l'horloge de la gare de Chartres

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jeudi 28 avril 2011

Paris par en-dessous

"A Paris, il vivait sous terre. Le métro, matin et soir, et dix heures dans son fournil. Ca a duré trente ans. Trente ans à aller de cave en cave par des galeries souterraines qui ne le menaient jamais qu'à d'autres caves et à d'autres galeries. Irascible et borné, il s'engueulait tous les six mois avec son patron, et on le foutait à la porte. Il retrouvait un autre patron, une autre cave, des stations de métro. Ca recommençait, le même va-et-vient nocturne. Il n'a probablement jamais su ce qu'était cette ville qu'il a parcourue pendant trente ans par en-dessous, dans ses régions inférieures, dans les épaisseurs où s'enracinent les maisons, les arbres des parcs, le socle des statues. Avec au-dessus de lui cette croûte de trottoirs, de pavés, de pierre, de béton. Ce remuement de pieds toujours au-dessus de sa tête. Cette couche de bruits et de lumières. Tout ce qu'il en apercevait, c'est ce qu'on découvre par l'ouverture d'un fournil : des jambes, le bas des robes. Ca doit donner une image curieuse de l'existence. Un monde sans visages. Et le plus étrange, c'est qu'il aimait cette existence."

Georges Hyvernaud, Lettre anonyme, éditions Le Dilettante, page 149

à découvrir à Montreuil, samedi prochain à 16h, bibliothèque Robert Desnos (je prends racine, oui)

vendredi 11 mars 2011

Printemps des poètes : la liste des textes

Samedi 19 mars prochain, à 17h, nous lirons donc, Valérie Bousquet et moi (mais surtout elle, je n'interviendrai que ponctuellement) des textes liés à la thématique du Printemps des poètes : d'infinis paysages. Rendez-vous à la bibliothèque Robert Desnos, ligne 9, métro Mairie de Montreuil (c'est tout près).

Paysages surpeuplés, désertiques, chambres closes, monde entier : nous avons conçu toutes deux une sorte de déambulation dans laquelle Violette Leduc apparaîtra plusieurs fois (j'aime bien faire apparaître Violette Leduc un peu partout), où les textes, je l'espère, se répondront. Ce que m'a proposé la bibliothèque ? Se fonder, la plupart du temps, sur des livres qui m'ont marquée lorsque j'ai commencé à écrire, ou plus tard, ; insérer dans le montage quelques extraits des miens.

Voici donc ce que ça donnera : 
  1. Du côté de chez Swann, Marcel Proust (« Un homme qui dort, tient en cercle autour de lui le fil des heures... »)
  2. Franck (« De ta chambre tu domines les toits qui abritent les quais »)
  3. Paysage humain, Jean Follain (« O paysage humain une femme y entre puis en sort »)
  4. Trésors à prendre, Violette Leduc (« Montée le lendemain matin jusqu'à Montpellier-le-Vieux »)
  5. Franck (« quai 10, clef de voûte de la gare »)
  6. La Peau et les os, Georges Hyvernaud (« J'ai longtemps tourné autour de la misère. »)
  7. Le Tout sur le tout, Henri Calet (« Je demeure chez moi autant que je le peux »)
  8. Trésors à prendre, Violette Leduc (« Vingt kilomètres à pied sous la même averse, le même orage »)
  9. Le Rêveur, Robert Walser (« Un homme était étendu dans l'herbe »)
  10. L'air bleu, Antoine Emaz (« à la tombée du soir ce bleu et un tourbillon d'oiseaux minces »)
  11. Cowboy Junkies, The Trinity Session (« La fenêtre du sixième donne sur une autre fenêtre que deux bus séparent »)
  12. L'Atelier d'Alberto Giacometti, Jean Genet (« Giacometti et moi – et quelques parisiens sans doute »)
  13. Trésors à prendre, Violette Leduc (« Je vous ai rencontrée, Madame »)
  14. ni comment elle s'appelle (« Bien sûr il y aurait le désir de faire cesser la course »)
  15. Espèces d'espaces, Georges Perec (« Parcourir le monde, le sillonner en tous sens »)
Comme on peut le voir, j'ai ajouté à la liste un inédit (un peu modifié), écrit lors des vases communicants pour le blog de Franck Queyraud. Les vases co n'en finissent pas d'essaimer...

vendredi 19 septembre 2008

J - 5 : par la poste

Mes exemplaires de CJ /The Trinity Session partent ce matin de Marseille. Arriveront-ils chez moi avant la parution (l'an dernier, le jour J, Yves des Buveurs d'encre avait dû me prêter son exemplaire des Fenêtres) ? Je table sur un jour d'avance. Il paraît qu'ils sont beaux.

Pendant ce temps, celui d'un kilo trois (voir J - 13) est envoyé à deux endroits qui, je le remarque en postant le second exemplaire, ont la même adresse. J'imagine les paquets de feuilles à deux étages différents, ou au même, portes palières se rejoignant. Suspense qui risque de durer.

Ces derniers jours, lu d'une traite Atelier 62 ; ri en suivant Calet en visite chez les riches ; écouté Agnès Sourdillon dire Griselidis Real ; acheté la correspondance d'Hyvernaud ; commencé des contes japonais découverts par hasard à la bibliothèque. Retrouvé Eloge de la nage.

samedi 6 septembre 2008

J - 18 : 200, 258 et Zone libre

Voilà le 200e message de ce blog qui se profile : pas certaine de l'unité de l'ensemble, surtout depuis que ça s'éparpille vers autre chose que la ligne 2 mais peu importe au fond. Ce qu'il faut c'est que ça reste en zone libre, précisément comme hier soir au Point éphémère. Musiciens concentrés, on aurait pu penser hermétiques, fermés sur eux-mêmes, et non au contraire : dans leur absence de mots, leurs regards à terre et ailleurs que devant, toute leur énergie, tout ce qu'ils donnent. Serge Teyssot-Gay perpétuellement de profil, ou de dos, qui bascule soudain, on ne sait jusqu'où il ira...

Evidemment, rappel de quelques liens, Hyvernaud, Lydie Salvayre et aussi :


Découvrez Zone Libre!


Et sinon, pourquoi 258 ? C'est le nombre de pages de mon dernier livre (pas celui sur les CJ) depuis qu'il est passé sur Mac pour être imprimé : du portable au fixe, 60 pages envolées, alors que tout est resté tel quel, texte, marges, interlignage. Ce que ça change ? Ne plus l'évaluer à 300. Ca n'a l'air de rien, pas sûr que ce le soit.

mardi 24 juin 2008

il continue

"J'en suis sorti, à présent, et une fois dehors ça ne colle plus au reste, ça ne se raccorde plus. C'est quand je suis seul - dans la foule, dans le métro - que les souvenirs reprennent leur consistance. J'étais bien tranquille, bien vide, comme tout le monde, et tout à coup il y a cette haleine contre mon visage. Je reconnais l'odeur de cuir et de drap de troupe. J'ai à nouveau la main grasse sur ma chair. Je redeviens cet homme nu, les vêtements à ses pieds, un homme qui a froid, qui a honte de son ventre gonflé et de ses jambes misérables. Ou bien, c'est le sous-officier allemand qui surgit. Le vieux sous-officier avec sa veste courte, ses grosses fesses. Il se tient sur le bord du trottoir, un bâton à la main, planté dans ses bottes énormes. Et quand nous passons devant lui, il tape dans le tas. C'est comme ça qu'ils me tombent dessus, les souvenirs, qu'ils m'attaquent soudain et pèsent sur moi de leur poids atroce. Ca ne dure pas. Quelqu'un demande : Vous descendez à la prochaine ? Les gens me bousculent, me délivrent."

Georges Hyvernaud, La Peau et les os, pp29-30.

globule

"Parce que votre existence a été éventrée, retournée par l'événement, vous imaginez vaguement que vous aviez droit à du neuf, que vous alliez repartir à zéro. Pas du tout, ça se recolle, ça se retape, c'est comme avant. On ne part pas, on continue. On recommence. On remet ça. On remet sa vieille veste, on remet sa vieille vie. La vie se remet à couler dans ses vieilles petites rigoles. Comme s'il n'y avait rien eu. On a retrouvé sa place. Ma place de passant parmi les passants, ma place d'homme dans la rue, d'homme dans le métro. Nous sommes des hommes et des hommes à couler comme ça, dans des couloirs. A couler le long des murs, le long des barrières, et tout est tracé d'avance, les portillons s'ouvrent et se referment, on n'a qu'à se laisser couler. On est des globules dans cette espèce de sang qui coule dans le corps des villes. J'ai retrouvé ma place de globule."

Georges Hyvernaud, La Peau et les os, 1949, Pocket, p19-20.

samedi 21 juin 2008

la peau et les os

depuis un certain temps vous lui tournez autour
l'avez acheté
vous le lisez par extraits
empruntez le cd à la bibliothèque
vous l'avez commencé

mais vous ne pouvez plus lire depuis quelques semaines déjà
plus lire n'est pas rien lire (on relit son travail, on lit pour son travail)
plus lire : tout commencer ne rien finir
lire ce qui est censé résonner, résonne - mais trop fort ou mal, ou pas au bon moment
lire des conneries
lire des insignifiances (même pas)
préférer la musique

puis un après-midi le rouvrir et ne plus le lâcher
et il compte désormais dans les dix de votre vie