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mercredi 22 juin 2016

Une ville au loin : à paraître


Depuis le 2 avril, date de la fin de la résidence à Moret Seine et Loing, L'aiR Nu a continué à travailler. Je suis très heureuse de pouvoir vous annoncer la parution prochaine, début juillet, de notre livre numérique intitulé Une ville au loin. Il sera proposé en téléchargement gratuit, accompagné d'un site sur lequel on retrouvera des éléments en rapport avec le texte (photos, sons, liens...). 













Je devrais plutôt écrire avec les textes car il y en aura trois, l'un écrit par Pierre Cohen Hadria, l'autre par Joachim Séné, le dernier par moi tandis que Mathilde Roux proposera une balade toute en  cadastres et mots dont elle a le secret. La réalisation du livre a été confiée à la célèbre dame au chapal, Roxane Lecomte.















Dans Une ville au loin, on trouvera une femme qui vit dans la région mais travaille à Paris, prend le train chaque matin ; un homme qui attend quelqu'un sur le quai d'une gare ; un dernier personnage qui, de Paris, hésite, voudrait partir mais...














Il y aura des bribes de chansons, des considérations hydrométriques et une allusion à La Quatrième dimension. Des questions pratiques, un indicateur de chemin de fer, des noms de lieux qui enchantent, des voisins de wagon. Quelques absents et du paysage à la vitre. Des péniches, des mariniers. De la musique et Jean Giono. 













On vous attend donc, si vous le voulez bien, aux alentours du 7 juillet pour découvrir cette ville au loin.

vendredi 17 juin 2016

Ce qu'on dit parfois de soi en atelier d'écriture

Elizabeth Legros Chapuis m'a demandé d'écrire un article pour la revue La Faute à Rousseau de l'APA (Association Pour l'Autobiographie), qui paraît ces jours-ci. Le thème du numéro est le suivant : ateliers d'écriture, ateliers d'édition. Avec l'accord de l'APA, que je remercie, tout comme je remercie Elizabeth de son intérêt pour mon travail, voici le texte que j'ai proposé. Il s'agit d'une petite synthèse, plutôt destinée à des lecteurs qui ne suivent pas ce blog, mais que je suis néanmoins contente de poster ici.



L'espace de l'atelier est-il propice à l'écriture autobiographique ? Je ne sais pas si la question se pose, du moins en premier lieu. Ce qui compte, je crois, c'est d'abord de savoir si cet espace est propice à l'écriture tout court et ce, pour des gens qui ont déjà le goût d'écrire comme pour ceux, mais oui, qui sont obligés d'être là, captifs durant deux heures, méfiants ou indifférents peut-être à l'origine.

Collèges, lycées, médiathèques, musées... J'anime depuis six ans des ateliers d'écriture de façon régulière sans que cela soit devenu mon métier. Écrivaine, ce sont les résidences qui m'en ont donné l'occasion : elles comprennent souvent une part dite de médiation, 30% de son temps et voilà l'atelier qui s'en vient, parfois pour une seule séance, parfois de façon continue. Souvent, il s'agit de se retrouver en établissement scolaire devant une classe entière, dans la salle habituelle du professeur. Autant dire qu'il n'est pas simple alors de créer un écart, de favoriser les conditions dans lesquelles des adolescents vont laisser surgir quelque chose d'eux-mêmes. Et pourtant, presque toujours, cela a lieu. 



Est-on prêt, a-t-on été formé à exercer ce rôle d'animateur, quand on écrit ? Pas nécessairement. Ce qu'on a pour soi, c'est simplement son expérience, les lectures qui nous ont forgé-e-s, la reconnaissance de cette part d'énigme qui surgit dès que la phrase se forme et qu'il faut savoir accueillir. Je crois qu'il ne faut pas hésiter à expliquer qu'on repart soi-même de zéro à chaque nouvelle tentative. Que l'expérience est moins liée à une série de "trucs" qu'on mettrait en place qu'à une bagarre avec la langue, avec ses propres stéréotypes, travail constant d'oscillation entre disponibilité, ouverture d'esprit et reprise en main du texte. L'atelier, ce type d'atelier en tout cas, est d'abord le lieu du premier jet, de ce qui nous vient à partir d'une consigne et qu'il n'est pas temps encore de censurer. C'est aussi a posteriori le lieu de l'écoute, celle du texte des autres et du sien, écoute dont l'intérêt est non pas d'engendrer un jugement mais de comprendre comment la circulation d'une image, d'une idée à l'autre est possible ; à quel point on n'écrit pas seul-e, même à avoir le plus grand besoin de solitude, de repli. Ce qui reste fascinant, c'est que cette circulation n'exclut pas la singularité, au contraire.


 

Que dit alors de soi ce qu'on écrit en atelier ? Souvent beaucoup de choses. Que la contrainte soit issue d'un ouvrage de fiction, d'un poème ou d'un texte autobiographique, qu'on en passe ou non par le je, accepter de se livrer à l'exercice nécessite une mise en confiance et une prise de risque qui, dès que le pas a été franchi, invitent à creuser ce qui nous appartient en propre, à ne pas se contenter d'un texte de surface destiné à répondre à une demande extérieure. 
Il y a un désir d'authenticité plus immédiat peut-être chez les participants lorsqu'ils sont adultes et ont fait le choix de venir mais peu importe, au fond. Le texte n'est pas l'enjeu d'un discours, pas plus qu'il ne se confond avec le pur journal intime. Proposer un angle de vue, une piste commune a pour ambition d'éviter ces écueils. A ce titre, il nous importe de rester à l'affût, d'imaginer des dispositifs susceptibles de provoquer en face une certaine surprise, d'éviter la routine et les pré-supposés. Ainsi n'ai-je pas exactement suivi la proposition initiale d'enseignants, celle de faire écrire des SMS à des élèves en très grande difficulté. Une fois mis en confiance, ceux-ci ont préféré écrire long, très long, au grand étonnement de tous. Ainsi ai-je au contraire tenté d'exploiter au maximum le thème imposé d'une série d'ateliers destinés au milieu professionnel : celui de la tenue de travail. Vêtements mais aussi postures du corps, positions dans l'espace, dédoublements... Tout cela m'a obligée à inventer des exercices dont je n'aurais pas eu l'idée.




Le numérique, dont je n'ai pas encore parlé, peut être ici d'une grande aide. S'il se réduit parfois à la création d'un blog post-atelier, rien n'empêche de l'utiliser pour proposer de nouvelles formes. La rédaction de textes issus d'une navigation dans Google Street View peut donner des résultats étonnants, invite à explorer des lieux inconnus mais également familiers, permet d'effectuer des retours dans le passé, par exemple.

De la lecture à la publication en ligne, il est possible de conjuguer ces éléments. Je voudrais ici en donner un seul exemple détaillé. Avec L'aiR Nu, nous avons mis en place un module de trois jours qui invite à lier le lieu, la lecture, l'écriture, le son et le code informatique. Le déroulé est le suivant : les participants sont d'abord invités à une déambulation littéraire, au fil de laquelle ils lisent eux-mêmes à voix haute des textes sélectionnés à partir d'un thème. Il s'agit de découvrir ou de redécouvrir un espace (quartier, bâtiment...), des textes, des auteurs et le groupe en lui-même. Sans doute est-il alors déjà question de commencer à mesurer l'effet que tout cela produit sur soi. Cette lecture est enregistrée au fil de la balade : aux textes se mêlent des éléments sonores, pluie, bruits de voitures, etc, ce qui n'est pas forcément anodin, permet de matérialiser un premier lien.




Le deuxième jour a lieu l'atelier d'écriture, puis la création du site web. Nous proposons un ou plusieurs exercices en fonction de certains des textes lus la veille. Ainsi, à Strasbourg, lors du récent festival Les Racontars du numérique, avons-nous invité les participants à écrire à partir d'un passage de Bougé(e), d'Albane Gellé dans lequel elle « résume » sa vie amoureuse depuis l'enfance en concluant presque abruptement par la recherche d'un lieu où vivre avec celui qu'elle surnomme son « immense love ». Le thème proposé, le lieu des commencements, a permis tout aussi bien aux participants d'extrapoler (réinvention de sa propre naissance), d'interroger la langue et la frontière (évocation d'un voyage), que de convoquer le présent (la première Nuit debout avait eu lieu la veille à Strasbourg, l'auteur du texte y avait assisté). Autant de façons de s'emparer du thème pour parler ou non de soi, de se libérer d'une forme a priori autobiographique pour, peut-être, évoquer les enjeux qu'il soulève de façon moins clairement identifiée mais résolument personnelle. Il me semble que la marche et le partage, la veille, tout comme la réalisation par les participants eux-mêmes du site après l'atelier d'écriture, concourent à cet allègement. Ce site, dont la réalisation est accompagnée par Joachim Séné, écrivain et informaticien, est conçu comme un prolongement de l'atelier. Il inclut les textes lus lors de la déambulation comme ceux des participants, invite ces derniers à inventer un parcours, qu'il soit géographique ou par mots-clés : autant de façons de s'autoriser à écrire un récit puis à le transmettre. On entre alors en soi, écoute les autres et s'expose dans un même mouvement.

*
Les photos ci-dessus proviennent toutes d'ateliers d'écriture : les trois premières ont été prises au Louvre, où j'ai animé des ateliers en compagnie de Cécile Portier, Pierre Ménard et Joachim Séné en 2014, comme on peut le voir ici. La quatrième a été prise dans le même cadre mais au Grand Palais, lors de l'exposition Bill Viola. La dernière, enfin, représente la serre du jardin botanique, où nous avons entendu le texte d'Albane Gellé.

dimanche 12 juin 2016

Décor Daguerre : apparition du livre


Il aura fallu longtemps pour trouver les bonnes personnes, le bon endroit où faire paraître Décor Daguerre. Il aura fallu des refus à motifs économiques, des "cafés de refus" (me faire traverser Paris pour me dire non), des réponses négatives avec désir de se revoir, avec conseils de demander à d'autres (mais alors tout se délite, se délaye, se perd) ; des enthousiasmes désargentés qui ne peuvent rien mais soutiennent ; des réponses à côté de la plaque, qui désespèrent de se faire comprendre ; un coup de fil de quelqu'un qui, en une phrase, dit tout de sa lecture mais ne peut prendre de décision ; un premier mail, un second mail l'année suivante et entre temps le renoncement. 













Il aura fallu deux ans et demi à chercher, ne plus chercher, écrire autre chose, ne pas savoir si le deuil était fait de ce texte, de ce livre à venir, continuer à oeuvrer (des lectures du centre Cerise en 2013 à celle avec projection du film Daguerréotypes il y a quelques mois, merci encore à Arnaud de la Cotte). 















Et voilà que tout s'est accéléré, que Décor Daguerre paraîtra l'an prochain aux éditions de l'Attente, en février normalement. Dedans, on trouvera : les boutiques de Daguerréotypes, Mystag le magicien, Agnès Varda en 2011 parcourant le monde, l'arbre de sa cour rue Daguerre, un peu des Demoiselles de Rochefort, le trou des Halles, une théorie rapide sur les enseignes des coiffeurs, mon année 2013 d'écriture, le cinéma et la photographie, le mouvement et l'immobilité, des trajets à Stockholm, à Rio et en Seine Saint-Denis, Stella, Mona de Sans toit ni loi et encore un certain nombre de choses qu'un arbre de mots-clé relie, dont il sera possible de deviner les branches. 














Merci à tous ceux qui me soutiennent depuis 2013, année d'écriture au centre Cerise, à Paris. A ceux qui sont là quand je me décourage, m'assurent qu'il y a une place, oui, pour ce genre de livre et qui pour finir ont raison.
(quelle joie de pouvoir le dire !)
Et à bientôt, donc, rue Daguerre ou ailleurs...

*

Pour trouver les photographies ci-dessus j'ai tapé Paris 1975, suis tombée sur :
- le trou des Halles en 75, tel que je l'avais vu dans un livre des éditions Parigramme, Paris 70's
- une photo d'Edouard Boubat intitulée The Little Marilyn, Paris, 1975.

mardi 31 mai 2016

le prix


on essaye de pousser, de retenir, de relancer, de contrer, de s'approprier, de mettre à distance, de résister quand tout nous dit que nous n'y sommes pas, que ce n'est pas notre place, que nous n'avons rien à demander, à revendiquer, que de toute façon c'est trop tard, rien à voir, il n'y a qu'à plier sans rompre c'est-à-dire anticiper le désir qui n'est pas nouveauté mais répétition du semblable, d'ailleurs repéré par d'autres, lesquels s'y prennent mieux donc à quoi bon plier, demander quelque chose. Et on entend aussi qu'on a choisi la mouise, celle-là, oui, qu'il est de bon ton de s'y perdre mais mal vu de la dénoncer, que la liberté ça se paye sans préciser le prix, que voici : l'impuissance, la réduction du territoire tandis que dans nos têtes ça continue de s'étendre

(ne plus pouvoir acheter un billet de train
ne pas être sûr de s'accorder un Navigo)

parce que dans nos têtes ça se poursuit, oui, refuse de freiner, de se laisser coincer dans l'impasse  reconnaissance = consommation, impasse autoroute on le sait

être une chaise à laquelle il pousse des bras dans le meilleur des cas : non

quant à la pacotille qui permet de tout justifier, images de corps maigres et d'appartements sombres sur les affiches publicitaires (être soi-même, prendre le risque de), déliquescence de déclassés qui fait joli dans les romans vs les costumes cintrés, lesquels ont envahi l'espace (la montre, les chaussures, les chaussettes, la coiffure, le sourire, le rictus, l'armure, l'arme chargée et tu tires dans la foule pour finir)

tout cela dans la même sphère ce qu'on en fait devinez

mercredi 18 mai 2016

Diptyque, suite



















Samedi 21, dans le cadre de la Nuit européenne des musées, la compagnie Pièces détachées proposera Fragments, un programme original en trois temps, avec la chorégraphe Caroline Grosjean, la danseuse Magali Albespy et le guitariste Rémi Aurine-Belloc. On pourra entre autres y découvrir une vidéo qui permet de lire une partie du texte de Diptyque, vidéo que je pourrais montrer ici par la suite.
Tout cela se passera au musée de l'Abbaye de Saint-Claude, dans le Jura, ville où une partie de ce texte a été écrite quand nous étions en résidence l'an dernier.















J'élabore par ailleurs un projet de lecture avec Jean-Marc Montera dans le cadre d'un festival. Pour l'instant rien n'est sûr, mais l'idée de faire vivre le texte de Diptyque de mon côté, en parallèle avec le travail de la compagnie, est en train d'émerger, tandis que Caroline Grosjean a annoncé sur le site de Pièces détachées son désir de voir le texte exister sous la forme d'un livre-objet. 

Même de façon imperceptible, tout avance, n'est-ce pas ?

dimanche 15 mai 2016

bords de Mathilde

 

Voilà que ça me reprend d'écouter les bords de Mathilde Roux, écouter et voir, ce n'est sans doute pas un hasard tant ces jours-ci paraissent des jours à se sentir au bord, à chercher l'équilibre, en être au point de, longer, plonger, bord de l'eau, plages, pataugeoire, grand bassin. 

 

D'abord, il y a les bords de voix de janvier, le long du Loing ou de la Seine, avec leur eau fripée, rayée, opaque et claire et parmi les voix quelques familières.
Bords de voies navigables, aussi.
Monter à bord, être au bord des larmes : les deux ? En même temps, peut-être ?

 

Ensuite, le mois suivant ce sont les bords de quais qui nous occupent, ici et là, les trains à prendre, à ne pas rater, rater le coche c'est toujours possible, question de fatigue, d'abandon. 
On entend tout de même  : là-bas. Là-bas existe, continue d'exister et voilà qui est rassurant.


Il faut aller au bout, avance alors Mathilde, au bout des bords, allons. Moi, docile, je l'écoute, je sais qu'elle a raison. Continuer continuer continue continue dit-elle.
Une autre voix familière l'accompagne. Elle précise : debout !

Des voix à écouter en boucle. Des bords près desquels revenir.

mercredi 4 mai 2016

ici rue Daguerre


Le Paris de... Agnès Varda par mairiedeparis

Contre toute attente, Décor Daguerre est à nouveau en lecture chez un éditeur. La personne qui vient de le recevoir connaît bien mon travail et va me donner une réponse rapide, voilà tout ce que je peux dire pour l'instant. L'esprit à Hollywood, j'ai fait mon deuil de la publication de ce texte depuis longtemps, n'ai pas cherché à réactiver les choses, c'est pourquoi je reste ces jours-ci à Palm Springs ou sur Sunset boulevard même si, évidemment, ici rue Daguerre se remet à résonner et que tout le travail mené sur la notion de décor depuis des années me revient un peu brutalement.


















(mais c'est bien)
Que faire quand on vous dit que le texte n'est pas publiable pour des raisons économiques alors qu'il fait partie d'un ensemble ? On va voir ailleurs sans le renier pour autant. C'est ce à quoi je m'emploie depuis deux ans.

















J'écris ce billet dans le suspens (Quelle sera la réponse ? Que va-t-elle modifier ? Où va-t-elle conduire, surtout) pour observer l'élan qu'il donne, ce qu'il réactive même à ne pas se faire d'illusions. 













Peu importe, de toute façon : tout est lié (Agnès Varda à L.A c'est Mur... murs et mon préféré d'elle, Documenteur) aussi quoi qu'il arrive, ce qui se passera ce sera : continuer à écrire.













(et pourtant la vie matérielle s'ingénie à vouloir prouver le contraire, j'en parlerai peut-être ici une autre fois)


*
Photos : reportage de Robert Doisneau à Palm Springs, 1960