l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 5 janvier 2014

70 / 90 (regarder un documentaire)

Scruter les arrière-plans, faire des arrêts sur image, se fixer sur certaines années qu'est-ce que c'est, au juste ? 
Les années 70 ne sont pas toujours en couleurs et à bien regarder, tout échappe. On voudrait prendre la caméra et la faire pivoter, avancer dans le temps comme dans le décor. Ici, un square de 1973. Là, une station de métro, sa correspondance pour la 4, en 1990 (c'est janvier, et ensuite ?). Couloirs, affiches, marches, rampes : tout résonne, retient, s'inscrit sur la rétine. Est-ce qu'un mort va passer dans le champ ? Et soi-même, le jour du tournage, était-on près de là, dans la ville ou ailleurs ? Quant à lui, Thierry, rencontré ou non ? Et ce passant qui traîne, qui regarde, et cette femme qui aide, écoute : croisés, une fois, plusieurs, ou non ? Chaque jour, revoit-on les mêmes sans jamais les reconnaître ? Evite-t-on sans cesse, sans le savoir, les fameuses mauvaises rencontres ?



J'ai regardé ce documentaire (dans l'extrait ci-dessus, on ne voit rien de ce dont je parle, le square filmé en noir et blanc, l'escalier du métro, mais je ne pense pas que ce soit grave) comme tout un chacun je pense, m'attachant à la figure de l'absent, Thierry, adolescent en 73, SDF en 90 et mort l'année suivante, filmé par deux réalisateurs (Bernard Bouthier, François Christophe) à vingt ans d'intervalle. Bien sûr, le contenu du film résonne, je n'ai pas besoin de le dire.

Je l'ai regardé autrement aussi, cherchant quelque chose de ce Paris 70 qui m'occupe actuellement (raison pour laquelle, a priori, je voulais le voir), abandonnant vite l'idée. Je cherchais en 90 l'autre absent, celui sur lequel j'ai écrit - et pourtant non, enfin pas seulement. Ce quelque chose à retrouver était de l'ordre de la texture, de la matière. Une ombre, une silhouette. Quelque chose qui aurait densifié les souvenirs, ceux de 90 - les images de 73, pour Thierry l'adolescence, pour moi la petite enfance, étant trop éloignées, non pas de 2014, mais les unes des autres. Comme si cet écart d'âge entre nous diffractait mon regard : je regarde l'année 73 avec mon oeil d'aujourd'hui / je regarde comme le réalisateur à l'époque / je regarde les lieux comme si j'avais cinq ans, peut-être, jamais comme si j'en avais quinze. 
(se mettre à la place de celui qui parle, de celui qui filme, est filmé ? Oui ? Non ? Combien de fois la position du spectateur varie-t-elle au cours des 52 minutes ?)
Pour finir, dire que cette recherche, quelle que soit la décennie, fut un échec - ce qui n'a rien à voir avec la valeur du film, on s'en doute. En 90, François Christophe n'éclaire pas, ou pas toujours, les scènes, et filme au plus près : le paysage, c'est le visage. La texture du temps c'est la peau.

*

Nous nous disions, avec l'ami qui m'a fait découvrir ce documentaire, que les images des années 70 nous échappent toujours. 
Nous ne savons pas l'expliquer.
(quoi qu'il en soit, merci à lui)

*

Note du lundi : en allumant la radio ce matin, j'apprends la mort accidentelle de François Christophe il y a quelques jours, ce que j'ignorais donc quand j'ai écrit ce billet. Quelque chose, forcément, en est un peu changé... 
François Christophe avait 47 ans. Ici, l'hommage de France Culture, station pour laquelle il travaillait depuis 2010.

lundi 2 juillet 2007

Pourquoi c'est court

Tout est très court dans ce blog, tout est très fragmenté seulement parce que je n'ai pas le temps. Pas même le temps d'écrire sur le pas le temps (et ce message date de quatre jours déjà), le boulot alimentaire bouffe, impossible de l'écrire autrement, je tente bien de lui donner des coups de lattes en lui cherchant un pseudonyme (me dire que c'est le pseudonyme qui le fait, le travail), en achetant un nouveau carnet que j'appelle Echappés de la cage mais non rien à faire, pas le temps : là non plus, dans le carnet, il n'y a rien d'écrit.
Le soir je pose un casque de chantier sur mes oreilles, c'est un casque anti bruit.
Je ferme les yeux dans le noir.
Pas le temps, même plus celui du trajet. Salut aux télétravailleurs bouffés par leurs commandes, dead-lines, les missions impossibles. A ceux qui pour manger se renient, en riant, en se rongeant, achètent des journaux qu'ils n'ont pas le temps de lire. A ceux qui n'arrivent plus à lire. Mal aux yeux, mal aux doigts, mal aux os. Salut à vous. Et qu'on s'écrire, hein!