l'horloge de la gare de Chartres

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jeudi 29 décembre 2016

programme secret













gagner sa vie - prévoir - avoir du pouvoir - décider - entendre non sans que ça entame - ne pas (se) bloquer - reprendre la main pour avoir le choix - construire sur le court, le long, le moyen terme - attraper ce qui passe - pouvoir dire oui - avoir le culot de demander - relancer en riant - secouer les branches - franchir la frontière - affirmer sa place


résister sans que ça fatigue - soigner, entretenir - balayer le mépris, la condescendance, les humiliations d'un revers de manche - devenir autonome - rester autonome - s'unir - se faire payer - donner son tarif - continuer d'écrire 


penser davantage - rester concentré - lire écrire - tenir le journal de ses lectures - trouver le moyen de ne pas se réduire, de ne pas s'empêcher sans entraver personne

 

pousser les portes - proposer ses services - écouter - troquer - ne pas subir - ne pas faire subir - être différent ok il faut croire que c'est ainsi mais maintenant que c'est dit passer la vitesse supérieure

vendredi 23 décembre 2016

rails, visages, façades et courbes


Apparences (4K) from Claire&Max on Vimeo.

Découvrant à l'instant cette vidéo sur un réseau social, avant même de lire l'article qui l'accompagne je me souviens d'une phrase de Fenêtres écrite il y a maintenant quinze ans, où j'imaginais faire tomber du doigt les façades des immeubles tout en poursuivant mon trajet sur la ligne 2.

Il ne s'agissait pas, comme ici, de révéler en creux quelque chose du Paris touristique, image véhiculée par les films de Woody Allen, par exemple. C'était, dans un même mouvement, faire de la ville un jeu de construction, ôter la façade comme chez Perec et s'abstraire de la brutalité, de la violence de l'environnement dont je ne parlais pas dans le livre.
C'était encore quitter le chemin tracé sans le perdre, sans descendre du wagon ni balancer par-dessus bord un travail dont j'avais besoin. Se dire qu'on pourrait imaginer ce qu'il y a derrière les façades sans vraiment le faire, ou alors très vite, placer un paquebot, une grotte, une prairie. Voir large, surtout dans les courbes c'était ça aussi me disais-je tandis que le métro retournait sous terre.

L'année 2016 aura été très très peu voyageuse, je m'en rends compte ces jours-ci. Manquent les lieux inconnus, les sensations nouvelles qu'il serait bon de temps à autres de trouver ailleurs que dans l'écriture et les rêves. Ne pas réduire le champ, jamais. 


Pour l'instant, être là encore, à New York, à tourner autour du sujet. Pour découvrir ce qu'il y a derrière le masque ? Non, non, au contraire : travailler la surface sans discontinuer.

Terminer ce livre, lui trouver une place et partir. Vouloir partir, comme mon personnage d'Une ville au loin mais sans se dépouiller de tout au point où il le fait - ne lui reste au bout d'un moment que la ligne abstraite des champs à travers la vitre du train. Tout englober, tout prendre, comme au temps des grands magasins.
Tout observer : juste un peu plus loin.

dimanche 11 décembre 2016

storytelling



















Je parle à Guillaume Vissac de mon livre en cours et, comme à chaque fois, il ne me faut que quelques instants pour m'enflammer, raconter mille choses. Je me dis en rentrant que vraiment, j'ai dû le saouler, le pauvre, et voici ce qu'il écrit aujourd'hui dans son journal
Fascinant de voir comment un livre qui s’écrit peut te happer entier à l’intérieur.


(un peu de décor Lafayette, de parfum de Marilyn pour accompagner la lecture de cette phrase qui me fait tant de bien au moment où, après des refus de toute part et des inquiétudes à dompter, j'ai du mal à me concentrer, à reprendre le manuscrit)


Peut-être faudrait-il déjà s'imaginer le livre terminé, publié, reconnu. Faudrait-il se projeter payée pour en parler, assise dans un fauteuil sur une scène de théâtre à disserter sur cette période fauchée, à dérouler l'histoire si fantasmatique pour les autres du texte écrit coûte que coûte, doublant de volume tandis que l'argent ne rentre plus et qu'il faut tester des shampoings, participer à des réunions de consommateurs, écrire de longues lettres où justement cette histoire-là est racontée, ajoutant que cela ne suffit pas. Peut-être faudrait-il : depuis cette discussion avec Guillaume, Marilyn piétine devant la porte de l'Actors' Studio. 


Ce qui te happe un jour en happera d'autres, mais en attendant...



En attendant je déroule le fil de ma biobibliographie devant un tas de gens dans l'espoir d'entendre oui, je ravale ma fierté, je recommence et Marilyn piétine devant l'Actors' studio. Elle et moi sommes coincées à New York en 1955 depuis trop longtemps à mon goût. L'été dernier, je me réjouissais tellement d'atteindre cette période de sa vie...


Ce piétinement, est-ce de la procrastination ? Autre chose ? Il y a moyen d'aller écouter une conférence sur Richard Avedon, ce qui est en rapport avec le sujet du livre : allons-y. Pour revenir à l'écriture, à la lecture qui se dérobe elle aussi, les lieux d'accueil sont importants : dans mon cas, la BNF en est un. 

 
 
Pour s'extirper de cette situation, il faudrait également raconter de belles histoires, je l'ai déjà dit ici. Celle de l'écriture du livre n'y échappe que dans la mesure où je la refuse. C'est sans doute une erreur : l'argent rentrerait plus facilement si je berçais l'auditoire, lui donnait ce qu'il attend (posture de l'écrivain maudit, de l'écrivain qui réussit, peu importe). 


J'adore raconter des histoires, en plus : Guillaume pourrait en témoigner. 


Mais ce ne sont pas les mêmes, celles qui tracent le livre. 
Elles n'ont rien à voir.

 
















Je ne peux pas me changer. 
Et ce n'est que parce que je suis ainsi que j'ai pu, l'autre soir, lire sur scène des extraits du livre de Corinne Lovera Vitali, Ce qu'il faut - une des choses les plus difficiles à faire de ma vie, peut-être. Vous pouvez l'écouter sur le site de publie.net ou dans la rubrique podcast de L'aiR Nu
Un livre que tu lis peut te happer entier à l'intérieur.

samedi 26 novembre 2016

Lectures (us et coutumes du temps présent)















J'ai, sur mon téléphone et mon ordinateur, une alerte pour me rappeler de lire en continu, chaque jour, ce que je fais rarement alors que je pourrais. Je le regrette et je garde l'alerte. Quand j'arrive à lire longuement quelque chose, je suis satisfaite mais ça n'a plus de rapport avec ces lectures que je faisais étudiante, au sixième étage à Jourdain ou à Oberkampf lorsqu'il fallait, pour la fac, lire le plus possible. Je lis autrement. Moins ? Moins attentivement ? Je ne sais pas du tout. Est-ce que les livres sont moins présents dans ma vie ? Certainement pas. 













Quand j'écris mon livre sur Marilyn j'ai tendance à chercher les informations sur internet alors que des piles de livres sur le sujet m'environnent. Pourquoi ? Flemme de les ouvrir ? Désir de trouver autre chose, de ne pointer qu'une seule information qui me permettra de lancer ma phrase ? Espoir de dénicher du neuf ? De ne pas se laisser attraper par toute la biographie ? Je crois que oui, tout cela à la fois. 
Quand je suis sur internet, une partie de ma recherche est également destinée à trouver de nouveaux livres.



















Cependant, comme je n'ai pas d'argent en ce moment je n'achète plus aucun livre, ou presque. Là, j'en attends un des Etats-Unis, qui m'a coûté six euros, mais ce sera tout. Je l'ai commandé par Amazon, parce que c'est une occasion, pas chère, un livre américain introuvable ici, et que j'en ai besoin pour écrire (pure description : je ne cherche pas à me justifier mais à observer le processus. Je n'achète jamais de livres neufs sur Amazon, par ailleurs. Mais j'habite à Paris, c'est facile).

Cette impossibilité d'acheter des livres me pousse à ne plus entrer dans les librairies, à hésiter à me rendre à une lecture parce que je ne pourrais pas acheter le livre de l'auteur. A ne pas soutenir autrement que symboliquement les projets des autres. Le monde se réduit au fur et à mesure. 




















Il se rouvre et s'élargit grâce aux bibliothèques qui, à Paris, sont gratuites. Je fréquente Villon, Truffaut, parfois Duras, Parmentier, Goutte d'or. Mais ce n'est pas équivalent. 
Ce n'est pas la même chose.
C'est trouver d'autres livres, ne pas hésiter à se tromper. Ne pas découvrir assez de petits éditeurs. Ne pas être poussée à se tenir au courant de "l'actualité" littéraire dans son ensemble. N'avoir qu'une semaine pour lire un livre récent, l'emprunter, le rendre parfois sans l'avoir lu. C'est avoir testé la bibliothèque numérique pour accéder au dernier Annie Ernaux. Avoir apprécié. Pas encore recommencé. Penser le faire pour le dernier Laurent Mauvignier. Une chose est sûre : plus j'emprunte de livres, plus j'en lis.














Et puis il y a les lectures à voix haute. J'avoue que, pour gagner ma vie, j'en ferais volontiers davantage, parce que j'adore ça (tout comme travailler le son pour L'aiR Nu). Lire mes textes en public, ça ne m'est pas arrivé depuis un moment, devrait reprendre au printemps avec la sortie de Décor Daguerre, le plus possible j'espère. Lire les autres, c'est lire tout court, puis réfléchir, écouter, confronter, réessayer... Les 36 secondes de ce vendredi, je les ai pensées pour qu'elles nous donnent un peu d'élan, par exemple. 

Il y a également toutes ces voix (nous sommes quinze désormais) qui lisent en français ou en turc les livres d'Asli Erdogan : c'est ici. Et c'est si précieux de se sentir ensemble. 



















Mardi prochain, je lirai le texte de quelqu'un d'autre, en l'occurrence des extraits de Ce qu'il faut de Corinne Lovera Vitali. Cela n'aura rien à voir avec les 36 secondes. Je sais déjà que ce sera une expérience très forte, peut-être déstabilisante, comme quand je lisais Franck en public. C'est un travail au millimètre. J'essaye de m'y préparer.

Parfois la lecture englobe, enveloppe, propulse et rassure à la fois (c'est le Walt Whitman de mes 36 secondes). Parfois, elle est là, à vous secouer dans tous les sens. Attachons nos ceintures. Allons.

dimanche 20 novembre 2016

soutien à Aslı Erdoğan et à Necmiye Alpay



Femme de lettres, elle n'est évidemment pas la seule à avoir été arrêtée par le gouvernement turc après la tentative de putsch militaire, l'été dernier. En soutenant la romancière Aslı Erdoğan, répondant à l’appel lancé par Tieri Briet et Ricardo Montserrat Galindo sur Diacritik pour diffuser le plus largement possible ses textes, ce sont à tous les prisonniers politiques incarcérés en Turquie que L'aiR Nu pense, ces jours-ci. En voici d'ailleurs la liste.


Parmi eux, se trouve également la linguiste et traductrice Necmiye Alpay, 70 ans. Comme Aslı Erdoğan, elle a été membre du comité consultatif du journal pro-kurde Özgür Gündem interdit de publication depuis juillet, ce qui leur vaut d'être accusées aujourd'hui d’appartenance à une organisation terroriste armée. De santé fragile toutes deux, elles sont incarcérées dans la prison de Bakırköy à Istanbul depuis le mois d'août et risquent la prison à vie pour avoir défendu la minorité kurde. 

Voici la lettre qu'Aslı Erdoğan a adressé au monde en début de ce mois, traduite du turc par le site Kedistan :

« Chères amies, collègues, journalistes, et membres de la presse,

Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakırköy, au lendemain de l’opération policière à l’encontre du journal Cumhuriyet, un des journaux les plus anciens et voix des sociaux-démocrates. Actuellement plus de 10 auteurs de ce journal sont en garde-à-vue. Quatre personnes dont Can Dündar, (ex) rédacteur en chef, sont recherchées par la police. Même moi, je suis sous le choc. Ceci démontre clairement que la Turquie a décidé de ne respecter aucune de ses lois, ni le droit. En ce moment, plus de 130 journalistes sont en prison. C’est un record mondial. En deux mois, 170 journaux, magazines, radios et télés ont été fermés. Notre gouvernement actuel veut monopoliser la “vérité” et la “réalité”, et toute opinion un tant soit peu différente de celle du pouvoir est réprimée avec violence : la violence policière, des jours et des nuits de garde-à-vue (jusqu’à 30 jours)… Moi, j’ai été arrêtée seulement parce que j’étais une des conseillères d’Ozgür Gündem, “journal kurde”. Malgré le fait que les conseillères n’ont aucune responsabilité sur le journal, selon l’article n°11 de la Loi de la presse qui le notifie clairement, je n’ai pas été emmenée encore devant un tribunal qui écoutera mon histoire. Dans ce procès kafkaïen, Necmiye Alpay, scientifique linguiste de 70 ans, a été également arrêtée avec moi, et jugée pour terrorisme.
Cette lettre est un appel d’urgence ! La situation est très grave, terrifiante et extrêmement inquiétante. Je suis convaincue que le régime totalitaire en Turquie, s’étendra inévitablement, également sur toute l’Europe. L’Europe est actuellement focalisée sur la “crise de réfugiés” et semble ne pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie. Actuellement, nous, auteurs, journalistes, Kurdes, Alévis, et bien sûr les femmes - payons le prix lourd de la “crise de démocratie”. L’Europe doit prendre ses responsabilités, en revenant vers les valeurs qu’elle avait définies, après des siècles de sang versé, et qui font que “l’Europe est l’Europe” : la démocratie, les droits humains, la liberté d’opinion et d’expression… Nous avons besoin de votre soutien et de solidarité. Nous vous remercions pour tout ce que vous avez fait pour nous, jusqu’à maintenant.
Cordialement. »


Que pouvons-nous faire ?
Signer l'une des pétitions qui circulent, bien sûr.
Envoyer du courrier à Aslı Erdoğan à cette adresse :
Aslı ERDOGAN,
Bakırköy Kadın Kapalı Cezaevi C 9 Koğuşu
34147 Bakırköy
İstanbul - TURQUIE
Continuer de nous informer. Et donc, lire et faire circuler ses textes le plus possible, afin que sa voix, leurs voix, ne s'éteignent pas. 

Vous pouvez ainsi lire un extrait par jour de l'oeuvre d'Aslı Erdoğan sur le site du magazine culturel Diacritik. Suivre la page Facebook qui recense les événements prévus (lectures en librairie, etc) Free Aslı Erdoğan. Retrouver deux recueils de ses textes sur Kedistan, pdf à télécharger ici et .

De notre côté, sur L'aiR Nu, nous avons mis en ligne dans notre rubrique 36 secondes un extrait du Mandarin miraculeux, court et très beau roman dans lequel une femme en exil déambule dans les rues de Genève, et un extrait du recueil de nouvelles Les Oiseaux de bois (cliquez sur l'image pour vous rendre sur la page).

http://lairnu.net/36-secondes/

(et pour entendre une nouvelle entière tirée de ce recueil, rendez-vous chez Pierre Ménard)

Mais nous souhaitons aller plus loin, en ouvrant une page dédiée à l'oeuvre de la romancière. L'idée est d'appeler qui le souhaite à nous envoyer une courte lecture sous forme de fichier MP3, ainsi, éventuellement, qu'une photo de l'exemplaire du livre. Tout est expliqué à la fin de notre seconde carte postale, ou sur ce qui va devenir la page dédiée
Aussi, n'hésitez pas ! Si vous ne disposez pas des livres, il suffit de vous rendre sur Diacritk pour choisir un passage ou de télécharger les recueils sur Kedistan. 

Ce dimanche midi, nous avons déjà reçu trois lectures, et la promesse d'en découvrir bientôt deux autres - sans compter les nôtres, bien sûr. La page se fera, c'est sûr. En attendant, grand merci à tous.

mardi 8 novembre 2016

je te raconte une histoire



Je te raconte une histoire ça n'a rien de très compliqué, je fais en sorte que tu te demandes s'il grimpera dans le train à temps, si elle va se faire licencier, s'il sera amputé d'un bras, si son frère  va la reconnaître, s'il réussira à lui plaire, pourquoi elle n'ouvre pas la porte, s'il perdra la compétition, si son patron va l'inviter, où est rangée la clef du coffre, si elle va arrêter de boire, pourquoi ses parents sont en fuite, quand la maladie va frapper, s'ils finiront la nuit ensemble, s'il va changer d'identité, si elle évitera l'accident, ce que va révéler la planque, et de qui est l'enfant qu'elle porte


et de quoi sont faites ses journées, et ce qu'il dit dans son sommeil, et comment s'est-elle enrichie, et s'il va remarquer son trouble, s'ils pourront franchir la frontière, quand il la mettra sur écoute, si elle va l'accuser de meurtre, si son père était un nazi

et ce qu'il en est des mots doux, des menaces, des humiliations
et ce que signifie le code
les regards les absences les gestes déplacés
cette façon de danser sans gêne devant tout le monde
et la phrase tracée dans la buée du miroir
le message effacé
le chant tu


et tu vas m'écouter, tu vas me payer cher pour apprendre la suite, tu vas me supplier et je ne te dirai rien, tu me feras des cadeaux, tu m'inviteras en ville, tu me donneras ton manteau et un bijou de prix, tu me paieras l'hôtel, le spa et la piscine, m'emmèneras à minuit voir le panorama, me présenteras le maire, le chef de la mafia, tu voudras tout savoir je ne répondrai pas, tu refuseras de croire que je n'en sais pas plus, que je n'ai pas en poche le plan du monde entier, le tracé de nos cartes, ton avenir et le mien
 


tu ne voudras pas croire que depuis le début je ne raconte rien
que ce qui nous relie tient dans nos deux silences.

dimanche 30 octobre 2016

Crossroads / 29


















J'avais bien conscience d'avoir laissé cette rubrique, où les livres parus et les projets en cours se croisent, un peu en friche ces derniers temps, mais je ne pensais pas que cela faisait déjà une bonne dizaine de mois. Pourquoi ? Sans doute parce que L'aiR Nu a pris beaucoup de place cette année, ce qui n'a fait que me réjouir. Outre les 36 secondes, rubrique hebdomadaire qui commence même à avoir quelques fidèles (joie !), nous avons récemment mis en ligne notre premier chemin de lecture, consacré à Thierry Beinstingel. Je n'ai qu'une hâte : que les propositions se multiplient, que nous ne sachions plus où donner de la tête. 


(tiens, voilà une photo qui n'est pas sur L'aiR Nu)

D'ailleurs, oui, voilà ce dont j'ai envie, ces derniers temps : avoir énormément de pain sur la planche. Devoir à nouveau jongler, écrire dans l'urgence, être obligée d'établir des ponts entre toutes ces choses, projets lancés, textes qui sortent, voyages, enregistrements, pour aller au bout de ce que je me suis promis. 2017, une année comme ça ? Ce serait bien.



















En attendant, ce qui est paru, c'est le début de L, la seconde partie de Diptyque, vendredi dernier dans la revue Hors Sol. Un travail dont, de mon côté, je ne sais que faire (qu'est-ce que c'est, au juste ? Un texte pour la scène ? Non, on ne peut pas dire, même si la compagnie Pièces détachées l'a adapté) mais que je n'ai pas envie de lâcher pour autant. D'ailleurs le projet de la compagnie est de réaliser, à terme, un livre-objet.  
L est une sorte de triangle entre un photographe, son modèle et le livre qu'ils réalisent. Qui des deux est le créateur ? Lui, qui met en scène la situation, agit sur le cadre, la lumière, les poses, les expressions ? Elle, qui a fait de son corps une oeuvre, quitte à en tester les limites ?













Une femme qui se laisse photographier : évidemment, on peut penser à Marilyn, même si dans L ce n'est pas d'elle qu'il s'agit. MM, ou le chantier principal de cette année : il faudrait avoir terminé avant fin décembre me dis-je, tout en continuant d'osciller entre 1954 et 1955 et en attendant les épreuves de Décor Daguerre, qui ne devraient plus tarder.
Le premier métier d'Agnès Varda fut d'être photographe, on le sait. Ecrire ce Marilyn, c'est s'intéresser au travail d'un grand nombre d'hommes, bien sûr (Milton Greene, Sam Shaw, bientôt Richard Avedon, Cecil Beaton...), mais c'est aussi croiser des femmes et s'y arrêter : pin-up, modèles, actrices, photographes, productrices, réalisatrices qui furent les vraies pionnières de ce qu'est devenu Hollywood.















Etre des deux côtés de l'appareil, prendre place partout, voilà ce que permet l'écriture, se dit-on. C'est en tout cas ce qu'on s'imagine, l'illusion qu'on en a. Ou peut-être même pas : on est encore ailleurs, à ne jamais dominer le sujet, à creuser sa brèche avec l'entêtement d'un joueur alors que les plates-bandes ont déjà été piétinées mille fois.


Décor Daguerre : j'attends les épreuves, donc, et la couverture, qui reprendra le détail de mes arbres. Je sais que ça va être quelque chose, ce retour au texte de 2013. A vrai dire, j'ai déjà l'idée d'un autre livre qui serait lié à celui-là. Il est même en train de pousser fort, marque son territoire, seul dans son coin. Seulement, outre le Marilyn, il y a encore le projet de deux autres livres, que des résidences pourraient m'aider à développer. Si c'est non pour tout, on verra. Si c'est oui, il faudra tout écrire en même temps - et j'ai horriblement envie que ça se fasse !

 

Au départ, il n'y a que nos désirs d'écrire. Comment nommer ce qui ensuite se matérialise, se détache, existe, voyage, est oublié ? Est-ce autre chose ? La même chose ? Une extension ? Un modèle ? Un passage ? Du présent pur et dur ? Parfois je me sens comme ces deux-là, qui ont laissé leurs parasols rouges au balcon tandis que les feuilles tombent. A d'autres moments, c'est la feuille qui me semble proche.


(et c'est pourquoi, en guise de fin, voilà donc des nouvelles du lierre)