L'air Nu à Moret

L'air Nu à Moret

mercredi 26 août 2015

Diptyque : écrire pour la danse, une histoire particulière














C'était en novembre 2013, à Besançon. Invitée au festival Les Petites fugues, le dernier ou l'avant-dernier jour, lors de ce qu'on appelle un temps fort (je me demande si je n'ai pas appris l'expression à ce moment-là), je devais parler de Décor Lafayette sur la scène de la Rodia.
Dans la salle se trouvait Caroline Grosjean, danseuse et chorégraphe, créatrice de la compagnie Pièces détachées. Elle n'était pas venue pour m'écouter, ne me connaissait pas. Mais elle avait le projet de Diptyque en tête, et l'idée de travailler avec un écrivain. Nous ne nous sommes pas rencontrées à ce moment-là.
Quelques mois plus tard, Caroline m'a contactée. J'animais des ateliers d'écriture à la Gaité Lyrique, à Paris, elle est passée en fin de séance. Nous avons pris un café à côté de la Gaité et commencé à discuter. Je me souviens que j'avais la sensation de voir trouble et je pense que c'était dû à l'impression trouble, en effet, de me lancer dans l'inconnu  - parce que bien sûr, je venais de dire oui. J'en ai déjà parlé, je crois : j'aime beaucoup, j'aime énormément tenter de faire ce que je ne sais pas faire (c'était également le cas quand j'étais journaliste, ou travaillais dans la communication). Bien sûr, il ne s'agit pas d'aller improviser une conférence sur la physique nucléaire, on en reste à des domaines proches. N'empêche : j'aime savoir que je ne sais pas à l'avance, qu'il va falloir bricoler, trouver des solutions ou peut-être, plus exactement, une clé pour que la serrure tourne, que la porte s'ouvre - tout cela alors que les autres s'imaginent que vous savez faire... J'aime ce vertige, cette inquiétude qui n'est pas de l'angoisse, ne paralyse pas mais au contraire aiguillonne, donne envie d'avancer.
Ce que me disait Caroline, j'avais la sensation de le comprendre tout de suite, aussi.

Je ne vais pas voir un spectacle de danse tous les quinze jours. Je ne sais pas comment "écrire pour la danse", ne suis ni danseuse ni chorégraphe. La danse contemporaine ? Pour moi, tout commence par ce souvenir : la découverte de Carolyn Carlson à seize ans, et plus particulièrement de Chalk Work, il me semble.



Je me suis d'abord concentrée sur ce qu'il y avait de plus évident : qu'il s'agirait d'une commande de deux textes distincts. J'ai lu le projet de Caroline, ai commencé à réfléchir. Elle a travaillé de son côté, en particulier sur Cowboy Junkies (puisque je n'avais encore rien écrit pour Diptyque), maquette qui a été présentée à l'abbaye de Royaumont en août 2014 et que je n'ai pas vu, si ce n'est en vidéo.


(On ne s'en rend pas compte ici mais elle a utilisé les premières pages de mon livre, qui évoquent un pique-nique sur les pelouses de la Villette et une séance de cinéma en plein air)

Un an après les Petites fugues, en hiver, donc, retour à Besançon. Caroline avait décidé que la première chose à faire, pour engager vraiment ce diptyque, c'était de m'intégrer du mieux possible à l'équipe. C'est pourquoi durant plusieurs jours nous avons lu, écrit, mangé, parlé, dormi, ri, nagé (eh oui) et marché sous la pluie.


































Les gens qui me connaissent le savent déjà, j'en ai parlé à plusieurs reprises : ça a très bien fonctionné. Tout de suite, quelque chose de particulier s'est tissé avec chaque personne de l'équipe - à Besançon, les danseurs Magali Albespi, Vidal Bini et Mathieu Heyraud et le guitariste Rémi Aurine-Belloc, plus tard le concepteur lumière Benoît Colardelle et le créateur sonore Zidane Boussouf.



















(ici, Vidal incarne Dita Kepler dans Ile ronde)
Je me souviens de Magali dansant dans et avec un grand cadre jaune tandis que je lisais un passage de Franck situé à la mer ; d'avoir, comme les danseurs, écrit allongée sur le tapis noir du studio ; d'avoir lu un texte paru dans la revue d'ici là accompagnée par Rémi à la guitare ; du bruit des gouttes de pluie sur le toit ; de notre sortie commune à la piscine ; de notre marche dans Besançon, le dernier jour, un baladeur sur les oreilles, suivant les instructions de Caroline, mélange de gestes à effectuer, d'extraits de textes enregistrés et de musique qui m'ont immédiatement donné l'impression de faire partie du groupe, de cette chorégraphie

(à de nombreuses reprises, en travaillant avec eux, j'ai eu la sensation d'avoir une chance inouïe)
tandis que la pluie tombait de plus en plus dru et que j'ai dû me précipiter pour prendre le train du retour sans avoir le temps de dire au revoir à tout le monde. Comme si grimper à bord était le dernier mouvement de cette danse-là.
(chacun ou presque, dans la troupe, vit dans une ville différente)



















Un mois plus tard, en janvier 2015, nous nous sommes retrouvés à Paris, au théâtre de l'Etoile du Nord, pour une toute première présentation du travail. Je devais lire ce texte écrit pour la revue d'ici là (intitulé maintenant ce corps-ci ce corps-là) avec Rémi, m'y étais préparée. Nous devions intervenir durant deux jours : les 7 et 8. J'ai déjà raconté ici ces journées, et comment j'ai lu également autre chose...

Puis ce fut la résidence à l'écomusée de la cerise de Fougerolles, sans rapport avec Diptyque puisqu'il s'agissait à la fois pour la compagnie de réinvestir la pièce précédente, P/A/R/T/I/T/I/O/N/S, et pour moi de travailler avec Zidane, écrivant du texte directement sur place en "intégrant" Dita Kepler au musée, utilisant au fur et à mesure les éléments que j'y trouvais. 














Ce travail-là, je l'avais déjà effectué au Cent Quatre, d'une certaine façon. Il se fait dans une tension particulière, née de plusieurs contraintes : trouver rapidement quoi écrire et comment, le restituer au bout de quelques jours à peine alors que c'est encore tout frais et qu'une publication, plus tard, n'est pas envisagée. 
Je me souviens de Zidane nous demandant de lui proposer des refrains entêtants, dont il réutiliserait ensuite quelques notes sifflées (ce fut le générique de La petite maison dans la prairie qui gagna !) ; de la façon dont il disposa de petites enceintes dans le musée, créant, avec toute l'équipe, un parcours que les visiteurs étaient invités à suivre ; d'un papier peint à feuilles vertes ; de confiture à la cerise noire ; du crash de l'avion au stewart fou dont on suivait l'histoire, le soir, à la télé ; de Magali et Caroline vêtues de bleu dans le champ vert. 



















Lorsque nous nous sommes retrouvés en avril, en résidence à la Fraternelle de Saint-Claude, j'avais avancé : je savais ce que je voulais faire pour chacun des textes, avais écrit une bonne partie du premier (ou peut-être même tout, je ne sais plus) et commençais à mettre en place le second, intitulé L, projet que j'avais en tête depuis plusieurs années, lié à une série de portraits photo à modèle féminin unique. Cette fois, cependant, j'avais besoin de me mettre à l'écart, de ne pas passer tout mon temps avec les danseurs pour tester ce second texte, le mettre à l'épreuve. 
Tous les jours, je leur disais : je vous rejoindrai quand j'aurai assez travaillé. Mais je ne le faisais pas, trop occupée par l'écriture. A un moment, une question précise s'est posée : fallait-il que je mentionne ou non les villes où les photos étaient prises ? C'était très important, a conditionné la suite de mon texte, je m'en suis rendue compte le mois suivant. Je me suis décidée en discutant avec un des danseurs (Mathieu, en l'occurrence), qui m'a simplement écoutée, je crois : moment précieux entre tous.



















Je me souviens des dîners dans la cour de la "frat'", de tout ce que les danseurs m'ont appris de l'histoire de la danse contemporaine, de l'émission de radio que nous avons faite avec Caroline, des enregistrements avec Rémi et Zidane, de la performance qui a eu lieu en sous-sol le dernier jour à partir du premier texte et dont il a conditionné la fin - tiens, preuve que je ne l'avais pas terminé en arrivant à Saint-Claude, en fait. Magali, Vidal et Mathieu allongés par terre, enroulés lentement les uns sur les autres, au centre dun cercle de spectateurs assis. De la vue sur le flanc de la montagne. De nos bagages empilés dans la cour. Des cartes postales envoyées.















Puis ce fut juin, à Belfort. Je commençais à prendre de petites habitudes : voyager en train avec Magali, parisienne elle aussi, par exemple. Ca n'allait pas durer puisque c'était la dernière de nos résidences ensemble. N'empêche...
A Belfort, grande maison, très beau studio de répétitions.















Je me souviens des gradins, desquels j'ai pris ces photos à l'ipad (les belles photos de cet article sont de Benoît, le plus souvent, et les granuleuses de moi. Cela fait longtemps que je ne me suis pas servie de mon appareil. Est-ce parce que j'écris sur la photo, précisément, en ce moment ?) et quelques enregistrements. Des danseurs qui, pendant mon absence, avaient traduit des phrases de mon texte en anglais et les chantaient dans le studio, au micro. De la longue cuisine sous les toits où aller écrire tranquille. D'avoir marché dans les rues, seule et heureuse. Cette fois, je "savais" que le texte, sauf catastrophe, allait aboutir, ce n'était plus qu'une question de persévérance et de minutie. D'ailleurs, je l'ai rendu à Caroline le mois suivant, en avance sur mon planning. 

Je n'étais plus là lorsque la compagnie a ouvert ses portes au public à la fin de la semaine. Pas plus que je n'étais présente, en août, au Luxembourg, lorsqu'à nouveau des passages de Diptyque ont été présentés. 



















J'ai appris dès le début à lâcher mon texte, à le confier aux danseurs qui n'en utilisent que des bribes. A Saint-Claude, ils se sont mis à rire quand je leur ai annoncé qu'il devrait faire une cinquantaine de pages (ce qui est le cas) : bien trop long pour qu'ils puissent le lire, le faire entendre en entier... De mon côté, par nécessité de créer un ensemble, je ne pouvais faire moins.
Je me suis servie d'éléments venus d'eux, ou de cette expérience : leur performance à Saint-Claude, le trajet Belfort-Paris, par exemple. On en trouve des bribes, pas davantage : comme je l'ai dit, au fond, je savais déjà où je voulais me rendre (en tout cas pour L) quand j'ai commencé. Mais j'ai intégré des choses, tenté d'introduire une certaine souplesse. Elle contraste, je l'espère, avec la description quasi abstraite des photos, dont le noir et blanc hiératique n'a pas toujours été simple à appréhender.

Voilà. Je n'ai plus qu'à me rendre, le 9 janvier prochain, à la première de Diptyque au théâtre de Bouxwiller, en Alsace, sans savoir exactement ce que j'y verrai. Le texte correspond aux attentes de Caroline, je crois : c'est tout ce que je sais, pour l'instant. Je m'imagine en janvier installée dans la salle, comme n'importe quelle spectatrice... 
Je me suis achetée un beau livre sur les relations entre danse et littérature contemporaine. Pour l'instant, je ne l'ai pas ouvert... Au moment où j'écris ces lignes, flotte simplement dans mon esprit l'idée de retravailler un jour avec certains de ceux que j'ai rencontrés (pourquoi pas tous, d'ailleurs ?). Il y a tant à faire.

dimanche 19 juillet 2015

Fenêtre ouverte, Bruits, suite



















Des voix, des bribes, des pas, des grincements, le passage d'un bus, des nappes indistinctes, un éclat, la friction des roues sur les rails. Des syllabes en boucles, des conseils, des ordres, ce qu'une masse déplace et un souvenir aussi. 
Ce que l'art fait comme bruit, ce qui gêne, ce qui interrompt, recouvre, révèle, apaise, la guerre, la politique, le frottement, l'orage, le chant, là ça va pas ça va pas constate une voix en bas qu'un moteur de scooter entraîne. 



















Quelque chose se dessine dans ce projet de Bruits. Encore deux mois et demi de notes avant d'y voir plus clair (peut-être) tandis que deux autres textes, dont Diptyque, tournés vers l'image, se battent contre lui, cherchent à l'écraser, on dirait. Ils semblent plus séduisants, offrent un cadre, des contrastes, des reflets tandis que le bruit, n'est-ce pas ? Comment le décrire, à quoi se raccrocher, la question se posera toujours.

Un roulement (skate ? panier pour le marché ? rollers fatigués ?) intervient, prend la suite de la phrase. Pour le reste, la réflexion sur ce que le texte sera, il y a un carnet papier qui fait bien son office : il s'ouvre et se ferme en silence sur les bribes, grincements, éclats.

jeudi 2 juillet 2015

De la ville au Loing #1

Tout comme Pierre Cohen Hadria avec son journal des frontières, j'ouvre aujourd'hui une rubrique liée à la résidence de L'aiR Nu dans la région de Moret-sur-Loing. Un "journal de la ville au Loing", disons, pour chercher à saisir ce que je vois, ce que je perçois quand je m'y trouve, y pense, y vais, en retourne, en rêve et enregistre, lis, écris, pense déplacements, frontières, appels d'air... et qui commence ainsi plusieurs mois la résidence elle-même, laquelle débutera le 2 octobre. 
(mais elle se prépare)



















Moret pour moi, ce sont d'abord des saules, m'a dit pour commencer celle qui y passait ses vacances dans les années 50, que j'ai interrogée à Paris le mois dernier. C'est ainsi, par la douceur de ces branches qui retombent, le refuge qu'elles dessinent, par le mouvement du vent que je suis entrée dans la ville.









































Tu verras, c'est un pays d'eau, m'a-t-elle dit ensuite. Malgré la canicule et tout en circulant à travers champs, nous avons commencé de voir, oui. Au passage, nous avons appris que les routes à vélos, les canaux pour péniches étaient appelés liaisons douces...
Il y aussi des liaisons plus dures, quand les autoroutes se rapprochent, qu'on emprunte des routes menant de l'une à l'autre.
























A suivre les camions quelque chose peut-il survenir ?



































Qui sait ?



















































Nous suivrons le plan, les indications, les panneaux, les conseils, notre instinct, tournerons à gauche quand c'était à droite, ferons des rencontres et des découvertes, ouvrirons des fenêtres peut-être.
(on l'espère)





















































Des blés, de la betterave, un château, des granges, une dynamiterie, une usine de céramique, du bois, des bateaux, un café, une place, des pavés, une passerelle, un moulin, deux viaducs, des bibliothèques, des câbles électriques, une maison de maître qui s'effondre : dans le train du retour, j'ai déjà tout cela en tête...

*
Merci à Martine (qui se reconnaîtra) pour les premières pistes et à Mélanie Née pour la visite guidée en voiture.
Merci également de leur accueil et de leur enthousiasme à toutes les bibliothécaires.

lundi 29 juin 2015

Crossroads / 27



















Anamarseilles est terminé, devrait sortir à l'automne aux éditions La Marelle, et j'ai rendu ce matin le manuscrit de Diptyque à Caroline Grosjean, la chorégraphe qui dirige la compagnie Pièces détachées : les choses ont un peu avancé, donc, depuis le dernier article de cette rubrique.

Diptyque, c'est étrange, est peut-être un texte que vous ne lirez jamais. Je ne sais pas, nous ne savons pas encore ce qui va se passer, s'il sera disponible ou non ni sous quelle forme. Pour l'instant, le désir se dessine d'en faire un livre-objet avec pistes sonores, que l'on pourra trouver à la fin des représentations. Ce qui est sûr, c'est qu'on n'entendra pas tout le texte sur scène, simplement des bribes : il fait l'équivalent de 58 pages, ce qui est trop pour être dansé. En janvier 2016, lors de la première, j'aurai la surprise de découvrir quels passages auront été conservés tout en ayant de mon côté l'impression que, quoi qu'il arrive, il fait un tout.
(j'espère !)
(ces jours derniers j'étais dans cette sorte d'euphorie douce, légère, qui vient quand on a l'impression d'avoir terminé un texte sur lequel on travaille depuis plusieurs mois - ici, six - dont on sait qu'elle ne va pas durer, et qu'on savoure)











Et donc, de quoi ça parle, ce diptyque dont le titre n'est pas de moi, mais de Caroline ? Comme on peut s'en douter, il s'agit en réalité de deux textes. Le premier, qui prend pour point de départ deux pages écrites pour la revue d'ici là en 2013, met en scène deux corps dont on ne sait ni le sexe, ni l'âge, ni l'aspect physique. Ils s'approchent, se regardent, s'éloignent dans une suite de scènes courtes. Le second fait apparaître un modèle dont on comprend tout de suite qu'il s'agit une femme, et un photographe. Entre eux, la relation semble assez complexe... Le tout est écrit à partir de descriptions de photos noir et blanc, portraits qui ne permettent de voir, chaque fois, qu'une partie du corps de cette femme.



















(évidemment, je brouille un peu les cartes avec mon polaroïd de Blow up d'Antonioni et la photo noir et blanc de Pièces détachées)

A propos de textes qu'on ne lit pas, la soirée à la bibliothèque Marguerite Audoux autour de Ile ronde m'a permis de constater, une fois de plus, que certains de mes livres étaient "indisponibles" : Franck et Cowboy Junkies. Pour CJ, ça arrive de temps à autres. Pour Franck, ça fait des mois que j'en demande la raison à l'éditeur. J'ai posé à nouveau la question il y a une semaine par mail. Aucune nouvelle pour le moment. Si ça dure, j'ai une petite idée sur la façon dont je vais continuer à faire vivre le texte malgré tout. Encore un truc qui me demandera des mois, je n'en parle pas pour l'instant, mais ça commence à me travailler...

Ce qui se poursuit, ce sont les Bruits, plus de 200 pages de notes pour l'instant. Je vais continuer tout l'été avant de tout reprendre, de prolonger, d'augmenter à partir de début octobre, ce qui coïncidera avec le début de la résidence de L'aiR Nu à Moret. De ce côté-là, nous avançons tranquillement : des nouvelles bientôt ici même, sans doute.

En ce milieu d'année 2015, il me semble que, décidément, l'écriture trouve davantage sa place, ces temps-ci, hors des sentiers de l'édition : au théâtre (à l'Etoile du Nord en janvier dernier), dans les studios de danse (Besançon, Saint-Claude, Belfort), via les enregistrements et sur le web (l'aiR Nu), dans toutes ces notes prises... Ce n'est pas forcément voulu, c'est ainsi : allons où l'énergie se trouve. 

*

(la photo de la main et du carnet rouge a été prise lors d'un atelier de Pierre Ménard à Château Landon en 2010. Je m'en suis servie pour feue La ville haute)

lundi 22 juin 2015

Revoir La Douceur dans l'abîme

C'était il y a une douzaine d'années, à République, je crois (mais peut-être non), dans un cinéma : une projection de La Douceur dans l'abîme, film de Jérôme Schlomoff faisant suite au livre du même nom, lui-même issu d'ateliers d'écriture menés par François Bon avec les sans-abri de Nancy, en 1999-2000, qui m'avait beaucoup marquée. Bien sûr, le sujet m'était proche mais au-delà, il y avait ceci : filmer les hommes et les femmes qui ont à un moment ou à un autre parlé d'eux, de leur vie, de la rue, de leurs peurs, douleurs présentes ou surgies de l'enfance en droite ligne, dont les paroles ont été recueillies et qui assis à table, face à la caméra, appuient sur le bouton Play d'un radio-cassettes, écoutent quelqu'un d'autre lire leurs paroles devenues texte, ou le texte qu'ils ont écrit (on ne sait pas et la question n'est pas là, je crois). Des photographies de leurs visages alternent avec ce que le film montre de ces mêmes visages en mouvement : leur extrême attention dans l'écoute. Le procédé m'avait paru et me paraît toujours d'un respect, d'une justesse parfaits.

On peut désormais voir ou revoir ce film de 52 minutes gratuitement sur Vimeo.
Sur Tiers Livre, le site de François Bon, on peut également retrouver les textes des participants aux ateliers.

jeudi 18 juin 2015

De l'ile ronde à L'aiR Nu



















Ce qui a fait obstacle, a empêché Dita Kepler de planer, de voler, de poursuivre sa route et l'a fait chuter près de Nantes ? Il n'est pas certain qu'on l'apprenne, mais si vous voulez entendre un peu de Ile ronde, ce sera possible demain soir, le 19, à 19h, à la bibliothèque Marguerite Audoux (Paris 3e), en compagnie de Joachim Séné qui incarne dans le texte la "contre-voix", celle que je ne peux écrire, celle de l'avion qui passe et repasse au-dessus du lac de Grand-Lieu. 

Ile ronde est un livre que j'ai écrit, certes, mais il comprend une dimension collective à laquelle je tiens : outre Joachim, y ont participé Mathilde Roux pour la couverture et Arnaud de la Cotte, qui m'a confié six des douze photos qu'on y trouve. C'est pourquoi, après avoir fait un tour près du lac, nous élargirons un peu ce champ du collectif si je puis dire, en évoquant, Joachim, Mathilde, Pierre Cohen Hadria et moi, ce projet commun de L'aiR Nu qui nous tient tellement à coeur. Une soirée centrée sur le son, puisque les extraits de Ile ronde que nous avons choisis de faire entendre proposeront, d'entrée de jeu, une sorte de déambulation sonore, que l'on retrouvera ensuite sur le site de L'aiR Nu. Ah, tout cela est d'une cohérence, n'est-ce pas ?!
Alors à demain...

*

ps 1 : bientôt du neuf sur le site de L'aiR Nu, tenez-vous prêts
ps 2 : Arnaud de la Cotte vient de faire paraître aux éditions Joca Seria, en compagnie de Gilles Bruni, Arrangement végétal, fruit d'un expérience artistique au château de Clisson

dimanche 14 juin 2015

Diptyque - quelques éléments



A six mois de la première, il arrive qu'on me demande comment le projet avec la compagnie Pièces détachées avance, de mon côté. Alors voici : tous deux en cours d'écriture, les textes qui constituent Diptyque cheminent en ce moment en parallèle. Hier soir, j'ai eu une idée de la façon dont le premier (ce corps-ci) pourrait se terminer, tandis que le grand désir de faire du second (appelé L) un tout ne me lâche pas. Dans les deux cas, une relation entre deux êtres, deux regards, deux corps, est en train de se dessiner mais ce n'est pas du tout la même. C'est tout ce que je peux dire pour l'instant...














Ce qui est sûr, c'est que le deux s'incarne en trois.
Que tout le texte ne sera pas entendu sur scène et que c'est très bien, pour les danseurs comme pour moi : cela nous rend libres, eux de prélever et d'interpréter certains passages seulement, moi d'écrire autant que je veux. 



















(à Belfort la semaine dernière, au centre chorégraphique, je les ai entendus chanter des bribes de mon texte qu'ils avaient traduit en anglais. J'étais assise dans les gradins. Je me disais que peu d'écrivains, sans doute, devaient vivre ça, avoir cette chance-là, ce privilège inouï. J'étais suspendue)














Ce qu'on sait également, c'est qu'à chaque partie correspondra une interprétation musicale. Je m'y perds encore un peu, ayant commencé à travailler ce corps-ci avec Rémi (le guitariste, ci-dessus) alors qu'il va intervenir sur L. Mais ce n'est pas très grave : comme lorsque j'écris un texte destiné à être publié en numérique (et donc à être, au moins en partie, métamorphosé), il est clair dans mon esprit que ce que j'écris doit "tenir", doit former un ensemble avant d'exister autrement.
Néanmoins, on peut écouter sur Bobler trois petits extraits de L que j'ai enregistrés à Belfort et dans lesquels on entend ce que jouaient alors Rémi et Zidane. Dans le premier, quelqu'un est photographié dans une piscine. Dans le deuxième, le personnage est caché derrière une ombrelle, tandis que le troisième fait apparaître une tête penchée en arrière.
Voilà, c'est tout pour le moment...

(photos : Pièces détachées)