l'horloge de la gare de Chartres

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mercredi 14 mai 2008

Petit journal

J'ai dû en perdre en route, mais voici ma compil du petit journal, hors textes sur les livres qui ont compté, depuis le 25 février dernier. Presque trois mois durant lesquels j'ai arrêté de travailler pour ne plus faire qu'écrire, ai terminé puis rendu à mon éditeur le manuscrit du livre centré sur le deuxième album des Cowboy Junkies, me suis acharnée (et ça dure !) sur les corrections du suivant sans oublier la piscine.

25 février It doesn't really matter anyway (un titre des Cowboy Junkies, le chuchotement de Margo Timmins) Photos prises à Jaurès, retrouvées à Barbès. Des rires, des essais, des ratages. 27 février Il n'y a que ces deux-là qui me viennent : jubilation conjonctivite. 9 mars Le gardien de l'école B pendant l’éclaircie, le dit : pas grand monde pour voter depuis ce matin. Peut-être plus tard ? (on est à Paris). Journée rythmée par l’arrestation, puis la libération, du père d’un enfant du groupe scolaire. La rentrée, c’était donc le dimanche pour RESF. Sans date : Lire, lire, se laisser envahir et ne plus écouter de musique. Puis un jour le contraire. On oscille, on se demande s'il y a double vie. 20 mars 2008 la tête hors de l'eau, à la piscine dont le plafond est de verre, la tête dans le ciel, donc, pour oublier un peu les pages terminées, la parole prise, la paralysie qui la suit... 26 mars Vus de la coursive, le long des cabines 1900, les nageurs de ma piscine surprennent, lents et gracieux (ce qu’on ne peut imaginer dans l’eau). Mais les coursives, d’habitude, sont interdites. 27 mars En diagonale la lecture, en ligne droite la nage, je regarde le plafond de verre il parcourt mon manuscrit. 28 mars Ma prochaine devise ? Entendu lors d’une conférence de presse, de Dominique Répécaud (je crois), dans une salle qui comptait nombre de musiciens expérimentaux : "pourquoi faire simple quand on peut faire mieux ?!" 29 mars aux Buttes S’allonger dans l’herbe malgré le vent, le sol encore mouvant de la pluie de la veille. Et dans le dos, un églantier. 1er avril 102-105 temps doux à Belleville, arrive les mains dans les poches pour assister à un concert évidemment complet. Plus tôt, détaille les tatouages des nageurs. Avant, après, à la place, me bats avec ma page 102 (et ça fait tache jusqu’à 105 au moins). 13 avril C'est quoi cette journée passée à couper un paragraphe qui avait résisté, jusque là - avoir eu raison mais dans le déséquilibre, vers la page 20 à peine, on peine aux deux cents pages suivantes. Se méfier, vouloir retrouver le texte dans son déroulement. L’écran ne suffit plus, il faudrait imprimer, enregistrer sa voix – faire quelque chose, quoi ! Autre chose que l’écran. 15 avril dead lines, même chose, vraiment, avec pourtant un seul paragraphe mort sur les 200 relues, sur 330 en tout ; la peur, ici, que ça fasse basculer l’ensemble, comme dans un jeu de dominos. Méfiance. 18 avril silence radio Ah oui, mais comment leur clouer le bec, ces questions les obsèdent, on les sent en apnée quand ils s’empêchent de les poser (et parfois, préviennent à l’antenne qu’ils n’en parleront pas, de la filiation, pour avoir l’air subtil et au fond se dédouaner d’en parler quand même - pervers).

20 avril Une nuit, trois fois


nuit sur ma secte

nuit sur où que tu sois

nuit sur ça : plus aucun lieu qui vaille

21 avril des visages En attendant un coup de fil qui ne venait pas, joué au memory de Philippe De Jonckheere et comme je ne suis pas téméraire, ai commencé par celui des boutons (dont une paire semble en colère). 27 avril Après une semaine seule pour la première fois depuis des années (écrire, corriger, nager), suis allée poursuivre ma lecture au lavomatic, seul endroit à Paris sans radio ni musique, avant de voir et d’écouter ceci. 29 avril ça se croise tiens, justement, vingt ans aujourd’hui d’une journée particulière, passée avec celui qui, quelques mois plus tôt, m’avait offert un rat (une rate, pour être précise, que moi aussi j’emportais en voyage). Quelqu’un par qui j’ai connu Lille, changement à Arras, comme ça se trouve... Je ne savais pas comment marquer ces vingt ans. Voilà, c’est fait. 10 mai Pont à Paris Il me dit qu’il devait se rendre à Beyrouth, que l’aéroport est fermé. Il me demande si nous sommes à Paris. Oui. Et faisons même cyber café à la maison avec boissons, connexion wifi et musique, pendant que les autochtones désertent. Je ne lui dis pas que nous devions aller à la mer. 14 mai contre la vitre Partir mais pour l’instant c’est encore du balcon - le zinc brûle, impossible d’y rester pieds nus. Bruits de voitures, sirènes, bus, dans lesquels nous ne tenons plus.

13. Et ne pas oublier Proust













Lui aussi, ma mère l'a lu dans le RER A entre Saint-Germain et Vincennes, adolescente je la voyais partir le matin avec l'un des volumes.
J'ai lu La Recherche d'une traite, à 24 ans, en trois mois, en ne faisant que ça de mes journées grâce à une bourse de DEA et le luxe d'avoir suivi, l'année précédente, les cours de Jean-Yves Tadié. J'ai très longtemps pensé qu'il était impossible de faire moins, jusqu'à ce que je découvre qu'un certain fb avait mis trois semaines...












A ceux que La Recherche effraie, dire juste :

que si l'on commence par le Contre Sainte-Beuve, on découvre une ébauche de Du Côté de chez Swann qui contient, surprise, une scène de masturbation quasi disparue par la suite
(et je ne dis pas ce qu'étaient les madeleines au départ...)

que Proust est le roi du suspense : un élément qui, ailleurs, vous aurait paru insignifiant, vous tient en haleine deux cents pages, sans problème !

que j'ai souvent éclaté de rire en le lisant

qu'il hypnotise : vous vous laissez couler dans la phrase, vous y êtes encore mille pages plus loin

que tout y est, qu'une fois lu on s'y réfère sans cesse, de soi à soi (toute méfiance - qu'est-ce que c'est que ces histoires de duchesses qui ne me concernent pas ? - se dissipe et ne revient plus)

Des raisons futiles ? Oui, non, peu importe.

Voilà, c'était mon dernier de la liste. Il en manque évidemment des tonnes, mais enfin...




mardi 13 mai 2008

Proposition

Sur Arte radio, aller écouter Ritournelle, quarante trois minutes et cinquante-deux secondes de son, de réflexion sur la routine. Et en ce qui me concerne, réécouter la neuvième minute, où une des femmes interrogées explique ce qu'une modification de son trajet, le matin, a changé.

Quelqu'un, touché lui aussi par cette neuvième minute, a podcasté Ritournelle et l'a écouté dans le train : voilà ce qu'il en dit.

lundi 12 mai 2008

12. La Folie en tête, de Violette Leduc










Ce n'est pas grâce à cet exemplaire-là, mais à un Folio doté d'une atroce couverture seventies que j'ai découvert l'oeuvre de Violette Leduc vers 20 ans (dans son article sur remue.net, Fabienne Swiatly parle aussi de ces "illustrations" malencontreuses). La Folie en tête est le deuxième tome de l'autobiographie de Leduc, après La Bâtarde et avant La Chasse à l'amour, mais c'est par lui que j'ai commencé et c'est toujours, plusieurs lectures plus tard, celui que je préfère. On y retrouve la période de sa vie où, recluse rue Paul Bert et soutenue par Simone de Beauvoir, elle écrit (sans aucun succès), se lie avec Genet, se brouille avec lui, tombe amoureuse du grand amateur d'art Jacques Guérin et surtout développe une paranoïa de plus en plus envahissante, qui l'oblige à se faire interner. C'est précisément la distance et l'absence de distance pour parler de cette "folie" qui me fascine alors : on plonge avec elle, et sans elle, grâce (entre autres) à un travail sur le temps, la chronologie, qui modifie sans arrêt notre regard.

La Folie en tête, pour ces pages sans ponctuation dans lesquelles la narratrice tombe, tête la première, dans une poubelle et qui mènent directement au roman de Dulce Maria Cardoso Les Anges, Violeta (sans blague ? je fais le lien en l'écrivant !) ; livre que je voulais inscrire à la toute fin de cette liste, paru en 2006 et qui demeure, décidément, LE livre qui m'aura marqué ces dernières années. Les Anges, Violeta, qui ne compte qu'une phrase rythmée par des virgules, s'ouvre et se ferme sur l'image d'une femme suspendue tête en bas, justement...

samedi 10 mai 2008

11. Un ange à ma table, de Janet Frame













Autobiographie découverte grâce à l"adaptation cinématographique de Jane Campion sortie en 1990, trois tomes très difficiles à réunir à l'époque (le deuxième avait été publié quelques années plus tôt par un éditeur qui avait fait faillite, a ensuite changé de titre, entre temps était introuvable...), ce qui m'a valu l'amitié de ma libraire, qui les a pistés jusqu'au bout.



























Depuis, lu tout ce qui est paru en français, acheté certains de ses romans en anglais (mais pour l'instant c'est trop d'efforts de les traduire, surtout avec le vocabulaire maori qu'elle emploie, je les observent au pied du lit, le dico bilingue en attente) ; espéré qu'elle ait le Nobel pour que le processus s'accélère, su qu'elle était très malade, voulu lui écrire sans y parvenir, le brouillon est resté en suspens, n'ai pas osé le faire par e-mail alors que je savais qu'il fallait aller vite, su ensuite qu'elle adorait ça (les mails), mais trop tard.
Janet Frame, mon écrivain préféré, donc, la seule personne sans doute pour laquelle j'ai une admiration totale - sentiment qui ne peut être détaché de la fraternité éprouvée à la lire (je ne sais pas pourquoi, sororité ne me dit rien). Etre côte à côte, être tout près d'elle.

Quand j'ai lu La Fille bison, alors que ce que je projetais d'écrire semblait en apparence très différent, je me suis dit : au moins, si je ne réussis pas, le livre existe déjà.

Pour ceux qui ne la connaissent pas, une courte biographie sur Wikipedia. Mais elle est réductrice (je sais, c'est moi qui l'ai écrite un jour de boulot alimentaire, pour tester les services du site !), il ne faut pas s'arrêter au seul champ psychiatrique...

vendredi 9 mai 2008

10. Un homme qui dort, de Georges Perec













Celui-là est tellement important que j'ai contraint mon exemplaire, acheté à Hauteville début 1991, à s'intégrer dans le livre que j'écris depuis trois ans. Comment le dire autrement ? Je vois bien que cette phrase n'est ni belle ni claire, mais si je dis que j'ai fait de ce Folio 2197 un personnage, ça n'ira pas non plus... Tout est important : le texte, évidemment, mais aussi la photo, la date de parution du livre et jusqu'à la date d'impression de l'exemplaire (dont la couverture est la même que celle de l'image ci-dessus, mais sans le visage de Perec). Fétichisme ? Non, pourtant.

Perec, connu comment ? Dans l'adolescence, par ma mère, qui lisait La Vie mode d'emploi en se délectant dans le RER A, entre les stations Saint-Germain-en-Laye et Vincennes. Mais j'attendrai l'époque des Fenêtres pour en faire autant, sur la ligne 2. Pourquoi diffère-t-on certains plaisirs de lecture ? Et pourquoi, parfois, ne réussit-on pas à lire ce qui semble résonner en nous si fort dès les premières pages ? Peur de s'y perdre ?

Un homme qui dort
: le timing parfait. Je le vois chez le marchand de journaux, j'ai tout un après-midi à passer au café sans rien faire. Je lis la quatrième de couverture, je me dis : c'est exactement ça. Puis : justement, non, il vaudrait mieux se distraire. Puis : au contraire, justement si. Je l'achète. Je le lis au soleil.

jeudi 8 mai 2008

9. Les livres lus à contretemps













De ces livres qu'on ne lit pas au bon moment (trop tard, surtout). Quelquefois la rencontre n'a jamais lieu : on voit très bien ce qu'on a raté, sans réussir à le rattraper en route.
Ainsi, découvert Le Grand Meaulnes à la fac, vers 19 ou 20 ans : trop tard, il aurait fallu que ce soit à 15, comme pour deux de mes amis que le livre avait fasciné. Je les écoutais en parler, dans l'amphi, à la fin du cours, je voyais devant moi tout ce qui m'échappait, ne permettait plus d'écho.













Même chose vers 25 ans, pour L'Attrape-coeurs de Salinger, offert par la libraire du canal Saint-Martin qui m'employait le lundi. Trop tard, une fois encore, rien à faire.

Par contre, pour d'autres (surtout un), ça fonctionne quand même. Entre 21 et 22 ans, à la fin des années 80, j'ai eu grand besoin d'un livre, introuvable (parenthèse pour les trois ou quatre qui ont lu mon manuscrit sur les Cowboy Junkies : c'est précisément cette période). Je le cherchais sans savoir ce qu'il pouvait être, s'il existait, s'il avait ou non déjà été écrit, et par qui. Par défaut, je lisais les rubriques judiciaires du Monde ou les livres de Serge Livrozet. Je l'ai trouvé quinze ans plus tard : c'était Le Crime de Buzon. Pas trop tard du tout.