Mandelieu

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jeudi 6 novembre 2008

Fenêtre du Japon

"A première vue, c'étaient des lambeaux de nuages qui flottaient. Indécis, ils se balançaient doucement de gauche à droite, au gré du vent.
La petite fenêtre de la cuisine touchait presque la haute palissade qui longeait le caniveau, interdisant pour ainsi dire tout passage. De l'intérieur, la vitre dépolie ressemblait à l'écran opaque d'une salle de projection. Les veines du bois de la palissade étaient piquées de trous minuscules. Sur cet écran de fortune, au-delà d'un passage large de trois mètres environ, le vert de la haie vive plantée au nord se reflétait toujours vaguement.
Quand quelqu'un passait dans la sente, sa silhouette emplissait la fenêtre tout entière. Cela participait sans doute du même phénomène que la chambre noire ; les jours de beau temps, les contours se découpaient de manière particulièrement nette dans la pénombre intérieure, si bien qu'on avait l'impression que la forme marchait la tête en bas tout en s'éloignant en sens inverse de la direction dans laquelle elle se dirigeait en réalité. Lorsque le passant se trouvait tout près d'un orifice qui trouait le bois, sa silhouette inversée gonflait la fenêtre jusqu'à déborder la vitre ; s'il faisait un pas de plus, elle s'effaçait dans l'instant sans laisser de trace, comme une illusion d'optique."

Le Chat qui venait du ciel, Hiraide Takashi, traduit par Elisabeth Suetsugu, Picquier poche, pp 5-6.

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