l'horloge de la gare de Chartres

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jeudi 26 novembre 2015

avertissement




















Ces jours prochains, parce que j'ai un livre qui paraît mais aussi pour me faire du bien (tout simplement, oui), je posterai ici quelques articles. Il n'auront rien à voir avec les attentats, la terreur, l'hébétude, l'épuisement, l'incapacité de se concentrer, de lire autre chose que des articles sur le sujet (et encore, bien ciblés), l'épuisement, la douleur, le désespoir possibles.
Ils auront tout à voir par contre, secrètement, avec le désir de continuer, d'avancer coûte que coûte.
A très bientôt, donc, je l'espère.

mercredi 11 novembre 2015

De la ville au Loing #4



















Comme c'est le cas dans Anamarseilles dont je vais reparler bientôt, tout commence par un cadeau. Tout, c'est-à-dire le texte, l'idée d'une fiction, les premières notes, la réflexion, même, sur la matérialité de l'écriture. Le carnet ci-dessus m'a été offert par une de mes soeurs et son compagnon alors que la résidence de L'aiR Nu à Moret commençait à peine. Sa couverture scintille, la texture et la couleur de ses pages varient, il est grand, il est mince, il est bleu, il est beau, trop beau ai-je pensé au départ : jusqu'à présent, les seuls carnets un peu sérieux que j'ai tenus ont toujours été de ceux qu'on trouve au rayon scolaire des Monoprix, jamais chez des papetiers chic. La trop grande beauté paralyse : est-il possible de passer outre ?

J'ai décidé d'essayer. De m'astreindre, chaque jour, à remplir une page du carnet, sans hésiter, sans reprendre ma respiration ou presque. J'écris : quelque chose doit apparaître et se développer sur la totalité de la page, sans rature. Est-ce que ce sont des notes de voyage, un journal personnel ? Non. Est-ce que j'utilise pourtant ce que je croise, vois, lis, vis dans la journée ? Oui. Est-ce qu'une fiction se dessine ? Oui. Est-ce que je suis contente de mon texte sans rature ? Non. Est-ce que je le relis ? Non, presque pas. Est-ce que je le retravaille pour l'instant ? Non. Est-ce que je vais le retravailler à un moment ? Sans doute (dire oui à ce stade aurait quelque chose de statique. Or il faut rester en mouvement). Est-ce que c'est grave de n'être pas contente ? Non. Est-ce que j'arrive à écrire tous les jours ? Non. Est-ce que je suis contente quand même ? Oui.  















Il y a, pendant ce temps, bien d'autres choses, dont les lectures. Les pages que vous voyez ne sont pas celles du carnet ouvert. Ces dessins proviennent du nouveau livre de Virginie Gautier, Ni enfant, ni rossignol, paru il y a quelques jours aux éditions joca seria dans la même collection que mon Ile ronde. C'est un texte d'une grande beauté qui capte les silences, les mouvements des animaux, des végétaux, des hommes autour du lac de Grand-lieu. Une jeune fille court, un adolescent se cache, des enfants s'inventent des vies... On peut y lire, par exemple : 

Extension des surfaces vierges de traces. Les prairies sont remplies de flaques qui se soudent jour après jour. L'eau se referme sur chaque monticule et l'isole. Territoire de fugitifs, le marais redevient marais. Les marcheurs ne sont pas encore chassés par le froid. Une troupe d'enfants court encore, après l'école, vers une cabane couverte de chaume, de roseaux arrachés en pagaille. 

Plus loin 

Des branchettes jetées par le vent forment des signes au sol, une archéologie du sauvage, ils évitent de marcher dessus. Y voient des ossements d'oiseaux, des flèches, des indications. Les couleurs peu à peu virent au gris. Vert-de-gris, gris souris, gris loup. Les sentiers disparaissent. Les promeneurs éprouvent progressivement ce sentiment d'usurpation, d'empiétement sur un monde méconnu.

ou encore

Fixer un point pour tomber doucement dans le paysage. Comme l'eau, faire couler la pensée hors du regard avant de dessiner. D'enregistrer sur des dizaines de dessins les attitudes passagères, toujours changeantes, du paysage. 

Toutes phrases qui auront peut-être une influence sur mon texte en cours le jour où le personnage du carnet bleu s'arrêtera quelque part et que pour l'instant je poste sur Facebook avec l'espoir de faire connaître le livre à quelques un(e)s. 















En attendant, après Saint-Mammès, petit passage à Moret, par la gare et par le musée municipal dans lequel il a été possible de travailler un peu, hier.
























































(pendant que tu fais le tour sainte Anne regarde au loin et sainte Barbe approche)



lundi 26 octobre 2015

De la ville au Loing #3






































Il est des jours où l'on sait pourquoi on est là, pourquoi l'écriture vous a emporté là, au-delà des dossiers à monter, des réunions, des oui et des non en tous genres. Au bon endroit pour les bonnes raisons, soudain. 










































Vendredi dernier, je me suis rendue à Saint-Mammès, gare de la ligne R qui suit celle de Veneux-Moret, entendre parler batellerie, péniches, vie de marinier. J'y reviendrai certainement, dans les deux sens du terme, en dirai plus long sur ce que j'ai appris dans la cale de la péniche Jonor durant une bonne heure.











































Apprendre et rêver à mille choses, entamer peut-être une fiction - cette ville au Loing n'est pas seulement un journal que je poste ici, je vais également tenter autre chose, mais c'est trop tôt pour en parler.



































En attendant, ces quelques photos et tous mes remerciements à monsieur Mariage, ancien marinier passionné dont il est fort possible qu'un jour ou l'autre, on entende la voix sur L'aiR Nu.

mardi 13 octobre 2015

Que lire en public (réflexions à voix haute)



















Je parle beaucoup ici, ces derniers temps, de lectures en public : l'intérêt porté au son (le projet Bruits, L'aiR Nu) et ces lectures elles-mêmes, qui se succèdent depuis quelques jours, me poussent à y réfléchir, c'est vrai. Ce à quoi je pense, ce matin, c'est au système de montage d'extraits que j'ai mis en place depuis le début : je crois n'avoir jamais lu un de mes textes de la façon dont il apparaît au lecteur lorsqu'il est publié. Parfois, j'incorpore un second texte à celui que je suis censée lire (Fenêtres / texte sur Claire Dolan paru dans Le Ciel vu de la terre, par exemple, autrement dit croisement Paris / New York) ; parfois je modifie l'ordre dans lequel les extraits sont lus pour créer un sens nouveau (ce que j'ai fait avec Ile ronde à Nantes la semaine dernière) ; j'ajoute de nouvelles phrases ; je mixe de trois à sept textes différents (nuit remue.net, festival Hors Limites à Montreuil...). Et pourquoi donc ? 

(ici, une parenthèse pour dire que mon blog, depuis quelques temps, est moins lieu d'écriture qu'espace où je voudrais déposer des éléments hors champ, liés à ce qu'on ne peut ni voir ni lire immédiatement, pièce chorégraphique dont la première n'a pas encore eu lieu, livre inédit... Ce n'est pas par sadisme ou indifférence envers ceux qui me suivent. Simplement, il arrive que les choses avancent dans l'invisible. J'espère que tout cela n'apparaît pas sans intérêt, ni trop abstrait)

Pourquoi ces montages, donc ? Pourquoi ne pas se contenter de lire le texte dans l'ordre ? D'une part, il y a le désir de ne pas se répéter, de créer quelque chose de neuf à partir d'une base existante. C'est ce qui me guide quand j'écris, c'est aussi le cas lors des lectures : il faut que j'aille trouver ce m'amuse et me fait un peu peur (ce que j'ai peur de rater, de ne pas savoir faire) ; ce qui crée une tension, une attention, installe un équilibre fragile. Pour autant, je ne prends pas le risque de l'improvisation. Au contraire, au moment de lire, j'ai réfléchi je ne sais combien de fois à la construction, répété le montage ad nauseam. Façon de se protéger sans aucun doute mais pas seulement, je crois. Façon d'incorporer les silences, les variations de ton, etc.

Et donc, ce matin, c'est de Décor Daguerre qu'il s'agit. Un livre que personne n'a lu, ou presque, et qui risque de rester confiné dans le dossier "décors" de mon ordinateur encore longtemps : ayant besoin d'énergie pour autre chose, je n'ai plus celle, pour le moment, de lui trouver un éditeur. Les gens dans la salle, ceux qui viendront voir le film de Varda jeudi soir, m'écouteront ensuite, n'auront pas la moindre idée de la construction du texte qui, s'il prend pour point de départ Daguerréotypes, fonctionne par embranchements, reprises, retours : son centre de gravité, en réalité, est ailleurs. Alors, que faire ? Pour ne pas les perdre, je décide de ne lire que des extraits liés au film. Nous passerons ainsi de la rue Daguerre filmée en 75 à la rue Daguerre décrite en 2013 sans hiatus, sans dérive. Pour autant, quelque chose me gêne. Si je me contente de ça, je risque l'illustration pure et simple, la réduction à l'anecdote. Ce sera gentil, se suivra bien, mais quel intérêt ?

(là, pendant que j'écris, je sens que le ton monte. Et en effet, je suis en train de m'énerver toute seule. C'est qu'en fait, voyez-vous, au moment où je tape ces mots, je n'ai pas résolu le problème. Je pensais qu'y réfléchir ici, dans l'interface, allait m'aider. Mais non. Je crois qu'il vaut mieux que j'aille me coltiner la difficulté directement. A tout à l'heure, donc) (j'enregistre, je mets en brouillon)



















J'ai écrit ces mots hier matin. Il m'a fallu tout ce temps pour tester, rapprocher, supprimer, inventer quelque chose. J'ai trouvé, je crois, et une fois encore, ce ne sera pas une lecture "dans l'ordre". Je ne juxtaposerai pas non plus tout à fait les extraits qui décrivent le film. Pourquoi, une fois de plus ? Pourquoi travailler tant, reconstruire, recréer ? Par manque de confiance envers le texte initial ? Pour garder la main jusqu'au bout ? Parce que chaque lecture est un moment unique ?
Parce que l'ordre de mes textes est un ordre mais pas l'ordre, peut-être ?

En effectuant ce travail de montage, et sans relire Décor Daguerre en entier, j'ai bien vu que le livre ne pouvait exister autrement que comme il se présente, en tout cas. Si je monte et démonte la structure de mes textes pour les lire en public, c'est aussi, paradoxe apparent, parce que cette structure ne bouge plus du tout. C'est comme ça...

(et comme dirait Mystag, merci de votre attention !)

lundi 5 octobre 2015

De la ville au Loing #2














C'était donc, vendredi soir, inauguration de la résidence à Ecuelles de L'aiR Nu, et départ pour nous bien avant de Paris - Piero en parle ici, déroule la journée. 
A l'horloge Victoria Station du restaurant alsacien de Moret (parfaitement) où nous venons de déjeuner, il est cinq heures trop tôt. Dehors, le temps est magnifique. Le trac monte un peu mais les rires également, surtout eux, tandis que nous partons pour Ecuelles en nous trompant, longeant la forêt sur la droite au lieu des champs à gauche, arrivons finalement 













(cette photo a été prise tout spécialement pour Christine Jeanney, qui a twitté l'adresse de la rencontre, merci Christine) 
dans la salle Jean Mermoz où il s'agit alors de transporter, d'installer, de brancher, de tester, d'accrocher des tableaux, des livres et des câbles.


















































(deux membres éminents du collectif, on le voit, surgissent de cette foule de carrés et rectangles que je saisis comme je peux)
(il manque le très beau livre d'artiste que Piero a co-réalisé, et les gants pour en tourner les pages)

Dix huit-heures. Il est encore, il est toujours trop tôt. Après une visite à la médiathèque juste en face, nous optons pour une balade le long du canal du Loing, durant laquelle je dis moult bêtises, comme d'habitude avant une lecture, ce qui ne se voit pas ici 


























mais risque d'avoir été enregistré ; paroles qui filent le long de l'eau, coureurs, cyclistes et marcheurs, nous croisons des mûres, un potager près d'un fossé, une citrouille-carrosse, une maison aux fenêtres sans rideaux (immense, on s'interroge), un banc (trop tard pour s'y asseoir), au retour une usine

























Voilà c'est presque l'heure. Les gens commencent à arriver. De mon côté, ce moment-là devient : s'isoler un peu derrière le rideau ; répéter une dernière fois (heureusement, j'avais inversé deux pages) ; attendre la fin des discours ; traverser la scène ; arriver au micro ; ne rien percevoir de la projection. Douze minutes d'écoute magnifique en salle, que j'entends, qui me porte. L'important : se concentrer sur le texte, le passage d'un extrait au suivant. 
Douze minutes de lévitation. Je ne sais pas ce que voient les gens, je n'ai pas le temps d'imaginer. Il faut se focaliser sur le ton, les silences, les accélérations. Je veux que le texte de Mathilde entraîne. Je veux rester le plus juste possible quand ce sont les voix écrites par Piero, par Joachim qui se présentent, reviennent (une vieille dame entre à nouveau dans sa maison d'enfance ; un garçon de dix ans rêve de quitter son village). Je veux qu'on ne décroche pas. Qu'on sente la chaleur, le froid, toute une palette d'émotions et que les auteurs, assis à ma droite (je ne les vois pas, me tourne une seconde vers Mathilde) s'y retrouvent, soient contents, même, disons-le.

Rien de plus intense que ces moments-là. Impossible d'y ajouter encore un mot ou une image...

*

(pour donner tout de même une idée en attendant que cela soit en ligne, sachez que les extraits de textes des douze minutes sont tirés : 
d'un vase-communicant de Mathilde avec Anne-Charlotte Chéron
d'un vase-communicant de Piero avec moi
de Village, de Joachim
de Ile ronde, déchirure / tempête
du texte que j'ai écrit pour Elles en chambre de Juliette Mezenc
d'un vase-communicant entre Joachim et moi
de J'ai l'amour, de Mathilde)

mardi 29 septembre 2015

Lectures : de Moret à Nantes, les 2 et 3 octobre prochains














Vendredi soir, le 2 octobre, aura lieu l'inauguration de la résidence de L'aiR Nu dans la communauté de communes de Moret Seine et Loing. La soirée se déroulera plus précisément dans la ville d'Ecuelles, à la salle Jean Mermoz et débutera à 19h30. 
Ce que nous y ferons ? Je commencerai par lire un montage de textes d'une dizaine de minutes tandis que Mathilde Roux projettera.... quelque chose, je ne sais pas quoi ! Le principe est en effet le suivant : j'ai effectué ce montage en allant piocher chez chacun d'entre nous des extraits de livres, sites, blogs que j'ai juxtaposés et ce, sans en dévoiler le contenu à personne. De son côté, Mathilde est allée "piquer" des photos, dessins, images, cartes, que sais-je encore chez nous quatre sans rien nous montrer non plus. Le résultat, à la fois construit et aléatoire, se découvrira donc en direct vendredi soir, devant tout le monde sauf moi, puisque, le nez sur le texte à lire, je ne verrai pas ce qui se passe sur l'écran. Frustration assurée ? Peut-être. En tout cas, je me suis beaucoup amusée à passer d'un univers à l'autre, à suivre les pas de Piero, de Mathilde et de Joachim.



















Ensuite, nous présenterons le site au public présent. J'en profite pour dire que depuis hier, on peut y trouver une nouvelle page, celle qui est dédié Ricordi de Christophe Grossi. Si un voyage en Italie vous tente, passez voir : le livre se déploie et permet d'entendre quatre propositions sonores distinctes.
Après cette présentation collective, nous inviterons le public à venir nous poser des questions de façon plus individuelle. Des ordinateurs permettront de découvrir nos sites personnels. Nous pourrons parler de nos livres et les présenter. Un accrochage des collages de Mathilde est également prévu. 
Programme alléchant, n'est-ce pas ? Si vous ne pouvez pas vous rendre jusqu'à Ecuelles, 45 rue Georges Villette, sachez que cette lecture-projection fera l'objet d'une page sur L'aiR Nu un peu plus tard.
(mais venez !)















Le lendemain, hop, un peu de TGV puis le château des Ducs de Bretagne (mazette) pour une lecture de Ile ronde de 40 minutes, suivie d'un entretien avec Arnaud de la Cotte, dans le cadre du festival Echos. Là encore, je vais "incarner" plusieurs voix puisque j'ai choisi de lire un montage d'extraits dans lesquels on entendra la mienne (de voix), celle de Dita Kepler, celle de la jeune fille, celle du géant et celle de l'aviateur. Ile ronde étant - c'est mon avis du moins - un livre impossible à lire à haute voix dans l'ordre du texte, j'ai modifié l'ordre d'apparition de ces voix et, ce faisant, eu l'impression de créer parfois un sens nouveau. Est-ce que ce sera le cas ? Nous verrons bien.

Week-end sonore qui correspond, c'est un hasard, à la fin de ma première phase de travail sur les Bruits. Et dire que sur ce blog, tout est silencieux !

mercredi 23 septembre 2015

hautes voix (questions qui se posent)

Parce que Bobler fermera le 30 septembre et que j'y ai posté une soixantaine de sons. Parce que L'aiR Nu me force à me poser de nouvelles questions (techniques, pour commencer). Parce que j'écris à l'oreille, pour me rassurer peut-être mais surtout parce que c'est le rythme qui porte. Parce que je suis sensible aux voix quand je suis sensible aux visages. Parce que j'aime lire à voix haute, chez moi, pour moi, en public, avec Jean-Marc, avec les danseurs, en m'enregistrant. Lire mes textes et lire ceux des autres. Parce que sur Bobler j'ai lu des extraits de romans, essais, poèmes, tout cela mêlé, et une citation trouvée dans un catalogue d'exposition. Parce qu'au fond Dita Kepler est un travail sur le silence. 
Je ne sais pas de ce que deviendra la rubrique 36 secondes venue de Bobler mais nous trouverons une solution, je pense. En attendant, pourquoi ne pas se poser dix minutes de questions, celles de François Bon, vidéo qui s'écoute et se lit (remarquez comme sa voix change quand c'est Baudelaire qui parle).