l'horloge de la gare de Chartres

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mercredi 26 août 2015

Diptyque : écrire pour la danse, une histoire particulière














C'était en novembre 2013, à Besançon. Invitée au festival Les Petites fugues, le dernier ou l'avant-dernier jour, lors de ce qu'on appelle un temps fort (je me demande si je n'ai pas appris l'expression à ce moment-là), je devais parler de Décor Lafayette sur la scène de la Rodia.
Dans la salle se trouvait Caroline Grosjean, danseuse et chorégraphe, créatrice de la compagnie Pièces détachées. Elle n'était pas venue pour m'écouter, ne me connaissait pas. Mais elle avait le projet de Diptyque en tête, et l'idée de travailler avec un écrivain. Nous ne nous sommes pas rencontrées à ce moment-là.
Quelques mois plus tard, Caroline m'a contactée. J'animais des ateliers d'écriture à la Gaité Lyrique, à Paris, elle est passée en fin de séance. Nous avons pris un café à côté de la Gaité et commencé à discuter. Je me souviens que j'avais la sensation de voir trouble et je pense que c'était dû à l'impression trouble, en effet, de me lancer dans l'inconnu  - parce que bien sûr, je venais de dire oui. J'en ai déjà parlé, je crois : j'aime beaucoup, j'aime énormément tenter de faire ce que je ne sais pas faire (c'était également le cas quand j'étais journaliste, ou travaillais dans la communication). Bien sûr, il ne s'agit pas d'aller improviser une conférence sur la physique nucléaire, on en reste à des domaines proches. N'empêche : j'aime savoir que je ne sais pas à l'avance, qu'il va falloir bricoler, trouver des solutions ou peut-être, plus exactement, une clé pour que la serrure tourne, que la porte s'ouvre - tout cela alors que les autres s'imaginent que vous savez faire... J'aime ce vertige, cette inquiétude qui n'est pas de l'angoisse, ne paralyse pas mais au contraire aiguillonne, donne envie d'avancer.
Ce que me disait Caroline, j'avais la sensation de le comprendre tout de suite, aussi.

Je ne vais pas voir un spectacle de danse tous les quinze jours. Je ne sais pas comment "écrire pour la danse", ne suis ni danseuse ni chorégraphe. La danse contemporaine ? Pour moi, tout commence par ce souvenir : la découverte de Carolyn Carlson à seize ans, et plus particulièrement de Chalk Work, il me semble.



Je me suis d'abord concentrée sur ce qu'il y avait de plus évident : qu'il s'agirait d'une commande de deux textes distincts. J'ai lu le projet de Caroline, ai commencé à réfléchir. Elle a travaillé de son côté, en particulier sur Cowboy Junkies (puisque je n'avais encore rien écrit pour Diptyque), maquette qui a été présentée à l'abbaye de Royaumont en août 2014 et que je n'ai pas vu, si ce n'est en vidéo.


(On ne s'en rend pas compte ici mais elle a utilisé les premières pages de mon livre, qui évoquent un pique-nique sur les pelouses de la Villette et une séance de cinéma en plein air)

Un an après les Petites fugues, en hiver, donc, retour à Besançon. Caroline avait décidé que la première chose à faire, pour engager vraiment ce diptyque, c'était de m'intégrer du mieux possible à l'équipe. C'est pourquoi durant plusieurs jours nous avons lu, écrit, mangé, parlé, dormi, ri, nagé (eh oui) et marché sous la pluie.


































Les gens qui me connaissent le savent déjà, j'en ai parlé à plusieurs reprises : ça a très bien fonctionné. Tout de suite, quelque chose de particulier s'est tissé avec chaque personne de l'équipe - à Besançon, les danseurs Magali Albespi, Vidal Bini et Mathieu Heyraud et le guitariste Rémi Aurine-Belloc, plus tard le concepteur lumière Benoît Colardelle et le créateur sonore Zidane Boussouf.



















(ici, Vidal incarne Dita Kepler dans Ile ronde)
Je me souviens de Magali dansant dans et avec un grand cadre jaune tandis que je lisais un passage de Franck situé à la mer ; d'avoir, comme les danseurs, écrit allongée sur le tapis noir du studio ; d'avoir lu un texte paru dans la revue d'ici là accompagnée par Rémi à la guitare ; du bruit des gouttes de pluie sur le toit ; de notre sortie commune à la piscine ; de notre marche dans Besançon, le dernier jour, un baladeur sur les oreilles, suivant les instructions de Caroline, mélange de gestes à effectuer, d'extraits de textes enregistrés et de musique qui m'ont immédiatement donné l'impression de faire partie du groupe, de cette chorégraphie

(à de nombreuses reprises, en travaillant avec eux, j'ai eu la sensation d'avoir une chance inouïe)
tandis que la pluie tombait de plus en plus dru et que j'ai dû me précipiter pour prendre le train du retour sans avoir le temps de dire au revoir à tout le monde. Comme si grimper à bord était le dernier mouvement de cette danse-là.
(chacun ou presque, dans la troupe, vit dans une ville différente)



















Un mois plus tard, en janvier 2015, nous nous sommes retrouvés à Paris, au théâtre de l'Etoile du Nord, pour une toute première présentation du travail. Je devais lire ce texte écrit pour la revue d'ici là (intitulé maintenant ce corps-ci ce corps-là) avec Rémi, m'y étais préparée. Nous devions intervenir durant deux jours : les 7 et 8. J'ai déjà raconté ici ces journées, et comment j'ai lu également autre chose...

Puis ce fut la résidence à l'écomusée de la cerise de Fougerolles, sans rapport avec Diptyque puisqu'il s'agissait à la fois pour la compagnie de réinvestir la pièce précédente, P/A/R/T/I/T/I/O/N/S, et pour moi de travailler avec Zidane, écrivant du texte directement sur place en "intégrant" Dita Kepler au musée, utilisant au fur et à mesure les éléments que j'y trouvais. 














Ce travail-là, je l'avais déjà effectué au Cent Quatre, d'une certaine façon. Il se fait dans une tension particulière, née de plusieurs contraintes : trouver rapidement quoi écrire et comment, le restituer au bout de quelques jours à peine alors que c'est encore tout frais et qu'une publication, plus tard, n'est pas envisagée. 
Je me souviens de Zidane nous demandant de lui proposer des refrains entêtants, dont il réutiliserait ensuite quelques notes sifflées (ce fut le générique de La petite maison dans la prairie qui gagna !) ; de la façon dont il disposa de petites enceintes dans le musée, créant, avec toute l'équipe, un parcours que les visiteurs étaient invités à suivre ; d'un papier peint à feuilles vertes ; de confiture à la cerise noire ; du crash de l'avion au stewart fou dont on suivait l'histoire, le soir, à la télé ; de Magali et Caroline vêtues de bleu dans le champ vert. 



















Lorsque nous nous sommes retrouvés en avril, en résidence à la Fraternelle de Saint-Claude, j'avais avancé : je savais ce que je voulais faire pour chacun des textes, avais écrit une bonne partie du premier (ou peut-être même tout, je ne sais plus) et commençais à mettre en place le second, intitulé L, projet que j'avais en tête depuis plusieurs années, lié à une série de portraits photo à modèle féminin unique. Cette fois, cependant, j'avais besoin de me mettre à l'écart, de ne pas passer tout mon temps avec les danseurs pour tester ce second texte, le mettre à l'épreuve. 
Tous les jours, je leur disais : je vous rejoindrai quand j'aurai assez travaillé. Mais je ne le faisais pas, trop occupée par l'écriture. A un moment, une question précise s'est posée : fallait-il que je mentionne ou non les villes où les photos étaient prises ? C'était très important, a conditionné la suite de mon texte, je m'en suis rendue compte le mois suivant. Je me suis décidée en discutant avec un des danseurs (Mathieu, en l'occurrence), qui m'a simplement écoutée, je crois : moment précieux entre tous.



















Je me souviens des dîners dans la cour de la "frat'", de tout ce que les danseurs m'ont appris de l'histoire de la danse contemporaine, de l'émission de radio que nous avons faite avec Caroline, des enregistrements avec Rémi et Zidane, de la performance qui a eu lieu en sous-sol le dernier jour à partir du premier texte et dont il a conditionné la fin - tiens, preuve que je ne l'avais pas terminé en arrivant à Saint-Claude, en fait. Magali, Vidal et Mathieu allongés par terre, enroulés lentement les uns sur les autres, au centre dun cercle de spectateurs assis. De la vue sur le flanc de la montagne. De nos bagages empilés dans la cour. Des cartes postales envoyées.















Puis ce fut juin, à Belfort. Je commençais à prendre de petites habitudes : voyager en train avec Magali, parisienne elle aussi, par exemple. Ca n'allait pas durer puisque c'était la dernière de nos résidences ensemble. N'empêche...
A Belfort, grande maison, très beau studio de répétitions.















Je me souviens des gradins, desquels j'ai pris ces photos à l'ipad (les belles photos de cet article sont de Benoît, le plus souvent, et les granuleuses de moi. Cela fait longtemps que je ne me suis pas servie de mon appareil. Est-ce parce que j'écris sur la photo, précisément, en ce moment ?) et quelques enregistrements. Des danseurs qui, pendant mon absence, avaient traduit des phrases de mon texte en anglais et les chantaient dans le studio, au micro. De la longue cuisine sous les toits où aller écrire tranquille. D'avoir marché dans les rues, seule et heureuse. Cette fois, je "savais" que le texte, sauf catastrophe, allait aboutir, ce n'était plus qu'une question de persévérance et de minutie. D'ailleurs, je l'ai rendu à Caroline le mois suivant, en avance sur mon planning. 

Je n'étais plus là lorsque la compagnie a ouvert ses portes au public à la fin de la semaine. Pas plus que je n'étais présente, en août, au Luxembourg, lorsqu'à nouveau des passages de Diptyque ont été présentés. 



















J'ai appris dès le début à lâcher mon texte, à le confier aux danseurs qui n'en utilisent que des bribes. A Saint-Claude, ils se sont mis à rire quand je leur ai annoncé qu'il devrait faire une cinquantaine de pages (ce qui est le cas) : bien trop long pour qu'ils puissent le lire, le faire entendre en entier... De mon côté, par nécessité de créer un ensemble, je ne pouvais faire moins.
Je me suis servie d'éléments venus d'eux, ou de cette expérience : leur performance à Saint-Claude, le trajet Belfort-Paris, par exemple. On en trouve des bribes, pas davantage : comme je l'ai dit, au fond, je savais déjà où je voulais me rendre (en tout cas pour L) quand j'ai commencé. Mais j'ai intégré des choses, tenté d'introduire une certaine souplesse. Elle contraste, je l'espère, avec la description quasi abstraite des photos, dont le noir et blanc hiératique n'a pas toujours été simple à appréhender.

Voilà. Je n'ai plus qu'à me rendre, le 9 janvier prochain, à la première de Diptyque au théâtre de Bouxwiller, en Alsace, sans savoir exactement ce que j'y verrai. Le texte correspond aux attentes de Caroline, je crois : c'est tout ce que je sais, pour l'instant. Je m'imagine en janvier installée dans la salle, comme n'importe quelle spectatrice... 
Je me suis achetée un beau livre sur les relations entre danse et littérature contemporaine. Pour l'instant, je ne l'ai pas ouvert... Au moment où j'écris ces lignes, flotte simplement dans mon esprit l'idée de retravailler un jour avec certains de ceux que j'ai rencontrés (pourquoi pas tous, d'ailleurs ?). Il y a tant à faire.

lundi 29 juin 2015

Crossroads / 27



















Anamarseilles est terminé, devrait sortir à l'automne aux éditions La Marelle, et j'ai rendu ce matin le manuscrit de Diptyque à Caroline Grosjean, la chorégraphe qui dirige la compagnie Pièces détachées : les choses ont un peu avancé, donc, depuis le dernier article de cette rubrique.

Diptyque, c'est étrange, est peut-être un texte que vous ne lirez jamais. Je ne sais pas, nous ne savons pas encore ce qui va se passer, s'il sera disponible ou non ni sous quelle forme. Pour l'instant, le désir se dessine d'en faire un livre-objet avec pistes sonores, que l'on pourra trouver à la fin des représentations. Ce qui est sûr, c'est qu'on n'entendra pas tout le texte sur scène, simplement des bribes : il fait l'équivalent de 58 pages, ce qui est trop pour être dansé. En janvier 2016, lors de la première, j'aurai la surprise de découvrir quels passages auront été conservés tout en ayant de mon côté l'impression que, quoi qu'il arrive, il fait un tout.
(j'espère !)
(ces jours derniers j'étais dans cette sorte d'euphorie douce, légère, qui vient quand on a l'impression d'avoir terminé un texte sur lequel on travaille depuis plusieurs mois - ici, six - dont on sait qu'elle ne va pas durer, et qu'on savoure)











Et donc, de quoi ça parle, ce diptyque dont le titre n'est pas de moi, mais de Caroline ? Comme on peut s'en douter, il s'agit en réalité de deux textes. Le premier, qui prend pour point de départ deux pages écrites pour la revue d'ici là en 2013, met en scène deux corps dont on ne sait ni le sexe, ni l'âge, ni l'aspect physique. Ils s'approchent, se regardent, s'éloignent dans une suite de scènes courtes. Le second fait apparaître un modèle dont on comprend tout de suite qu'il s'agit une femme, et un photographe. Entre eux, la relation semble assez complexe... Le tout est écrit à partir de descriptions de photos noir et blanc, portraits qui ne permettent de voir, chaque fois, qu'une partie du corps de cette femme.



















(évidemment, je brouille un peu les cartes avec mon polaroïd de Blow up d'Antonioni et la photo noir et blanc de Pièces détachées)

A propos de textes qu'on ne lit pas, la soirée à la bibliothèque Marguerite Audoux autour de Ile ronde m'a permis de constater, une fois de plus, que certains de mes livres étaient "indisponibles" : Franck et Cowboy Junkies. Pour CJ, ça arrive de temps à autres. Pour Franck, ça fait des mois que j'en demande la raison à l'éditeur. J'ai posé à nouveau la question il y a une semaine par mail. Aucune nouvelle pour le moment. Si ça dure, j'ai une petite idée sur la façon dont je vais continuer à faire vivre le texte malgré tout. Encore un truc qui me demandera des mois, je n'en parle pas pour l'instant, mais ça commence à me travailler...

Ce qui se poursuit, ce sont les Bruits, plus de 200 pages de notes pour l'instant. Je vais continuer tout l'été avant de tout reprendre, de prolonger, d'augmenter à partir de début octobre, ce qui coïncidera avec le début de la résidence de L'aiR Nu à Moret. De ce côté-là, nous avançons tranquillement : des nouvelles bientôt ici même, sans doute.

En ce milieu d'année 2015, il me semble que, décidément, l'écriture trouve davantage sa place, ces temps-ci, hors des sentiers de l'édition : au théâtre (à l'Etoile du Nord en janvier dernier), dans les studios de danse (Besançon, Saint-Claude, Belfort), via les enregistrements et sur le web (l'aiR Nu), dans toutes ces notes prises... Ce n'est pas forcément voulu, c'est ainsi : allons où l'énergie se trouve. 

*

(la photo de la main et du carnet rouge a été prise lors d'un atelier de Pierre Ménard à Château Landon en 2010. Je m'en suis servie pour feue La ville haute)

dimanche 14 juin 2015

Diptyque - quelques éléments



A six mois de la première, il arrive qu'on me demande comment le projet avec la compagnie Pièces détachées avance, de mon côté. Alors voici : tous deux en cours d'écriture, les textes qui constituent Diptyque cheminent en ce moment en parallèle. Hier soir, j'ai eu une idée de la façon dont le premier (ce corps-ci) pourrait se terminer, tandis que le grand désir de faire du second (appelé L) un tout ne me lâche pas. Dans les deux cas, une relation entre deux êtres, deux regards, deux corps, est en train de se dessiner mais ce n'est pas du tout la même. C'est tout ce que je peux dire pour l'instant...














Ce qui est sûr, c'est que le deux s'incarne en trois.
Que tout le texte ne sera pas entendu sur scène et que c'est très bien, pour les danseurs comme pour moi : cela nous rend libres, eux de prélever et d'interpréter certains passages seulement, moi d'écrire autant que je veux. 



















(à Belfort la semaine dernière, au centre chorégraphique, je les ai entendus chanter des bribes de mon texte qu'ils avaient traduit en anglais. J'étais assise dans les gradins. Je me disais que peu d'écrivains, sans doute, devaient vivre ça, avoir cette chance-là, ce privilège inouï. J'étais suspendue)














Ce qu'on sait également, c'est qu'à chaque partie correspondra une interprétation musicale. Je m'y perds encore un peu, ayant commencé à travailler ce corps-ci avec Rémi (le guitariste, ci-dessus) alors qu'il va intervenir sur L. Mais ce n'est pas très grave : comme lorsque j'écris un texte destiné à être publié en numérique (et donc à être, au moins en partie, métamorphosé), il est clair dans mon esprit que ce que j'écris doit "tenir", doit former un ensemble avant d'exister autrement.
Néanmoins, on peut écouter sur Bobler trois petits extraits de L que j'ai enregistrés à Belfort et dans lesquels on entend ce que jouaient alors Rémi et Zidane. Dans le premier, quelqu'un est photographié dans une piscine. Dans le deuxième, le personnage est caché derrière une ombrelle, tandis que le troisième fait apparaître une tête penchée en arrière.
Voilà, c'est tout pour le moment...

(photos : Pièces détachées)

mercredi 27 mai 2015

Ecrire / danser / créer quelque chose



Tout passe à toute vitesse - mais c'est parce que le monde est riche. Je voudrais faire un article en réunissant les photos des cartes postales reçues ou découvertes ces derniers jours, évoquer encore, ici, les ateliers, les lectures, les voyages... Il faut se recentrer sur l'écriture de Diptyque cependant. La mise en ligne de l'émission de radio Montagnes en poésie à laquelle nous avons participé à Saint-Claude, avec Caroline Grosjean, m'y replonge à l'instant. 
Pour l'écouter, il suffit de se rendre à cette adresse. Ce qu'elle me permet d'entendre surtout, je crois, c'est ce que font les danseurs et musiciens du texte que je leur donne, la façon dont ils s'en emparent, le détournent, le transforment : expérience inédite pour moi, et si forte. Etre avec eux, c'est s'immerger dans la création, ne penser qu'à ça, ne parler que de ça, même à parler d'autre chose.



















Il n'est pas toujours si évident d'être invité, accueilli, reçu pour ce qu'on fait vraiment quand on écrit. Parfois, les attentes sont en décalage, l'intérêt est ailleurs, dans le désir de vous voir résoudre des questions qui vous dépassent : donner aux gens l'envie de lire, d'entrer dans les bibliothèques, aider les enfants à être meilleurs en français... élans que votre venue peut provoquer et que vous appelez de vos voeux, bien sûr,  mais qui ne sont pas quantifiables, demeurent quasi impalpables, même si la trace est bien réelle. S'imaginer le contraire, c'est s'illusionner.



















Impossible de ne pas être d'abord et avant tout dans la création, le partage viendra ensuite : voilà qui paraît évident et pourtant... De temps à autre, j'ai l'impression que pour certains de nos interlocuteurs (pas tous, loin de là, mais ça arrive), ceux qui nous "accompagnent", la création tombe du ciel. C'est pourquoi il m'est si précieux de travailler en collectif : les échanges se font autant sur l'objet lui-même (texte, site, pièce chorégraphique, création sonore...) que sur le parcours pour y parvenir, le faire exister. Et puis, j'apprends tant de choses !
Travailler avec la compagnie Pièces détachées ou avec les membres de l'aiR Nu (dont je reparlerai ici le plus vite possible), c'est se ressourcer, se recentrer, retrouver la route. 

mercredi 13 mai 2015

La fraternelle #3















Il semblerait que le troisième jour de résidence soit jour de fatigue et de sommeil plus agité - de travail intense, aussi. C'est pourquoi le billet de ce soir sera très léger, ne contiendra pas plus que : 
- la photo de cet homme qui danse en changeant les affiches de cinéma
- la mention des six cartes postales envoyées ce matin (je n'en ai plus en stock)
- la satisfaction de voir avancer mon texte, même lentement
- l'émotion, toujours, quand en silence j'aperçois les danseurs et tente d'imaginer le lien avec ce que j'ai écrit, que je sais qu'ils ont lu
- une bonne nouvelle : la lecture programmée de Décor Daguerre, avec projection de Daguerréotypes, le 15 octobre prochain dans un cinéma près du lac de Grand Lieu, grâce à Arnaud de la Cotte.

mardi 12 mai 2015

La Fraternelle #2















C'est un jour de très beau temps, toujours, mais aussi de rumination sur le texte en cours (la seconde partie du diptyque, intitulée L). Pas très contente le matin, je le regarde d'un oeil suspicieux, me demande si le fait de faire apparaître un nom propre - un nom de lieu, exotique, pour être plus précise - ne crée pas un mouvement de bascule, ne va pas le dénaturer. Si de ne pas nommer ne serait pas, d'un autre côté, un peu trop commode, donnerait un côté épuré, à l'os, inattaquable à l'ensemble bien confortable en réalité. Bref, je me pose des questions type les-mains-dans-cambouis, ce qui est, de mon point de vue, l'une des choses les plus excitantes de la terre. J'adore ça, oui : rien de plus vivant, de plus ancré à la fois dans la réflexion et l'action, le sensible.














Je descends dans la cour pour le déjeuner sans avoir vraiment résolu la question, moins encore gagné la bataille. D'habitude, je ne dis rien tant que je n'ai pas trouvé et pas moyen alors de me faire décrocher un mot. Là, je raconte ça à Mathieu, l'un des danseurs. Son écoute attentive ne me donne pas la solution, qui ne viendra que du texte. Mais quelque chose se dégrippe, s'assouplit.















L'après-midi, tandis que je me bagarre et décide d'intégrer la question posée par le nom propre au texte lui-même (au-delà de l'anecdote l'exotisme fait sens, dans ce que je veux écrire. Il n'y a donc pas de raison a priori de l'écarter), je reçois un coup de fil, qui m'apprend que je fais partie des quatre finalistes candidats à une résidence d'écriture. Grand oral la semaine prochaine, en fin d'après-midi, au retour d'une journée d'atelier au Havre... 
Je me dis que ça ne va pas être gagné de se concentrer durant les prochaines minutes et me mets en quête des danseurs, qui doivent se trouver au sous-sol. Contrairement aux autres fois, je ne travaille pas directement avec eux, plutôt à coté. En attendant, je suis bien partie pour me perdre, c'est labyrinthique, par ici ! Je ressors sans les avoir vus.














Retour aux fondamentaux.




Trois personnes se sont fait connaître, suite à mon appel d'hier. J'achète un lot de dix cartes postales, effectue quelques allers-retours pour trouver des timbres, les écris. 
Il est temps de les poster, de s'occuper des Bruits. De retrouver les danseurs, peut-être ?

lundi 11 mai 2015

la Fraternelle #1

Et voici que le nouvel épisode du journal de la danse s'avance : avec la compagnie Les Pièces détachées, nous sommes jusqu'à samedi à Saint-Claude, dans le Jura. Plus exactement, à la maison du peuple La Fraternelle, dont je prendrai certainement davantange de photos un autre jour, mais dont voici déjà une partie de la cour :















Fraternelle qui compte des appartements, un cinéma, des studios d'enregistrement et de répétitions, un bar, et où nous sommes annoncés :



















Si on regarde maintenant la première photo d'un peu plus près...















on voit bien qu'en effet nous avons débarqué (une chorégraphe + trois danseurs + un créateur sonore + moi + un guitariste et un éclairagiste à venir + de quoi manger pendant une semaine).
Et voici la cour de l'autre côté (on distingue Magali Albespy de dos et Caroline Grosjean en couleurs)















Des conditions de travail terribles, n'est-ce pas ? 
Un oloé qui me semble parfait, oui, que ce soit en terrasse ou à l'intérieur du café.















(nulle chanson de Nostalgie dans l'air)
Ensuite, quand on sort dans la rue 















c'est Las Vegas, voyez.
(et dire que j'ai réussi à travailler, cet après-midi !) (joie)
J'aimerais, si je peux, tenir ce journal de la Fraternelle toute la semaine. Nous verrons bien : avec les Pièces détachées, c'est souvent intense et de mon côté j'ai beaucoup de boulot sur le texte à venir. Bref...

*

(PS : ce matin, soudain, une envie : proposer à qui veut, passe par ici et me donne son adresse en privé de lui envoyer une carte postale en lui décrivant simplement les lieux. En lui demandant peut-être en retour de photographier cette carte à l'endroit de son choix. Ce serait une jolie façon de retourner la proposition d'il y a cinq ans, me disais-je... Mais je ne sais pas si j'aurai le temps. C'est pourquoi je le dis tout bas, en fin de billet, sans insister davantage. Là encore, nous verrons - d'autant que les cartes vues aux alentours n'égalent pas celles que m'envoyaient Maryse, il vaut mieux le savoir ! A suivre, peut-être)

mardi 21 avril 2015

Fougerolles, suite














Après la résidence à l'écomusée de la cerise de la compagnie Les Pièces détachées, la médiathèque expérimentale de l'espace multimedia Gantner, en Franche Comté, propose un reportage écrit et sonore sur les premiers jours que nous avons passés là-bas. On y retrouve une interview de Caroline Grosjean, une de Zidane Boussouf et quelques mots sur Dita Kepler, mon passage à l'Epide de Belfort (grand souvenir) ainsi que quelques conseils de lecture.
Prochaine étape à Saint-Claude, dans le Jura, à la Maison du peuple La Fraternelle la semaine du 11 mai, avec présentation du travail en cours le 15 (pour plus d'informations, voyez par ici).
A suivre, donc...

(ci-dessus, photographie de Benoît Corlardelle pour les Pièces détachées)

lundi 16 mars 2015

Crossroads / 26















Ca me paraît difficile, ces jours-ci, de continuer le feuilleton Décor Daguerre. J'essaye alors de reprendre ma rubrique Crossroads, celle qui parle des projets en cours et de ce que deviennent les livres, mais même ça, je ne suis pas sûre d'y parvenir. Essayons quand même.

En ce moment, je tente de terminer Anamarseilles, entamé il y a deux ans et qui doit paraître aux éditions La Marelle, dois rendre le manuscrit à la fin de ce mois. Je "tente", en effet, car plus je cherche à simplifier, plus le texte se complique. Ce qui pourrait n'être qu'une promenade dans Marseille devient au fil des lignes une sorte de monstre - en même temps, c'est normal, me dis-je, l'anamorphose dont il s'inspire est un monstre soi-même. Bon, on essayera de vaincre !

Pour m'encourager, je pense à ces mots de l'enseignante du Havre dont les élèves étudient en ce moment Ile ronde. Certains semblent avoir très bien compris (alors que je ne l'ai jamais dit nulle part) que le texte était écrit en s'inspirant de la structure d'un jeu vidéo : on passe ainsi d'une surface plane à une autre en tombant, en sautant ; le personnage principal se métamorphose (qu''il se scinde en deux ne pose aucun problème, on en a vu d'autres), remonte dans le temps... Il y a une, voire plusieurs quêtes (délivrer le géant / se débarrasser des voix qui nous hantent / trouver sa place dans le monde). Etc. Voilà une reconnaissance qui fait du bien, il faut le dire.

Anamarseilles est également une variation pour Dita Kepler. Dita avance dans Marseille en se distordant, perturbée par ce qui cherche à lui indiquer où se rendre, à l'influencer, dessinant pour elle un chemin dans la ville. Dans l'anamorphose, la frontière entre portrait et paysage est brouillée : se laisser guider, ce ne serait pas se perdre, au contraire ?















(Dita pensant qu'elle ne pense pas, vous voyez où cela me conduit ?) (bref)

Il y a du lieu, un embryon de pensée. Il y a du corps également, et ce n'est pas un hasard. J'écris également sur le corps pour la compagnie Les Pièces détachées, ne dois pas l'oublier... Et aussi sur le bruit, projet de plusieurs mois entamé en octobre dernier (130 pages de notes à ce jour) qui avance un peu au rythme de Fenêtres.

Il faudrait continuer à chercher un éditeur pour Décor Daguerre.
Il faudrait aussi, et surtout, et ça urge, trouver de l'argent pour tenir les mois suivants. 
Il faudrait faire abstraction de tout cela pour terminer Anamarseilles.
Il faudrait...

Ca ne simplifie pas la donne, et c'est une des raisons pour lesquelles je publie moins sur ce blog ces temps-ci. Cette rubrique n'était plus actualisée depuis octobre dernier, je viens de m'en rendre compte, ce qui fait quand même un moment. Parfois on se débat, ça dure, ça dure, vole notre énergie.

jeudi 18 décembre 2014

LVIR #12

A peine rentrée de Besançon, où j'ai donc vu Dita Kepler s'incarner 



















(grâce à Vidal)

où j'ai vu comment on peut danser et écrire, écrire et danser dans un même espace



















(Vidal Mathieu Caroline Magali)

où me sont apparus le géant, la jeune fille, Franck enfant et d'autres corps encore en dialogue avec les mots et la musique



















(Mathieu, Vidal, Rémi à la guitare)

où nous avons déambulé dans Besançon sous la pluie, écouteurs ou casque sur les oreilles, tous synchronisés pour découvrir la ville, marcher, se retourner, observer un passant, entrer dans les Galeries Lafayette, entendre des extraits du Décor du même nom, se retrouver, toujours unis par ce qu'il y a à entendre, autour d'une table dans un café












(Magali et Rémi de dos, photo de Caroline Grosjean)
(et à la fin de notre bande-son commune il y avait un extrait des Anamarseilles en cours d'écriture)



















pendant que, le soir, je rencontrais un lecteur de Ile ronde dont les réflexions provoquaient en moi un véritable écho, me rassurant sur le fait d'avoir écrit ce texte et de l'avoir fait de cette façon - je n'ai presque aucun retour sur ce livre pour le moment, ce qui n'est pas toujours simple

à peine rentrée, à peine à Paris, donc, je découvre, me rappelle que pendant tout ce temps il y a eu aussi du Laisse venir en l'air. A Besançon, bien sûr (cette courte résidence ayant commencé par des improvisations à partir de mes livres déjà publiés, LV a été évoqué parmi d'autres) mais aussi :
- à Marseille, grâce à Pascal Jourdana et à Esther Salmona qui ont consacré toute une Espace fine de Radio Grenouille à notre livre, émission que l'on peut réécouter ici
- à Rouen, grâce à Pascal encore, qui l'a présenté lors d'une journée de réflexion autour de l'influence des outils numériques sur le processus artistique, intervention que voici : 



... et moi je songe qu'en cette fin d'année, LVIR n'est pas au bout de ce qu'il a à dire. Qu'il ne s'agit pas de bilan mais de rencontres nouvelles, toujours, et de perspectives réjouissantes. Que 2015 sera l'année de la danse, par exemple - entre autres !
Le projet de la compagnie les Pièces détachées, conduit par la chorégraphe Caroline Grosjean, s'appelle Diptyque. Voilà, je l'inscris ici et me dis : le travail commence.