Diptyque

Diptyque

dimanche 19 juillet 2015

Fenêtre ouverte, Bruits, suite



















Des voix, des bribes, des pas, des grincements, le passage d'un bus, des nappes indistinctes, un éclat, la friction des roues sur les rails. Des syllabes en boucles, des conseils, des ordres, ce qu'une masse déplace et un souvenir aussi. 
Ce que l'art fait comme bruit, ce qui gêne, ce qui interrompt, recouvre, révèle, apaise, la guerre, la politique, le frottement, l'orage, le chant, là ça va pas ça va pas constate une voix en bas qu'un moteur de scooter entraîne. 



















Quelque chose se dessine dans ce projet de Bruits. Encore deux mois et demi de notes avant d'y voir plus clair (peut-être) tandis que deux autres textes, dont Diptyque, tournés vers l'image, se battent contre lui, cherchent à l'écraser, on dirait. Ils semblent plus séduisants, offrent un cadre, des contrastes, des reflets tandis que le bruit, n'est-ce pas ? Comment le décrire, à quoi se raccrocher, la question se posera toujours.

Un roulement (skate ? panier pour le marché ? rollers fatigués ?) intervient, prend la suite de la phrase. Pour le reste, la réflexion sur ce que le texte sera, il y a un carnet papier qui fait bien son office : il s'ouvre et se ferme en silence sur les bribes, grincements, éclats.

jeudi 2 juillet 2015

De la ville au Loing #1

Tout comme Pierre Cohen Hadria avec son journal des frontières, j'ouvre aujourd'hui une rubrique liée à la résidence de L'aiR Nu dans la région de Moret-sur-Loing. Un "journal de la ville au Loing", disons, pour chercher à saisir ce que je vois, ce que je perçois quand je m'y trouve, y pense, y vais, en retourne, en rêve et enregistre, lis, écris, pense déplacements, frontières, appels d'air... et qui commence ainsi plusieurs mois la résidence elle-même, laquelle débutera le 2 octobre. 
(mais elle se prépare)



















Moret pour moi, ce sont d'abord des saules, m'a dit pour commencer celle qui y passait ses vacances dans les années 50, que j'ai interrogée à Paris le mois dernier. C'est ainsi, par la douceur de ces branches qui retombent, le refuge qu'elles dessinent, par le mouvement du vent que je suis entrée dans la ville.









































Tu verras, c'est un pays d'eau, m'a-t-elle dit ensuite. Malgré la canicule et tout en circulant à travers champs, nous avons commencé de voir, oui. Au passage, nous avons appris que les routes à vélos, les canaux pour péniches étaient appelés liaisons douces...
Il y aussi des liaisons plus dures, quand les autoroutes se rapprochent, qu'on emprunte des routes menant de l'une à l'autre.
























A suivre les camions quelque chose peut-il survenir ?



































Qui sait ?



















































Nous suivrons le plan, les indications, les panneaux, les conseils, notre instinct, tournerons à gauche quand c'était à droite, ferons des rencontres et des découvertes, ouvrirons des fenêtres peut-être.
(on l'espère)





















































Des blés, de la betterave, un château, des granges, une dynamiterie, une usine de céramique, du bois, des bateaux, un café, une place, des pavés, une passerelle, un moulin, deux viaducs, des bibliothèques, des câbles électriques, une maison de maître qui s'effondre : dans le train du retour, j'ai déjà tout cela en tête...

*
Merci à Martine (qui se reconnaîtra) pour les premières pistes et à Mélanie Née pour la visite guidée en voiture.
Merci également de leur accueil et de leur enthousiasme à toutes les bibliothécaires.

lundi 29 juin 2015

Crossroads / 27



















Anamarseilles est terminé, devrait sortir à l'automne aux éditions La Marelle, et j'ai rendu ce matin le manuscrit de Diptyque à Caroline Grosjean, la chorégraphe qui dirige la compagnie Pièces détachées : les choses ont un peu avancé, donc, depuis le dernier article de cette rubrique.

Diptyque, c'est étrange, est peut-être un texte que vous ne lirez jamais. Je ne sais pas, nous ne savons pas encore ce qui va se passer, s'il sera disponible ou non ni sous quelle forme. Pour l'instant, le désir se dessine d'en faire un livre-objet avec pistes sonores, que l'on pourra trouver à la fin des représentations. Ce qui est sûr, c'est qu'on n'entendra pas tout le texte sur scène, simplement des bribes : il fait l'équivalent de 58 pages, ce qui est trop pour être dansé. En janvier 2016, lors de la première, j'aurai la surprise de découvrir quels passages auront été conservés tout en ayant de mon côté l'impression que, quoi qu'il arrive, il fait un tout.
(j'espère !)
(ces jours derniers j'étais dans cette sorte d'euphorie douce, légère, qui vient quand on a l'impression d'avoir terminé un texte sur lequel on travaille depuis plusieurs mois - ici, six - dont on sait qu'elle ne va pas durer, et qu'on savoure)











Et donc, de quoi ça parle, ce diptyque dont le titre n'est pas de moi, mais de Caroline ? Comme on peut s'en douter, il s'agit en réalité de deux textes. Le premier, qui prend pour point de départ deux pages écrites pour la revue d'ici là en 2013, met en scène deux corps dont on ne sait ni le sexe, ni l'âge, ni l'aspect physique. Ils s'approchent, se regardent, s'éloignent dans une suite de scènes courtes. Le second fait apparaître un modèle dont on comprend tout de suite qu'il s'agit une femme, et un photographe. Entre eux, la relation semble assez complexe... Le tout est écrit à partir de descriptions de photos noir et blanc, portraits qui ne permettent de voir, chaque fois, qu'une partie du corps de cette femme.



















(évidemment, je brouille un peu les cartes avec mon polaroïd de Blow up d'Antonioni et la photo noir et blanc de Pièces détachées)

A propos de textes qu'on ne lit pas, la soirée à la bibliothèque Marguerite Audoux autour de Ile ronde m'a permis de constater, une fois de plus, que certains de mes livres étaient "indisponibles" : Franck et Cowboy Junkies. Pour CJ, ça arrive de temps à autres. Pour Franck, ça fait des mois que j'en demande la raison à l'éditeur. J'ai posé à nouveau la question il y a une semaine par mail. Aucune nouvelle pour le moment. Si ça dure, j'ai une petite idée sur la façon dont je vais continuer à faire vivre le texte malgré tout. Encore un truc qui me demandera des mois, je n'en parle pas pour l'instant, mais ça commence à me travailler...

Ce qui se poursuit, ce sont les Bruits, plus de 200 pages de notes pour l'instant. Je vais continuer tout l'été avant de tout reprendre, de prolonger, d'augmenter à partir de début octobre, ce qui coïncidera avec le début de la résidence de L'aiR Nu à Moret. De ce côté-là, nous avançons tranquillement : des nouvelles bientôt ici même, sans doute.

En ce milieu d'année 2015, il me semble que, décidément, l'écriture trouve davantage sa place, ces temps-ci, hors des sentiers de l'édition : au théâtre (à l'Etoile du Nord en janvier dernier), dans les studios de danse (Besançon, Saint-Claude, Belfort), via les enregistrements et sur le web (l'aiR Nu), dans toutes ces notes prises... Ce n'est pas forcément voulu, c'est ainsi : allons où l'énergie se trouve. 

*

(la photo de la main et du carnet rouge a été prise lors d'un atelier de Pierre Ménard à Château Landon en 2010. Je m'en suis servie pour feue La ville haute)

lundi 22 juin 2015

Revoir La Douceur dans l'abîme

C'était il y a une douzaine d'années, à République, je crois (mais peut-être non), dans un cinéma : une projection de La Douceur dans l'abîme, film de Jérôme Schlomoff faisant suite au livre du même nom, lui-même issu d'ateliers d'écriture menés par François Bon avec les sans-abri de Nancy, en 1999-2000, qui m'avait beaucoup marquée. Bien sûr, le sujet m'était proche mais au-delà, il y avait ceci : filmer les hommes et les femmes qui ont à un moment ou à un autre parlé d'eux, de leur vie, de la rue, de leurs peurs, douleurs présentes ou surgies de l'enfance en droite ligne, dont les paroles ont été recueillies et qui assis à table, face à la caméra, appuient sur le bouton Play d'un radio-cassettes, écoutent quelqu'un d'autre lire leurs paroles devenues texte, ou le texte qu'ils ont écrit (on ne sait pas et la question n'est pas là, je crois). Des photographies de leurs visages alternent avec ce que le film montre de ces mêmes visages en mouvement : leur extrême attention dans l'écoute. Le procédé m'avait paru et me paraît toujours d'un respect, d'une justesse parfaits.

On peut désormais voir ou revoir ce film de 52 minutes gratuitement sur Vimeo.
Sur Tiers Livre, le site de François Bon, on peut également retrouver les textes des participants aux ateliers.

jeudi 18 juin 2015

De l'ile ronde à L'aiR Nu



















Ce qui a fait obstacle, a empêché Dita Kepler de planer, de voler, de poursuivre sa route et l'a fait chuter près de Nantes ? Il n'est pas certain qu'on l'apprenne, mais si vous voulez entendre un peu de Ile ronde, ce sera possible demain soir, le 19, à 19h, à la bibliothèque Marguerite Audoux (Paris 3e), en compagnie de Joachim Séné qui incarne dans le texte la "contre-voix", celle que je ne peux écrire, celle de l'avion qui passe et repasse au-dessus du lac de Grand-Lieu. 

Ile ronde est un livre que j'ai écrit, certes, mais il comprend une dimension collective à laquelle je tiens : outre Joachim, y ont participé Mathilde Roux pour la couverture et Arnaud de la Cotte, qui m'a confié six des douze photos qu'on y trouve. C'est pourquoi, après avoir fait un tour près du lac, nous élargirons un peu ce champ du collectif si je puis dire, en évoquant, Joachim, Mathilde, Pierre Cohen Hadria et moi, ce projet commun de L'aiR Nu qui nous tient tellement à coeur. Une soirée centrée sur le son, puisque les extraits de Ile ronde que nous avons choisis de faire entendre proposeront, d'entrée de jeu, une sorte de déambulation sonore, que l'on retrouvera ensuite sur le site de L'aiR Nu. Ah, tout cela est d'une cohérence, n'est-ce pas ?!
Alors à demain...

*

ps 1 : bientôt du neuf sur le site de L'aiR Nu, tenez-vous prêts
ps 2 : Arnaud de la Cotte vient de faire paraître aux éditions Joca Seria, en compagnie de Gilles Bruni, Arrangement végétal, fruit d'un expérience artistique au château de Clisson

dimanche 14 juin 2015

Diptyque - quelques éléments



A six mois de la première, il arrive qu'on me demande comment le projet avec la compagnie Pièces détachées avance, de mon côté. Alors voici : tous deux en cours d'écriture, les textes qui constituent Diptyque cheminent en ce moment en parallèle. Hier soir, j'ai eu une idée de la façon dont le premier (ce corps-ci) pourrait se terminer, tandis que le grand désir de faire du second (appelé L) un tout ne me lâche pas. Dans les deux cas, une relation entre deux êtres, deux regards, deux corps, est en train de se dessiner mais ce n'est pas du tout la même. C'est tout ce que je peux dire pour l'instant...














Ce qui est sûr, c'est que le deux s'incarne en trois.
Que tout le texte ne sera pas entendu sur scène et que c'est très bien, pour les danseurs comme pour moi : cela nous rend libres, eux de prélever et d'interpréter certains passages seulement, moi d'écrire autant que je veux. 



















(à Belfort la semaine dernière, au centre chorégraphique, je les ai entendus chanter des bribes de mon texte qu'ils avaient traduit en anglais. J'étais assise dans les gradins. Je me disais que peu d'écrivains, sans doute, devaient vivre ça, avoir cette chance-là, ce privilège inouï. J'étais suspendue)














Ce qu'on sait également, c'est qu'à chaque partie correspondra une interprétation musicale. Je m'y perds encore un peu, ayant commencé à travailler ce corps-ci avec Rémi (le guitariste, ci-dessus) alors qu'il va intervenir sur L. Mais ce n'est pas très grave : comme lorsque j'écris un texte destiné à être publié en numérique (et donc à être, au moins en partie, métamorphosé), il est clair dans mon esprit que ce que j'écris doit "tenir", doit former un ensemble avant d'exister autrement.
Néanmoins, on peut écouter sur Bobler trois petits extraits de L que j'ai enregistrés à Belfort et dans lesquels on entend ce que jouaient alors Rémi et Zidane. Dans le premier, quelqu'un est photographié dans une piscine. Dans le deuxième, le personnage est caché derrière une ombrelle, tandis que le troisième fait apparaître une tête penchée en arrière.
Voilà, c'est tout pour le moment...

(photos : Pièces détachées)

lundi 1 juin 2015

dans l'air



















J'en ai à peine parlé ici et il est temps, je crois, de consacrer un article à ce projet qui est en train de devenir plus concret, je veux parler de l'aiR Nu, objet numérique, audio et littéraire que nous mettons en place avec Joachim Séné, Mathilde Roux et Pierre Cohen Hadria depuis quelques mois et qui va bientôt prendre son envol.
Comme précisé sur le site, l'idée est de mettre du son en ligne en suivant des voix, des villes, des trajets que sont amenés à effectuer les auteurs quand ils écrivent ou viennent parler de leurs livres, lors d'ateliers ou de rencontres. Il s'agit aussi d'interroger des lecteurs, des libraires, des éditeurs, des bibliothécaires ; de proposer des lectures audio ou encore, bien sûr, de faire découvrir des textes particuliers, tout cela sous forme de pages web originales, avec arborescences spécifiques. Les premières pages créées permettent, nous l'espérons, de donner sans plus attendre une idée de ce que va devenir le site.

C'est ainsi que nous vous invitons à nous suivre dans la région nantaise, dans le village de la Montagne puis dans celui de Bouaye, au bord du lac de Grand-Lieu, pour assister à une lecture. 
Que nous nous interrogeons sur le bruit des trains avec Joachim, assis à ses côtés, avant de retrouver Pierre Ménard à Marseille dans la villa La Marelle que bordent les voies de la gare Saint-Charles.
Que surgissent les Obliques, textes de Christine Jeanney.
Que l'on retrouve encore trois baleines-paysages dans le jardin de Maryse Hache
Il suffit de se laisser guider...















Cet automne, à partir du 2 octobre et pour une durée de six mois, nous serons en résidence dans la région de Moret-sur-Loing. Nous arpenterons les lieux, interrogeant qui voudra bien nous répondre sur la notion, très vaste, de frontière. Une petite présentation du projet est en ligne sur la page d'accueil de l'aiR Nu et vous pouvez suivre d'ores et déjà le journal des frontières de Pierre Cohen Hadria sur le site Pendant le week-end.

Bien sûr, nous voyons dans cette résidence une très belle opportunité, celle d'avoir les moyens pendant six mois de nourrir une rubrique spéciale, liée à l'objet littéraire que nous allons créer en fin de parcours, début avril 2016. Mais ça ne devrait pas être notre seule activité. L'idée, c'est vraiment de faire de notre "radio" un outil pérenne, de le développer et d'y consacrer chacun une partie de notre temps, créant sans cesse des liens, des passerelles. De faire entrer l'air. D'ouvrir les fenêtres, toujours plus...

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Le logo de l'aiR Nu a été dessiné par Joachim Séné.
La photographie ci-dessus, prise à Moret, est de Mathilde Roux.