dans le décor

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mardi 15 avril 2014

Journal du Blanc (pour Aito)

Ce matin, je voudrais écrire avant que la journée ne commence, sans savoir de quoi, au Blanc, elle sera faite. Ma pensée n'est pas ici aujourd'hui mais au sud, près de Nîmes.

D'une manière ou d'une autre, ce blog d'habitude est là pour "parler écriture". Je n'y raconte pas ma vie, contrairement à ce que le terme de journal pourrait laisser croire, ne l'utilise pas non plus pour faire passer des messages de façon directe. 
Cela m'est arrivé une fois seulement, il y a quelques années. Mon petit-cousin Aito, alors adolescent, avait fugué. Durant plusieurs jours, je me suis servie de Fenêtres pour regrouper les informations qui nous parvenaient (des articles du Midi Libre, en particulier), jusqu'à ce qu'il soit retrouvé. J'ai ensuite retiré les billets.
Il y a une semaine, à 21 ans, Aito a décidé de fuguer définitivement. C'est aujourd'hui son enterrement. Puisque je tiens ce journal du Blanc, l'écris chaque jour lorsque je suis ici, je ne peux passer sous silence ce qui fait pour moi ce mardi.



















Quelques fleurs du Blanc ce matin pour lui et Caroline, sa mère, pour ses grands-parents, son oncle, sa tante et toute ma famille.

lundi 14 avril 2014

Journal du Blanc #13















Cet épisode du journal va être très court, fatigue et début de migraine y sont pour quelque chose, je me dépêche. 
Tout de même, noter le soleil et l'arbre face au logis, passé du nu au vert. Se dire aussi que le palais de justice est devenu, pendant mon absence, une surface triangulaire : pourquoi donc ? 
Tout simplement parce qu'il manque encore un angle à mon rectangle, constitué du palais, d'Emmaüs, du cinéma et de... Que je m'en approche ou non, je crois qu'à la fin de la semaine je parlerai un peu de ce quatrième côté. 














En attendant, même mon bureau-rectangle me fait signe de penser triangle. 

*

Glanés pour cette journée : 
- la verrière (rectangles ? triangles ?) du café de l'Hôtel de la gare, à Châteauroux, où j'ai attendu le car pour le Blanc
- les camions-rectangles de la route qui mène à Super U (dont il faudra également que je dise un mot un de ces jours)
- Pâle septembre, la chanson de Camille réécoutée en marchant sur cette route (et qui se trouve dans Franck, livre dont on m'a reparlé il y a peu, voilà pourquoi)
- ces pensées qui traversent durant les insomnies : billets de blogs en retard, texte à relire, texte à écrire, dossiers à monter, mails auxquels répondre... 
Et bien d'autres choses encore.

vendredi 4 avril 2014

Un voyage, par Piero Cohen Hadria

Déjà, en passant au dessus des îles Baléares, j’ai cru que nous étions arrivées, mes yeux se sont empli de larmes. Je croyais retrouver l’air doux, les senteurs des orangers, mais nous étions encore loin d’Alger. Lorsque l’avion s’est posé, mes larmes avaient séché : j’étais accompagnée de ma plus jeune soeur D. (elle a près de vingt ans de moins que moi, une battante, moi j’ai soixante douze ans, l’année dernière notre mère est partie, et nous avons décidé d’entreprendre ce voyage, un peu comme pour nous souvenir d’elle, comme pour lui faire un signe, elle a toujours tant aimé ce pays sans y revenir jamais. Nous en avons parlé, nous sommes cinq sœurs, nous avons trois frères, mais nos trois autres sœurs ont décidé de ne pas venir. Si je suis l’aînée, mes trois autres sœurs ont presque mon âge, à présent, nous y avons vécu toutes nos jeunes années, et en soixante deux, quand nous sommes partis, ma sœur D. venait de naître). Nous avons senti le jasmin, le citron, le hénné et l’orgeat. Le soleil, la lumière et son ombre, les bleus des ciels et la finesse des nuages.
Nous sommes descendues dans un hôtel, non loin de Bab-el-Oued, là où nous vivions alors.
Le lendemain, nous avons été regarder. La maison était toujours là, la même, j’ai sonné, j’ai frappé, les gens étaient là aussi, des gens comme vous ou moi, j’ai dit : « vous savez, nous vivions là, avant les évènements, avec ma famille », mais ils ne nous connaissaient pas, et j’ai recommencé à pleurer. Cinquante ans, tu sais… Ma jeune sœur ne savait pas où se mettre, les gens nous ont fait entrer. J’ai revu ma chambre, le balcon qui donnait sur le petit jardin, les bougainvilliers, le petit amandier. J’ai revu la cuisine, l’auvent de verre au dessus des fourneaux, maintenant ils étaient neufs, maintenant, les gens ne sont plus les mêmes. L’un d’eux m’a dit : « il ne faut pas pleurer, ici vous êtes chez vous… ».
C’est de cette gentillesse dont je me souvenais. Il faisait une chaleur d’acier, et je reconnaissais aussi cette lourdeur pesante et forte des débuts d’après midi. Nous avons été nous doucher. Nous avons mangé, puis nous nous sommes couchées. Encore j’ai pleuré. J’ai l’impression, à présent que je te raconte ce voyage, mon enfant, tu sais, j’ai l’impression de n’avoir pas cessé de pleurer durant ces trois jours. Nous nous sommes promenées nous avons été voir le lycée, les magasins, le boulevard du Front de mer, la place Abdelkader, nous avons pris un café au lait, et marché longtemps, jusqu'à la grande poste, jusqu'à la grande Mosquée, nous sommes revenues et mes larmes ne cessaient pas.

C’était avril.


Le dernier jour, nous partions le lendemain, à neuf heures, le dernier jour, nous sommes retournées dans notre quartier, là j’ai rencontré nos anciens voisins. Je ne me souvenais plus de leur nom, eux m’ont reconnue et comme nous avions marché encore, pris le métro, remarché, ils nous ont invitées à nous désaltérer chez eux, nous avions soif et ils vivaient toujours dans la même maison, à trois numéros de la nôtre. Nous sommes entrées, il faisait doux, j’avais les larmes aux yeux, je n’étais pas amie avec eux, à l’époque mais je les connaissais, je me souvenais, des choses me revenaient. Nous avons raconté la raison de notre venue, notre pensée pour notre mère, des choses qui nous venaient et que je ne saurais plus te dire maintenant, tu sais, chéri, les grands-mères oublient... L’homme est revenu avec deux petits verres d’eau, nous avions si soif, j’ai cru à quelque chose comme une blague, mais il nous a dit : «  voilà, zèm zèm… » comme si nous devions comprendre ce que ça voulait dire. Je n’ai pas compris tout de suite, mais j’ai bu, l’eau était fraîche. Ma sœur aussi a bu, nous les avons remerciés et nous sommes parties. Nous avons pris un fanta dans un café, il était sept heures du soir, sur mes cheveux, je n'avais pas de voile, D. non plus, puis nous avons mangé à l'hôtel.
A l’aéroport, le lendemain, nous attendions dans la foule des gens qui embarquaient, les femmes et les hommes en blanc, les babouches et les robes, il faisait chaud, trop chaud comme d’habitude. Mes yeux étaient toujours mouillés, ma sœur a parlé avec un des hommes qui étaient là, lui avait reconnu que nous étions françaises, et la conversation a roulé sur ce « zèm zèm » et l’homme a haussé les sourcils, hoché la tête, remis son fez. « L’eau de La Mecque, oui, zam zam… » a-t-il dit. Dans l’avion qui nous ramenait à Paris, je me suis endormie.

*

Echanger des textes et photos avec Piero dans le cadre des vases communicants est presque devenu un rituel. Cela faisait un moment que je n'avais pas participé, cependant, et je suis très contente d'y revenir grâce à sa proposition, issue d'une photo de porte que j'avais publié sur Facebook et que ni lui ni moi n'avons choisi de montrer. 
Ici, donc, grâce à lui, une femme voyage, tandis que là-bas, chez lui (c'est le hasard, nous ne nous sommes pas concertés), c'est d'un homme enfermé qu'il s'agit.
Merci à Brigitte Celerier qui recense chaque mois les échanges des vases co et donne ensuite envie de les lire...

mardi 1 avril 2014

Epuiser les trésors (au Louvre, 3e épisode)




























Lors de la troisième séance d'atelier d'écriture au Louvre, j'ai pensé qu'il était temps, après s'être débarrassé de la peur d'avoir, ou non, quelque chose à dire d'une oeuvre en public, puis établi un vrai contact avec l'une d'entre elles, de profiter un peu des lieux. C'est ainsi que nous avons travaillé sur la notion de trésor, cherchant, même, à en épuiser le contenu. 
Je suis partie du trésor de Boscoreale (ci-dessus), dont une description minutieuse, établie au début du XXe siècle par un conservateur, est disponible gratuitement en ligne. Ainsi, apprend-on, à propos d'une coupe ronde (ou phiale) présente dans le trésor, que : 

"L'emblema offre une personnification de l'Afrique, figure en buste d'un relief très accentué et d'un effet saisissant. Elle est représentée comme une femme plantureuse, vue à mi-corps ; ses traits, sans être délicats, respirent la jeunesse, la force et la beauté. Le menton est proéminent ; les lèvres sont larges et hermétiquement closes ; le nez est légèrement arqué ; les yeux grands et ouverts1, au regard ferme, sont ceux d'une femme sûre d'elle-même et aux volontés de laquelle rien ne saurait s'opposer. Le front est à moitié caché par des cheveux abondants et bouclés qui ne tombent pas plus bas que le cou, particularité qui donne l'impression d'une force virile. Sur la tête, elle porte la dépouille d'un éléphant dont la trompe et les défenses s'élèvent majestueusement au-dessus du front : l'artiste a eu soin de rejeter en arrière les larges oreilles de l'animal, de façon à ne pas alourdir la figure centrale et à laisser ainsi au cou tout son dégagement. Les oreilles de la femme, en partie cachées sous la chevelure, sont percées de petits trous auxquels étaient suspendus des boucles mobiles, sans doute en or et finement travaillées2. Le cou est large et bien planté sur la poitrine.
1Les pupilles sont indiquées à la pointe.

2Ces boucles d'oreille n'ont pas été retrouvées."

(ainsi apprend-on qu'au début du XXe siècle, un très sérieux conservateur du Louvre décrivait des boucles d'oreilles inexistantes !)

Ce texte nous étant apparu assez fascinant, nous avons voulu voir la coupe en question. Hélas, elle était, si je me souviens bien, en déplacement, prêtée pour une exposition.
Le trésor lui-même nous a un peu déçus, il faut le dire (nous avions fantasmé). Par contre, en levant la tête, dans la salle...














... extension du domaine par le ciel de Matisse.
Et il y avait encore, ce jour-là, à quelques pas








































les living rooms de Robert Wilson, avec lit pour géant, oloé suspendu, collections d'objets à la André Breton.
Nous avons à notre tour tenté d'étendre le champ, partant pour cela du texte en expansion constante de Julien Maret, Ameublement, paru en début d'année et que j'aime décidément utiliser en atelier (j'en reparlerai). Ou comment, à l'aide de simples points-virgules, faire croître ses possessions...



















(hop)
(ces deux-là sont des copies que l'on trouve dans la salle où nous allions écrire)
Pour finir, j'ai proposé aux participants de lire, après l'atelier, un texte de Mona Chollet paru sur Périphéries dans lequel elle tente de comprendre ce qui se passe en elle depuis qu'elle a été avalée par les réseaux sociaux et en quoi l'un d'entre eux, Pinterest, la sauve paradoxalement de cet engloutissement en lui permettant de collecter un nombre infini d'images sans qu'elle se sente envahie. Là, ce ne sont plus forcément des objets qu'on amasse :

"On y recherche des images qu'on peut habiter, dans lesquelles on peut se projeter, devant lesquelles on peut rêvasser. Les photos d'intérieurs, d'architecture, de maisons, de cabanes dans les arbres et d'abris en tout genre remportent un grand succès : les tableaux consacrés à ces thèmes font partie de ceux qu'on retrouve chez pratiquement tout le monde ; mais la plupart des images, quel que soit le sujet représenté, semblent choisies parce qu'elles offrent un abri, même si ce n'est pas au sens littéral. Je rêve des textes q'une exploration de l'Internet des images aurait pu inspirer à Gaston Bachelard."

Et l'on en vient ainsi à la notion de lieu, infinie, qui m'est chère précisément parce qu'elle exclut, en l'incluant, la possession, l'appropriation.

jeudi 20 mars 2014

Journal du Blanc (épisode particulier)






























Je voudrais simplement dédier ces fleurs blanches, cette fenêtre du Blanc et ces portraits d'élèves, ce jeudi rayonnant passé avec eux à lire, à écrire, à parler, à découvrir, à se laisser surprendre, à rire, à Edith, qui aimait, je m'en souviens, la danse, l'Italie, la littérature, et dont ce fut aujourd'hui le dernier jour.

mercredi 19 mars 2014

Journal du Blanc #12

Aujourd'hui, avant, après l'animation d'un atelier sur Street view (direction l'Irlande), je pensais à mon usage de la photographie, qui a un peu évolué ces derniers temps.
(ci-dessous, le jardin à la fenêtre, par temps de brume, ce matin)































Je ne poste plus ici, ces derniers temps, que des photos prises à l'ipad alors que je continue à en faire d'autres, que je ne montre pas - parfois elles sont presque doubles. Pourquoi ? Pour des raisons pratiques (celles de l'ipad sont plus légères, prennent moins de temps à charger, ce qui n'est pas rien), mais pas seulement. Ce que je cadre avec l'appareil-photo est en train de devenir ce que je cache, ne montre pas, montrerai plus tard, peut-être, en projection ou dans un livre, ou pas ; me servira en attendant de point d'impact, d'impulsion, de mémoire secrète, je ne sais quoi encore.


















Ce que je montre ici souvent je l'ai déjà montré ailleurs, dans la journée, sur les réseaux (généralement en variant la légende d'une application à l'autre, mais pas toujours). Certains ne verront alors qu'une image, sur Twitter, Facebook, Instagram, ne passeront jamais sur ces pages. 
Ces photos de l'ipad signent une présence de quelques secondes en ligne ; restent visibles un peu plus longtemps sur le blog (ce que j'imagine en tout cas). Sur les réseaux elles deviennent, comme pour beaucoup d'autres, une sorte de feuilleton (là où je me promène). Ici le jour et la géométrie s'en mêlent (un peu).
Certains jouent avec ce contraste, ce décalage, cette fuite du temps.














(à l'instant, le même arbre que ce matin)

*

Ainsi, ailleurs qu'ici et ici même, demeurés invisibles, je collecte pour aujourd'hui : 
- la montée au lycée et ses fenêtres rondes (photos prises sur le trajet)
- la future couverture, rectangle blanc et rose, d'un livre auquel j'ai participé et qui paraîtra le mois prochain (photo trouvée sur Facebook, disparue depuis)
- les trois rectangles du logis (salle de bain, cuisine, chambre) que j'arpente régulièrement

mardi 18 mars 2014

Journal du Blanc #11

Une journée sans photo, pour une fois, à tenter d'écrire, de se remettre à écrire, à écouter une conférence, à prendre quelques notes, à colorier en écoutant, à se rendre le matin au supermarché sac au dos (souvenir de routard(e)(s) le long de la nationale dans le désert de la matinée), à voir le soleil décliner dans le jardin du palais et les nuages s'étendre, à sortir photographier la plante de devant, à croiser un chat et rentrer, brancher les écouteurs, mettre la musique à fond, changer de rythme après un paragraphe ou deux (la peur que ça s'écrive trop vite ? trop lentement ? autre chose dans ce besoin de pause ?), à réfléchir en arpentant la pièce, à se dire qu'il faudrait faire un tour, penser aux gens, à la vie qui (s'en) va, à l'une, surtout, dans ce (s'en) qui se pense, à sortir pour finir, à regarder un mur, le ciel, les toits de la ville, puis le palais de justice (changer d'angle)

une journée à passer d'un texte à l'autre (abandonner la rue pour la forêt, le lac), se dire qu'il faudrait écrire ces mails mais, à se laisser traverser par les futurs ateliers (l'art le voyage le regard et encore le corps et la ville), retrouver les légendes anciennes, se réjouir seule de nouvelles propositions, échanger, aller au café pour écrire ce Journal du Blanc
et regarder les gens (un peu)
et se dire j'ai peu écrit 
(en écrivant).

*

et donc, la collecte du jour : 
- le rectangle blanc du traitement de textes
- les carrés, rectangles des sets de tables
- le rose de la plante et le gris du ciel