l'horloge de la gare de Chartres

l'horloge de la gare de Chartres

jeudi 15 janvier 2009

mercredi 14 janvier 2009

Ourcq-sur-glace

































































L'un des intérêts du 103 bis, c'est la possibilité qu'il offre de longer le canal de l'Ourcq de Stalingrad jusqu'à Riquet. Avant-hier, tout était gelé. Les mouettes, groupées, avaient repéré sous la glace des morceaux de pain jetés au vol, depuis figés. Elles criaient, avançaient sur l'eau, battaient de l'aile et tapaient du bec sans jamais pouvoir les atteindre : du blanc sur blanc sur un ciel presque blanc aussi, leur colère.

Depuis, le dégel est amorcé. De nuit on saisit un courant, vaguelettes, roulement, qui s'enfuit vers Pantin, encadré par ce qui reste de glace.

mardi 13 janvier 2009

Ce matin

























du balcon du 103.

Est également le titre du premier roman de Sébastien Rongier qui paraît le 21 janvier, au cas où vous l'ignoreriez... Ici, le journal du livre.

lundi 12 janvier 2009

Jaurès, croisements


"Elle sortait, la méthode s'ouvrait, dictait. Atteindre d'abord la guérite de la vendeuse de billets de loterie, flairer dans une entaille le relent de la malchance, stationner à côté de la grotte du marchand de journaux, se présenter à l'escalier du métro Jaurès après avoir traversé à trois heures de l'après-midi le passage clouté du boulevard de la Villette. La méthode se refermait devant l'établissement Les Palmiers, à l'angle du quai de la Loire et de l'avenue Jean-Jaurès, des jeunes filles entraient dans le café. Elle baissait les yeux, le trottoir était de son âge, février pris dans le brouillard se renfrognait, carrefours et coins de rues se ressemblaient. Elle errait autour de l'autocar Sevran-Paris toujours vide, toujours silencieux.
(...)
Elle revenait du côté des Palmiers, elle évitait de passer à proximité du café. Il gelait, des jeunes filles buvaient du Coca-Cola avec des pailles. Elle traversait le passage clouté de l'avenue Jean-Jaurès, près de la station du métro Jaurès, le marchand de journaux se tassait, les pièces de monnaie tintaient dans la soucoupe. Quatre heures moins le quart. Tous les jours à la même heure, un petit pain au chocolat tombait à ses pieds, dans le ruisseau."

Violette Leduc, La Femme au petit renard, 1965, Folio, pp. 9-11.

C'est presque le début du roman. Une femme, dont les fenêtres donnent sur le métro aérien, sort de chez elle, circule dans le quartier Jaurès. Elle est pauvre, elle a faim, cherche à tromper sa faim en scrutant ce qui l'entoure, en y trouvant des signes.

Je passe souvent au carrefour Jaurès où se croisent les avenues, les métros et les gens, en pensant à ce livre.

*

Le week-end dernier, en rangeant des papiers, j'ai retrouvé un texte écrit en 2001 d'après une proposition de Télérama, elle-même inspirée de contraintes perecquiennes. Il s'agissait, un certain samedi, de se poster tous à l'endroit de Paris de son choix (à une fenêtre, je suppose, une vitre en tout cas) et d'y décrire ce qu'on y voyait pendant une heure. J'avais décidé, sans faire me semble-t-il la relation avec le livre de Violette Leduc, de m'installer au Jaurès, bar brasserie située exactement à la place des Palmiers.

C'était en 2001, pleine époque d'écriture de Fenêtres, un samedi de février entre trois et quatre heures, horaire imposé par Télérama. Or la femme au petit renard passe devant les Palmiers en février, entre trois et quatre heures, je viens de m'en rendre compte en recopiant ces deux extraits...

Alors, tant qu'on y est : en février prochain, à J + 1 de la date anniversaire du texte de 2001, entre trois et quatre heures je parlerai de Fenêtres. Au 104 : ce point extrême du trajet dont le Jaurès devient le centre.

dimanche 11 janvier 2009

Les Orgues, suite

























Trois photographies des Orgues prises de la rue Riquet le matin, la dernière de la rue Curial en fin d'après-midi : depuis quelques jours, tourner autour de la structure (îlot), ne pas entrer, chercher des indices de réconciliation en partant du point le plus bas, trottoir gelé, chaussée glissante.

samedi 10 janvier 2009

Pierre Ménard sur France Culture

Non pas le personnage de Borgès mais l'homme de Liminaire : était dans le studio 168 de France Culture l'autre soir et c'est à réécouter ici.

Que dire ?

Hier après-midi, à l'atelier web de Bagnolet, tour de table. Quand c'est à moi je dis comment je m'appelle puis, bouche bée, finis par prononcer quelque chose comme eueueuh. C'est tout. Alors ? Comment se présenter ? D'habitude je m'en sors comme ça : je dis j'écris, je tiens un blog, s'il le faut je parle de Fenêtres, ça n'engage pas. Cette fois, rien.

François Bon me tire de là avec humour, lance une ou deux phrases dans lesquelles on entend : écrivain. On sait bien qu'avec ce mot-là rien n'est simple. Soupçons, méfiance, paralysie, mépris, ironie, effarement : le non-dit sédimente depuis la nuit des temps. Ecrivain n'est pas un métier. Ecrivain ne signifie rien. Tout le monde veut être écrivain. Celui-là se croit écrivain. Je vous présente untel, écrivain. J'aurais rêvé d'être écrivain. Etc. On sait aussi que le fantasme est en baisse : avocat d'affaires désormais bien mieux qu'écrivain.

Est-ce qu'avec musicien c'est pareil ? Avec peintre ? Comédien ? Il faudrait le leur demander.

Je suis écrivain. Depuis quelques jours je passe mon temps à dire qui je suis et ce que je fais. Grande nouveauté : j'arrête de "mentir" en parlant d'une activité payée qui d'habitude me fait vivre (au choix : journaliste, correctrice - être un minimum consciencieux n'empêche pas le sentiment d'imposture). Là, plus de revenus, que de l'écriture : il n'y a plus d'écran, alors il faut bien dire.

Et pourquoi pas je suis écrivaine ? Pour ça une réponse toute simple : j'ai voulu devenir écrivain vers 8-10 ans. Je pensais : quand je serai grande je serai écrivain. Ecrivaine n'existait pas. Si on me le donne maintenant, qu'on me le troque contre écrivain, j'aurai le sentiment qu'on me prend quelque chose, qu'on me refuse quelque chose. C'est sans doute débile mais comme ça. Ecrivain est dans le soupçon (de prétention, d'escroquerie), écrivaine y échappe mais pour confiner au néant (je parle évidemment des termes, et ma phrase n'est que subjective - mais tant que ça ?).

Etre écrivain ? Depuis l'enfance signifie être libre, et c'est tout.

Esprit d'escalier aidant, quelques minutes plus tard j'ai eu envie de dire, mettant de côté l'écriture, justement : anime un blog qu'elle donne pour littéraire alors que depuis quelques temps elle n'y insère que des photos. Photographe, alors ? Ah non, sûrement pas : n'y connaît rien, ne sait pas prendre des photos, s'offre entière à l'autofocus.

(d'autant que j'avais Philippe de Jonckheere juste en face de moi !)

De toute façon c'était trop tard. Fatigue d'avoir dit toute la semaine : je m'appelle unetelle, je suis écrivain, voici mon nouveau projet.

Pour les présentations, rien à faire c'est mieux ici, où je peux déclarer sans mentir : suis dans la maçonnerie, fabrique des briques et des parpaings.

(photo : réverbère de Bagnolet)