l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 28 janvier 2018

Semaine #4 lectures


Dimanche Tout entière encore dans la joie de la veille, j'ai à peine posté l'article de la semaine précédente que j'apprends une grande nouvelle : Agnès Varda a l'intention de tourner un nouveau documentaire, dans lequel il sera question, une fois de plus, de la rue Daguerre et de Los Angeles.

Mais à peine le temps d'y penser qu'il faut penser à autre chose : la semaine prochaine, à l'invitation de Patrick Souchon, j'animerai avec Jean-Michel Espitallier et Hélène Merlin-Kajman deux jours de formation à la Maison de la poésie à destination d'un groupe d'enseignants. Il s'agira de présenter mon travail puis de proposer des ateliers d'écriture en ayant en tête un axe central, celui de la lecture. Je décide, pour mieux y réfléchir, de noter durant une semaine non seulement ce que je lis, mais aussi ce que je ne lis pas, en me demandant pourquoi, comment, dans quel cadre... Qu'est-ce qui empêche, propulse, entrave ? Quel rôle ont le numérique, les réseaux sociaux, mon propre travail d'écriture là-dedans ? Le semainier, ici-même, sera le reflet de ces questions.

C'est ainsi que lundi, je sors de l'étagère Marilyn 1962 de Sébastien Cauchon, lu à sa parution mais dont j'ai besoin pour mon chapitre consacré à Lawrence Schiller, photographe qui, à 25 ans, a pris quelques clichés bien connus de MM sur le plateau de son dernier film :



















La nuit tombe, le livre n'a pas été ouvert. Pourquoi ? C'est qu'auparavant il a fallu s'occuper de la rencontre de jeudi pour les Enjeux contemporains de la littérature, organisée par la Maison des écrivains. Il est question que je lise un extrait de Décor Daguerre. Du coup, je le relis à voix haute. Tiens, je ne l'aurais pas enregistré et posté sur Soundcloud, celui-là ? Ah mais si.

Nouvel onglet. Ouverture de Souncloud. Et puisque j'y suis, pourquoi ne pas poster une ou deux lectures effectuées lors de la nuit à la Vallée aux loups samedi ? Réécoute d"extraits de Violette Leduc, de Raymond Carver. Mise en ligne.

Et tiens, celui-là, d'extrait, il ne pourrait pas servir pour la formation à la Maison de la poésie, durant laquelle j'ai également l'intention de raconter ce qu'est un oloé ?

Marilyn, la relecture du livre de Cauchon, l'écriture s'éloignent. Je suis censée, également, aujourd'hui, lire et annoter les textes d'étudiants écrits lors d'un atelier que j'ai animé le mois passé à Clermont. Je suis également censée en écrire un. La lecture et l'annotation doivent être faites pour demain. 
Mais enfin, c'est la nuit, qu'est-ce que j'ai fait, exactement ?
Ecrit un post pour L'aiR Nu. Pas lu cet article (onglet ouvert). Envoyé sept mails. Réfléchi (à l'intervention pour la MEL, à la formation, à Marilyn, à Bruits) sans écrire - ce qui aurait sans doute été plus rassurant, pas nécessairement plus actif. Lu sur Diacritik cet article, qui m'a donné envie de lire les livres dont il est question.

J'ai aussi été regarder cette vidéo d'Arnaud de la Cotte, ce qui m'a fait penser au dernier livre de Virginie Gautier, A l'approche (qui est dans mon sac) et au fait que j'aimerais en parler, ce que d'ailleurs je ferai un de ces jours. Il faudrait que j'envoie un mail à Virginie...
Et tiens, est-ce qu'il ne faudrait pas commander et lire le livre de Lawrence Schiller, Marilyn and I ? (onglet ouvert)

Les textes des étudiants, bon sang !

Qu'est-ce que je fais là, à la place ? J'écris un texte qui me servira de support pour la formation de la semaine prochaine. Ah oui. Si je continue à l'écrire, je ne vais jamais lire...
(bien entendu, cet article est faussé, car je fais également des choses que je ne raconte pas, au lieu de lire)




















mardi Lu et annoté les douze textes des étudiants, dont deux dans la salle d'attente du dentiste ; relu le chapitre sur Lawrence Schiller dans le métro (note : ce photographe ne m'inspire pas, sans doute la raison pour laquelle à chaque lecture je ne retiens rien) ; acheté dans la librairie d'occasion qui ferme, près du cabinet médical, Exquise Louise d'Eugène Savitzkaya (commencé dans le métro), et L'Explosion de la durite de Jean Rolin. Une embrouille sur le quai de Barbès a fait cesser ma lecture de Louise. Trop de monde, trop de bruit.
J'ai pensé qu'il fallait penser aux 36 secondes de vendredi : que lire ?
Et les articles pour Bookwitty, alors ?
(misère...)

mercredi : je poursuis la lecture de Claustria de Régis Jauffret dans le métro plus longtemps que prévu car un acte manqué (croire avoir perdu son agenda, tiens donc) me contraint à de nombreux allers retours. J'emporte Claustria quand je veux un livre qui me tient (la claustration me fascine, pour des raisons littéraires et extra-littéraires) et que je trouve facile à lire. Je ne le prends pas quand j'ai trop de choses dans mon sac, ou mal au dos d'avoir porté trop de choses...




















jeudi : Je lis A l'approche de Virginie Gautier dans le RER A, livre qui s'y passe, justement, en me rendant à Nanterre Université aux Enjeux, où j'interviens avec Delphine Bretesché. Comme j'ai envie de faire de cette journée une page pour L'aiR Nu, je lis à haute voix et enregistre directement sur le quai du RER un extrait, sans que personne ne bronche.
















(découvert il y a quelques temps que Virginie avait mentionné discrètement dans son texte les deux corps de A même la peau. Ne pas lire cet extrait à haute voix mais s'en souvenir, sourire en  grimpant dans le wagon)

Avec Delphine, nous voulons enregistrer les 36 secondes à Nanterre (car oui, j'ai trouvé que lire, ou plutôt qui faire lire !), mais nous n'en avons pas le temps. Ce sera pour le lendemain matin, à l'étage du Café de la mairie où Perec épuisa son monde.



















vendredi 9h20 Delphine Bresteché lit donc deux extraits de Bureau 114 dont nous avons eu l'exclusivité à Nanterre la veille. J'ai bien du mal à ne pas rire quand elle "incarne" Maud la coiffeuse québécoise (je ne m'étais pas retenue hier !). Derrière nous, une jeune femme travaille sur son ordinateur. J'ai peur que nous l'ayons gênée mais, au moment de quitter les lieux, elle nous dit que non, qu'au contraire elle est contente d'avoir assisté à cet enregistrement impromptu.
Avec Delphine, nous passons notre temps à nous réjouir, à être heureuses d'être là.
Je la quitte au Vieux Colombier où les Enjeux se poursuivent pour retourner plancher sur ma formation.



















La formation de la semaine prochaine ? Oui, certes, il faut y penser. Cependant, avant, le samedi, j'anime un atelier d'écriture. Quels auteurs choisir ? Ce sera Xavier de Maistre (Voyage autour de ma chambre) et Lucien Suel (Ni bruit ni fureur). J'entame également la lecture de Voyages et autres voyages d'Antonio Tabucchi pour ce même atelier, à rendre bientôt à la bibliothèque.

Mais dis donc, il faudrait peut-être revoir un peu ce que tu vas lire de A même la peau et des Oloé aux enseignants lundi et mardi ? me dis-je.
Impossible : saturation.
Je n'écris pas depuis un certain nombre de jours, ça commence à courir, à porter sur les nerfs, ce manque.
Voilà qui me rappelle Bougé(e) d'Albane Gellé, l'extrait choisi lors de la nuit de la lecture.
Je n'écris pas. A la place, j'écris cet article.
Il faudrait aller renouveler la carte de bibliothèque. A Villon. En rendant Tabucchi. Pas fini, à peine commencé.
Villon : bibliothèque où j'animerai bientôt un atelier.
Pour lequel il faudrait...

Saturation.













jeudi et samedi, retourner à la galerie où l'exposition de Mathilde Roux se termine, y entendre Cécile Portier y lire un texte qui commence par l'évocation du faux plat, se poursuit par celle des bruits du monde.
La barre est haute, grande la stimulation.

vendredi 17 juin 2016

Ce qu'on dit parfois de soi en atelier d'écriture

Elizabeth Legros Chapuis m'a demandé d'écrire un article pour la revue La Faute à Rousseau de l'APA (Association Pour l'Autobiographie), qui paraît ces jours-ci. Le thème du numéro est le suivant : ateliers d'écriture, ateliers d'édition. Avec l'accord de l'APA, que je remercie, tout comme je remercie Elizabeth de son intérêt pour mon travail, voici le texte que j'ai proposé. Il s'agit d'une petite synthèse, plutôt destinée à des lecteurs qui ne suivent pas ce blog, mais que je suis néanmoins contente de poster ici.



L'espace de l'atelier est-il propice à l'écriture autobiographique ? Je ne sais pas si la question se pose, du moins en premier lieu. Ce qui compte, je crois, c'est d'abord de savoir si cet espace est propice à l'écriture tout court et ce, pour des gens qui ont déjà le goût d'écrire comme pour ceux, mais oui, qui sont obligés d'être là, captifs durant deux heures, méfiants ou indifférents peut-être à l'origine.

Collèges, lycées, médiathèques, musées... J'anime depuis six ans des ateliers d'écriture de façon régulière sans que cela soit devenu mon métier. Écrivaine, ce sont les résidences qui m'en ont donné l'occasion : elles comprennent souvent une part dite de médiation, 30% de son temps et voilà l'atelier qui s'en vient, parfois pour une seule séance, parfois de façon continue. Souvent, il s'agit de se retrouver en établissement scolaire devant une classe entière, dans la salle habituelle du professeur. Autant dire qu'il n'est pas simple alors de créer un écart, de favoriser les conditions dans lesquelles des adolescents vont laisser surgir quelque chose d'eux-mêmes. Et pourtant, presque toujours, cela a lieu. 



Est-on prêt, a-t-on été formé à exercer ce rôle d'animateur, quand on écrit ? Pas nécessairement. Ce qu'on a pour soi, c'est simplement son expérience, les lectures qui nous ont forgé-e-s, la reconnaissance de cette part d'énigme qui surgit dès que la phrase se forme et qu'il faut savoir accueillir. Je crois qu'il ne faut pas hésiter à expliquer qu'on repart soi-même de zéro à chaque nouvelle tentative. Que l'expérience est moins liée à une série de "trucs" qu'on mettrait en place qu'à une bagarre avec la langue, avec ses propres stéréotypes, travail constant d'oscillation entre disponibilité, ouverture d'esprit et reprise en main du texte. L'atelier, ce type d'atelier en tout cas, est d'abord le lieu du premier jet, de ce qui nous vient à partir d'une consigne et qu'il n'est pas temps encore de censurer. C'est aussi a posteriori le lieu de l'écoute, celle du texte des autres et du sien, écoute dont l'intérêt est non pas d'engendrer un jugement mais de comprendre comment la circulation d'une image, d'une idée à l'autre est possible ; à quel point on n'écrit pas seul-e, même à avoir le plus grand besoin de solitude, de repli. Ce qui reste fascinant, c'est que cette circulation n'exclut pas la singularité, au contraire.


 

Que dit alors de soi ce qu'on écrit en atelier ? Souvent beaucoup de choses. Que la contrainte soit issue d'un ouvrage de fiction, d'un poème ou d'un texte autobiographique, qu'on en passe ou non par le je, accepter de se livrer à l'exercice nécessite une mise en confiance et une prise de risque qui, dès que le pas a été franchi, invitent à creuser ce qui nous appartient en propre, à ne pas se contenter d'un texte de surface destiné à répondre à une demande extérieure. 
Il y a un désir d'authenticité plus immédiat peut-être chez les participants lorsqu'ils sont adultes et ont fait le choix de venir mais peu importe, au fond. Le texte n'est pas l'enjeu d'un discours, pas plus qu'il ne se confond avec le pur journal intime. Proposer un angle de vue, une piste commune a pour ambition d'éviter ces écueils. A ce titre, il nous importe de rester à l'affût, d'imaginer des dispositifs susceptibles de provoquer en face une certaine surprise, d'éviter la routine et les pré-supposés. Ainsi n'ai-je pas exactement suivi la proposition initiale d'enseignants, celle de faire écrire des SMS à des élèves en très grande difficulté. Une fois mis en confiance, ceux-ci ont préféré écrire long, très long, au grand étonnement de tous. Ainsi ai-je au contraire tenté d'exploiter au maximum le thème imposé d'une série d'ateliers destinés au milieu professionnel : celui de la tenue de travail. Vêtements mais aussi postures du corps, positions dans l'espace, dédoublements... Tout cela m'a obligée à inventer des exercices dont je n'aurais pas eu l'idée.




Le numérique, dont je n'ai pas encore parlé, peut être ici d'une grande aide. S'il se réduit parfois à la création d'un blog post-atelier, rien n'empêche de l'utiliser pour proposer de nouvelles formes. La rédaction de textes issus d'une navigation dans Google Street View peut donner des résultats étonnants, invite à explorer des lieux inconnus mais également familiers, permet d'effectuer des retours dans le passé, par exemple.

De la lecture à la publication en ligne, il est possible de conjuguer ces éléments. Je voudrais ici en donner un seul exemple détaillé. Avec L'aiR Nu, nous avons mis en place un module de trois jours qui invite à lier le lieu, la lecture, l'écriture, le son et le code informatique. Le déroulé est le suivant : les participants sont d'abord invités à une déambulation littéraire, au fil de laquelle ils lisent eux-mêmes à voix haute des textes sélectionnés à partir d'un thème. Il s'agit de découvrir ou de redécouvrir un espace (quartier, bâtiment...), des textes, des auteurs et le groupe en lui-même. Sans doute est-il alors déjà question de commencer à mesurer l'effet que tout cela produit sur soi. Cette lecture est enregistrée au fil de la balade : aux textes se mêlent des éléments sonores, pluie, bruits de voitures, etc, ce qui n'est pas forcément anodin, permet de matérialiser un premier lien.




Le deuxième jour a lieu l'atelier d'écriture, puis la création du site web. Nous proposons un ou plusieurs exercices en fonction de certains des textes lus la veille. Ainsi, à Strasbourg, lors du récent festival Les Racontars du numérique, avons-nous invité les participants à écrire à partir d'un passage de Bougé(e), d'Albane Gellé dans lequel elle « résume » sa vie amoureuse depuis l'enfance en concluant presque abruptement par la recherche d'un lieu où vivre avec celui qu'elle surnomme son « immense love ». Le thème proposé, le lieu des commencements, a permis tout aussi bien aux participants d'extrapoler (réinvention de sa propre naissance), d'interroger la langue et la frontière (évocation d'un voyage), que de convoquer le présent (la première Nuit debout avait eu lieu la veille à Strasbourg, l'auteur du texte y avait assisté). Autant de façons de s'emparer du thème pour parler ou non de soi, de se libérer d'une forme a priori autobiographique pour, peut-être, évoquer les enjeux qu'il soulève de façon moins clairement identifiée mais résolument personnelle. Il me semble que la marche et le partage, la veille, tout comme la réalisation par les participants eux-mêmes du site après l'atelier d'écriture, concourent à cet allègement. Ce site, dont la réalisation est accompagnée par Joachim Séné, écrivain et informaticien, est conçu comme un prolongement de l'atelier. Il inclut les textes lus lors de la déambulation comme ceux des participants, invite ces derniers à inventer un parcours, qu'il soit géographique ou par mots-clés : autant de façons de s'autoriser à écrire un récit puis à le transmettre. On entre alors en soi, écoute les autres et s'expose dans un même mouvement.

*
Les photos ci-dessus proviennent toutes d'ateliers d'écriture : les trois premières ont été prises au Louvre, où j'ai animé des ateliers en compagnie de Cécile Portier, Pierre Ménard et Joachim Séné en 2014, comme on peut le voir ici. La quatrième a été prise dans le même cadre mais au Grand Palais, lors de l'exposition Bill Viola. La dernière, enfin, représente la serre du jardin botanique, où nous avons entendu le texte d'Albane Gellé.

lundi 25 janvier 2016

L'écriture invisible

La vie matérielle : je suis en train de passer d'un ordinateur à l'autre, de quitter le vieux netbook acheté en 2009 avec l'argent du festival de littérature de Deauville qui m'avait accueillie pour Cowboy Junkies (soyons précis). Je copie donc mon dossier appelé écriture pour le transférer sur le nouvel ordi, soit 5098 éléments, paraît-il.

Je sais que j'écris davantage que ce qu'on peut en voir, et cela fait plusieurs jours que j'ai envie de rédiger un article sur ce qui n'apparaît pas, en tout cas pas maintenant, existe quand même, oui mais sous quelle forme, etc. Avant de m'y mettre, je regarde le contenu du dossier écriture que je suis en train de copier. Outre les multiples versions de tous les manuscrits (Franck, Décor Lafayette, Décor Daguerre...), les parties Ateliers, Résidences, L'aiR Nu et un certain nombre d'inédits, je trouve : 
- un vieux dossier reprenant le contenu de l'ordinateur précédent (début des années 2000) #miseenabîme
- de la documentation jamais lue sur "comment accueillir un écrivain en résidence" (j'ai déjà un avis sur la question)
- des photos de Richard Widmark
- un "Nouveau dossier" vide depuis le 29 janvier 2014
- tiens, un petit montage de textes pour Cécile Portier sur le thème de la marche en ville, que je suis très contente de retrouver. Si contente que le voici :


 

Quitter le terrain

La neige ne tombe plus, craque encore et nous jouons dans la lumière entre les phares et les portières. Nos parents dans les caravanes, les bonbonnes de gaz dans la soute, tout pose.
Notre ville de lumière nous tient chaud
Notre ville de lumière nous retient
Je cours en mâchant des cheveux
un peu plus loin dans l’ombre un enfant me suit
ou même deux

Les mômes, ne quittez pas le terrain
Les mômes n’allez pas à la ville

Mais nous allons quand même
La bruyère, les plates-bandes, la route
Qui nous rassurera ?

Vivre là, extrait de Bruits, roman en cours

Courir

On court, on court, la grande et la petite, quoique pas si petite, la petite, grande pour son âge, même. On court, la mère et la fille, et main dans la main je crois bien, pour aller regarder Les Demoiselles.
J'ai le souvenir de pavés, de trottoirs, d'une place qu'on traverse, le soir tombe, on contourne et on se précipite, vole presque, bientôt 20h30 le film va commencer.

On file, on file, deux silhouettes à manteaux, cheveux longs, l'une blonde l'autre brune, si vite qu'on dirait dans un couloir des hirondelles, sur un toboggan des sauterelles, deux super héroïnes propulsées par le vent ou montées sur ressorts, celle d'une boite à musique et poupée en tutu. Dans cette course en ville une joyeuse mécanique, voir ce qui intrigue, l'inconnu (mais de quoi elle me parle ? qui sont ces demoiselles ?).

Ah oui, il y a de la joie dans ce démarrage en flèche : enfin on est parties.

Mes demoiselles, texte inédit (extrait)


Suivre quelqu'un

Je te suis. Si tu le sais ou non, je l'ignore. Si tu détectes mon pas je ne pourrais le dire. Tu marches droit encore, allure au ralenti mais on peut présumer que tu sais où tu vas, mains dans les poches, nuques et dos raides. Ou plutôt non. Tu te penches déjà, à l'arrêt, au feu rouge, demandes quelque chose, l'autre ne répond pas. Tu t'agaces et oublies dans la nuit qui s'annonce. La rue par ses contours commence à s'estomper, poste, gare, voies et rails tandis que la station-service, néons offerts, prend position. Piéton, tu t'y diriges. 
(je me cacherais presque mais dans quelques instants ce ne sera plus la peine, tu ne verras plus rien. En tout cas je le crois, je ne suis pas à ta place mais)
Tu entres. La boutique vend de l'alcool jusqu'aux premières heures, y fait sa pelote, argent et conséquences qu'un jour elle n'assumera plus. Je sais ce que tu achètes. Je le saurais les yeux fermés. Te voilà ressorti, déjà plus indistinct, bras et jambes morcelés que la nuit dépareille – à quelques mètres à peine c'est toi, ce n'est plus toi devant la gare de l'Est, dans la rue Saint-Martin. Tu t'ébruites, t'émiettes. Autour le monde s'écarte et tu prends trop de place, gesticules et tu cries, et tournes sur toi-même. Sauf à te protéger pourquoi te suivre encore ?
(qui peut imaginer maintenant où tu vas)

Te suivre, texte paru dans la revue d'ici là


















Le premier de ces trois extraits, Vivre là, est issu d'un roman, Bruits, que non seulement je n'ai jamais terminé mais dont j'ai utilisé le titre pour écrire un second texte durant 365 jours l'an dernier, qui n'est pas un roman et dont je n'ai encore rien fait. Je m'aperçois à l'instant que ce premier Bruits (le roman), ah merde, mais j'y tiens beaucoup, en fait, il faudrait vraiment que je m'y remette ! Selon mon vieux dossier écriture (celui de l'ordinateur qui précède le précédent), la dernière fois que j'ai touché au texte, c'était en 2004. Et, hum, Vivre là est en ligne sur remue.net... à l'époque où il s'agissait encore du site de François Bon ! Pour une conférence que je dois animer mercredi à Evry, je suis depuis quelques jours en pleine exploration du web des années 90-2000. Eh bien voilà. Nous y sommes.

Le second extrait, vous l'avez peut-être déjà croisé : il appartient à la série Mes demoiselles, que j'avais postée ici même et qui, en réalité, est un des feuilletons qui constituent Décor Daguerre (Demy Varda etc). 

Le troisième est un texte paru dans la revue dirigée par Pierre Ménard, d'ici là, originellement écrit pendant un des ateliers qu'il a menés à l'espace Château Landon en 2010. Ceux qui ont lu Franck auront peut-être reconnu une parenté avec mon livre (c'est le cas). La revue d'ici là, autrefois payante, est désormais en accès gratuit. Autant dire qu'en fait, ces trois textes retrouvés étaient à la fois et depuis longtemps sur le disque dur de mon / mes ordinateur(s) et quelque part en ligne. Mais où ? Et comment les atteindre, en général ? Et pourquoi les exhumer, soudain ? Et les autres, alors, tous les inédits qui restent éternellement dans le dossier écriture, qu'en faire, si je les aime encore ?

L'écriture invisible, c'est en partie cela, je crois : ce qu'on a oublié. Ce à quoi on s'est voué corps et âme à une époque (mais vraiment) et que, malgré tout, on n'a pas terminé. Qu'on a délaissé pour passer à une autre forme, qui elle a trouvé une fin. Qu'on ne peut plus relire à cause d'un seul refus (c'est le cas de mes poèmes pour la route, dont trois sont parus en anthologie, pourtant). Qu'on n'a jamais eu le courage d'envoyer en lecture, parce que sûr-e à l'avance de ne pas trouver la bonne case. Qu'on ne met pas en ligne pour autant - et là, je me demande pourquoi.
Je me dis que mon désir d'être lue, s'il existe bien, est toujours second, il n'y a rien à faire. Le désir premier, c'est d'écrire. Etre lue n'est pas, chez moi, le moteur principal et c'est sans doute un handicap. Un manque, une faiblesse. Etre lue est pourtant essentiel si je veux continuer à écrire, et je suis très loin d'être indifférente au fait de ne pas l'être, ou pas assez (il n'y a qu'à voir l'effet que me fait le manque de réaction face aux parutions d'Ile ronde ou d'Anamarseilles. Je n'en parle pas ici mais c'est évidemment très difficile). Pourquoi je ne mets pas en ligne tous ces inédits si j'y tiens toujours, par exemple, sans parler des les faire parvenir à un éditeur ?


















Réponse : parce qu'entre temps je suis passée à autre chose. Je me dis que j'aurais toujours le loisir, un jour, de revenir en arrière et ce n'est jamais le cas. Il y a toujours un, deux, trois, quatre nouveaux projets droit devant. Mais du coup, rien ne fructifie. J'écris tout le temps et c'est presque tout ce qui se passe. C'est trop d'efforts pour le résultat obtenu, ça ne va pas. 
Certes, me dira-t-on, mais c'est normal, puisque tu ne prends pas en compte (ou pas assez, en tout cas) le fait d'être lue au moment même où tu écris. C'est assez vrai. Je ne le prends parfois pas en compte du tout. Parfois un peu quand même. Mais jamais énormément, c'est certain. Ce qui m'intéresse, au moment où j'écris, c'est d'aller chercher du neuf, pas encore de savoir comment je vais le communiquer. 
(tout cela est dit grossièrement, c'est évidemment plus complexe, mais j'ai besoin d'avancer)

L'écriture invisible, c'est aussi autre chose : l'écriture en carnet, sous format papier de ce qui pourrait s'écrire sur ce blog. J'ai bien conscience, depuis un moment, de ne plus écrire dans cette interface. De proposer simplement des informations sur ce que, par ailleurs, vous ne pouvez pas lire : par exemple, sur Diptyque, une pièce chorégraphique que non seulement vous n'avez pas vue, mais qui ne fait entendre qu'une petite partie de ce que j'ai écrit. Or, quand la chorégraphe Caroline Grosjean m'invite à noter mes réflexions à partir de notre expérience commune, qu'est-ce que je fais ? Je commence par utiliser un carnet, et non me servir de mon blog. Mais pourquoi, enfin ? Je ne sais pas. Sans doute la beauté du carnet et le fait qu'il s'agisse d'un cadeau me poussent-ils à agir ainsi : ce sont des propulseurs. Mais tout de même.

J'ai écrit De la ville au Loing (le texte pour la résidence de L'aiR Nu) sur un carnet bleu, que j'ai ensuite recopié et retravaillé au clavier avant de lire à voix haute et d'enregistrer le texte tapé pour l'envoyer aux autres membres du collectif sans le leur donner à lire.
J'écris sur un cahier rouge un journal de mon nouveau livre lié à la figure de Marilyn Monroe alors que je n'ai plus avancé sur le texte depuis un moment.
J'ai entamé le texte consacré à Diptyque sur le beau carnet. 
Et être lue, alors ? Où et quand et comment ? Ce n'est pas que le sort de mes textes ne m'intéresse pas, au contraire. C'est bien pour donner une chance au livre que j'ai enregistré l'intégralité d'Anamarseilles. Que faire de plus, de mieux ?
Je réfléchis.
Et me demande :est-ce que tout cela parlerait à quelqu'un ? 


*
(ce propos est sans doute à suivre)
(quant aux, photos, elles sont tirées du dossier gigogne écriture, où je ne mets normalement pas d'images. Je crois que celle de Fenêtres à la vitre est d'Emmanuel Delabranche et que la première vient d'une exposition sur les ouvriers en grève de l'usine Chaffoteaux, dans la région de Saint-Brieuc. Les gravures sont des illustrations du Petit Poucet et de La Belle au bois dormant)

dimanche 22 septembre 2013

chantiers et passerelles




















Thierry Beinstingel et moi nous nous connaissons depuis quelques années et discutons régulièrement de nos chantiers en cours. En quoi les questions que nous nous posons quand nous nous voyons, sur la fiction, l'état de personnage, la notion de décor, etc., peuvent-elles influer sur ce que nous écrivons ensuite ? En quoi nos recherches séparées peuvent-elles se croiser, se rejoindre, sans même qu'on l'ait su dans nos livres à venir ? C'est un peu ce que nous avons tenté de comprendre, au moins d'illustrer, en proposant vendredi dernier au centre Cerise une lecture croisée de six ouvrages différents : Franck et Avant Franck, d'abord, avec un extrait d'un passage situé dans le quartier de la Chapelle pour moi et à la gare de l'Est pour lui ; Décor Lafayette et Ils désertent, ensuite (livres que nous avons écrit en même temps), avec apparition d'une vieille dame de cent ans et d'une chef d'équipe très énervée ; (nom de code du prochain roman de Thierry) et Décor Daguerre, enfin, avec, en vrac, des fouilles, un musée, le chantier des Halles en 75, des cols pelles à tarte, une bille, une bulle, Emma Bovary et Rimbaud.

Nous referons cette lecture (ou peut-être une autre) en novembre à côté de Nantes. D'ici là, le terrain de jeu aura je l'espère continué de s'étendre. 















A ce propos, remue.net a repris sa mise en ligne des Pecha Kucha sur ce thème qui avaient eux aussi fait l'objet d'une soirée à Cerise (mémorable, en tout cas pour moi !).
Avaient déjà été présentés avant l'été ceux d'Emmanuel Delabranche, de Juliette Mezenc et de Mathilde Roux. Depuis, est apparu La course à l'échalote de Cécile Portier et l'on attend incessamment celui d'Olivier Hodasava (merci à Guénaël Boutouillet). 

Quant au mien (de Pecha Kucha), je le présenterai à nouveau mardi soir à la BNF au grand auditorium lors du festival intitulé Chercher le texte. Toutes les informations concernant ces 6'40 de projection et de lecture sont ici
Juliette Mezenc, elle, sera à la BPI du centre Georges Pompidou demain soir, également dans le cadre de ce festival, pour une performance avec Stéphane Gantelet intitulée Le dossier est vide. Et l'on pourra voir et écouter Cécile Portier mercredi 25 au Cube, à Issy-les-Moulineaux, pour Etant donnée.

*

(photos prises sur le terrain de je/u)

mardi 19 mars 2013

Pecha Kucha jeudi prochain au centre Cerise















Qu'on se le dise : jeudi soir, au café Reflets du centre Cerise, 46 rue Montorgueil, à Paris, pour la seconde soirée de ma résidence j'inviterai cinq auteurs à lire et à projeter des photographies sur le thème du terrain de je/u. La forme ? Le Pecha Kucha : 20 photos projetées 20 secondes chacune, soit 6 minutes 40 par personne pour faire entendre sa voix, nous entraîner ici ou ailleurs...

Ces auteurs, photographes, blogueurs, plasticiens et que sais-je encore sont :
Emmanuel Delabranche http://apeineperdue.blogspot.fr/
Juliette Mezenc http://www.motmaquis.net/
Mathilde Roux http://www.mathilderoux.fr/
Cécile Portier http://petiteracine.net/wordpress/
et Olivier Hodasava http://dreamlands-virtual-tour.blogspot.fr/

Bienvenue !

jeudi 20 janvier 2011

Dix ans de remue.net : comme si vous y étiez















Pour savoir comment c'était, samedi dernier, à la médiathèque Marguerite Duras, lors des dix ans de remue, il suffit de se laisser porter : par Thierry B. qui s'étonne, par Maryse H. qui, de la salle, recueille et sème, par Cécile qui, sur la photo, s'apprête à lire ce texte ; par Philippe de J. qui, de sa voix cassée, dira du mal de la structure blog un peu comme il le fera à France Culture le lendemain (ou la veille...) ; par l'hypnotique vidéo de Pierre Ménard pour présenter la revue d'ici là, projection qui ne fonctionnera pas mais que l'on pourra découvrir sur Liminaire (le lendemain aussi) ; par les questions que se pose Joachim Séné sur Ratures ; par deux phrases pour un anniversaire ; par les contributions de ceux de la photo qui se retrouveront bientôt dans une rubrique de remue que voici ; en prenant, ou non, l'ascenseur avec Sébastien Rongier ; par les mots de Fred Griot ; par ceux de François Bon ; par ces incroyables lectrices en public que sont Claude Favre, José Morel Cinq Mars, Sereine Berlottier (et la voix Chantal Anglade) (et Dominique Dussidour et sa grande écharpe, et Philippe Rahmy, absent si présent...).

Je me souviendrai surtout d'avoir vu, embrassé des amis.

Et je n'oublierai pas, à l'avenir, de me méfier du potentiel comique de Thierry Beinstingel, avec lequel j'ai fait une lecture croisée lors de la table ronde : je crois qu'elle a été enregistrée. Si c'est le cas, vous comprendrez rapidement ce que je veux dire...

vendredi 1 octobre 2010

Reculer d'un pas, de Cécile Portier










Un train arrive à quai. Il est lent déjà, mais quelque chose de la vitesse accumulée est encore à l’avant : un souffle, une haleine, un appel. On regarde les roues, les rails. Il y a cette énorme masse qui arrive, qui renâcle à stopper, mais ce qu’on regarde c’est dessous. On regarde dessous parce que c’est de là que se met à hurler la vitesse accumulée. Ca hurle, ça grince, et on se dit, pour que le grincement cesse il faudrait que quelque chose vienne nourrir ce baiser trop sec, métal des roues sur métal des rails. Un corps, par exemple, un corps étoupe étoufferait ce cri, cet appel de la vitesse à se faire nourrir encore de quelque chose.
Un train arrive, il arrive toujours vers soi.
Un train lancé à pleine vitesse ne nous concerne pas, ne nous demande rien. File file dans le loin, dans le rien.
Mais celui qui vient comme ça, s'épuiser à nos pieds... Ce serait comme une compassion qu'on lui devrait.
Un train qui arrive est fait pour le prendre. Il a cette manière, persuasive, de nous en indiquer une différente de celle qu'on avait prévu. Il creuse sous lui, dans la lenteur, la possibilité d'un nid où se jeter.
Sans désespoir, et par pure inattention, pour faire plaisir en quelque sorte, pour répondre.
Alors, reculer d'un pas.

(Nous n'avons plus de mât, nous n'avons plus de cordes, et nos sirènes, ma foi, sont bien peu girondes)


Texte de Cécile Portier, qui prend ma place comme je prends la sienne, en ce premier vendredi du mois, jour des vases communicants.


Les autres participants (merci à Brigitte Célérier pour le recensement) :

François Bon http://www.tierslivre.net/ et Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/

Michel Brosseau http://www.àchatperché.net/ et Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/txt/

Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/ et Christophe Sanchez http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/

Christine Jeanney http://tentatives.eklablog.fr/ et Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/

Juliette Mezenc http://juliette.mezenc.over-blog.com/ et Louis Imbert http://samecigarettes.wordpress.com/

Michèle Dujardin http://abadon.fr/ et Jean-Yves Fick http://jeanyvesfick.wordpress.com/

Guillaume Vissac http://www.omega-blue.net/ et Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/

Marianne Jaeglé http://mariannejaegle.overblog.fr/ et Jean Prod'hom http://www.lesmarges.net/

David Pontille de Scriptopolis http://www.scriptopolis.fr/ et Running Newbie http://runningnewb.wordpress.com/

Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/ et Gilda http://gilda.typepad.com/traces_et_trajets/

Matthieu Duperrex d'Urbain trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/ et Loran Bart http://leslignesdumonde.wordpress.com/

Geneviève Dufour http://lemondecrit.blogspot.com/ et Arnaud Maisetti http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique1

Jérémie Szpirglas http://www.inacheve.net/ et Jacques Bon http://cafcom.free.fr/

Maryse Hache http://www.semenoir.typedpad.fr/ et Candice Nguyen http://www.theoneshotmi.com/

Nolwenn Euzen http://nolwenn.euzen.over-blog.com/ et Olivier Beaunay http://oliverbe.blogspirit.com/

Lambert Savigneux http://aloredelam.com/ et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/