Mandelieu

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lundi 4 avril 2011

Habiter

tel quel,  notes prises à la vitre, samedi matin dans le RER C, durant l'atelier d'écriture de François Bon qui nous dit ici ce qui s'est réellement passé durant le trajet tandis que Pierre Ménard twitte, écrit et photographie, que Christophe Grossi écrit, s'interroge, que Nicolas Bleusher écrit, trace la ligne (et se moque ;-), que Sylvie Tissot géolocalise, que Louise Imagine nous inventorie (pas tous) et que Maryse Hache, de loin, participe aussi.


habiter

dans le rayon de lumière chaleur peau rougie et dans la vitesse entendre une voix qui parle de foule, d'être serrés dans un wagon
le soleil nous suit, par les reflets on vivrait près de l'eau
Choisy
sauter ne pas sauter ne pas se souvenir du nom du fleuve, se rappeler la date
entendre parler de la passerelle qui date des années 60
jour de juillet où quitter le monde
à 18 ans ?
non aller habiter Jourdain
reprendre la main tenir les rênes
dépasser maintenant ce pont, cette passerelle être percuté ce serait ça, vivre ?
habiter la pelouse, les brins d'herbe
entrer chez cette femme, de dos, c'est samedi, elle nettoie les vitres
(laisser ses vitres sales pour faire masque, écran, refuser le rideau j'entendais sur le quai)
se débarrasser de Choisy
de la date
suivre le fleuve en pensant « habiter »
péniche
c'est la Seine ?
avoir raconté le matin, dans la station de RER, que le tout premier lieu ce fut un cargo
le tout premier
lieu de la conception
entre la Corse et le continent
habiter un phare
l'avion en chute libre
et les fleurs du cerisier
habiter la matière
c'est ça
passe-murailles
toujours voulu être
dans l'atome le grain la nervure
la rougeur de la joue
le mot carrelage écrit carré sur un mur gris
Juvisy
n'ai écrit jusqu'ici aucun nom de ville Choisy a tout bloqué

habiter les cheminées
s'insérer
par les volets fermés visiter les couloirs
et
charpente de fer
visiter ce qui s'écrit sur les murs des cabanes
entrepôts
arbres morts
avoir dépassé depuis longtemps
Choisy
tu vois j'aurais sauté je n'aurais pas vu le carré de pelouse de Savigny-sur-Orge
je n'aurais pas connu
ceux du quai, du wagon
joue bientôt rouge
une vie d'adulte devant
18 ans et tout le sursis depuis
c'est écrit : « zone de croisement des camions »
habiter un camion, faire la route
habiter la cabine des deux d'Au fil du temps
vivre sur la pente, dans le dénivelé
par delà les grilles
le choc
revient
maintenant c'est un lac
habiter un lac ? non
habiter la ligne ? toutes
impression que tout le monde est mort, dit-il
(pétanqueurs c'est tout)
puis la ville dégage
se dégage
réapparaît
nous ne sommes pas venus faire des phrases
nous sommes venus VOIR
l'homme en tee-shirt de Longjumeau
comment habiter le long des rails
comment supporter tout ce bruit que du wagon on ne perçoit pas

c'était impossible de ne pas écrire là-dessus, n'est-ce pas ?

plus d'eau
fleurs
entreprise de décoration
forêt (tentative de)
tout ce travail pour s'accrocher
entrer dans le monde le laisser
construire ériger bâtir former
accepter le déséquilibre
que certains murs tombent
même porteurs ?
va savoir
carrières, ce qu'on creuse là ça va trop vite
ça continue de se tenir
secret

vertige
on surplombe
habiter la poubelle c'est encore possible
wagon changé en librairie (je me souviens du)
se perdre dans un cube de verre

négocier
non
enjamber
traverser une passerelle qui n'a plus rien à voir
de haut on découvre le changement de chauffeur
la rue offerte
passerelle sur laquelle le 17 septembre 1990 sont morts deux convoyeurs de fonds
c'est comme ça
un ou deux ?
à Choisy
la date de tout à l'heure n'était pas celle-là
on s'égare
le pont c'est aussi
le pont de nos bras
les jours s'en vont je demeure

habiter l'hôtel première classe
titre trompeur
vivre dans les arceaux, bosquets
buissons, fagots
être un troupeau de feuilles
se souvenir qu'elle existe, la tempête de 1999, dans les troncs tombés, jamais ramassés
encore aujourd'hui ?
(et tigre sur une citerne qu'on partage, voilà qui change tout)

de la forêt, du bois
tout de suite un panneau
DANGER
c'est écrit rouge orange
tant pis
tant mieux
pas grave
autre chose

2 commentaires:

Nicolas Bleusher a dit…

J'ai bien aimé, aussi :

nous ne sommes pas venus faire des phrases
nous sommes venus VOIR
l'homme en tee-shirt de Longjumeau
comment habiter le long des rails
comment supporter tout ce bruit que du wagon on ne perçoit pas

Anne a dit…

merci Nicolas