l'horloge de la gare de Chartres

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mercredi 30 novembre 2011

Dans le magasin à fiction

Il s'appelle magasin de fiction mais je dis à, je dis même magafiction, finirai par le quitter, alors avant, ces phrases happées au vol.















Christian Prigent Commencement

Premier matin par où commencer bonjour mes beautés. Un pied puis l'autre dans la descente du ciel en peau de lit c'est en poil d'ours qu'est ma pensée j'ai chaud d'une crasse de nuit bonjour mes beautés par où démarrer. Une brosse à dents et des savons c'est peu pour les calculs formels du jour, le temps voué à l'action, la perfection de la conjugaison. Je descends du lit, je sors fripé de la peau de nuit.

Jean Rolin, L'Organisation

A la fin du mois de décembre, comme les fêtes approchaient, je pris la décision de me suicider si, à cette occasion, je ne me trouvais pas une fiancée.


William Faulkner Le Bruit et la fureur

Je continuai ma route. Puis je me retournai. Elle était derrière moi. - Tu habites par ici ? » Elle ne répondit pas. Tout en mangeant, elle avançait à mes côtés, sous mon coude pour ainsi dire. Nous continuâmes. Tout était calme.

Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein

Elle dort toujours, dans la même position. Il y a une heure qu'elle dort. La lumière penche un peu. Ses cils font une ombre. Il y a un peu de vent. Sa main est restée à l'endroit où elle s'est endormie, un peu plus enlisée dans le sable, on ne voit plus ses ongles.

Annie Ernaux, Se perdre

11 heures moins 10. Cela fait quarante minutes qu'il est parti. Ranger. Désespoir de tout cela, je veux dire du bonheur et de la perte. Vie stupide, évidemment.

Samuel Beckett, Comment c'est

tout ça entre autres choses tant d'autres mal dites mal entendues mal retenues à seule fin que soit possible blanc sur blanc trace de tant et tant de mots mal donnés mal reçus mal retrouvés mal rendus et à qui l'oreille dans ces conditions le don de comprendre le souci de nous les moyens de noter quelle importance

Eugène Savitzkaya, En vie

Rien d'extraordinaire ne se produira. L'extraordinaire n'aura pas lieu. Ou alors il a déjà cours, progressif comme un épanouissement ou un étiolement et fondu dans la vie courante comme une feuille dans le feuillage, et l'appréhender c'est comme décider de distinguer cette feuille parmi toutes les autres, d'en préciser la forme, la position sur la branche, le bord dentelé, la couleur changeante et d'en suivre les métamorphoses, jour après jour, jusqu'à sa chute sur terre et sa transformation en humus ou en cendre. Ainsi, une fois pour toutes, on aura vu l'extraordinaire tomber et se dissoudre dans la terre commune et y perdre ses principales caractéristiques, son apparence, ses raisons d'être.

Nathalie Sarraute, Entre la vie et la mort

Les mots maintenant sont comme des particules d'acier qui viennent s'aligner le long des contours aimantés d'un dessin. D'une forme gravée en lui depuis longtemps. D'elle irradie une certitude, un apaisement.

mardi 29 novembre 2011

Vendredi, 19h, Tapage nocturne à la librairie Longtemps















19 heures, c'est un peu tôt pour un tapage nocturne ? Pour venir fêter la parution du dernier recueil des éditions Antidata, non, je ne crois pas.
Rappel : la librairie Longtemps (star des requêtes de ce blog) est située 22 avenue Mathurin Moreau, métro Colonel Fabien, ligne 2, à côté du siège du Parti Communiste. Elle jouxte une boulangerie qui tente d'implanter la machine à pain du nouveau millénaire et dont la précédente vendeuse faisait une thèse sur Proust.














(on aura compris que je suis légèrement du coin)















S'il y aura des lectures ? On verra. A boire, c'est certain.
Tapage nocturne compte quinze nouvelles sur la nuit écrites par Tatiana Arfel, Cécile Coulon, Christophe Despaux, Sébastien Gendron, Jean-Claude Lalumière, Malvina Majoux, Gilles Marchand, François Martinache, Olivier Martinelli, Stéphane Monnot, Olivier Salaün, Christophe Ségas, Vincent Séguret, Jean-Baptiste Seigneuric et la régionale de l'étape, comme on dit...
A découvrir vendredi.

mercredi 23 novembre 2011

Autour de Franck journal, #5

un twit de Pascal Jourdana







une présentation sur le blog d'ePagine en compagnie d'autres livres 100 % numériques par Christophe Grossi 







et l'ensemble de Christine Jeanney dont j'ai déjà parlé, #en vues fugitives, Franck / Anne qui comprend maintenant cinq textes. 
Dans le premier nous marchons, dans le deuxième nous dessinons, dans le troisième sommes séparés, dans le quatrième il tombe, dans le dernier il s'agit de résister.
(et dans ce nous sommes deux, sommes trois, sommes tous il me semble)










Grand merci à eux de leur soutien. On sait que la vie des livres est difficile, celle des numériques plus encore. Chaque signe est précieux.

mardi 22 novembre 2011

Vers le jardin école

Où l'écriture peut conduire, en quels points du monde, vers quels visages, voix, êtres vivants et paysages, est une question que je ne cesserai jamais de me poser.














Ici, ce matin, ce serait se rendre au Canada ? Non, mais c'est ce qu'inspirent les fenêtres du lycée horticole de Montreuil, tout en haut de la ville, où je vais aller animer quelques séances d'atelier d'écriture cet hiver.















Merveille de merveille : des serres partout.
































(ce lieu est fait pour moi : ne pas le dire, ne pas l'écrire, par superstition)


















Puis se laisser conduire vers le jardin-école, dans la rue du même nom.



























Collecter des trésors.

mercredi 16 novembre 2011

Autour de Franck journal, #4















J'envoie des mails pour dire qu'il est paru, on me répond ou non. Peut-être ces messages donneront-ils lieu un jour à de nouvelles rencontres ? Peut-être pourrons-nous, dans une ville, dans une autre, reprendre cette lecture croisée ? Et écrire sur ces villes, qui sait ? 

Où ce nouveau texte peut-t-il donc mener ?

Dans la fiction nantaise, dans l'ailleurs de mon livre et ce 17 septembre qui se trouve partout, Christine, elle, poursuit

(photographie : par la vitre. Ne pas s'être arrêté-e à Nantes)

mardi 15 novembre 2011

Aux Folies, quand il parlait d'Hubert Nyssen



















Je me souviens de la place que nous occupions, lui et moi, ce jour-là, aux Folies de Belleville : juste à côté de la table d'où parfois, tôt le matin, je regarde aujourd'hui les camions, les cyclistes grimper en direction de la rue des Pyrénées. 
C'était l'après-midi. Pourquoi nous être retrouvés là, alors que nous passions tout notre temps à la Sorbonne ? J'habitais Jourdain, oui, mais lui ? A Télégraphe, peut-être, il me semble que ça me revient. Partage de la ligne 11 qui relie Les Lilas à la station Châtelet, entraîne au centre-ville vers le quartier Saint-Michel (les PUF, Gibert, la librairie Compagnie, qu'il vénérait, le Champo et l'Action Christine). C'était avant qu'il ne réussisse les concours, ne devienne professeur, n'achète une maison au milieu des champs.

Nous étions étudiants en lettres et voulions devenir écrivains. C'était clair, net, ça et pas autre chose.

Cet après-midi-là, il m'a parlé d'Hubert Nyssen, chez qui sa soeur venait d'effectuer un stage, et de Paul Auster dont nous découvrions les romans. De  Nina Berberova, aussi ? Sûrement, je ne sais plus. Il s'était rendu chez Nyssen durant l'été et lui qui jusque ici ne jurait que par les éditions de Minuit au point, je crois, de lire tout ce qui paraissait, en était revenu ébloui. 
Je me souviens de son enthousiasme (brusquement, notre place au café se décale, nous ne sommes plus au même endroit. Il est possible que je condense quatre ou cinq souvenirs en un seul). Son enthousiasme, donc, pour l'homme et pour le lieu : il avait dormi chez lui, au milieu des livres. Devenir éditeur, à son tour, et ailleurs qu'à Paris ? Pourquoi pas ?
Je me souviens aussi, et c'est assez absurde, de ce qu'il disait de sa soeur : douée en langues vivantes, voyageuse, dotée de toutes petites mains. Les miennes, les siennes à lui, étaient petites aussi, ni mains de pianistes ni mains de travailleurs. Pourquoi la conversation avait-elle bifurqué ? (durant le stage s'agissait-il de fabriquer les livres ?). Bref, nos mains, la tasse, la soucoupe, la cuiller et le sucre sur la table bancale du café Les Folies.

Nous nous sommes beaucoup écrit pendant qu'il était à l'armée. Parlions écriture, lectures, lectures et écriture, ainsi de suite. Il a passé les concours. J'ai renâclé.
Il a réussi le Capes, a commencé à gagner de l'argent, s'est acheté cette maison au milieu des champs, la voiture pour y accéder. Nous nous sommes perdus de vue.

Parfois je tape son nom dans un moteur de recherches. Aux dernières nouvelles, il est toujours professeur. Ecrivain ? Je ne l'ai pas trouvé. Mais peut-être écrit-il sous un autre nom que le sien ?

Vit-il toujours au milieu des champs ? Et qu'a-t-il ressenti hier, quand il a su la mort d'Hubert Nyssen ?

*

Notes prises après avoir lu le très beau texte de Christophe Grossi, Le Catalogue d'Hubert Nyssen (lire à 20 ans), sur son site, Déboîtements.

lundi 14 novembre 2011

Autour de Franck journal, #3



















Franck et moi, toujours, réinventés par Christine Jeanney : y retrouver nos géographies parallèles et chancelantes, Lille, Loos, Arras, Béthune, ailleurs, ici et .

(photographie : Lille, 2009, rue Esquermoise)