Marseille (diptyque / laisse venir / anamarseilles)

Marseille (diptyque / laisse venir / anamarseilles)

dimanche 25 janvier 2015

Décor Daguerre #2



















Sur le mur, il s'en passe. On circule, on poste, on donne à voir, à entendre, à lire. On envoie sans le dire des mots d'amour. On découvre, on apprend, on prend des rendez-vous. Et, on le sait aussi, ce dont nul ne doute, ce que tout le monde dit : on se met en avant, avec simplicité ou de façon retorse ; on expose sa bouche, ses yeux et ses écrits, ses pieds plutôt quand on se croit malin. On dévoile sans exhiber, on exhibe avec naïveté. 

*

=> 1975 : en arrière-plan, le mur de la boutique avec ses photos, ses cartes postales, ses petits mots accrochés (à la boucherie en particulier)
=> 2013 : le mur de Facebook
=> évolution de la photographie et de ses usages

mardi 20 janvier 2015

Décor Daguerre #1

Comme je l'avais fait pour Décor Lafayette avant sa parution, j'ai décidé de poster ici, régulièrement si je peux, disons une fois par semaine, des extraits de Décor Daguerre. Le livre étant a priori un peu moins long que le précédent "décor" (aux alentours de 230 pages, selon mes calculs), je n'irai peut-être pas jusqu'à cinquante extraits, on verra.
L'idée est de le faire vivre autrement, en attendant (sans attendre) de voir ce qu'il va devenir : en donner des extraits illustrés, dans un ordre différent, afin de créer un nouvel objet. 

Pour moi, en effet, la publication papier d'un livre est certes un des événements majeurs de sa vie, mais ce n'est pas le seul et il n'est pas incontournable. Font aussi partie du lot la publication numérique, les lectures publiques, les enregistrements, la création de sites web, le fait d'en parler dans une classe et qu'il soit étudié, utilisé par d'autres en ateliers d'écriture, etc.

Je ne posterai pas tout le texte ici, loin de là, et ne mettrai pas en ligne ce qui fait à mon sens le coeur du livre lui-même, passages qui ne peuvent apparaître qu'en fonction de la structure d'ensemble. J'espère que cette apparition sur Fenêtres lui prêtera vie cependant, lui donnera une forme différente du manuscrit. 

Bienvenue, donc, en 1975, mais également en 2013, année où il fut écrit.
Bienvenue à Paris, rue Daguerre, aux Halles, en Seine-Saint-Denis, ailleurs en banlieue et dans le monde entier. 

*



















Ce serait bien, pour une fois, de produire un bel objet rond, une bille, une bulle, quelque chose d'irisé et de plein, qui tourne sur soi-même, sans aspérité apparente ; ou encore un tissu déplié, jeté devant soi pour apprécier le motif, la texture, le grain. Un ensemble fluide, à suivre sans se rappeler que l'on passe d'une phrase à l'autre, paragraphes huilés, lovés dans leurs chapitres avec pour unique sujet Daguerréotypes d'Agnès Varda, l'année 1975, une enfance parisienne.
(et voilà trois sujets au moins)
Un texte sans commentaires, sans parenthèses, décrochages divers. Sans brisure, sans cassure. Décrire les arrière-plans, retrouver le décor : pas plus. Faire surgir une année, une époque en désignant les objets et matières, revêtements en tous genres. Quelque chose qui ondule, un refuge, un abri.
Un texte simple, qu'enfin nos repères effacés ne nous portent plus préjudice. Comme le magicien de Varda qui convie au café tous les commerçants à la fête, comme cet homme disparu prendre corps pour unifier les éléments, nous retrouver enfin devant ce qui fait nervure, colonne, devant ce qui soutient et rassemble, évite de s'éparpiller.
(sais-tu au moins de quoi tu parles ?)
Mais quoi ? Un texte simple, a-t-on une idée de ce que c'est ? 

samedi 17 janvier 2015

ritournelle



















retourner nager 
retourner nager après 
retourner nager après la nuit des temps
retrouver le temps 
retrouver le temps de la nage
retrouver le temps la journée de retourner nager après avoir la nuit 
après la nuit des temps
oublié de ranger la nuit

jeudi 15 janvier 2015

comment faire

Cela fait plusieurs jours que j'écris dans ma tête un article sur ce blog, qu'il s'inscrit et s'efface dans ma tête uniquement et tout y passe, tout se percute, défile. Comme beaucoup je crois, je lis, je relis, je m'informe, je pleure, j'abandonne, j'y reviens, tout prend et tout perd sens en permanence. 

Nous nous écrivons, nous nous entraidons, nous nous consolons, parlons et pleurons encore. Les larmes ne viennent pas quand on s'y attend, parfois sporadiques, apparues pour n'importe quoi, n'importe quelle raison. Nous cherchons le recul, la hauteur de vue, la pensée éclairante. Des dizaines de questions sont ainsi remuées qui nous happent, auxquelles nous voudrions répondre et ce de la manière la plus fine, la plus juste possible ; qu'on laisse pour plus tard parce qu'il faut s'occuper de la vie courante, de la vie qui court, de la vie. 

Nous marchons et brusquement la marche perd de son sens.
Dans le métro je regarde les visages plus que d'habitude, sans rien chercher derrière, juste pour regarder, pour voir des humains : la diversité des couleurs, des peaux, des traits, des façons de s'envelopper, de se protéger du froid, des expressions, des rides.

Je cherche sur les réseaux, qui sont aussi des liens vers des journaux, les opinions de chacun, des images, des commentaires, des dessins, des billets de blog. Je cherche et parfois je ne vois devant moi que des combats de coqs, injonctions à faire ou ne pas faire ceci, cela, qui ne m'apportent rien. Je m'énerve, je ferme l'ordinateur, le rouvre parce que c'est ici malgré tout que je trouverai quelque chose.

Ici et au café, à parler, à ne pas regarder les chaînes continues sur les écrans géants. 
Ici et en préparant les prochains ateliers, dans le 93, oui, sur la question de l'identité, oui, et au musée de l'Immigration.
Ici et dans le carnet qui me sert depuis le mois d'octobre à noter chaque jour quelque chose de précis, qui ne se découvrira, s'il se découvre, que dans un an. 

Faire confiance à l'instant présent, à cette année et à l'année prochaine. 
Le faire et en même temps se demander comment faire.

jeudi 8 janvier 2015

le jour suivant



















et donc vivre disions-nous nous réunir et rire et danser s'approcher laisser vibrer l'accord se pencher s'enrouler s'étirer et ouvrir le corps et puis la bouche chantonner à plusieurs - qu'est-ce qu'on s'en fout des pickpockets susceptibles d'agir dans la station qui passe - que le flux continue à innerver nos vies 

écouter s'enchanter des langues étrangères multiples du wagon regarder les visages les yeux qui dévisagent comprendre où nous en sommes supposer ce que tu penses et quitter la station comme pour un pas de deux qui va s'élargissant et se multipliant sur le quai dans la ville à trois à cent à mille

mardi 30 décembre 2014

Instin et moi

Un peu d'Instin pour terminer l'année ? 
La revue Hors Sol a demandé à plusieurs d'entre nous quel rapport ils ou elles entretenaient avec le général et propose donc un dossier Instin et moi dans lequel on retrouvera à terme des textes d'une vingtaine d'auteurs. Pour l'instant, on peut répondre à une enquête d'opinion diligentée par Christine Jeanney et lire un texte de Raymond Penblanc dans lequel l'auteur se demande si le GI ne serait pas une femme et s'il ne pourrait pas, à l'occasion, se couper en deux (tiens tiens...).

On peut également nous écouter, Joachim Séné et moi, nous poser un certain nombre de questions sur le général et ses particularités. Je voulais poster ici le texte que j'ai écrit à cette occasion mais je suis en train de me demander si je ne l'avais pas noté à la main, exceptionnellement, et si je ne l'ai pas égaré... C'est bien possible. Tant pis.
Ou alors tendre l'oreille pour le reconstituer ? Tiens, oui, essayons : 

Général, général, qu'est-ce qui me pousse vers toi comme ça sans prévenir ? Est-ce ton nom, général ? Est-ce toi en général ? Non.
Le général en général ne m'attire pas, ni le titre ni le nom (de général). Général général tu parles.
D'instinct le général me gênerait plutôt, tandis que le végétal, le minéral non. Alors je me demande : est-ce ta mort, général, qui te rend à mes yeux aussi particulier ? Est-ce ta mort, minéral, qui te rend végétal et si proche de nous ? Le général Instin qui a perdu son H serait devenu humain, non au moment de mourir mais au moment de le dire, c'est-à-dire toujours ?
Est-ce le nom de la mort que tu dis en riant, que tu dis en grinçant, que tu répètes encore qui nous rassure, nous ? Général, tu m'entends ? Est-ce ta mort en marche qui nous anime, nous, et te rend, général, plus doux qu'un végétal par le vent disparu ? A la terre tombé et mêlé à la brume, mêlé à nous vivants, nous sifflant aux oreilles sans rien changer au monde, du moins en apparence, comme on dit que les morts en général jouent ? Est-ce nous, général, ce H qui te manque ? Est-ce ton vertical, est-ce ton horizontal, corps perdu de la lettre qui tout à coup m'enchante ?
Mon général oblique et sans savoir pourquoi je le suis à la lettre.

*

La voix de Joachim comme des instants de pause, l'incertitude de la ponctuation initiale et même du genre de certains mots : écouter pour écrire modifie quelque chose ?
(à suivre en 2015, peut-être)

jeudi 18 décembre 2014

LVIR #12

A peine rentrée de Besançon, où j'ai donc vu Dita Kepler s'incarner 



















(grâce à Vidal)

où j'ai vu comment on peut danser et écrire, écrire et danser dans un même espace



















(Vidal Mathieu Caroline Magali)

où me sont apparus le géant, la jeune fille, Franck enfant et d'autres corps encore en dialogue avec les mots et la musique



















(Mathieu, Vidal, Rémi à la guitare)

où nous avons déambulé dans Besançon sous la pluie, écouteurs ou casque sur les oreilles, tous synchronisés pour découvrir la ville, marcher, se retourner, observer un passant, entrer dans les Galeries Lafayette, entendre des extraits du Décor du même nom, se retrouver, toujours unis par ce qu'il y a à entendre, autour d'une table dans un café












(Magali et Rémi de dos, photo de Caroline Grosjean)
(et à la fin de notre bande-son commune il y avait un extrait des Anamarseilles en cours d'écriture)



















pendant que, le soir, je rencontrais un lecteur de Ile ronde dont les réflexions provoquaient en moi un véritable écho, me rassurant sur le fait d'avoir écrit ce texte et de l'avoir fait de cette façon - je n'ai presque aucun retour sur ce livre pour le moment, ce qui n'est pas toujours simple

à peine rentrée, à peine à Paris, donc, je découvre, me rappelle que pendant tout ce temps il y a eu aussi du Laisse venir en l'air. A Besançon, bien sûr (cette courte résidence ayant commencé par des improvisations à partir de mes livres déjà publiés, LV a été évoqué parmi d'autres) mais aussi :
- à Marseille, grâce à Pascal Jourdana et à Esther Salmona qui ont consacré toute une Espace fine de Radio Grenouille à notre livre, émission que l'on peut réécouter ici
- à Rouen, grâce à Pascal encore, qui l'a présenté lors d'une journée de réflexion autour de l'influence des outils numériques sur le processus artistique, intervention que voici : 



... et moi je songe qu'en cette fin d'année, LVIR n'est pas au bout de ce qu'il a à dire. Qu'il ne s'agit pas de bilan mais de rencontres nouvelles, toujours, et de perspectives réjouissantes. Que 2015 sera l'année de la danse, par exemple - entre autres !
Le projet de la compagnie les Pièces détachées, conduit par la chorégraphe Caroline Grosjean, s'appelle Diptyque. Voilà, je l'inscris ici et me dis : le travail commence.