presqu'île de Giens

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mardi 26 février 2013

Journal de la chambre verte #1 (écrire au centre Cerise)



















Durant mon séjour au centre Cerise, j'ai décidé de tenir une sorte de journal, qui paraîtra à la fois ici et sur le site remue.net, lequel accueille les travaux des auteurs en résidence Ile de France
Ici, on trouvera le texte ; là-bas, une lecture audio sous forme de fichier son. Ici, une photographie ; là-bas, une photo aussi, différente mais prise au même endroit, quelque part dans le quartier des Halles, à Paris.
Pour cette première fois, je suis partie d'éléments que ceux qui me lisent ou viennent sur ces pages connaîtront déjà, sans doute, au moins en partie : façon de se présenter, là-bas, à Cerise...

*

donc tu travailles sur les lieux, dans les lieux
vous écrivez sur la rue le terrain le quartier les façades les grilles le paysage les murs les cheminées les visages le sol les fils et les ponts les palissades les marches et les portes vitrées
c'est bien ça ?
et dans les lieux mêmes, ah directement dans les lieux ?
oui, souvent, mais je ne voudrais pas me laisser enfermer

donc tu as écrit dans le métro oui dans le train oui en bibliothèque oui dans une loge d’artiste oui en sous-sol oui suspendue dans le vide
presque
dans mon lit surtout

et vous vous êtes rendue dans les grands magasins dans Google Street view dans une maison de maître
dans les rues de Marseille Montreuil Epinay Tremblay Lille Berlin Roubaix Londres Nantes Boulogne
dans l'ancienne banque de France de la ville de Béthune
et dans la rue Daguerre
oui
et dans trois parloirs de prison 
aussi
mais ce n’était pas pour écrire

et pourquoi Paris parce que c’est tout proche et pourquoi ailleurs parce que ça me manque

dans la fuite ?
non
ou alors : pas sûr
ou disons plutôt : la fuite et le contraire
(se prendre le mur ?)
(ouverture et danse ?)
dans l'é-va-si-on ?
oh
dans le déplacement ?
oui

Le lieu c’est du temps que j’invente, il suffit de le renommer. Au centre Cerise, il s’appellera la chambre verte comme il y eut le magafiction, contraction de magasin et de vous savez quoi (magasin de livres, bien sûr). Chambre verte comme chambre d’échos, pièce chargée de ce qu’il y a autour, chantier des Halles, musée, bandes qui se croisent, ruelles et la fontaine des Innocents

panoramas et transactions, montées, descentes
souvenirs crus

Dans la pièce une horloge rouge
six chaises une table une étagère
veillent
me protègent de ce vide sans rapport avec la page blanche
m’éloignent du repli, de l’absence en un paradoxe apparent
(car ici c’est silence solitude rien ne passe même pas le téléphone)
sans rapport avec l’écran blanc c’est plutôt le trop-plein qui me perd
trop de signes tu comprends

je comprends je compte et je trie
je mélange et je recommence
les pistes et les cartes s'inversent
on abat son jeu on se penche pour voir le résultat produit
et comme toujours tu sais
je sais et je saisis
ma chance
le fruit de l'expérience est tout au fond du puits

malgré le chauffage électrique il fait froid dans la chambre verte
fini pour aujourd'hui
il est temps de partir peut-être

5 commentaires:

Anonyme a dit…
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Anonyme a dit…
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Anonyme a dit…
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Anonyme a dit…
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Anne a dit…

Merci pour ton message et excuse le retard (le spam...).
La chambre verte : évidemment, pas pu ne pas penser au film de Truffaut, mais ce ne sera pas le lieu du culte des morts, ici, non. Au contraire, il paraît que cette pièce a vu la naissance de quelques couples... je n'en sais pas plus...
Sûr aussi que je ne pourrais pas faire l'impasse sur Le Ventre de Paris (déjà utilisé en atelier à Montreuil) (tout est dans tout et réciproquement, disait Pierre Dac) (oui, je suis capable de citer L'Os à moelle ;-).
Bises et au 6, donc (chouette)