l'horloge de la gare de Chartres

l'horloge de la gare de Chartres

lundi 7 novembre 2011

Crossroads/15



















Boucle demain bouclée des trajets à l'écoute des Cowboy Junkies, avec sur le parquet la cassette offerte à la fin des années 80, le livre écrit à la fin des années 2000, la place de concert retirée dans la galerie de la gare de l'Est (et ce mot, Crossroads, reprise de Robert Johnson, emprunté à leur premier album).

Puis Franck en extension, encore, avec la parution très prochaine aux éditions publie.net (normalement, vendredi) de cet Autour de Franck  qui compte Douze façons de plus de parler de toi, Avant Franck de Thierry Beinstingel et le fichier son de notre lecture croisée à Montreuil. A ce propos, je vous conseille d'aller découvrir sur Feuilles de route comment Thierry parle de cet enregistrement et ce qu'il dit de ma résidence...

Bientôt finie, cette résidence, d'ailleurs, j'espérais un renouvellement et puis non, ai fait durant dix mois ce que j'avais décidé de faire (terminer d'écrire les Oloé, écrire Décor Lafayette, laisser Dita Kepler continuer de m'accompagner), aussi pour cela suis contente, même si les jours à venir demeurent incertains (comment gagner sa vie ensuite, ah, mystère, suis tout ouïe si des idées vous viennent).

A propos de Décor Lafayette, dire que s'y rattache la photo parue dernièrement dans la Todo Liste de Christine Jeanney (grand merci à elle) et qu'y passe brièvement la chanteuse mentionnée dans Tu n'es jamais seul/e dans la nuit. Que ce texte-là paraîtra, a priori, vers le 20 novembre chez Antidata. Annoncer pour finir qu'Antidata fera une fête pour la parution de Tapage nocturne le 2 décembre prochain à la librairie Longtemps, située avenue Mathurin Moreau, Paris, au métro Colonel Fabien. 
Et vous souhaiter la bienvenue !

vendredi 4 novembre 2011

A Barcelona, de Xavier Fisselier

Et pourquoi pas un vase communicant sur la ville de Barcelone, où vit Xavier Fisselier ? Un nom, deux textes différents, le sien ci-dessous, le mien à cette adresse, nous voilà partis... Merci à lui pour cette rencontre, entre ville et aéroport...




















Il y a déjà fort longtemps que j'avais souhaité mourir ici.
Seulement y mourir, pas y être enterré. Je ne serai pas enseveli dans cette terre, sous une pierre. Je l'ai crié partout. Je veux continuer à voir le ciel et plonger mon regard dans la mer. Non, je m'échapperai dans un nuage de fumée, comme prévu. Je ne sais pas non plus où l'on me répandra, mais cela n'a aucune importance.
Emporté par ce vent thermique, celui qui se lève chaque jour dans l'après-midi, quand le soleil rougeoie de tous ses feux. Dans ton souffle, je remonterai la ville, de la mer vers la montagne, lentement, à mon rythme, en suspens au-dessus de tes larges avenues ou de côté dans tes fines ruelles fraîches et ombragées. Je survolerai tes beaux quartiers bourgeois, ceux tracés à l'équerre, aux lignes parfaites, je m'attarderai dans ton vieux port et m'assiérai sur cette chaise, dans la rue, abandonnée par un vieux pêcheur. Je m'arrêterai devant chaque façade, chaque balcon. Je ne pourrai les dessiner, ni les photographier, mais je pourrai rester là, à t'observer, le temps qu'il faudra pour que je ressente ce que tu voulais nous dire avec tes couleurs et tes formes tarabiscotées. Pourquoi ces mélanges de couleurs, de matières, de textures. Qui t'a maquillée ainsi? Comment as-tu osé te distinguer de cette manière? Vous êtes toutes aussi belles, si différentes. Élégantes ou vulgaires, douces ou roides, vous êtes juxtaposées et survivez ensemble, épaule contre épaule, depuis si longtemps. Je n'ose vous demandez si vous vous supportez? Ne vous êtes peut-être jamais vraiment vues?
Quels sont ces esprits divins qui vous ont façonnées ainsi? Ils vous aimaient, cela se sent, cela se voit. Ils ont pensé à vous toute leur vie. Ils vous désiraient différentes, changeantes, surprenantes, chaque fois plus originale, plus folle. L'escalade était sans fin.
Je ne vous ai jamais connues ainsi dans aucune autre ville traversée. Maintenant, je peux vous frôler, poser mon regard sur chaque détail, sur chaque secret dérobé. Je suis le vent et la poussière.
Je pourrai être à votre hauteur et n'aurai plus vous à admirer en levant la tête, comme un enfant découvre sa mère. J'ai passé du temps à vous regarder, à saisir votre image en incluant toujours un coin de ciel bleu. Parfois, le tourment d'un orage est apparu entre nous. Mais vous étiez là, vous n'avez pas bougé. Le temps vous a magnifié et personne ne l'a vu. Je voulais hurler, mais ma voix n'a jamais porté plus loin que le trottoir opposé. Je suis même revenu vous voir, souvent. Je vous ai regardé de biais. Je suis souvent resté en arrêt devant la porte d'entrée, sans oser m'approcher. Quelques fois j'ai essayé d'entr'apercevoir ce qu'il y avait derrière, souvent sans succès.
Il me reste tant de vos secrets à découvrir, je n'aurai pas assez d'une mort infinie pour vous parcourir et vous découvrir.
Maintenant que je n'existe plus, tout est permis ou rien n'a d'importance.

mardi 1 novembre 2011

Tu n'es jamais seul/e dans la nuit

Tu peins des hommes grandeur nature, plus grands que nature, que nous découvrons au réveil.
Tu marches, tu rencontres ceux qui se mélangent, parlent dix langues dans le même wagon de métro, tu changes de wagon et l'émerveillement se renouvelle.
Tu croises un homme au regard de tueur qui découpe les femmes en tranches, par la pupille, et disparaît sans rien en faire.
Tu joues de la guitare en chaussettes devant un public recueilli.
Tu t'installes au café, en terrasse, courbée, bossue. Tu fumes, tu es très vieille, tu te fous bien de ta santé.




















Voilà donc comment ça commence.

Un e ajouté à seul, pour décliner les tu de la phrase du peintre Paul Bloas. 
Partir de ce tu et en faire des hommes, des femmes, qui dorment, ne dorment pas, chantent, marchent, conduisent, attendent, se lavent, écoutent les voisins. 
Dans la nuit c'est-à-dire dans des chambres d'hôtels, le long d'un canal, sur une scène de concert, dans la rue...

Tu n'es jamais seul/e dans la nuit est un texte à paraître sous peu  aux éditions Antidata, dans le recueil de nouvelles intitulé Tapage nocturne















Tu n'es jamais seul/e dans la nuit est aussi le nom de la lecture avec projection de photographies qui aura lieu jeudi 3 novembre prochain, à partir de 18h30, à la bibliothèque Robert Desnos, 14 boulevard Rouget-de-Lisle, Montreuil. Elle sera suivie d'une rencontre avec les éditeurs et se déroulera dans le hall, où se trouve actuellement une exposition pour enfants justement consacrée à la nuit.

Ce sera l'une des dernières lectures de ma résidence, sans doute.
Bienvenue.

jeudi 27 octobre 2011

Nox / 3

"J'ai refermé la porte, j'ai éteint ma lampe de poche, je me suis assise sur la marche de l'escalier. J'ai distrait un chagrin d'enfant qui subsistera dans ma peau. Je me suis élancée avec les rails s'échappant des villes et des gares. Le rail est le chemin le plus concentré, le plus dépouillé. J'ai marché sur un rail pour ressembler au funambule dont la promenade est arrêt de vie et arrêt de mort. J'ai eu la nostalgie du balancier qui est la chose la plus humaine dans le monde de l'acrobatie. Quand je faisais dix pas convenables sur la rigidité, j'avais une conscience d'acier. Je marchais là-dessus comme un héros qui va droit avec son avion."

Violette Leduc, Je hais les dormeurs, éditions du Chemin de fer, pages 44-47.

mercredi 26 octobre 2011

Glacière, d'un blog à l'autre

Voici donc le résultat de la balade d'hier : Glacière dans la ville haute.
Merci à tous ceux qui ont suivi le trajet ligne 2, puis ligne 6 : j'ai été très accompagnée, sans le savoir...
Après-midi particulier, dont voici encore quelques photographies :




























parce que cette ville haute, c'est à nouveau une déambulation































parce que l'outil oeil / voix / main / pieds qui marchent
















n'exige rien

mardi 25 octobre 2011

Le sens du mot

Notes prises sur les lignes 2, puis 6, en allant à Glacière faire des photos pour la ville haute.















Il a raison quand il me dit : tu n'as rien à perdre, c'est pourquoi tu es libre d'aller aussi loin que tu veux. Il faut donc expérimenter.

j'aime que cette femme porte des collants rose, un rose soutenu, presque rouge, et une robe à fleurs, je voudrais le courage de m'habiller ainsi

                                   le métro traîne juste avant d'arriver à Nation, s'arrête même
                                   cela ne me gêne pas, j'ai le temps
                                   et je sais pourquoi il s'arrête : Nation est un garage, je m'affole
                                   d'autant moins

Cette liberté je m'en sers aujourd'hui pour faire des photos à Glacière.
Est-ce le fruit de ma liberté, je suis la seule dans le wagon à réveiller la femme qui dort, à lui éviter de reprendre la ligne en boucle ?

changer de ligne, passer de la 2 à la 6, éternelle histoire des deux aériennes

Je n'ai rien à perdre, ni poste ni statut ni presque argent, n'ai rien de tout cela, ai le soutien qui porte, le métro se soulève, Picpus, non, Bel Air.

pensée pour ma soeur

Le métro sous terre à nouveau. Ce qu'il faut c'est carnet stylo, la base en cas de panne, puis tous les outils de connexion. A vingt ans, ma rencontre avec la liberté a été formidable est-il écrit dans le wagon. Qui est concerné ?

Dugommier affiches lacérées
voudrais-je être à la place de ceux dans le wagon ? 
la femme à fleurs n'y est plus

                                       (parfois être n'importe qui d'autre
                                        sauter dans les corps)

Bercy, ciel noir et brusque averse, de la grêle tandis qu'on passe la Seine. Bruissement continu des verrières. Le métro à Quai de la gare s'arrête.














Gris foncé du pays, Paris 13, Chevaleret. Le métro tremble. Tu voudrais vivre dans ces tours ? Non. (au retour, une voisine engagera la conversation là-dessus : le vertige à vivre dans les tours du quartier).

Where is my umbrella ? demande une affiche du wagon
deux vieilles dames abritées

Place d'Italie. Visages fatigués, ne veux pas sauter dans vos corps, non, y trouverais la même chose.

Je réfléchis pour savoir si je lance mon projet de Décor Lafayette X 100 sur "Fenêtres" (une idée que je viens d'avoir et stocke sur ces pages en brouillon, pour l'instant). C'est prêt. 

Il pleuvra donc sur mes photos.















Soleil revenu, j'entre dans la bibliothèque de la rue de la Glacière, bâtiment très en contrebas que j'avais mentionné dans Franck (mais je ne sais plus si j'ai gardé le passage). 
Sans cette liberté, je n'y serais sans doute jamais venue. Ses proportions, la disposition des pièces me plaisent tout de suite. Je m'assieds dans un fauteuil rouge. Tout me va, néons comme rayons obliques sur le mur.

Qui m'empêchera d'être là ? Personne.

samedi 22 octobre 2011

Nox / 2

Sur l'écran (de télévision, une fois n'est pas coutume) durant la nuit ce qu'on voit c'est un homme qui jette sa femme du troisième étage, la pousse par le velux, la suite est pire je vous l'épargne. Jalousie ou argent, thématiques récurrentes, un autre embauche un tueur pour dézinguer l'épouse, force musique, bien sûr, zooms avant sur les lieux, crime raté je préfère m'abstraire et ne pas dire en quoi il est très réussi quand même. Un de seize ans arnaque sur les sites de rencontres, lisse les billets devant la caméra. Des heures, ensuite, sur la prostitution, maisons closes légales (nous sommes en Australie) et comment dépenser une année de salaire pour trois jours de mariage (deux Français dans un riad au Maroc). Tout cela hors fiction, bien réel n'est-ce pas, et tout cela histoires déversées par le tube. 

Enfin, à un moment, il se passe quelque chose. Les prostituées australiennes se regroupent dans le local d'une association qui leur vient en défense. Elles prennent un café, parlent. La table rectangulaire, leurs âges différents, les tasses, le soleil par la vitre : ce qu'il y a à sauver de la nuit.