arbre de l'île (ronde)

arbre de l'île (ronde)

lundi 8 septembre 2014

Crossroads / 25















Cela fait plusieurs jours que j'ai envie de reprendre cette chronique, sentant bien qu'il y a quelque chose à dire de ces routes croisées que sont les livres parus, écrits, à écrire, les projets en cours. Je la place sous le signe des tissus à fleurs ci-dessus, photographie mirage prise hier : l'un d'entre eux est celui de la robe portée à ce moment-là, les deux autres sont les draps, courtepointes du vrai lit sur lequel j'étais assise, situé dans la vraie chambre d'une maison qui est pourtant un bar, un lieu de passage, oloé potentiel qui brouille les repères : dérange-t-on quand on entre ? Doit-on dire au revoir ? Est-on dans un musée, sur une scène de théâtre, à l'intérieur d'un restaurant ? Situé le long du canal de l'Ourcq le pavillon des canaux, trop peuplé en ce dimanche après-midi, m'a fait fuir, mais il faudra revenir un matin de semaine pour savoir qu'en penser.

Plus tôt, je faisais les cent pas chez moi (c'est ma manière de réfléchir) et je me suis mise à compter le nombre de projets en cours. Je suis arrivée à onze et j'ai commencé à comprendre pourquoi, parfois, je me sens fatiguée, extrêmement concentrée sans pouvoir alors dire sur quoi.












Commençons par ce qui m'est extérieur, travaille sans moi pour le moment : cette photo prise à l'abbaye de Royaumont où, il y a quelques jours, Caroline Grosjean de la compagnie Les Pièces détachées a montré quelques minutes d'une proposition inspirée par mon livre sur les Cowboy Junkies. Le texte était dit, répété en boucle par les comédiens danseurs, d'après ce que j'ai compris en voyant une vidéo. Soudain j'ai entendu, non plus un corps démocratique en vagues vers l'écran, expression qui évoque la foule des spectateurs allongés sur les pelouses de la Villette, lors des projections d'été en plein air, et dont je me souviens avoir mis beaucoup de temps à trouver la forme exacte, mais quelque chose comme un corps chorégraphique...












(la Villette dont est proche le pavillon des canaux, au passage)
(mais bref)

Et c'est drôle comme, sachant depuis le printemps que Caroline allait mener ce travail et que nous allions, l'an prochain, tenter quelque chose ensemble, la danse s'est insinuée dans ce que j'ai écrit à ce moment-là : Ile ronde, dont je ne devrais pas tarder à recevoir les premières épreuves et que je présenterai le 9 octobre prochain à la médiathèque de Bouaye, près de Nantes (et du lac de Grand lieu, bien sûr) en compagnie de Joachim Séné.



















(à l'intérieur de l'île, Mathilde Roux a placé un extrait du texte, projet qui ne devrait pas être celui de la couverture définitive mais comme je lui ai demandé l'autorisation de les montrer tous, aussi, voici, je commence)
Ile ronde sera donc mon prochain livre, sauf que non : ce mois-ci paraîtra enfin Laisse venir dans la collection Résidences de la Marelle. Je pense ces prochains jours écrire ici un petit making of du livre, pour l'occasion, raconter les circonstances, les raisons de ce texte écrit avec Pierre Ménard.
Le lien entre les deux ? Des questions liées à l'intensité, je crois, au désir d'envol. Et puis, d'Est en Ouest, le côté collectif de ces textes, à propos desquels j'ai passé le printemps et l'été à discuter avec Pascal Jourdana, Roxane Lecomte et Pierre d'un côté, Joachim, Mathilde et Arnaud de la Cotte de l'autre, tout en demeurant seule lorsqu'il s'agissait de se confronter à nouveau à l'écriture, comme pour n'importe quel ouvrage. Ce passage de l'un à l'autre, collectif, non collectif, m'a vraiment plu.















Ci-dessus, le balcon déjà montré de la pension Edelweiss, située rue Lafayette à Marseille. Mais il paraît qu'elle va fermer, me dit Pierre...

En attendant la parution (LV) et les épreuves (IR), j'ai repris depuis quelques jours le Journal du Blanc posté ici au printemps, hors ligne et augmenté dans l'idée d'en faire autre chose. Une bascule possible vers le papier m'intéresse, en ce qu'elle transforme le texte, sa forme même et ce qui est dit. Je réfléchis...


(non, j'écris, en fait)
... tout en me demandant toujours comment faire publier Décor Daguerre (j'en suis encore à : "c'est très bien ce que vous écrivez mais trop risqué financièrement", troisième réponse de ce type, quel bel ensemble...).
... tout en imaginant une extension londonienne de mon grand magasin (j'ai envoyé un projet en ce sens à l'Institut français, réponse dans quelques temps)
... tout en attendant de savoir si je vais ou non écrire un roman pour ados (eh oui)
... tout en sachant que Dita Kepler, bien qu'elle se trouve actuellement près du lac de Grand lieu, va bientôt retourner à Marseille, puisque la Marelle devrait accueillir en janvier prochain mes Anamarseilles, qu'il est donc temps de finir !
... tout en cherchant comment gagner ma vie, bien sûr, alors que je travaille, n'ai pas l'impression de chômer.

mardi 2 septembre 2014

l'(autre) aventure

Des lignes et des surfaces from [Mathilde Roux] [Articulations] on Vimeo.

(s'accorder la possibilité de 
aller vers
mais aussi vers
rebrousser chemin ?
choisir ? ne pas choisir ?
tout cela à la fois
pour commencer)

*

Mathilde Roux est venue au centre Cerise l'an dernier lors de ma résidence, a exposé ses collages, projeté cette vidéo tandis que je lisais un extrait de Décor Daguerre sur la cartographie. Je garde un fort souvenir de cette collaboration. Mathilde et moi possédons de nombreux points communs, partageons beaucoup de choses, ce dont nous nous rendons compte au fil du temps...
Elle sera présente au grand salon d'art abordable de la Bellevilloise les 14, 15 et 16 septembre prochain : je vous conseille vivement d'y aller voir ! J'ai hâte, également, de pouvoir montrer la couverture d'Ile ronde, ainsi que les différentes versions qu'elle m'a proposé. Ce sera pour ces jours-ci, j'espère.

lundi 25 août 2014

Fenêtres d'Amérique















"Je ne sais pas d'où ça vient... Ca me prend quasiment chaque fois que je me déplace, en train comme en voiture... Quand je traverse un paysage, que je passe devant une maison dans la campagne, j'essaie d'imaginer la vie qu'il y a là, à l'intérieur, au-delà des murs. J'essaie aussi d'imaginer la vie que je mènerais si je choisissais cet endroit pour m'installer.
Ca vient une nouvelle fois de se produire alors que je croisais le bourg de Vermillion, avec ses maisons en bois à deux étages (certaines d'entre elles étant agrémentées de drapeaux ou de cocardes aux couleurs du pays), ses champs, ses hangars semi-cylindriques...
J'aimerais connaître les habitudes de chacun des habitants. J'aimerais savoir quelles radios on écoute par ici ou quelles chaînes de télé on regarde...
J'aimerais, en fait, avoir le pouvoir d'ouvrir toutes les fenêtres, toutes les portes, même celles des abris à outils de tôle au fond des jardins.
J'aimerais, dans chacun de ces lieux, m'asseoir, fermer les yeux et respirer, et écouter ce que l'on devine du dehors. J'aimerais les rouvrir et faire l'inventaire de ce que je vois. Je ne sais pas en quoi ça me nourrirait. Mais, au final, je crois que ça me comblerait."

(c'est peu dire qu'il parle pour nous, je crois)

mercredi 13 août 2014

journal(s)















7h41 une chatte grise sur chaise noire, le ciel bas, une moto au loin, disparue. 
Ou alors : un balcon, une ville du sud, un appartement qui n'est pas chez soi, une piscine privée où personne ne se baigne le matin.
Ou : quelques jours de vacances avant de rentrer à Paris, qu'est-ce que les vacances, y est-on jamais, oui, non, est-on là, y est-on vraiment ?
Ou : 7h41 sous les yeux fermés l'interface du blog, bien nette, apparaît. Dans le lit le texte est déjà écrit, formant plusieurs blocs alors je me lève, trouve la chatte sur la chaise noire, le ciel (toits de tuiles, girouettes), pendant que l'ordinateur s'allume. Mais il est si lent que le texte s'évanouit, lui qui se déployait il y a encore dix minutes (ou plutôt vingt, c'est dire) sur une certaine longueur. C'était un texte sur l'absence de désir d'écrire dans l'interface ces derniers temps et je me demandais pour quelles raisons (matérielles ? autres ?). Un texte que j'avais, précisément, le désir d'écrire. 
Mais le matin efface les considérations sur l'écriture hors ligne, la lecture en ligne, le journal, les journaux, la photographie. Reste : le titre de l'article, qui en aurait dit quelque chose ; un oiseau dans le ciel ; la possibilité de prendre un café sur le balcon, d'aller nager en traversant la route. 
(de se réveiller, en somme ? Ce n'est pas si simple qu'il paraît)

mardi 5 août 2014

Dans mon île















Je me doutais que je n'avais pas posté ici depuis un moment, mais à ce point..!
Mais j'étais dans mon île, l'île ronde, sujet du prochain livre, et il fallait bien ça, tout ce mois de juillet sans rien dire, à rester concentrée...

Aussi, ce matin, quelques nouvelles :
Ce matin, 9h00 tout rond, à Nantes, j'ai enfin eu la sensation que le texte était fini. Il y a encore à faire mais voilà, nous y sommes : selon moi, ça tient, et je fête l'événement un café à la main, en silence. La terrasse ouvre sur un jardin. Je regarde le ciel, la baie vitrée, la cabane de jardinier, les arbres, le mur. Quelque chose s'allège. 
Chaque fois, jusqu'au dernier moment, jusqu'à ce moment-là je ne sais pas si le livre tiendra, si ce sera un livre. Je le sais quand même d'expérience, mais je ne le sais pas - vraiment.
Il faut attendre le tout dernier moment, la dernière page relue (relue déjà plusieurs fois avant, mais seule la dernière compte). Tout à coup le livre s'inscrit en soi, en entier, comment le formuler autrement ?

Aussi voilà : Ile ronde paraîtra à la rentrée, tout début octobre je crois, aux éditions Joca Seria. Et il sera plus collectif que prévu : Mathilde Roux en fera la couverture, Joachim Séné la contre-voix (pour savoir ce que c'est il faudra lire !) et on y trouvera des photos d'Arnaud de la Cotte et de moi. 

Il y a encore du travail mais il est là, tout près, ce livre. Il fait déjà un tout, compact, serré.
Une île ? Nous sommes quatre à y aborder.

mardi 24 juin 2014

Fenêtre de l'insomnie

"Souvent, elle vient s'asseoir à la fenêtre, celle qui donne dans le jardin. Elle regarde des heures droit devant. Rien. Le mouvement des herbes, les chardons. L'oiseau pendu dans la glycine. La grange a perdu quelques tôles cette nuit, à cause du vent. Le calme est revenu. Tout cet immobile, ça la rassure. Elle s'endort presque, les yeux ouverts, le point blanc des marguerites repique de la neige dans son rêve. Elle fourmille au-dedans, glisse dans les bras d'un homme dont elle ne connaît pas le visage et qui lui murmure un prénom. 
Quand il y a trop de silence, elle marche, claque les portes, fait du bruit, c'est insupportable.
Quand le jour revient, elle se sent moins seule. 
Le ciel lui fait quelqu'un encore, une présence sur la chaise, le mur, partout dans la maison. 
Elle ferme les yeux, elle sourit. Elle essaie d'emprisonner la flamme dans sa tête jusqu'aux migraines. Elle ne dort plus : depuis quelques jours il fait toujours clair en elle.
Alors elle se berce, chantonne. L'apaisement la plonge, la ronge dans un voyage sans fin. Elle attend qu'une porte s'ouvre. Elle attend."

Dominique Sampiero, La Lumière du deuil, Verdier, 1997. 

dimanche 22 juin 2014

décors (après la nuit remue)















Hier soir, lors de la 8e nuit remue et durant 8 minutes, j'ai réuni pour la première fois mes trois décors : deux extraits de Décor Daguerre, puis un extrait de Décor Lafayette, et enfin le début de Ile ronde, déchirure tempête, la variation pour Dita Kepler que je suis en train d'écrire. 
Ce n'était pas rien, pour moi, cette possibilité de les assembler ainsi. Lorsque j'ai eu l'idée de ces textes (en 2006 !), j'ai vraiment imaginé les trois en même temps, en quelques instants à peine, et tout de suite m'est apparu le désir de les écrire de façon parallèle. Je savais que ce n'était pas possible. Pourtant, d'une certaine façon, c'est peut-être ce qui s'est passé. En préparant cette lecture, en tout cas, j'ai eu le sentiment d'appréhender pour la première fois un ensemble.
Aussi, grand merci à remue.net de cette invitation (qui permet à certains auteurs de débloquer des choses, de faire avancer de nouveaux textes, oui, on l'a encore découvert hier) et de la belle écoute des personnes présentes.















Je pense que je ne saurai jamais vraiment pourquoi j'ai décidé un jour, dans le couloir de mon appartement, d'écrire sur la notion de décor, qu'il soit disparu, naturel, factice, virtuel, en mutation, ancré dans la ville... J'en ai une petite idée, bien sûr, mais je crois que ça ne m'intéresse pas de creuser davantage la question. Pas tant que j'écris, en tout cas. Ce dont j'ai eu la sensation hier soir, cependant, et plus tôt en effectuant le montage de mes textes, c'est que je pouvais continuer à travailler les trois séparément (ce que j'ai fait chaque fois que j'en ai abandonné deux pour écrire le troisième) mais également commencer à réagencer les trois en faisant se répondre certains éléments.















Le premier extrait de Décor Daguerre que j'ai lu hier soir s'appuie sur une fiction de 1964 (film utopique, néanmoins réaliste).
Le deuxième, toujours issu de Décor Daguerre, est lié au présent de l'écriture, à l'enfance et à un documentaire de 1975 (on se demande lequel !).
Le troisième, tiré de Décor Lafayette, inspiré lui aussi d'un documentaire (pas le même), est daté comme le film de fiction de 1964.
Enfin, le quatrième, début de Ile ronde, s'inscrit lui aussi dans le temps, puisque Second Life est mentionné, mais différemment : le personnage principal, Dita Kepler, n'est pas un personnage mais un avatar, ce qui dans mon esprit n'est pas la même chose. Quant au décor, il hésite entre plateforme de jeu et lieu réel. Autant dire que les repères temporels sont eux aussi bouleversés.















Tout cela m'apparaît par frictions, juxtaposition des trois ensembles (difficile de parler de texte, et moins encore de livre, pour Dita Kepler qui est tout explosé). D'une certaine façon, ce qui vient, ce sont des plateaux : 
plateau fiction documentaire virtuel réalisme ou non
plateau nature du personnage (personne réelle personnage avatar)
plateau décor (et je réalise ce matin que dans mon projet de départ il y avait ce "décor naturel", mis de côté pendant des années et qui m'a finalement été apporté l'an dernier, grâce à la résidence de Grand Lieu... sur un plateau !)

Et me voilà à sauter de l'un à l'autre comme dans un jeu de plateforme : oui, l'image est la bonne, davantage, même, que celle des branches de l'arbre (auquel Décor Daguerre se réfère, j'en ai déjà parlé ici), même s'il n'y a pas d'ennemi ou de but à atteindre.















Tout cela peut, du moins je le crois, causer sans toujours le dire violence colère douceur meurtre liberté bonheur angoisse dégringolade remontée en me laissant sauter, sautiller d'une plateforme, d'un plateau à l'autre, danser sur un pied, prendre de l'élan, tomber et repartir sans que ne se fige, se fixe quelque chose.
C'est en tout cas la sensation que j'ai eue hier soir.
(et donc ça remuait !)

*

photographies prises dans la chambre rose du château de la Sénaigerie, où se trouve actuellement Dita Kepler