l’intrigue, ni des acteurs, juste le titre et le nom de la réalisatrice. A l’époque, sans être féru de cinéma, j’aimais y aller. Dans ma petite ville, les salles avaient pour nom Vox et l’inénarrable Cinéma les jeunes : photos de Clark Gable dans le hall, fauteuils à poussière et entracte au milieu de la séance avec glaces Miko. A la fin des années soixante, c’était d’abord les films d’aventures Vingt mille lieues sous les mers et Kirk Douglas pour moi, tandis que ma frangine allait voir Mary Poppins. Dans les années adolescentes, Barry Lindon m’était apparu trop léché, trop américain. J’avais frissonné comme tout le monde devant L’exorciste mais rigolé deux ans plus tard devant Les dents de la mer. J’étais attiré par des films moins tape à l’œil : Rêve de singe de Marco Ferreri (excellence de Marcello Mastroianni, jeu sobre de Depardieu - si, si à l’époque). Le film L’amour en herbe m’avait plu, surtout la chanson de Maxime Le Forestier Amérique sur Seine que j’essayais de reproduire à la guitare. L’Amérique et la Seine réunies, c’était pour moi l’exotisme le plus pur.

Finalement, le service militaire avait répondu à cette attente de changement tropical. En débarquant dans cette caserne de l’Est, on m’avait propulsé dans une chambre occupée par deux bagarreurs forts en gueule, deux chtis impossibles à comprendre. Coup de bol : l’un avait une guitare qu’il ne savait pas accorder, moi si, et je suis vite devenu intouchable. Pendant dix mois, j’ai occupé la fonction de barman. Servir le café le matin, les bières l’après midi, le vin des adjudants toute la journée, planquer les bouteilles de Pastis pour les inspections, raisonner ceux que la boisson tournait aigre : je n’ai pas vu le temps passer. Le noir qu’on appelait Blanche Neige, le type que j’avais agrippé par le col, cassant au passage la chaîne offerte par sa fiancée, bagarres, conneries jusqu’à ceux qui avaient découpé au chalumeau un coffre rempli de munitions parce qu’ils avaient perdu la clé : absurdité d’un monde qui tenait lieu d’exotisme.

C’est un soir, probablement tard, juste avant de ranger la salle de télévision attenante au bar que j’ai regardé L’une chante et l’autre pas. Nous étions seulement deux (avec le noir nommé Blanche Neige). Sentiment étrange, pourquoi s’en souvenir ? Un film féministe, dans cette salle de télé si triste, caserne en îlot minuscule, hommes de troupe et troupeau d’hommes en retrait du monde.

Quelques bribes bien sûr peuvent se rattacher à l’époque et à l’endroit même : Patrick Hernandez chantant Born to be alive aux variétés du dimanche un jour de consigne. La même salle de télé, et un jour plus de téléviseur : les voleurs étaient passés par un vasistas, avaient poussé l’appareil au-delà du grillage de la caserne. Si on étend les lieux, il y a la petite route sur laquelle j’avais essayé une Renault 5 « de sport » qu’un type voulait me vendre. Souvenir aussi de l’arrivée dans une ville (mais quelle ville ?) à 170 km/h, serrés à six dans une vieille Ford Taunus 17 M. Le cinéma, on y revient : époque glauque de films pornos vus en virée mâle, cheveux ras, cous cramoisis, ambiance macho.

Arrive alors L’une chante et l’autre pas. Décor seventies, on y était, nos têtes à la Starsky et Hutch, les filles à longues robes paysanne, retour à la terre, le féminisme, l’avortement, des thèmes militants pour l’époque A trente ans de distance, plus rien ne transparaît, j’ai visionné un extrait, probablement le début du film, belle musique, violon et violoncelle (ce que je connaissais de la musique classique se résumait aux orchestrations de Paul Mauriat), succession de photographies aussi, portraits expressifs en noir et blanc (j’avais acheté un an plus tôt un appareil réflex FUJI ST 605 N avec ma première paye). Mais tout cela déboule dans une caserne, un lieu pas fait pour. Comment raccorder tout cela à ce qui a précédé, à ce qui a suivi ? Vingt ans est un âge d’équilibriste, on tangue sous la bière, on bronze au soleil en attendant la quille. Juste deux dans la salle de télé encombrée de cannettes de bière à débarrasser, mon boulot de barman, avec ce type noir appelé Blanche Neige, sa manière d’éluder la plaisanterie, de ne jamais en rire, gardant un visage grave comme les deux nôtres, un soir, devant ce film. C’est tout mais je n’ai plus jamais oublié ce nom : Varda.

dimanche 17 février 2013

Décor Lafayette dans le Carnet d'or















c'était hier après-midi sur France Culture et peut s'écouter ici, désormais.
Merci à Augustin Trapenard de son accueil enthousiaste et chaleureux. Je ne sais trop où ce livre va m'entraîner, ni surtout s'il pourra vivre au-delà des trois mois réglementaires en librairie, mais je l'espère - Fenêtres open space poursuivant son chemin à Roubaix et les Oloé en Espagne me donnent envie de croire que si.

De mon côté, maintenant, je me promène plutôt rue Daguerre. A ce propos, si vous voulez voir tout Varda gratuitement, Daguerréotypes inclus, c'est possible en se rendant sur ce site - mais ça se termine aujourd'hui, faites vite !

samedi 2 février 2013

Nantes































La semaine prochaine (mercredi, plus exactement) je serai à Nantes, au Lieu Unique, pour parler écriture et numérique avec Yves Pagès et Guénaël Boutouillet. Il sera certainement question de la Ville haute et de Franck à un moment ou à un autre, je m'y attends, comme on attend ce qui arrive, là, devant soi, sera ou ne sera pas contourné. 
Certaines choses sont frontales, d'autres non. Frontal ce qu'on n'attendait pas, bien sûr. Frontal ce qu'on savait aussi, avait anticipé, est inévitable, prend une autre forme. 

Nantes n'est évidemment pas n'importe quelle ville.
Mais c'est aussi une ville où j'ai des amis (de la vie au présent).

C'est pourquoi j'illustre ce billet avec trois photos qui diront mieux que moi ce que je pourrais en dire. La première représente une fontaine devant laquelle Franck est certainement passé (mais je n'en sais rien). La deuxième montre le plafond des Galeries Lafayette de Nantes, lieu où j'imagine il n'a sans doute pas mis les pieds (mais je n'en sais rien). La troisième est un vrai décor : celui, reconstitué par Agnès Varda, de la boutique de téléviseurs de Michel Piccoli dans Une chambre en ville. Magasin éphémère, apparu dans le passage Pommeraye l'été dernier, disparu depuis. 
Une photo pour chaque livre, ou projet en cours, chaque texte délivrant de l'autre - et tous liés, cependant.

Ainsi, il me semble, je réponds par avance aux questions posées par Guénaël mercredi prochain à propos de mes usages du numérique, de ce qu'ils changent ou ne changent pas, sur les statuts de [mes] textes et [mon] regard dessus, sur l'ouverture de l'atelier aux autres (ces derniers mots sont de lui, je les ai empruntés).

mardi 22 janvier 2013

J-2

J-2 c'est le jour de l'acte manqué, oubli de la moitié des affaires découvert dans la cabine, carte valable une fois par jour et retour à la case départ en rageant de n'aller nager que le lendemain.
Tant pis, à la place ce sera L'une chante l'autre pas
(le matin, écrit sur Le Bonheur, un peu trop vite, un peu trop lentement) 













Hier soir, appris que je passerai à la radio en février. Ce matin, de long en large, il a fallu se débarrasser de l'émission, de ce que je pourrais dire, les grands magasins, lalala, avant de commencer à écrire. 
C'est le jour de la lenteur, de l'impatience rentrée. Luxe de regarder un long film en journée, de ne pas ranger, de ne pas répondre au courrier, de ne pas préparer les ateliers. Savoir que ça décante, Varda, que tout est en train de servir. Mais la lumière décroit et le plafond de verre de la piscine me manque.

lundi 21 janvier 2013

J-3




Sur le chemin de la piscine, le troisième jour, que se passe-t-il ? L'impression de plus être qu'épaules, bras : un petit (très petit !) côté déménageur en porte à faux avec le jour (solitude et silence, pas de haut Montreuil ce lundi). Aussi, pendant quelques longueurs, je ne fais fonctionner que les jambes. Non pas pour les prendre ensuite à mon cou (quoique). Non, ce que j'aimerais, c'est ne plus avoir de corps, du tout, rêve de transparence, d'invisibilité venu de la petite enfance, infinie légèreté - planer comme Dita Kepler et être passe-muraille, libre comme le vent entendais-je alors - oui mais dans ce cas-là tu serais morte - ok, va pour les bras et les jambes.

(je me demande ce qui se passerait si je nageais vraiment tous les jours - tous les jours de l'année, s'entend)

Corps réduit aux bras, aux épaules et dans la tête Varda, dont les films me traversent. Ci-dessus, 28 secondes de Bonheur où le morcellement réunit. 

Et donc, revenons-y, l'enfance : celle sur laquelle je ne veux pas écrire dans le Décor Daguerre à peine commencé. Celle évoquée dans une nouvelle, Mes Demoiselles, qu'un éditeur vient de refuser (lorsqu'un livre paraît, est-ce le bon moment pour s'entendre dire non ? peut-être). Celle sujet d'un film, enfin, dont j'ai reçu ce matin le DVD. Un vrai film-miroir : qui veut comprendre mon enfance n'a qu'à le voir, m'étais-je dit en sortant de la salle.

*

(il est étrange de tenir un journal ici. Heureusement que j'en écris un autre)
(et puis ça ne va pas durer)

dimanche 12 août 2012

fenêtres de Nantes



































































ici et là tu saurais dire exactement de quel texte il s'agit, de quel cheminement, projet (Galeries Lafayette, magasin de téléviseurs reconstitué par Agnès Varda, fenêtres du Voyage à Nantes, photographie pour la ville haute)

jusqu'à ce pont de Saint-Nazaire vu d'un bateau, sans mots

vacance

dimanche 22 novembre 2009

photos du diaporama










Trois secondes par photographie au lieu des quatre prévues : le diaporama d'hier, projeté à la Bellevilloise, couplé à une lecture "en direct" ne s'est pas vraiment déroulé comme je l'avais imaginé et je ne sais pas, au fond, ce que les gens y ont vu. Tant mieux, tant pis ?



















Le texte ? Ecrit pour l'occasion, insérant des passages de l'oloé 1, des journées de migraine et de Dita Kepler, précédés d'une citation d'Agnès Varda dans Les Plages d'Agnès.





















"Si on ouvrait les gens on y trouverait des paysages" dit-elle.