l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 10 juillet 2016

Journal de l'été #2


L'été arrive, donc, et avec lui notre livre numérique paru le 7 juillet, téléchargeable à partir du site de L'aiR Nu, à cette adresse. Au moment où il est enfin accessible, où survient ce léger pincement, cette vibration dans la poitrine, onde qui s'élargit, hésite à prendre ses aises, à déborder mais refuse de se dissiper, joie secrète de qui est allé au bout (et à plusieurs, joie redoublée !), à ce moment-même paraît un article de Franck Queyraud sur Diacritik dans lequel il m'interroge sur la littérature, le numérique, Dita Kepler, Décor Daguerre et mille choses encore.

A cet instant précis je longe à Châtelet le couloir en travaux qui mène des lignes 11 à 14, direction BNF. 


























La ville est au loin, mais les gens tout près.
(cliquez sur les photos pour lire)


Parfois quelque chose de mon personnage se glisse dans ces phrases devant lesquelles je m'arrête, homme ou femme qui se cabre, ne veut plus de sa vie ancienne - mais sa colère est individuelle, morcelée, invisible.















Joie, disions-nous, alors repartons. A la BNF Marilyn m'attend. Il y a aussi le financement Ulule, qu'on surveille comme le lait sur le feu. Viennent nous soutenir TV5 Monde et, depuis ce matin, Mini Labo, qui propose d'intégrer cette affiche à nos contreparties : 
 
















tandis que je photographie la carte achetée à la Bellevilloise à Mathilde, et qu'il est également possible d'obtenir via Ulule : 


(nous avançons, l'horizon nous parle)

Dans le métro, depuis le début du mois il y a plus de monde encore qui monte, fait la manche, joue de la musique. Parfois on entend deux chants dans le même wagon. J'ai l'impression de quêter moi aussi, bien sûr, et c'est ce que je fais. Un mail à 110 personnes m'a donné trois réponses, les aides viennent parfois d'ailleurs, inattendues. 
Qui sait ? 


Encore un dossier à monter, pour L'aiR Nu cette fois. J'établis notre calendrier, de septembre 2016 à juin 2017, en intégrant tous nos projets. En me disant que tout va marcher.

dimanche 3 juillet 2016

Journal de l'été #1

L'idée m'est venue avant-hier de tenir ici un journal jusqu'à septembre, feuilleton un peu relâché qui mentionnerait les lectures, les sorties, les occupations d'un été parisien, studieux et fauché, tourné ou non vers une rentrée dont je ne sais pas ce qu'elle va être. De parler de ce qui a été lancé, se fera peut-être, ou pas, qu'il faut poursuivre ou laisser en suspens. Des curiosités. De la vacuité. Du trop-plein. De ce qu'il y a autour, ou dedans, ou ailleurs : quelque chose de l'ordre du vrac (le vrac, ça se dit ?) quand il faut construire tout le reste. 

 

Tout pourrait commencer par cette lectrice des Buttes-Chaumont dont on ne verrait que le dos, placée au bon endroit, qui n'entend pas les voisins. Le ciel n'a rien d'un ciel d'été, c'est pourquoi elle et moi pouvons profiter des Buttes, du frais, de l'herbe, du vent léger. 



Je lis ce livre, par exemple, Sporting club, offert par Yves, le libraire des Buveurs d'encre avec lequel je viens de monter un dossier de résidence pour l'an prochain. Monter un dossier, cela signifie avoir un nouveau projet d'écriture en tête et l'idée de tout ce qu'on pourrait proposer sur un an ; résumer sa vie son oeuvre ; établir la liste de ses publications, un dossier de presse, le budget ; rassembler, imprimer, photocopier un grand nombre de pièces ; ajouter deux exemplaires de deux livres qui ne vous seront pas retournés. Yves calcule que je passe 25 heures sur le dossier, lui 18. Nous le rendons juste à temps. Je vais même rue du Bac l'apporter en mains propres. C'est un moment très heureux : je traverse Paris mon dossier dans un sac en toile, il fait beau, doux, aucun obstacle ne se dresse. Les réceptionnistes du Conseil régional me vannent gentiment, ça n'arrive pas souvent, peut-être, l'auteur venu avec son dossier. Question d'économies (oui), d'assurance qu'il ne se perdra pas, mais aussi de liberté : celle d'avoir le temps de faire l'aller-retour, de s'asseoir dans un square, de regarder aux environs. Je passe près du Bon Marché qui ouvre, ah non, va ouvrir. Devant les portes des clients chic guettent les soldes. Je pense au décor Lafayette, bien sûr, mais aussi à Harrods où je suis retournée en janvier, grand magasin sur lequel finalement je n'ai rien écrit.  

 

(la preuve du dépôt du dossier, photo conseillée par le réceptionniste)

Dans le métro, un type regarde la couverture de Sporting club, premier roman d'Emmanuel Villin, épreuves non corrigées, mise en vente le 1er septembre. Durant ma lecture, je note ce qui m'intéresse égoïstement, pour mon propre livre : la piscine d'une ville qui ressemble à Beyrouth, bassin au-dessus duquel des avions passent bas.















Tout pourrait commencer et continuer par la lecture, l'écriture, la marche, la ville : voilà qui n'étonnerait pas grand monde. Lecture de graffitis, slogans des manifs où il m'arrive de me rendre seule, de rentrer épuisée par la violence physique, psychique, épuisement qui dure des jours. Pages web de journaux qui sont de moins en moins ceux qu'on retrouve en kiosques. Livres papier. Livres numériques et papier. Textes écrits à l'ordinateur, recopiés à la main. Légendes de photos. Mails pour trouver de l'argent, répondre à une offre, relancer. Ecrans.


















Surveillances est un livre qui m'intéresse en soi mais également "pour l'écriture", projet différent de celui qui m'a fait monter le dossier de résidence. Quoique. J'ai acheté Surveillances au Marché de la poésie, lieu où j'ai également bu un verre avec mon nouvel éditeur, tchin, top là, retrouvé des amis. Nous revoilà rive gauche, tiens, après la rue du Bac c'est maintenant Saint-Sulpice, sans compter la rue de Rennes bloquée d'une manif, trois façons d'envisager un quartier de la ville et chaque fois l'écriture au centre - comme il est étrange d'aller seul en manif quand on est écrivain, c'est-à-dire rien (l'écriture n'est pas un métier affirmait, péremptoire, l'encadré d'un livret destiné à ceux qui veulent accueillir un auteur en résidence, livret parcouru l'autre jour, j'avais envie de mordre). 

 













Je pensais faire court, l'article est déjà long. Nous en étions au dossier rendu. Prendre le métro et se dire, voilà, je balaye d'un geste le projet pour la résidence, je reviens à ce que j'ai à faire, mon livre en cours sur Marilyn Monroe. Oui, mais, il y a encore L'aiR Nu, Une ville au loin le site, le financement participatif qui m'occupe l'esprit, Une ville au loin le livre, qui paraît d'ici quelques jours...
Pour Ulule, il faut envoyer des mails, demander, expliquer, il y a la joie devant les réactions de ceux qui aiment notre page mouvante, de ceux qui font grimper le montant des dons. En même temps, j'ai peur qu'on n'y arrive pas, les délais sont courts, ça m'obsède un peu. Tout ce qu'on pourrait faire, si ça marchait, et l'élan que ça nous donnerait ! 
En attendant,  il faut écrire.

 













 
Heureusement, Marilyn is everywhere, même au plus kitch, même jetée à la poubelle (photo de M, que je remercie).

jeudi 30 juin 2016

L'aiR Nu : pour nous aider à avancer



















Tandis que se profile la parution de Une ville au loin, prévue le 7 juillet, livre numérique gratuit accompagné de son site (voir ci-dessous), L'aiR Nu lance sur Ulule un appel à financement participatif qui se trouve ici.
Pourquoi donc ? Tout est expliqué sur la page, vous verrez. En résumé, nous aider à atteindre notre objectif nous permettrait de créer des modules sonores et déambulations, bien sûr, mais également de nous faire connaître et de convaincre de nouveaux partenaires. 

Nous avons 19 jours pour y arriver.

Sachez encore qu'est possible :
de contribuer à partir de cinq euros
de payer par carte bancaire
de prendre un pseudo
de recevoir ou non des contreparties (c'est au choix)

Si nous n'atteignons pas notre objectif, vous n'êtes pas débités. Si nous l'atteignons, vous voilà, de fait, adhérents de l'association, ce qui vous permettra d'avoir régulièrement de nos nouvelles.














Pour l'instant, l'actualité de L'aiR Nu, c'est donc la parution du livre Une ville au loin le 7 juillet et l'appel à participation valable pendant 19 jours.
C'est également la mise en ligne, en ce moment même, de la page mouvante de L'aiR Nu dédiée à Une ville au loin : tout bouge, tout se déplace, vous allez voir. Il y a de quoi lire, écouter, regarder, se promener. Bonne visite !
http://lairnu.net/une-ville-au-loin/










C'est encore, le 20 septembre prochain, la participation de Pierre Cohen-Hadria aux journées d'étude de l'Association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt (ADBDP) à Caen, où il évoquera notre résidence. Nous avons également monté un dossier afin d'intervenir en région nantaise à la rentrée, variation de ce que nous avions proposé à Strasbourg. Des nouvelles bientôt, on espère !

En attendant, grand merci à vous d'avance.

mercredi 22 juin 2016

Une ville au loin : à paraître


Depuis le 2 avril, date de la fin de la résidence à Moret Seine et Loing, L'aiR Nu a continué à travailler. Je suis très heureuse de pouvoir vous annoncer la parution prochaine, début juillet, de notre livre numérique intitulé Une ville au loin. Il sera proposé en téléchargement gratuit, accompagné d'un site sur lequel on retrouvera des éléments en rapport avec le texte (photos, sons, liens...). 













Je devrais plutôt écrire avec les textes car il y en aura trois, l'un écrit par Pierre Cohen Hadria, l'autre par Joachim Séné, le dernier par moi tandis que Mathilde Roux proposera une balade toute en  cadastres et mots dont elle a le secret. La réalisation du livre a été confiée à la célèbre dame au chapal, Roxane Lecomte.















Dans Une ville au loin, on trouvera une femme qui vit dans la région mais travaille à Paris, prend le train chaque matin ; un homme qui attend quelqu'un sur le quai d'une gare ; un dernier personnage qui, de Paris, hésite, voudrait partir mais...














Il y aura des bribes de chansons, des considérations hydrométriques et une allusion à La Quatrième dimension. Des questions pratiques, un indicateur de chemin de fer, des noms de lieux qui enchantent, des voisins de wagon. Quelques absents et du paysage à la vitre. Des péniches, des mariniers. De la musique et Jean Giono. 













On vous attend donc, si vous le voulez bien, aux alentours du 7 juillet pour découvrir cette ville au loin.

vendredi 17 juin 2016

Ce qu'on dit parfois de soi en atelier d'écriture

Elizabeth Legros Chapuis m'a demandé d'écrire un article pour la revue La Faute à Rousseau de l'APA (Association Pour l'Autobiographie), qui paraît ces jours-ci. Le thème du numéro est le suivant : ateliers d'écriture, ateliers d'édition. Avec l'accord de l'APA, que je remercie, tout comme je remercie Elizabeth de son intérêt pour mon travail, voici le texte que j'ai proposé. Il s'agit d'une petite synthèse, plutôt destinée à des lecteurs qui ne suivent pas ce blog, mais que je suis néanmoins contente de poster ici.



L'espace de l'atelier est-il propice à l'écriture autobiographique ? Je ne sais pas si la question se pose, du moins en premier lieu. Ce qui compte, je crois, c'est d'abord de savoir si cet espace est propice à l'écriture tout court et ce, pour des gens qui ont déjà le goût d'écrire comme pour ceux, mais oui, qui sont obligés d'être là, captifs durant deux heures, méfiants ou indifférents peut-être à l'origine.

Collèges, lycées, médiathèques, musées... J'anime depuis six ans des ateliers d'écriture de façon régulière sans que cela soit devenu mon métier. Écrivaine, ce sont les résidences qui m'en ont donné l'occasion : elles comprennent souvent une part dite de médiation, 30% de son temps et voilà l'atelier qui s'en vient, parfois pour une seule séance, parfois de façon continue. Souvent, il s'agit de se retrouver en établissement scolaire devant une classe entière, dans la salle habituelle du professeur. Autant dire qu'il n'est pas simple alors de créer un écart, de favoriser les conditions dans lesquelles des adolescents vont laisser surgir quelque chose d'eux-mêmes. Et pourtant, presque toujours, cela a lieu. 



Est-on prêt, a-t-on été formé à exercer ce rôle d'animateur, quand on écrit ? Pas nécessairement. Ce qu'on a pour soi, c'est simplement son expérience, les lectures qui nous ont forgé-e-s, la reconnaissance de cette part d'énigme qui surgit dès que la phrase se forme et qu'il faut savoir accueillir. Je crois qu'il ne faut pas hésiter à expliquer qu'on repart soi-même de zéro à chaque nouvelle tentative. Que l'expérience est moins liée à une série de "trucs" qu'on mettrait en place qu'à une bagarre avec la langue, avec ses propres stéréotypes, travail constant d'oscillation entre disponibilité, ouverture d'esprit et reprise en main du texte. L'atelier, ce type d'atelier en tout cas, est d'abord le lieu du premier jet, de ce qui nous vient à partir d'une consigne et qu'il n'est pas temps encore de censurer. C'est aussi a posteriori le lieu de l'écoute, celle du texte des autres et du sien, écoute dont l'intérêt est non pas d'engendrer un jugement mais de comprendre comment la circulation d'une image, d'une idée à l'autre est possible ; à quel point on n'écrit pas seul-e, même à avoir le plus grand besoin de solitude, de repli. Ce qui reste fascinant, c'est que cette circulation n'exclut pas la singularité, au contraire.


 

Que dit alors de soi ce qu'on écrit en atelier ? Souvent beaucoup de choses. Que la contrainte soit issue d'un ouvrage de fiction, d'un poème ou d'un texte autobiographique, qu'on en passe ou non par le je, accepter de se livrer à l'exercice nécessite une mise en confiance et une prise de risque qui, dès que le pas a été franchi, invitent à creuser ce qui nous appartient en propre, à ne pas se contenter d'un texte de surface destiné à répondre à une demande extérieure. 
Il y a un désir d'authenticité plus immédiat peut-être chez les participants lorsqu'ils sont adultes et ont fait le choix de venir mais peu importe, au fond. Le texte n'est pas l'enjeu d'un discours, pas plus qu'il ne se confond avec le pur journal intime. Proposer un angle de vue, une piste commune a pour ambition d'éviter ces écueils. A ce titre, il nous importe de rester à l'affût, d'imaginer des dispositifs susceptibles de provoquer en face une certaine surprise, d'éviter la routine et les pré-supposés. Ainsi n'ai-je pas exactement suivi la proposition initiale d'enseignants, celle de faire écrire des SMS à des élèves en très grande difficulté. Une fois mis en confiance, ceux-ci ont préféré écrire long, très long, au grand étonnement de tous. Ainsi ai-je au contraire tenté d'exploiter au maximum le thème imposé d'une série d'ateliers destinés au milieu professionnel : celui de la tenue de travail. Vêtements mais aussi postures du corps, positions dans l'espace, dédoublements... Tout cela m'a obligée à inventer des exercices dont je n'aurais pas eu l'idée.




Le numérique, dont je n'ai pas encore parlé, peut être ici d'une grande aide. S'il se réduit parfois à la création d'un blog post-atelier, rien n'empêche de l'utiliser pour proposer de nouvelles formes. La rédaction de textes issus d'une navigation dans Google Street View peut donner des résultats étonnants, invite à explorer des lieux inconnus mais également familiers, permet d'effectuer des retours dans le passé, par exemple.

De la lecture à la publication en ligne, il est possible de conjuguer ces éléments. Je voudrais ici en donner un seul exemple détaillé. Avec L'aiR Nu, nous avons mis en place un module de trois jours qui invite à lier le lieu, la lecture, l'écriture, le son et le code informatique. Le déroulé est le suivant : les participants sont d'abord invités à une déambulation littéraire, au fil de laquelle ils lisent eux-mêmes à voix haute des textes sélectionnés à partir d'un thème. Il s'agit de découvrir ou de redécouvrir un espace (quartier, bâtiment...), des textes, des auteurs et le groupe en lui-même. Sans doute est-il alors déjà question de commencer à mesurer l'effet que tout cela produit sur soi. Cette lecture est enregistrée au fil de la balade : aux textes se mêlent des éléments sonores, pluie, bruits de voitures, etc, ce qui n'est pas forcément anodin, permet de matérialiser un premier lien.




Le deuxième jour a lieu l'atelier d'écriture, puis la création du site web. Nous proposons un ou plusieurs exercices en fonction de certains des textes lus la veille. Ainsi, à Strasbourg, lors du récent festival Les Racontars du numérique, avons-nous invité les participants à écrire à partir d'un passage de Bougé(e), d'Albane Gellé dans lequel elle « résume » sa vie amoureuse depuis l'enfance en concluant presque abruptement par la recherche d'un lieu où vivre avec celui qu'elle surnomme son « immense love ». Le thème proposé, le lieu des commencements, a permis tout aussi bien aux participants d'extrapoler (réinvention de sa propre naissance), d'interroger la langue et la frontière (évocation d'un voyage), que de convoquer le présent (la première Nuit debout avait eu lieu la veille à Strasbourg, l'auteur du texte y avait assisté). Autant de façons de s'emparer du thème pour parler ou non de soi, de se libérer d'une forme a priori autobiographique pour, peut-être, évoquer les enjeux qu'il soulève de façon moins clairement identifiée mais résolument personnelle. Il me semble que la marche et le partage, la veille, tout comme la réalisation par les participants eux-mêmes du site après l'atelier d'écriture, concourent à cet allègement. Ce site, dont la réalisation est accompagnée par Joachim Séné, écrivain et informaticien, est conçu comme un prolongement de l'atelier. Il inclut les textes lus lors de la déambulation comme ceux des participants, invite ces derniers à inventer un parcours, qu'il soit géographique ou par mots-clés : autant de façons de s'autoriser à écrire un récit puis à le transmettre. On entre alors en soi, écoute les autres et s'expose dans un même mouvement.

*
Les photos ci-dessus proviennent toutes d'ateliers d'écriture : les trois premières ont été prises au Louvre, où j'ai animé des ateliers en compagnie de Cécile Portier, Pierre Ménard et Joachim Séné en 2014, comme on peut le voir ici. La quatrième a été prise dans le même cadre mais au Grand Palais, lors de l'exposition Bill Viola. La dernière, enfin, représente la serre du jardin botanique, où nous avons entendu le texte d'Albane Gellé.

dimanche 12 juin 2016

Décor Daguerre : apparition du livre


Il aura fallu longtemps pour trouver les bonnes personnes, le bon endroit où faire paraître Décor Daguerre. Il aura fallu des refus à motifs économiques, des "cafés de refus" (me faire traverser Paris pour me dire non), des réponses négatives avec désir de se revoir, avec conseils de demander à d'autres (mais alors tout se délite, se délaye, se perd) ; des enthousiasmes désargentés qui ne peuvent rien mais soutiennent ; des réponses à côté de la plaque, qui désespèrent de se faire comprendre ; un coup de fil de quelqu'un qui, en une phrase, dit tout de sa lecture mais ne peut prendre de décision ; un premier mail, un second mail l'année suivante et entre temps le renoncement. 













Il aura fallu deux ans et demi à chercher, ne plus chercher, écrire autre chose, ne pas savoir si le deuil était fait de ce texte, de ce livre à venir, continuer à oeuvrer (des lectures du centre Cerise en 2013 à celle avec projection du film Daguerréotypes il y a quelques mois, merci encore à Arnaud de la Cotte). 















Et voilà que tout s'est accéléré, que Décor Daguerre paraîtra l'an prochain aux éditions de l'Attente, en février normalement. Dedans, on trouvera : les boutiques de Daguerréotypes, Mystag le magicien, Agnès Varda en 2011 parcourant le monde, l'arbre de sa cour rue Daguerre, un peu des Demoiselles de Rochefort, le trou des Halles, une théorie rapide sur les enseignes des coiffeurs, mon année 2013 d'écriture, le cinéma et la photographie, le mouvement et l'immobilité, des trajets à Stockholm, à Rio et en Seine Saint-Denis, Stella, Mona de Sans toit ni loi et encore un certain nombre de choses qu'un arbre de mots-clé relie, dont il sera possible de deviner les branches. 














Merci à tous ceux qui me soutiennent depuis 2013, année d'écriture au centre Cerise, à Paris. A ceux qui sont là quand je me décourage, m'assurent qu'il y a une place, oui, pour ce genre de livre et qui pour finir ont raison.
(quelle joie de pouvoir le dire !)
Et à bientôt, donc, rue Daguerre ou ailleurs...

*

Pour trouver les photographies ci-dessus j'ai tapé Paris 1975, suis tombée sur :
- le trou des Halles en 75, tel que je l'avais vu dans un livre des éditions Parigramme, Paris 70's
- une photo d'Edouard Boubat intitulée The Little Marilyn, Paris, 1975.

mardi 31 mai 2016

le prix


on essaye de pousser, de retenir, de relancer, de contrer, de s'approprier, de mettre à distance, de résister quand tout nous dit que nous n'y sommes pas, que ce n'est pas notre place, que nous n'avons rien à demander, à revendiquer, que de toute façon c'est trop tard, rien à voir, il n'y a qu'à plier sans rompre c'est-à-dire anticiper le désir qui n'est pas nouveauté mais répétition du semblable, d'ailleurs repéré par d'autres, lesquels s'y prennent mieux donc à quoi bon plier, demander quelque chose. Et on entend aussi qu'on a choisi la mouise, celle-là, oui, qu'il est de bon ton de s'y perdre mais mal vu de la dénoncer, que la liberté ça se paye sans préciser le prix, que voici : l'impuissance, la réduction du territoire tandis que dans nos têtes ça continue de s'étendre

(ne plus pouvoir acheter un billet de train
ne pas être sûr de s'accorder un Navigo)

parce que dans nos têtes ça se poursuit, oui, refuse de freiner, de se laisser coincer dans l'impasse  reconnaissance = consommation, impasse autoroute on le sait

être une chaise à laquelle il pousse des bras dans le meilleur des cas : non

quant à la pacotille qui permet de tout justifier, images de corps maigres et d'appartements sombres sur les affiches publicitaires (être soi-même, prendre le risque de), déliquescence de déclassés qui fait joli dans les romans vs les costumes cintrés, lesquels ont envahi l'espace (la montre, les chaussures, les chaussettes, la coiffure, le sourire, le rictus, l'armure, l'arme chargée et tu tires dans la foule pour finir)

tout cela dans la même sphère ce qu'on en fait devinez