presqu'île de Giens

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dimanche 17 juillet 2016

Journal de l'été #3



















Envie, ce matin, d'écrire un nouvel épisode de ce journal de l'été et de commencer par cette photo prise dans une cour de la rue Richelieu, à Paris, mercredi dernier. Photo à la volée avant de bifurquer, de grimper un étage, d'attendre dix minutes dans une salle à la déco pétaradante puis de me faire interroger durant trois heures sur ce que la RATP envisage pour compléter (remplacer ?) à terme le Navigo, passe mensuel si important pour mon personnage de Une ville au loin, qui lui permet d'en détourner l'usage, de s'imaginer d'autres vies.
J'ai dit que de toute façon je préférais le Navigo, mais ce n'est pas ce qu'on me demandait.
J'ai répondu à l'enquête pour recevoir de l'argent, suis ressortie avec un chèque, ai pensé : pour une fois que je gagne quelque chose sans projeter autre chose. J'ai marché jusqu'à la station Palais Royal. J'avais l'impression que pour une fois le monde était simple : on t'invite, on te demande ce que tu penses, combien tu es prêt à payer. On t'offre du jus d'orange, un thé, des gâteaux. On t'enregistre, te filme, on te le dit. On te parle gentiment, on te donne de l'argent, tu repars, tu oublies. 

 

Je suis rentrée chez moi attentive à cette sensation : le contentement peut-être, le léger soulagement de se dire qu'il est parfois possible de traverser dans les clous, de répondre à la demande sans chercher plus loin.
Je suis arrivée. Il était 18h. Suis allée me coucher direct.














Deux jours plus tôt (ou comment depuis tout à l'heure remonter le temps avant Nice, on le comprend j'espère), avec L'aiR Nu nous en étions toujours à projeter quelque chose pour gagner quelque chose : collecte Ulule qui au moment où j'écris n'en a plus que pour quelques heures avant d'échouer ou de réussir (vite vite), dossier Dicream que nous avons porté sur place avant la date limite avant d'apprendre qu'il manquait un papier : celui du formulaire, des cases à remplir.
On ne rit pas ? Si, si. On a stressé puis on a ri, tant ça nous ressemble. 
On a encore jusqu'à demain, rien n'est perdu.


(tiens, voilà bien ce qui nous ressemble, plutôt)

*

J'ai appris pour Nice à 6h30 du matin, tandis que je voyais défiler ma timeline, sa nuit blanche. Quatre de vos amis sont en sécurité à Nice me disait Facebook. On comprend tout de suite, désormais, n'est-ce pas ?
Est-ce qu'on se précipite pour regarder ? 
Nice. Sécurité. On laisse les mots envahir la pièce. On attend. On retarde. Ca dure combien ? Une, deux minutes à peine. 
 












Ensuite ? 
Regarder le mur, le plafond. Devant soi sans voir.

J'avais un truc inavouable à faire pour tenter de gagner de l'argent, un test, j'ai serré les dents toute la journée et je l'ai fait. Je n'ai rien écrit sur les réseaux sociaux (je ne poste plus rien dans ces cas-là, pourquoi dire ?) (dans ces cas-là résume tout). Mais évidemment j'alternais l'écriture du test inavouable avec la lecture des articles, des nouvelles, des commentaires. Les monstruosités, les horreurs, les premières réflexions. Pas les rumeurs : plusieurs heures, déjà, s'étaient écoulées. Pas les images : depuis des années je les regarde plus.
Dire son effroi puis, très vite, presque en même temps, sa consternation devant les déclarations des politiques ? Le dire ? Le taire ? Je ne sais pas. Je me demande : l'effroi et le mépris qui alternent à toute vitesse, se répondent, qu'est-ce que c'est que cette violence supplémentaire ? Quel nom pour cette déchirure ?

Sans rien oublier, de la fenêtre postée ci-dessus détailler longuement mur et ciel, le bleu du dedans, dehors.

*

Je place ici la cour qui est belle et sans lien avec le travail ; une photo d'Albert, escargot aimé de ma mère (photo prise par elle) ; le dossier incomplet mais bientôt complété de L'aiR Nu ; un collage de Mathilde Roux qui se trouve dans Une ville au loin ; une photo de fenêtre de Thierry Beinstingel, liée dans son esprit à Dita Kepler.
Embrasser le monde, toujours.

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