l'horloge de la gare de Chartres

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vendredi 31 août 2018

Semaine #35 déménagement















C'est la dernière fois que j'écris le semainier ici, l'avant-dernière, sans doute, que je poste quelque chose dans cette interface : j'ajouterai en fin de semaine un article qui dirigera vers le nouveau site avant de laisser ce blog devenir archives, tandis que le journal d'écriture de l'année 2018 se retrouvera là-bas.
Nous sommes vendredi. La semaine d'après tournée a été difficile, pas de nouvelles du Marilyn, l'épuisement est revenu, parfois paralysant. La fatigue fatigue parce qu'elle exaspère. Faut-il résister, laisser faire ? Je crois qu'il s'agit d'une question d'élan sans rapport avec la volonté, ni même le désir, et que c'est sans doute le plus agaçant. 













Commencé à écrire, tout de même, un chapitre de livre sur le numérique qui m'a été demandé et dont je reparlerai (la photo de Roald Dahl dans son oloé, ci-dessus, n'est pas anodine, pas plus que celle de la fille dénouant les câbles IBM). Fini la lecture d'un essai sur la pauvreté pour mon Saint-Germain-en-Laye. Réfléchi à la suite de L'aiR Nu, à Bruits : pas tout à fait rien, donc. Mais tout prend un temps fascinant. Ou plutôt non : la vitesse est normale, mais il faut s'arrêter sans cesse. 
Heureusement, la semaine prochaine, ce sera donc le lancement du site, lesté d'une centaine de billets nouveaux. Je n'y reprendrai pas ce que j'ai écrit ici depuis des années. S'il faut faire quelque chose de ce blog, au-delà de le laisser en ligne, j'y réfléchirai peut-être plus tard. Pour l'instant, ce qui compte, c'est de nourrir le désir de rentrée, la mienne et celle de L'aiR Nu.















(chambre dans une buse de béton trouvée je ne sais plus où)
Aussi, dans les commentaires de cet article, si vous avez envie de me dire ce qui vous a donné de l'énergie cet été (lectures, écritures, voyages, films, découvertes...), pourrait m'en offrir en retour pour l'automne, vraiment, je suis preneuse.

dimanche 22 avril 2018

Semaine #16 écoutes, chute, strates de temps














(Paris, parc des Buttes Chaumont)

Lundi mardi Reprendre en douceur, tiens donc, après une semaine chargée où il a fallu s'exposer, parler en public. Cette semaine, non. J'irai à Chartres vendredi collecter du son, me balader et écouter Krzysztof Styczynski, poète et éditeur qui travaille régulièrement avec Serge Teyssot-Gay, dormir à l'hôtel avant de rentrer à Paris, et c'est tout. J'ai envie de prendre un peu le temps, d'arrêter de courir. 
Le mardi, il fait beau, Bruits redémarre, à la fois vite et lentement. Les possibilités qu'il offre m'excitent et me font peur, presque. Tout s'ouvre sans arrêt. Peur ? Je coupe le rythme, vais nager. J'écoute les cris d'encouragement des jeunes nageurs qui passent une épreuve de sauvetage, font une course. La rumeur est rapidement trop forte, les voix s'étendent à l'ensemble du bassin. Sensation que nous nous cognons, à eux, à nous-mêmes.
(deux jours plus tard, le matin, tout le contraire : un maître-nageur passe du jazz tandis que le soleil illumine les lignes d'eau)

J'écoute aussi cette étonnante petite fille qui parle avec son père, raconte le dentiste et quelques horreurs sur Arte Radio. Aujourd'hui, ce doit être une jeune femme.

Plus tard, je reprends Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle. Elle écrit ceci :
La douceur est un rapport émerveillé à la pensée.
Une sensation d'apesanteur que partagent avec elle les cosmonautes, les comètes. La douceur allège la peau d'être peau, elle ne résonne pas, elle se fond, s'enroule autour des lignes du paysage, ne mouille rien, donne de l'espace aux choses, enlève leur poids aux ombres.
Lessive étendue sur le balcon, jambes nues, manches courtes : toutes les premières fois de l'année se déploient.

Mercredi La douceur, en ce qu'elle peut apporter à mon livre, commence à m'apparaître, toujours grâce au livre d'Anne Dufourmantelle. Je me souviens soudain que Dita Kepler s'en est approchée, que la question est là depuis longtemps, n'a rien à voir avec ce que le commerce en propose.
Je mets par ailleurs une nouvelle minute à Chartres en ligne, que voici :



Jeudi Bruits a exactement quinze ans. Je veux dire par là que j'ai commencé à l'écrire il y a quinze ans. Où est passé le manuscrit ? Je fouille dans mes tiroirs, sur mes étagères. Je retrouve tout, sauf lui : un petit texte écrit le jour de mes 25 ans, des poèmes, un nombre incalculable de versions manuscrites, tapées à la machine (!), imprimées de fictions jamais terminées, jamais montrées à personne, encore moins publiées... Incroyable comme j'ai pu bosser comme ça, pour moi, dans le vide, c'est vertigineux.
Je suis faite de ces strates. Mon écriture vient d'elles. Brusquement, je mesure le travail et l'écart avec d'autres vies (professionnelles, j'entends). Il a fallu tout ce temps, ce silence, ces années pour pouvoir aujourd'hui écrire sur ce blog ceci : je suis en résidence pour un roman, Bruits. Mon livre précédent, Volte-face, est en lecture. Mon livre d'avant, A même la peau, est le fruit d'un travail avec une compagnie de danse. Celui d'avant encore, Décor Daguerre, m'a valu un coup de téléphone d'Agnès Varda l'été dernier. Etc. Et tout cela, je ne l'écris pas dans un nième carnet, une feuille volante que je retrouverai un jour mais ici, prêt à être lu, et sur le site de Ciclic, où des inconnus suivent le semainier. Difficile de mesurer exactement l'écart, mais il existe.

Une fois les carnets, les cahiers, les pochettes éparpillés partout, je découvre que la version d'il y a quinze ans est dans mon ordinateur (toujours sauvegardée, donc).
Elle contient 128 éléments datant de 2003 et 2004.
Il est fort possible que je ne m'en serve pas.

Les 36 secondes, elles, le vendredi, s'élèvent, grâce à Et si le temps n'existait pas ? de Carlo Rovelli (lire l'ouvrage d'un physicien sur le temps et l'espace me fait un bien fou) et Blaise Cendrars.













Vendredi Chartres par très beau temps pour aller faire du son, traverser le jardin de l'évêché, longer la rivière, rien de mieux. Je commence à trouver mes repères et ce sera tout à fait le cas à la fin de ma résidence, je le sais. Pour cette fois, je collecte, croise, hasard ou non, trois habitués des ateliers, me rends à la lecture, dors à cet hôtel des Poèmes que j'avais pris en photo en février dernier.













Est-ce du tourisme ? De l'écriture ? Autre chose ? Un privilège, cette balade le long de la rivière où travaillaient les tanneurs, les lavandières de la ville basse au Moyen Age, auxquels je pense tandis que des lycéens discutent, se balancent des vannes, que les canards sommeillent, que je rate mille photos à prendre du son ?

A l'hôtel, je suis ce qui se passe à Tolbiac, découvre ce que j'ai exactement envie de lire.

Le samedi matin, terrasses tranquilles, marché. Des Anglaises, des Allemands vont à la cathédrale. Un père explique à son fils la différence entre une bibliothèque et une librairie. Je bifurque, retourne à l'Esperluète quand je fatigue, reprends le train avec trois livres. Je sais que j'ai bien fait de rester dormir cette fois, de prendre un peu plus de temps que d'habitude, ne serait-ce parce que j'ai pu raconter mon histoire de "minute à" à qui voulait l'entendre (deux m'arrivent par mail dès le dimanche : merci !).

















 
Retour à Paris à midi. L'après-midi, je décide de passer voir l'exposition d'Agnès Varda à la galerie Galerie Nathalie Obadia, dans le Marais, sachant qu'elle y sera. Je ne pense pas lui parler longtemps, juste lui faire un petit signe.
Le petit signe, c'est plutôt à moi-même que je le fais : en pleine cogitation à propos de Bruits (même cause, même effet, j'étais déjà rentrée dans une rambarde en allant à la piscine l'autre jour), juste avant d'arriver, je m'étale de tout mon long en traversant la rue de la Verrerie. Talons, robe de printemps, sang, pharmacie, belle écorchure au genou : j'arrive à la galerie avec un pansement conséquent, au moment même où Jane B. va s'assoir aux côtés d'Agnès V et lui parle. Bien. Je fais un tour, me dis qu'en ce qui concerne la conversation, ce sera pour une autre fois !















(la même Jane à la Galerie de l'Instant, même quartier, quelques temps plus tôt, lors du vernissage de l'exposition Gainsbourg, salle pleine à craquer, oh, partir, revenir)

Ce n'est pas le lieu, ce n'est pas le moment : ce que disait ce signe. Ce que je retiens, et qui m'intéresse, c'est ce que j'entends Rosalie Varda expliquer de cette cabane constituée d'une seule pellicule de 1965 et des deux autres (cabane des Créatures, que j'avais déjà vue à la fondation Cartier, cabane de Sans toit ni loi, qui n'existe pour l'instant qu'à l'état de maquette) : l'espoir qu'elles voyagent, intéressent ; que cette exposition soit un début. 




















(la cabane est une serre, dont voici l'entrée)

Semaine instructive, donc, des livres conseillés aux manuscrits retrouvés, de cette chute qui m'indique à quel point je ne serai jamais mondaine, c'est ainsi, à ce que m'apprend le livre de Carlo Rovelli sur la gravité quantique, du soleil qui change la vision de la ville à l'écoute de Chartres (orgues, gravier, rivière,  ados, cloches...). 

*
La semaine prochaine, nouveau départ : mercredi, ce sera Belfort, deux jours d'immersion pour écrire avec les danseurs de Pièces détachées.

dimanche 4 mars 2018

Semaine #9 écrire, sortir, oui, non












Volte-face, donc.

Lundi Je commence par créer un message automatique pour indiquer à qui m'enverrait un mail ou voudrait me téléphoner que cette semaine, je me déconnecte. Idem sur les réseaux sociaux. Puis je trouve comment en finir avec la description des séances photo (je n'ai pas dit : avec le livre). Ca me vient tout de suite, ce qui me perturbe un peu. Trop facile ? Possible. Non seulement ça l'est, mais en plus l'idée paraît tenir, en tout cas pour l'instant je peux la justifier, d'où une certaine patauge toute cette première journée. Ecriture quand même. Cap passé des 420 pages, le manuscrit première version en comprendra dans les 430 à la fin, comme je le supposais, peut-être davantage (pas sûr).

Unique sortie du jour : Les Rendez-vous d'Anna, de Chantal Akerman, à la Cinémathèque.



















(Allan Grant, 4 juillet 1962)

Mardi 431 pages, et je n'ai pas fini. Je ne sais plus si la lassitude à décrire les scènes est celle de mon personnage ou la mienne. Il m'aura quand même fallu tout ce temps-là, presque trois ans, pour en avoir assez. C'est peut-être seulement la peur d'en finir, alors que j'en rêve ? 
Impression, comme hier, que ce qui se présente n'est pas terrible, qu'en tout cas il faut s'en méfier. Mais je savais que la fin apparaîtrait ainsi, de façon flottante, c'est logique, pas d'étonnement. 
Se couper du monde, faire l'ours commencent à me plaire. Se couper de la rue, du froid, des autres, du réel, des nouvelles, de ce qu'il y a sur le compte en banque, de ce qu'il faut anticiper. 
Le matin, j'ai rangé le dossier Marilyn de mon ordinateur : un monstre, des versions, des photos, Marilyn partout.

Unique sortie du jour : le Franprix, cinq minutes, avant la tombée de la nuit (des oeufs de poule élevées au lin, des sardines au citron, des gâteaux japonais)













(Georges Barris, 30 juin 1962)

Mercredi Aujourd'hui, c'est le contraire d'hier. Cette séance de Bert Stern dont il est sans cesse question, qui tourne dans le monde entier au point que je ne la supporte plus et n'écris rien à son sujet, eh bien je vais y plonger, ou du moins essayer. Je réserve pour l'après-midi tous les livres que je trouve à la BNF et lorgne sur un documentaire inédit en France, finalement facile à trouver.
(si j'avais noté scrupuleusement tout ce que j'ai cherché ou fait pour écrire VF, cela aurait donné un second livre, il y a un moment que je le sais, même à ne jamais aller voir sur place, je veux dire aux Etats-Unis)



















(Bert Stern, 21 juin 1962)

Sortir. N'est-ce pas encore une fois ne pas vouloir terminer le livre ? Je ne sais pas.
Je connais quelqu'un qui ne termine jamais son livre pour ne pas mourir. Il aura cent ans en juin.
A la BNF, je finis de regarder le documentaire sur Bert Stern commencé chez moi, lis un livre le concernant, décide de noter le déroulé de la fin du mien (que je connais, en fait, depuis un moment). Il n'y a plus qu'à, comme on dit.
La nuit tombe. J'en sais beaucoup plus que ce matin sur la vie et l'oeuvre de Stern et je sais aussi qu'une fois les pages écrites, je vais tout oublier ou presque.




Jeudi Je sais la fin du livre, voilà ce que je me répète en sortant de la BNF et ne dis à personne. Le matin, au réveil, la ville est blanche : je voulais aller nager avant de m'y remettre, suis découragée. Les travaux dans mon immeuble finiront peut-être par me pousser à mettre le nez dehors ? Non, non, non, écrire, finir cette séance Stern. La succession de cet homme m'a l'air d'un glauque achevé, par ailleurs, mais ce n'est pas le sujet. A la fin de la journée la séance est écrite, et ce sera la dernière mais franchement, j'aurais pu sortir, aller nager par exemple.

Sortie du jour : descente des poubelles dans la cour, c'est dire.
La nuit tombe, allez hop, dehors, le temps de faire un tour du quartier, déambulation  dans un grand n'importe quoi vestimentaire et musical : le "juke-box fou", selon l'expression de Gilda Fiermonte, que j'ai dans la tête me fait fredonner alternativement des chansons de Françoise Hardy période années 80 (hérésie, je sais) et "C'est moi, c'est moi Lola" comme si j'étais Anouk Aimée, tandis que j'ai l'impression d'être habillée pour aller changer une roue de camion. Demain matin, commencer par la nage, pas de discussion.


















(André de Dienes, 1946)


Vendredi Je ne commence pas du tout par aller nager : je finis mon livre. A midi, voilà, ça y est, c'est terminé. Près de 450.000 signes, plusieurs années de travail, et de longues heures (semaines ?) encore à relire, à retravailler, à réajuster - j'ai abandonné Betty Page dans un couloir de mon exposition, il va bien falloir que j'en fasse quelque chose, par exemple - mais enfin voilà. Victoire, quand même, sur ces éditeurs qui vous lancent sur une piste, s'enthousiasment puis coupent court, ne répondent plus au téléphone ; sur l'argent qui manque et la façon de le gagner pour continuer à écrire, dans une invisibilité totale ; sur les doutes, les inquiétudes.
Savourer la satisfaction, parce que d'expérience elle dure peu. Quelque chose s'en vient, qu'on peut nommer, dont on peut parler, qui va prendre son autonomie : un bon gros bébé qui tient sur ses jambes, me dis-je. Voilà comment je me le représente.
Allez hop, nager ! J'arrive à la piscine : bonne blague, elle est fermée depuis quinze jours pour nettoyage des bassins, rouvre demain. J'ai écrit le corps réduit à une tête, à deux mains qui tapent et deux yeux, et je n'ai rien raté : les lignes d'eau m'auront attendues.

Sortie du jour : après la piscine ratée, marcher dans Paris sans prendre ni notes ni photos.

Samedi Jour du corps, enfin, longueurs sur 40 minutes, puis traverser à pied la moitié de la ville. Le soir, je m'occupe du petit son promis sur l'avenue Mozart (mélange de texte lu, de bruits de la rue et de radio-boutique) à Philippe Aigrain, hop, hop, à onze heures ou minuit c'est fait.
Et demain ? Ah, demain, c'est matinée avec Magali Albespy.















Dimanche Pluie continue, métro aérien bâché de blanc, lire le début de Fenêtres dos à la ligne où il fut écrit seize ans plus tôt, lire également un peu de la nouvelle Tu n'es jamais seul/e dans la nuit inspirée par une performance de Serge Teyssot-Gay et Paul Bloas il y a quelques années, sept ans, tiens, oui. Dans le métro, penser par décennies. Se dire que, même lentement, même à avoir envie de tout secouer pour que ça accélère, aille plus vite, les choses avancent.
Dans la salle de danse, le corps qui revient, imperceptiblement tandis que les autres dansent, chantent, parlent, murmurent, s'allongent, s'écoutent, cherchent, tentent, rient.

samedi 14 octobre 2017

Marilyn memo

 Je n'en parle jamais ici




et pourtant



le livre sur Marilyn se poursuit



et j'espère bien



avoir terminé la première version du manuscrit en début d'année au plus tard.



Je le pose ici pour plus de sûreté.

dimanche 30 octobre 2016

Crossroads / 29


















J'avais bien conscience d'avoir laissé cette rubrique, où les livres parus et les projets en cours se croisent, un peu en friche ces derniers temps, mais je ne pensais pas que cela faisait déjà une bonne dizaine de mois. Pourquoi ? Sans doute parce que L'aiR Nu a pris beaucoup de place cette année, ce qui n'a fait que me réjouir. Outre les 36 secondes, rubrique hebdomadaire qui commence même à avoir quelques fidèles (joie !), nous avons récemment mis en ligne notre premier chemin de lecture, consacré à Thierry Beinstingel. Je n'ai qu'une hâte : que les propositions se multiplient, que nous ne sachions plus où donner de la tête. 


(tiens, voilà une photo qui n'est pas sur L'aiR Nu)

D'ailleurs, oui, voilà ce dont j'ai envie, ces derniers temps : avoir énormément de pain sur la planche. Devoir à nouveau jongler, écrire dans l'urgence, être obligée d'établir des ponts entre toutes ces choses, projets lancés, textes qui sortent, voyages, enregistrements, pour aller au bout de ce que je me suis promis. 2017, une année comme ça ? Ce serait bien.



















En attendant, ce qui est paru, c'est le début de L, la seconde partie de Diptyque, vendredi dernier dans la revue Hors Sol. Un travail dont, de mon côté, je ne sais que faire (qu'est-ce que c'est, au juste ? Un texte pour la scène ? Non, on ne peut pas dire, même si la compagnie Pièces détachées l'a adapté) mais que je n'ai pas envie de lâcher pour autant. D'ailleurs le projet de la compagnie est de réaliser, à terme, un livre-objet.  
L est une sorte de triangle entre un photographe, son modèle et le livre qu'ils réalisent. Qui des deux est le créateur ? Lui, qui met en scène la situation, agit sur le cadre, la lumière, les poses, les expressions ? Elle, qui a fait de son corps une oeuvre, quitte à en tester les limites ?













Une femme qui se laisse photographier : évidemment, on peut penser à Marilyn, même si dans L ce n'est pas d'elle qu'il s'agit. MM, ou le chantier principal de cette année : il faudrait avoir terminé avant fin décembre me dis-je, tout en continuant d'osciller entre 1954 et 1955 et en attendant les épreuves de Décor Daguerre, qui ne devraient plus tarder.
Le premier métier d'Agnès Varda fut d'être photographe, on le sait. Ecrire ce Marilyn, c'est s'intéresser au travail d'un grand nombre d'hommes, bien sûr (Milton Greene, Sam Shaw, bientôt Richard Avedon, Cecil Beaton...), mais c'est aussi croiser des femmes et s'y arrêter : pin-up, modèles, actrices, photographes, productrices, réalisatrices qui furent les vraies pionnières de ce qu'est devenu Hollywood.















Etre des deux côtés de l'appareil, prendre place partout, voilà ce que permet l'écriture, se dit-on. C'est en tout cas ce qu'on s'imagine, l'illusion qu'on en a. Ou peut-être même pas : on est encore ailleurs, à ne jamais dominer le sujet, à creuser sa brèche avec l'entêtement d'un joueur alors que les plates-bandes ont déjà été piétinées mille fois.


Décor Daguerre : j'attends les épreuves, donc, et la couverture, qui reprendra le détail de mes arbres. Je sais que ça va être quelque chose, ce retour au texte de 2013. A vrai dire, j'ai déjà l'idée d'un autre livre qui serait lié à celui-là. Il est même en train de pousser fort, marque son territoire, seul dans son coin. Seulement, outre le Marilyn, il y a encore le projet de deux autres livres, que des résidences pourraient m'aider à développer. Si c'est non pour tout, on verra. Si c'est oui, il faudra tout écrire en même temps - et j'ai horriblement envie que ça se fasse !

 

Au départ, il n'y a que nos désirs d'écrire. Comment nommer ce qui ensuite se matérialise, se détache, existe, voyage, est oublié ? Est-ce autre chose ? La même chose ? Une extension ? Un modèle ? Un passage ? Du présent pur et dur ? Parfois je me sens comme ces deux-là, qui ont laissé leurs parasols rouges au balcon tandis que les feuilles tombent. A d'autres moments, c'est la feuille qui me semble proche.


(et c'est pourquoi, en guise de fin, voilà donc des nouvelles du lierre)

jeudi 29 septembre 2016

automne nu

 

Pourquoi ce titre ? Est-ce qu'il s'agit à nouveau d'un journal saisonnier ? Est-ce une référence à la vie matérielle, aux branches, à L'aiR Nu ? Ou simplement, parce que c'est difficile à dire, à répéter mais que ça résiste, ne veut pas se faire oublier ?













La rentrée démarre plus doucement que prévu. Quelque chose va se produire, c'est certain, mais quoi, et quand ? En attendant il faut continuer à écrire, à monter des projets. A automne nu avenir flottant. Où donc en chercher des signes ? Essayons les photos du jour.



L'échelle dans la cour, les plantes en pot appellent la silhouette mince et vive de la gardienne que tout le monde aimait, partie vivre au sud dans une grande maison au début de l'été. On attend sa carte postale.



Autre maison : celle, stylisée, d'un personnage de Fenêtres open space, ce grand-père imaginaire buvant du chocolat en face du métro aérien que Christine Tchépiega a presque réduit à son bol. Travail de céramique en cours qui, lorsqu'il sera achevé, permettra de découvrir neuf extraits de mes livres intégrés à neuf constructions, neuf pièces que l'automne, l'hiver, vont révéler. 













J'ai hâte !


(je pensais écrire un article bluesy, une exclamation apparaît. Je la laisse bien sûr, même à regretter d'écrire je. Tout est bon à prendre, n'est-ce pas ? )
Suivent trois polaroïds pris par Jean-Marc Montera pendant le concert What's up ? donné au centre Georges Pompidou, appareil-photo posé directement sur les cordes de sa guitare. Ce qui nous sauve ? L'art des autres, toujours, aucun doute.



Leur présence, leur humour, leur colère, leur pensée, leur énergie.

Ce matin, le collage géant de la rue Edouard Pailleron, apparu hier face au lycée Bergson, à Paris, a disparu. Depuis le mur est nu. Le restera-t-il ? 


















What's up ? Quoi de neuf ? Simplement, ce qui en suspens ne s'est pas annoncé. N'a pas encore donné son nom.

dimanche 17 juillet 2016

Journal de l'été #3



















Envie, ce matin, d'écrire un nouvel épisode de ce journal de l'été et de commencer par cette photo prise dans une cour de la rue Richelieu, à Paris, mercredi dernier. Photo à la volée avant de bifurquer, de grimper un étage, d'attendre dix minutes dans une salle à la déco pétaradante puis de me faire interroger durant trois heures sur ce que la RATP envisage pour compléter (remplacer ?) à terme le Navigo, passe mensuel si important pour mon personnage de Une ville au loin, qui lui permet d'en détourner l'usage, de s'imaginer d'autres vies.
J'ai dit que de toute façon je préférais le Navigo, mais ce n'est pas ce qu'on me demandait.
J'ai répondu à l'enquête pour recevoir de l'argent, suis ressortie avec un chèque, ai pensé : pour une fois que je gagne quelque chose sans projeter autre chose. J'ai marché jusqu'à la station Palais Royal. J'avais l'impression que pour une fois le monde était simple : on t'invite, on te demande ce que tu penses, combien tu es prêt à payer. On t'offre du jus d'orange, un thé, des gâteaux. On t'enregistre, te filme, on te le dit. On te parle gentiment, on te donne de l'argent, tu repars, tu oublies. 

 

Je suis rentrée chez moi attentive à cette sensation : le contentement peut-être, le léger soulagement de se dire qu'il est parfois possible de traverser dans les clous, de répondre à la demande sans chercher plus loin.
Je suis arrivée. Il était 18h. Suis allée me coucher direct.














Deux jours plus tôt (ou comment depuis tout à l'heure remonter le temps avant Nice, on le comprend j'espère), avec L'aiR Nu nous en étions toujours à projeter quelque chose pour gagner quelque chose : collecte Ulule qui au moment où j'écris n'en a plus que pour quelques heures avant d'échouer ou de réussir (vite vite), dossier Dicream que nous avons porté sur place avant la date limite avant d'apprendre qu'il manquait un papier : celui du formulaire, des cases à remplir.
On ne rit pas ? Si, si. On a stressé puis on a ri, tant ça nous ressemble. 
On a encore jusqu'à demain, rien n'est perdu.


(tiens, voilà bien ce qui nous ressemble, plutôt)

*

J'ai appris pour Nice à 6h30 du matin, tandis que je voyais défiler ma timeline, sa nuit blanche. Quatre de vos amis sont en sécurité à Nice me disait Facebook. On comprend tout de suite, désormais, n'est-ce pas ?
Est-ce qu'on se précipite pour regarder ? 
Nice. Sécurité. On laisse les mots envahir la pièce. On attend. On retarde. Ca dure combien ? Une, deux minutes à peine. 
 












Ensuite ? 
Regarder le mur, le plafond. Devant soi sans voir.

J'avais un truc inavouable à faire pour tenter de gagner de l'argent, un test, j'ai serré les dents toute la journée et je l'ai fait. Je n'ai rien écrit sur les réseaux sociaux (je ne poste plus rien dans ces cas-là, pourquoi dire ?) (dans ces cas-là résume tout). Mais évidemment j'alternais l'écriture du test inavouable avec la lecture des articles, des nouvelles, des commentaires. Les monstruosités, les horreurs, les premières réflexions. Pas les rumeurs : plusieurs heures, déjà, s'étaient écoulées. Pas les images : depuis des années je les regarde plus.
Dire son effroi puis, très vite, presque en même temps, sa consternation devant les déclarations des politiques ? Le dire ? Le taire ? Je ne sais pas. Je me demande : l'effroi et le mépris qui alternent à toute vitesse, se répondent, qu'est-ce que c'est que cette violence supplémentaire ? Quel nom pour cette déchirure ?

Sans rien oublier, de la fenêtre postée ci-dessus détailler longuement mur et ciel, le bleu du dedans, dehors.

*

Je place ici la cour qui est belle et sans lien avec le travail ; une photo d'Albert, escargot aimé de ma mère (photo prise par elle) ; le dossier incomplet mais bientôt complété de L'aiR Nu ; un collage de Mathilde Roux qui se trouve dans Une ville au loin ; une photo de fenêtre de Thierry Beinstingel, liée dans son esprit à Dita Kepler.
Embrasser le monde, toujours.

vendredi 17 juin 2016

Ce qu'on dit parfois de soi en atelier d'écriture

Elizabeth Legros Chapuis m'a demandé d'écrire un article pour la revue La Faute à Rousseau de l'APA (Association Pour l'Autobiographie), qui paraît ces jours-ci. Le thème du numéro est le suivant : ateliers d'écriture, ateliers d'édition. Avec l'accord de l'APA, que je remercie, tout comme je remercie Elizabeth de son intérêt pour mon travail, voici le texte que j'ai proposé. Il s'agit d'une petite synthèse, plutôt destinée à des lecteurs qui ne suivent pas ce blog, mais que je suis néanmoins contente de poster ici.



L'espace de l'atelier est-il propice à l'écriture autobiographique ? Je ne sais pas si la question se pose, du moins en premier lieu. Ce qui compte, je crois, c'est d'abord de savoir si cet espace est propice à l'écriture tout court et ce, pour des gens qui ont déjà le goût d'écrire comme pour ceux, mais oui, qui sont obligés d'être là, captifs durant deux heures, méfiants ou indifférents peut-être à l'origine.

Collèges, lycées, médiathèques, musées... J'anime depuis six ans des ateliers d'écriture de façon régulière sans que cela soit devenu mon métier. Écrivaine, ce sont les résidences qui m'en ont donné l'occasion : elles comprennent souvent une part dite de médiation, 30% de son temps et voilà l'atelier qui s'en vient, parfois pour une seule séance, parfois de façon continue. Souvent, il s'agit de se retrouver en établissement scolaire devant une classe entière, dans la salle habituelle du professeur. Autant dire qu'il n'est pas simple alors de créer un écart, de favoriser les conditions dans lesquelles des adolescents vont laisser surgir quelque chose d'eux-mêmes. Et pourtant, presque toujours, cela a lieu. 



Est-on prêt, a-t-on été formé à exercer ce rôle d'animateur, quand on écrit ? Pas nécessairement. Ce qu'on a pour soi, c'est simplement son expérience, les lectures qui nous ont forgé-e-s, la reconnaissance de cette part d'énigme qui surgit dès que la phrase se forme et qu'il faut savoir accueillir. Je crois qu'il ne faut pas hésiter à expliquer qu'on repart soi-même de zéro à chaque nouvelle tentative. Que l'expérience est moins liée à une série de "trucs" qu'on mettrait en place qu'à une bagarre avec la langue, avec ses propres stéréotypes, travail constant d'oscillation entre disponibilité, ouverture d'esprit et reprise en main du texte. L'atelier, ce type d'atelier en tout cas, est d'abord le lieu du premier jet, de ce qui nous vient à partir d'une consigne et qu'il n'est pas temps encore de censurer. C'est aussi a posteriori le lieu de l'écoute, celle du texte des autres et du sien, écoute dont l'intérêt est non pas d'engendrer un jugement mais de comprendre comment la circulation d'une image, d'une idée à l'autre est possible ; à quel point on n'écrit pas seul-e, même à avoir le plus grand besoin de solitude, de repli. Ce qui reste fascinant, c'est que cette circulation n'exclut pas la singularité, au contraire.


 

Que dit alors de soi ce qu'on écrit en atelier ? Souvent beaucoup de choses. Que la contrainte soit issue d'un ouvrage de fiction, d'un poème ou d'un texte autobiographique, qu'on en passe ou non par le je, accepter de se livrer à l'exercice nécessite une mise en confiance et une prise de risque qui, dès que le pas a été franchi, invitent à creuser ce qui nous appartient en propre, à ne pas se contenter d'un texte de surface destiné à répondre à une demande extérieure. 
Il y a un désir d'authenticité plus immédiat peut-être chez les participants lorsqu'ils sont adultes et ont fait le choix de venir mais peu importe, au fond. Le texte n'est pas l'enjeu d'un discours, pas plus qu'il ne se confond avec le pur journal intime. Proposer un angle de vue, une piste commune a pour ambition d'éviter ces écueils. A ce titre, il nous importe de rester à l'affût, d'imaginer des dispositifs susceptibles de provoquer en face une certaine surprise, d'éviter la routine et les pré-supposés. Ainsi n'ai-je pas exactement suivi la proposition initiale d'enseignants, celle de faire écrire des SMS à des élèves en très grande difficulté. Une fois mis en confiance, ceux-ci ont préféré écrire long, très long, au grand étonnement de tous. Ainsi ai-je au contraire tenté d'exploiter au maximum le thème imposé d'une série d'ateliers destinés au milieu professionnel : celui de la tenue de travail. Vêtements mais aussi postures du corps, positions dans l'espace, dédoublements... Tout cela m'a obligée à inventer des exercices dont je n'aurais pas eu l'idée.




Le numérique, dont je n'ai pas encore parlé, peut être ici d'une grande aide. S'il se réduit parfois à la création d'un blog post-atelier, rien n'empêche de l'utiliser pour proposer de nouvelles formes. La rédaction de textes issus d'une navigation dans Google Street View peut donner des résultats étonnants, invite à explorer des lieux inconnus mais également familiers, permet d'effectuer des retours dans le passé, par exemple.

De la lecture à la publication en ligne, il est possible de conjuguer ces éléments. Je voudrais ici en donner un seul exemple détaillé. Avec L'aiR Nu, nous avons mis en place un module de trois jours qui invite à lier le lieu, la lecture, l'écriture, le son et le code informatique. Le déroulé est le suivant : les participants sont d'abord invités à une déambulation littéraire, au fil de laquelle ils lisent eux-mêmes à voix haute des textes sélectionnés à partir d'un thème. Il s'agit de découvrir ou de redécouvrir un espace (quartier, bâtiment...), des textes, des auteurs et le groupe en lui-même. Sans doute est-il alors déjà question de commencer à mesurer l'effet que tout cela produit sur soi. Cette lecture est enregistrée au fil de la balade : aux textes se mêlent des éléments sonores, pluie, bruits de voitures, etc, ce qui n'est pas forcément anodin, permet de matérialiser un premier lien.




Le deuxième jour a lieu l'atelier d'écriture, puis la création du site web. Nous proposons un ou plusieurs exercices en fonction de certains des textes lus la veille. Ainsi, à Strasbourg, lors du récent festival Les Racontars du numérique, avons-nous invité les participants à écrire à partir d'un passage de Bougé(e), d'Albane Gellé dans lequel elle « résume » sa vie amoureuse depuis l'enfance en concluant presque abruptement par la recherche d'un lieu où vivre avec celui qu'elle surnomme son « immense love ». Le thème proposé, le lieu des commencements, a permis tout aussi bien aux participants d'extrapoler (réinvention de sa propre naissance), d'interroger la langue et la frontière (évocation d'un voyage), que de convoquer le présent (la première Nuit debout avait eu lieu la veille à Strasbourg, l'auteur du texte y avait assisté). Autant de façons de s'emparer du thème pour parler ou non de soi, de se libérer d'une forme a priori autobiographique pour, peut-être, évoquer les enjeux qu'il soulève de façon moins clairement identifiée mais résolument personnelle. Il me semble que la marche et le partage, la veille, tout comme la réalisation par les participants eux-mêmes du site après l'atelier d'écriture, concourent à cet allègement. Ce site, dont la réalisation est accompagnée par Joachim Séné, écrivain et informaticien, est conçu comme un prolongement de l'atelier. Il inclut les textes lus lors de la déambulation comme ceux des participants, invite ces derniers à inventer un parcours, qu'il soit géographique ou par mots-clés : autant de façons de s'autoriser à écrire un récit puis à le transmettre. On entre alors en soi, écoute les autres et s'expose dans un même mouvement.

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Les photos ci-dessus proviennent toutes d'ateliers d'écriture : les trois premières ont été prises au Louvre, où j'ai animé des ateliers en compagnie de Cécile Portier, Pierre Ménard et Joachim Séné en 2014, comme on peut le voir ici. La quatrième a été prise dans le même cadre mais au Grand Palais, lors de l'exposition Bill Viola. La dernière, enfin, représente la serre du jardin botanique, où nous avons entendu le texte d'Albane Gellé.

lundi 25 avril 2016

apparition


Tu es dans l'eau, debout et nue. Le cadrage du photographe t'a tranchée à la verticale. Il te manque un tiers du corps ou peut-être même la moitié. Il te manque un sein, le bras gauche, une cuisse, un genou, un tibia, un pied. Il t'a aussi coupé la tête, presque sectionné le bras droit.
L'eau grise est celle d'une piscine, de Jamaïque précise le livre. Elle déforme le bas de ton corps, fait dériver ton ombre qui renseigne sur le temps qu'il fait, beau, ainsi que sur ton geste hors champ : relever les bras en couronne pour soutenir la tête, posture que le photographe suggère, pose d'actrice, de mannequin, de modèle qu'il ne se permet pas, ne fait entrer dans le cadre que par cette ombre au centre, très présente mais qui reste légère. A bien y réfléchir, il y a peut-être une certaine ironie dans ce geste tombé à l'eau, qu'un coup d’œil rapide ne reconstitue pas – il faut regarder longtemps, vouloir lire l'image, même, pour qu'il daigne apparaître.
De l'ironie ? Oui, c'est possible. Mais le décalage qu'elle induit ne change rien à la beauté du corps fixé sur pellicule : l'écart ne s'impose pas, se donne pas comme tel. Ainsi le photographe gagne-t-il en subtilité, autant dire sur tous les tableaux.
Ce qu'on voit le mieux, ce qui frappe, c'est un grain de beauté au-dessus d'un téton, le nombril, le pubis.
Ce qu'on voit le mieux, je le crois, c'est le biceps du bras tronqué. A peine remarque-t-on les poils de ton aisselle qui, si on considère que ton corps est ton instrument de travail, devraient surprendre, même à l'époque. Chez toi, l'épilation est chose étrange. On ne sait que penser de ce pubis-là, en triangle écrasé par la ligne de l'eau.
Ce qui frappe, c'est ce que l'eau déforme de ton corps : la cuisse gauche, à qui elle invente un bourrelet ; la jambe qui perd de sa longueur, tout entière ramassée dans un genou en creux. À bien y regarder, et pour qui te connaît, ton ombre paraît plus réelle que ton corps. Faut-il que tu t'inquiètes ?

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Le texte ci-dessus est le début de L, seconde partie du Diptyque que j'ai écrit l'an passé pour la compagnie de danse Pièces détachées. On peut en entendre des fragments, lus ou chantés par les danseurs (should you worry ?) dans cette vidéo :


La photographie qui le précède n'est pas celle que le texte décrit. Il s'agit d'un portrait de Marilyn Monroe pris par Earl Moran, grand spécialiste des pin-up, à la fin des années 40. Pourquoi poster cet article aujourd'hui ? Probablement parce que, écrivant en ce moment un livre sur Marilyn dont le sujet est assez proche de celui de L (une femme photographiée par un homme, pour le dire vite), l'envie me vient de le sortir un peu de cette invisibilité dont j'ai déjà parlé ici. Parce que les deux textes commencent à se rejoindre, que des points de jonction se mettent à apparaître. Quelque chose du mouvement, et donc de la vie, s'en vient : je ne sais pas encore le nommer, mais voici.