parc de la Vallée aux Loups

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mercredi 1 octobre 2008

Je ne sais pas qui c'est

(ego way)













Pour présenter le livre on me demande une photo de moi. Je tente d'en faire, seule, avec un petit appareil numérique dans la salle de bain. Je ne connais rien aux lumières et le flash se déclenche tout le temps.

A la seconde, c'est évident : le visage dans la glace et celui que capte le viseur ne se ressemblent pas. Et pourtant je les ai, côte à côte dans mon champ de perception quand je photographie le miroir. Moi, je crois ressembler à ce que la glace me renvoie tandis que le visage saisi par l'appareil, visible dans ce reflet, je ne sais pas qui c'est, à qui il appartient, je ne le comprends pas : à qui ces yeux écarquillés, cette bouche tombante, ces traits qui se déforment ? Même les cheveux diffèrent, comme si on en avait coupé une partie. Est-ce simplement la crainte d'être prise en photo qui imprime sa marque (quand c'est un photographe professionnel qui oeuvre, quelqu'un que je ne connais pas mais qui lui s'y connaît, le résultat est celui du miroir – tandis qu'un proche, je lui reprocherai toujours l'image qu'il tire de moi).

J'en jette les trois quarts. Ne restent que les plus lisses, les moins dissymétriques et qu'importe ce jugement tout entier extérieur : c'est ce lisse-là qui compte, délivre. Une simple surface qui permet dans la vie de demeurer mobile (expressions et regards, sourire qui en photo refuse de venir), ne pas se poser de question sur ce qu'on peut montrer quand on sort de soi-même.

Il faut ensuite se reconstituer à partir des photographies conservées : d'instinct on plaque son visage du miroir sur les images passées du viseur à l'écran. A la fin c'est brouillé (au début ça l'était aussi).

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