l'horloge de la gare de Chartres

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jeudi 18 décembre 2014

LVIR #12

A peine rentrée de Besançon, où j'ai donc vu Dita Kepler s'incarner 



















(grâce à Vidal)

où j'ai vu comment on peut danser et écrire, écrire et danser dans un même espace



















(Vidal Mathieu Caroline Magali)

où me sont apparus le géant, la jeune fille, Franck enfant et d'autres corps encore en dialogue avec les mots et la musique



















(Mathieu, Vidal, Rémi à la guitare)

où nous avons déambulé dans Besançon sous la pluie, écouteurs ou casque sur les oreilles, tous synchronisés pour découvrir la ville, marcher, se retourner, observer un passant, entrer dans les Galeries Lafayette, entendre des extraits du Décor du même nom, se retrouver, toujours unis par ce qu'il y a à entendre, autour d'une table dans un café












(Magali et Rémi de dos, photo de Caroline Grosjean)
(et à la fin de notre bande-son commune il y avait un extrait des Anamarseilles en cours d'écriture)



















pendant que, le soir, je rencontrais un lecteur de Ile ronde dont les réflexions provoquaient en moi un véritable écho, me rassurant sur le fait d'avoir écrit ce texte et de l'avoir fait de cette façon - je n'ai presque aucun retour sur ce livre pour le moment, ce qui n'est pas toujours simple

à peine rentrée, à peine à Paris, donc, je découvre, me rappelle que pendant tout ce temps il y a eu aussi du Laisse venir en l'air. A Besançon, bien sûr (cette courte résidence ayant commencé par des improvisations à partir de mes livres déjà publiés, LV a été évoqué parmi d'autres) mais aussi :
- à Marseille, grâce à Pascal Jourdana et à Esther Salmona qui ont consacré toute une Espace fine de Radio Grenouille à notre livre, émission que l'on peut réécouter ici
- à Rouen, grâce à Pascal encore, qui l'a présenté lors d'une journée de réflexion autour de l'influence des outils numériques sur le processus artistique, intervention que voici : 



... et moi je songe qu'en cette fin d'année, LVIR n'est pas au bout de ce qu'il a à dire. Qu'il ne s'agit pas de bilan mais de rencontres nouvelles, toujours, et de perspectives réjouissantes. Que 2015 sera l'année de la danse, par exemple - entre autres !
Le projet de la compagnie les Pièces détachées, conduit par la chorégraphe Caroline Grosjean, s'appelle Diptyque. Voilà, je l'inscris ici et me dis : le travail commence.

mardi 16 décembre 2014

LVIR #11



















Au moment où j'écris ces lignes, la compagnie Les Pièces détachées est en train d'improviser à partir d'un extrait de Ile ronde, monologue de la jeune fille fatiguée par ce beau parleur d'aviateur qui lui vrille la tête. Nous sommes à Besançon, à la Rodia.
Ce matin, dans ces lieux, j'ai vu Dita Kepler apparaître, se courber, se cabrer. Hier, le géant sortir de son puits.
Hier Laisse venir a croisé Franck, à mon grand étonnement.

Au moment où j'écris ces lignes, c'est l'homme inquiet de Fenêtres qui surgit sous une forme double, homme, femme, femme gracile, homme grand, incarnant à eux deux par éloignements, par rapprochements ce voyageur qui ressemble à Humpty Dumty, crie sur le quai parce qu'il est sourd, parce qu'il a peur que le métro parte sans lui, ou avec lui, que les portes se ferment, s'ouvrent... 

Au moment où j'écris : j'écris "en direct",  sans recul, en écoutant les voix, la musique, les touches du clavier. J'écris et je regarde, j'écoute et mes livres se transforment, quelque chose se déplace, devenu matériau.

lundi 1 décembre 2014

LVIR #10












Ce matin, grande avancée (du moins je l'espère) : j'ai accepté d'être filmée, ce qui n'était plus possible pour moi depuis quatre ans, pour parler de Laisse venir. Je ne sais pas si je regarderai l'émission, dont on ne connaît pas encore la date de diffusion, mais au moins voilà : pas de panique face à la petite caméra de Un livre 2.0, la déclinaison web de Un livre un jour, et ce grâce à l'écoute, au regard de Delphine Japhet, et à Pierre Ménard bien sûr. 
Ce Laisse venir progresse, est en train d'exister vraiment nous disions-nous ensuite, tous deux. Le 8 décembre prochain, d'ailleurs, Radio Grenouille diffusera à 18h l'émission Espace fine qui lui est consacrée. Pierre, de son côté,  a de beaux retours sur le texte. 



















(et puis il y en a certains qui l'achètent en librairie, même, figurez-vous !)

La nuit tombe. Avançons. C'est ce que je me dis, en laissant de côté tout ce qui ne prend pas.
Ainsi, oui, ce billet est court précisément pour ça : ne pas s'apesantir sur ce qui par ailleurs pourrait entraver, freiner, arrêter l'élan si on ne luttait pas contre - en silence.

mardi 25 novembre 2014

LVIR #9



















Ces derniers jours, c'est du côté du sud, du côté Laisse venir qu'arrivent les bonnes nouvelles. Ainsi, juste avant notre intervention à la villa Méditerranée, le livre a eu droit à un bel article de la Marseillaise, sous le titre Trip numérique
Il va encore se passer une ou deux choses (ou peut-être davantage, encore, qui sait ?) ces prochains temps. En attendant, nous étions donc hier, Pierre Ménard, Pascal Jourdana et moi à Marseille pour parler du livre, dire quelques mots de la genèse, des modalités d'écriture, évoquer également le travail de Roxane Lecomte et Jiminy Panoz pour parvenir au résultat final. 



















Le temps était très doux, l'écoute belle. Sans l'avoir prémédité j'ai parlé à un moment de ce qui est peut-être le plus complexe dans ce que j'ai écrit mais me tient le plus à coeur (j'y reviens, oui) : l'adresse en parallèle à plusieurs tu dont le lecteur ne sait au juste s'ils représentent des hommes, des auteurs, des textes, des paysages. Dans le texte, j'ai posé quelques balises. Ainsi, quand je parle à Pierre Ménard, qui est l'un de ces tu, c'est très clair. Mais ce n'est pas toujours ainsi, loin de là. 
(s'adresser à Pierre Ménard est-ce bien clair, nonobstant ?!)

Une petite voix continue de me dire : tu perds ton lecteur. Une autre lui répond : Je m'en fous. Une troisième intervient, qui dit : je ne m'en fous pas, non, mais ne veux pas aplanir, simplifier à l'extrême. C'est cette complexité qui m'intéresse. A qui je m'adresse quand j'écris ? A personne ? A quelqu'un à qui j'ai un message à faire passer ? (non : si c'est ça je lui envoie un mail) A quelqu'un que je réinvente, qui se met à prendre plusieurs formes ? A plusieurs qui deviennent un ? A ce qui m'accompagne, me bouscule, me pose question ? 

En montant au panier, en allant à la gare, en traversant la friche, en n'ayant pas le temps de revoir le parc Longchamp, Marseille me renvoyait la balle, me disant : tu ne t'occupes pas de moi. Pas assez. Mais tu es là, à l'angle, en embuscade, patience ça va venir répondais-je. Tout cela dans ma tête, dans la marche, en parlant, racontant autre chose, en notant les transformations des façades, les graphes restés en place, les fenêtres nouvelles de la Marelle. 



















C'était doux  il faisait beau. Nous nous sentions compris.

mardi 11 novembre 2014

LVIR #7

Ca commence à s'agiter du côté de Marseille, pour Laisse venir : avec Pierre Ménard, nous allons présenter le livre le dimanche 23 novembre à 15h, lors du festival Image de ville, à la villa Méditerranée. A cette occasion, Esther Salmona et Pascal Jourdana, qui animent Espace fine sur Radio Grenouille, vont nous consacrer une émission. Davantage qu'une nouvelle émission littéraire, Espace fine est une proposition de création radiophonique est-il précisé sur le site et j'ai donc hâte de savoir ce que cela va donner ! 
... D'autant que j'ai déjà entendu Esther lire ses textes et m'en souviens bien. Ce fut lors de la soirée consacrée à la revue d'ici là que Pierre avait organisée en mars 2010 à l'espace Château Landon. En suivant ce lien, on peut en retrouver des extraits en vidéo  : lectures d'Esther, donc, mais aussi d'Arnaud Maïsetti, de Mathieu Brosseau et de Joachim Séné (de mon côté, j'avais lu un oloé).




J'ai pratiquement toujours participé à la revue d'ici là, n'ai "raté" que le numéro 4, et suis évidemment triste d'apprendre qu'elle s'arrête, ainsi que Pierre l'a annoncé hier, même si je comprends fort bien ses arguments. Il y eut ces numéros, cette soirée à Château Landon ou encore les lectures que nous avions faites avec Joachim au salon de la revue pour la présenter, il y a trois ans : des textes de Michel Brosseau, Joachim, Claude Favre, Anne-Marie Garat, Jérôme Orsoni, François Bon, Christine Jeanney, Pierre, Martine SonnetMaryse Hache, Christophe Grossi et même un extrait de Dita Kepler. Je tape ces noms, je retrouve ces liens et me dis : c'est fou ce que nous aurons mis en ligne de "contenu", pour reprendre le mot chéri de la ministre, en quelques années...
(et je me souviens de Maryse, qui était venue nous écouter)
















D'ici la fin de d'ici là (encore un numéro à paraître) il y a, il y aura d'autres choses à venir, ou déjà arrivées. Ainsi, depuis quelques jours, peut-on trouver en librairie le (disons-le) parfaitement jouissif  livre de Juliette Mezenc, Elles en chambre, paru aux éditions de l'Attente après une première apparition chez D-Fiction. En référence, bien sûr, à Virginia Woolf, Juliette nous fait visiter les chambres d'écriture d'un certain nombre d'écrivaines, dont Nathalie Sarraute et Hélène Bessette. Elle nous a également demandées, à Cécile Portier, Liliane Giraudon, Marie CosnayChristine Jeanney, Emmanuelle Pagano et moi, d'écrire un court texte sur le sujet, inséré à la fin du livre. Je suis extrêmement heureuse et fière de cette invitation. Par pur plaisir et pour prolonger la lecture, j'enregistre d'ailleurs en ce moment, avec l'accord de tous, des extraits de Elles en chambre sur Bobler (mon nouveau joujou). Voici les liens qui mènent vers :
les premières lignes du livre
un passage moqueur sur les romans de Danielle Steel
le bistrot de Nathalie Sarraute
Hélène Bessette, ou l'urgence d'écrire



















Avant de conclure (j'ai fait long, et si vous cliquez sur tous les liens vous ne risquez pas de vous ennuyer avant un moment !), dire encore que sur les photos qui illustrent ce post on peut voir des papiers poncés de Régis Perray, photos prises à la galerie Gourvennec Ogor, à Marseille, où j'étais venue faire une lecture en compagnie de Delphine Bretesché. Rien d'étonnant à ce que je les utilise ce soir pour cet article : elles me rappellent la ville, bien sûr, mais aussi Dita Kepler (j'avais lu un extrait d'Anarmarseilles, incluant la phrase qui ouvre Ile ronde) et même le journal du Blanc, mais oui, sur lequel je retravaille hors ligne ces jours-ci et qui mentionne cette soirée.
Tout comme je ne peux pas terminer ces lignes sans mentionner ce qui fait ma joie ces jours-ci : le site de Virginie Gautier, qui est à son tour en résidence au bord du lac de Grand-Lieu et nous en donne des nouvelles quotidiennement...

vendredi 24 octobre 2014

LVIR #4

Plus court, plus court, ce quatrième épisode !
Où je demande des adresses pour l'envoi des services de presse. 
Où je songe que Ile ronde = numérique + nature + légende + dialogues de théâtre en pensant que peut-être aucun de ces "milieux" n'y trouvera son compte... 



















ou peut-être que si ? Comment savoir ?
Je songe à une discussion que j'ai eue hier après-midi avec une éditrice qui n'a pas pris Décor Daguerre car elle publie des romans qui suivent davantage "un seul fil", mais m'a confirmé ce que je pensais : ce n'est pas ma voie, de toute façon. Ma voie est dans cette sorte de prolifération ordonnée. Je trouve que la photo ci-dessus résume assez bien la situation.

Dans le métro, je note quelques phrases, début d'un projet en cours qui n'est pas le même que le livre que j'ai commencé à écrire. Ni le texte sur Londres. Il faudrait encore faire un mail collectif, pour Ile ronde... Et pour Laisse venir ? Que peut-il se passer de plus en attendant le 23 novembre, date de présentation marseillaise à la villa Méditerranée ?
Les phrases du métro me reviennent en tête...
Ah, c'est sans fin.

mardi 14 octobre 2014

entre

Entre deux livres, donc, celui qui sort en numérique, celui ne paraît pas encore mais très bientôt (neuf jours),
entre Marseille et Nantes, la villa La Marelle et le château de la Sénaigerie,
entre la ville et le lac, l'anamorphose et la scission (états divers de Dita Kepler),
entre le voyage virtuel par Street view (Laisse venir) et dans les airs (Ile ronde),
entre les deux il y a encore la rue Daguerre qui serpente (pourtant droite), Londres en début d'année (peut-être peut-être pas) et l'éternelle question comment gagner sa vie trouver l'équilibre mystère.
La sortie d'un livre c'est toujours des vertiges.



















Je me disais en travaillant pour la lecture à la Montagne que Laisse venir et Des Oloé avaient des points communs : ces vertiges-là y sont. On m'a fait remarquer après la lecture à Bouaye (Ile ronde) que décidément j'aimais bien les géants, les avions et les faire parler : oui. Entre tout cela il y a ce que raconte Décor Daguerre. Un instinct me pousse à croire que le point de jonction est là, mais il me faut du temps pour le comprendre, l'expliquer : je ne saurais en dire davantage pour l'instant.

Sans doute est-ce à cet endroit, là, précisément, que s'en vient jouer la publication - je veux parler de ce que ça transforme en soi, dans le texte et d'un texte à l'autre. Ce sont trois choses différentes mais soudées : une publication modifie quelque chose à l'existence, bien sûr, ne serait-ce que par les rencontres, les déplacements qu'elle provoque (par publication, alors, j'entends aussi celle sur blog. Et je m'en vais à l'instant cliquer sur "Publier", bouton orange et blanc). Elle change évidemment le texte, même à peine, que ce soit avant (les corrections, les remarques des éditeurs) ou après (je me souviens de qui avait vu dans Fenêtres une fenêtre qui n'y était pas). Quand on en est à plusieurs livres, voilà que ceux d'avant se retrouvent modifiés par celui qui les suit (je vais mettre des géants et des avions partout, maintenant ?).



















Quelque chose me pousse à croire que ce qui lie l'appel du vide à l'envol, le silence au bruit, la forêt à la ville, le souvenir au rêve, etc, toutes choses présentes dans mes derniers livres, se trouve dans Décor Daguerre, oui.
Peut-être est-ce simplement parce qu'il est inédit ?

mercredi 1 octobre 2014

quelques déplacements

Sans atteindre les milliers de kilomètres avalés par mon camarade Thierry Beinstingel, quelques voyages sont à nouveau prévus ces jours-ci. Laisse venir étant donc paru aujourd'hui, pourquoi ne pas utiliser street view pour les annoncer ?

Tout d'abord, ce sera Liré, patrie de Joachim du Bellay, demain et après-demain. Le festival Festi'malles reçoit dans le château de la Turmelière. Mais il est bien caché aux yeux de la street car, on dirait.











J'y parlerai écriture et numérique (pecha kucha du matin, consacré aux questions qui me traversent plutôt qu'à une présentation de mon travail) et animerai l'après-midi un atelier d'écriture à partir de... Street view, encore, les choses sont bien faites !
La semaine suivante, on s'approchera de Nantes, puisque le vendredi 9 Joachim Séné et moi sommes invités à La Montagne, au bar de l'ALM, situé 45 de la rue Violin que voici : 










Ce sera à 20h, les fenêtres seront ouvertes et c'est l'association La Décodeuse, qui nous avait vus et écoutés à la médiathèque de Rezé, qui nous invite. Joachim lira son Je ne me souviens pas et, comme nous l'avons déjà fait, projettera ensuite du texte sur écran tandis que je proposerai un montage inédit de textes, peut-être un mix Oloé / Laisse venir.
Le lendemain, direction Bouaye et le lac de Grand-Lieu, pour une présentation de Ile ronde, déchirure/tempête en avant-première - le livre ne paraît que le 23, autant dire que pour l'instant, je ne l'ai pas encore eu en main. A nouveau, ce sera une lecture à deux (Joachim ayant écrit la voix d'un des "personnages", voilà qui s'imposait) mais très différente. Elle aura lieu à la médiathèque de Bouaye à 20h30. J'aurais pu montrer cette médiathèque. Cependant, on trouve dans le livre le château de la Sénaigerie, avec sa fameuse chambre rose. Sur Street view, cela donne :











un chemin qui ne va pas au-delà.
Dita Kepler y est, n'en doutons pas.













Elle en repartira, car il faut que se termine (dans ma tête, du moins) son séjour la villa La Marelle, si je veux finir d'écrire Anamarseilles. La Marelle devrait le publier l'an prochain dans sa collection Résidences, tout comme (admirez cette belle boucle !) c'est donc le cas avec Laisse venir, disponible à partir d'aujourd'hui dans les principales librairies numériques : iTunes/iBooks, Feedbooks -on le trouve également au format Kindle sur AmazonPour tout savoir, le mieux est de se rendre sur l'article que Pierre Ménard consacre à cette sortie et que voici.
Pierre et moi irons à Marseille, du reste : ce sera le 23 novembre, mais nous en reparlerons.
Un automne d'ouest en est, donc, qui me réjouit d'avance.

vendredi 26 septembre 2014

Laisse venir : à venir le 1er octobre























Laisse venir paraît le 1er octobre prochain aux éditions La Marelle / Le Bec en l'air, dans la collection Résidences. C'est un texte que nous avons écrit, avec Pierre Ménard, il y a déjà deux ans et dont le principe est simple : effectuer en dix étapes un trajet Paris-Marseille, voyage virtuel nécessitant seulement un accès à Google Street view. Je n'y reviens pas cette fois-ci car nous en avons déjà parlé tous deux, que ce soit ici ou sur Liminaire, le site de Pierre. Et surtout, Pierre vient de concocter une très belle vidéo de présentation, que voici :



Ce que j'aimerais plutôt, au moment où le texte est enfin accessible, c'est expliquer comment travaille le temps : celui qu'on passe à effectuer des recherches et à écrire le texte ; les strates de temps que celui-ci contient ; le temps de Street view lui-même ; le temps écoulé depuis la fin de la rédaction (joue-t-il ou non sur la perception qu'on en a ?).













Je ne sais plus combien de temps m'a pris ce texte, très différent de celui de Pierre et plus court que le sien. Ce dont je me souviens, ou plutôt crois me souvenir, c'est de l'avoir écrit dans mon lit, et que la recherche d'images comme la rédaction m'ont semblé longs, denses. Je ne sais plus si j'écrivais sous ou sur ma couette, ou alternativement, ce qui a son importance. Sous la couette : au chaud, encore proche du sommeil, du rêve, un état qui permet de se sentir en sécurité, de pouvoir laisser émerger les souvenirs sans rien qui attaque. Au-dessus : en position semblable, mi-assise, mais déjà plus près du bureau, de la chaise, de l'air frais qui pourrait entrer par la fenêtre, circuler, obliger à se lever. 
Laisser venir les souvenirs : d'enfance, de jeunesse, de fantasmes, de voyages, de vacances, de travail, mais de passé très proche aussi.
Laisser venir des images de la ville qui n'ont rien de commun avec celles des souvenirs. Et même celles de villes où l'on n'a jamais mis les pieds, dont le nom, seul, importe.












(ici à Sète la rue du chant des vagues)

Ecrire, donc, dans le lit et chercher sur Street view à capturer ce qui permettra de faire avancer le texte, de rebondir, de se projeter. Voilà qui prend un temps fou, car que choisir ? Un lieu dont on a l'image exacte en tête, comme ce fut le cas pour Auxerre par exemple (en retrouvant une place où je buvais un café, instant de pause d'un trajet, j'ai eu l'impression d'une incursion directe dans ma mémoire) ? Ou un arpentage permettant de se perdre, de longer des rues jamais vues ? A Sète, j'ai découvert un couple d'amoureux s'embrassant sur un boulevard et je l'ai tout de suite perdu, ne l'ai jamais retrouvé, malgré mes recherches. 
(si ça vous dit, n'hésitez pas : c'était près du port)












(quelque part par là)

Cependant, je n'ai pas seulement convoqué des souvenirs. Je me suis servie des images, mais aussi du présent, celui de l'écriture. A l'époque, même à avoir déjà écrit Décor Lafayette, la parution de Franck m'occupait encore, des mois après. Ou plutôt ce qui m'occupait, c'était l'état d'intensité dans lequel la publication de ce livre m'avait mise : quelque chose de très fort mais aussi d'épuisant. Comment rester à ce niveau-là ? me demandais-je. Et était-ce souhaitable ? Je sentais bien que non mais sans vouloir que ça s'arrête : ce qui s'insinue dans les souvenirs de Laisse venir.












Le présent seul s'en est mêlé, de toute façon : alors que je devais aller parler de Franck à la médiathèque de Saint-Etienne, rencontre qui était prévue depuis l'année précédente, ma grand-mère est morte. Il se trouve que c'était sa ville... Il a fallu, en quelque sorte, faire un double voyage. Ainsi, le brouillage vie / écriture tresse le texte de Laisse venir, lequel est troué, elliptique, oscille entre enfance, jeunesse, fiction et adresse à un tu qui change de nature, représente parfois quelqu'un, parfois un texte, parfois l'auteur du texte. Des pertes de repères qui disent, je crois, ce qui travaille en nous quand nous finissons d'écrire et portons le livre : ce qui traîne encore, ne s'efface pas.



Oui, c'est ça, quelque chose travaille, quelque chose que j'ai d'abord nommé il dans mon chapitre sur Paris - au début du voyage, donc. Il c'est l'autre : le texte, le lieu, le monde, les livres des autres, ceux qui les écrivent et ceux qui nous lisent : tout ce qui déclenche en nous quelque chose de neuf, nous remue, nous fait tanguer. Mais comme c'est abstrait, ce il, difficile à cerner, en écrivant j'en ai fait un tu.













(le tu contenu dans Laisse venir)

Quelque chose demandait à être nommé tout en continuant d'échapper alors j'ai joué sur les pronoms, sur leur ambiguïté : abstraits, interchangeables et pourtant liés à un être, à un objet, à un lieu. Je me souviens : j'ai retravaillé plusieurs fois le passage où j'évoque ce moment de bascule sans jamais pouvoir m'y confronter vraiment, me bagarrer avec. Drôle d'expérience.
C'est que Street view est l'étrangeté même : un miroir soi-disant fidèle du réel - mieux : du réel du monde entier - et c'est conjointement une source de fiction. Ce qu'on voit n'y est plus et nous n'y sommes pas. A jamais ailleurs, à jamais absents.
Street view est le monde sans nous. L'après nous. Et où sont nos traces ?
































Deux ans après, que reste-t-il en moi de ce texte ? Je ne sais pas, je continue de ne pas le savoir tandis que je relis les épreuves, supprime des sauts de ligne, me pose des questions sur les notes en bas de page. Il m'échappe continuellement. J'ai beau le connaître presque par coeur, je ne sais toujours pas d'où il vient, où il va. J'ai suivi le conseil de Pierre, qui a choisi le titre : j'ai laissé venir. J'aurais pu l'écrire autrement, en proposer d'autres versions. Il aurait pu être plus unifié, narratif. Mais non. Il a fallu qu'il vienne comme ça, avec ce qui résistait, ce qui insistait.

Il commence dans le métro, "en vrai", à Paris, se poursuit dans deux villes de banlieue que je confonds, où je ne suis jamais allée (Antony, Asnières). Puis on part en voiture (Auxerre, Dijon, Lyon). Puis dans la petite enfance (Saint-Etienne, Béziers, Valras-Plage). Ensuite on reprend la voiture, on s'arrête à Sète. Enfin, c'est Marseille en train.












On y trouve, de mon côté :
un thé à goût d'huître, des amours secrètes, la villa Arpel, une maison floue, un chocolatier, une bague oubliée, des avions de chasse, un manteau rouge, des chambres d'hôtel, deux oncles, un photomaton, un détour par Rouen, un grand-père qui ne veut pas se baigner, un café sur le port, un masseur dans le train.

Et chez Pierre, par exemple :
Une pile de pont, le passage du Désir, des dolmens, un château, une main tendue, une porte qui claque, le Café des sports, deux salons de coiffure, des platanes, une femme qui regarde dans un télescope, une anecdote sur Carcassonne, un étang d'or, les marches d'un grand escalier...












Tout cela est traversé par le temps de Street view, avec ses saisons, ses années qui diffèrent selon le moment où roule la street car. Et je ne suis pas très étonnée d'avoir choisi, pour illustrer ce post, des captures d'écran qui sont et ne sont pas dans le livre : Laisse venir c'est une sorte de mouvement, extérieur intérieur, intérieur extérieur permanent, doublé par ce qui, du texte de Pierre au mien, du mien vers le sien, se répond, s'éloigne, relance, fait écho.

lundi 8 septembre 2014

Crossroads / 25















Cela fait plusieurs jours que j'ai envie de reprendre cette chronique, sentant bien qu'il y a quelque chose à dire de ces routes croisées que sont les livres parus, écrits, à écrire, les projets en cours. Je la place sous le signe des tissus à fleurs ci-dessus, photographie mirage prise hier : l'un d'entre eux est celui de la robe portée à ce moment-là, les deux autres sont les draps, courtepointes du vrai lit sur lequel j'étais assise, situé dans la vraie chambre d'une maison qui est pourtant un bar, un lieu de passage, oloé potentiel qui brouille les repères : dérange-t-on quand on entre ? Doit-on dire au revoir ? Est-on dans un musée, sur une scène de théâtre, à l'intérieur d'un restaurant ? Situé le long du canal de l'Ourcq le pavillon des canaux, trop peuplé en ce dimanche après-midi, m'a fait fuir, mais il faudra revenir un matin de semaine pour savoir qu'en penser.

Plus tôt, je faisais les cent pas chez moi (c'est ma manière de réfléchir) et je me suis mise à compter le nombre de projets en cours. Je suis arrivée à onze et j'ai commencé à comprendre pourquoi, parfois, je me sens fatiguée, extrêmement concentrée sans pouvoir alors dire sur quoi.












Commençons par ce qui m'est extérieur, travaille sans moi pour le moment : cette photo prise à l'abbaye de Royaumont où, il y a quelques jours, Caroline Grosjean de la compagnie Les Pièces détachées a montré quelques minutes d'une proposition inspirée par mon livre sur les Cowboy Junkies. Le texte était dit, répété en boucle par les comédiens danseurs, d'après ce que j'ai compris en voyant une vidéo. Soudain j'ai entendu, non plus un corps démocratique en vagues vers l'écran, expression qui évoque la foule des spectateurs allongés sur les pelouses de la Villette, lors des projections d'été en plein air, et dont je me souviens avoir mis beaucoup de temps à trouver la forme exacte, mais quelque chose comme un corps chorégraphique...












(la Villette dont est proche le pavillon des canaux, au passage)
(mais bref)

Et c'est drôle comme, sachant depuis le printemps que Caroline allait mener ce travail et que nous allions, l'an prochain, tenter quelque chose ensemble, la danse s'est insinuée dans ce que j'ai écrit à ce moment-là : Ile ronde, dont je ne devrais pas tarder à recevoir les premières épreuves et que je présenterai le 9 octobre prochain à la médiathèque de Bouaye, près de Nantes (et du lac de Grand lieu, bien sûr) en compagnie de Joachim Séné.



















(à l'intérieur de l'île, Mathilde Roux a placé un extrait du texte, projet qui ne devrait pas être celui de la couverture définitive mais comme je lui ai demandé l'autorisation de les montrer tous, aussi, voici, je commence)
Ile ronde sera donc mon prochain livre, sauf que non : ce mois-ci paraîtra enfin Laisse venir dans la collection Résidences de la Marelle. Je pense ces prochains jours écrire ici un petit making of du livre, pour l'occasion, raconter les circonstances, les raisons de ce texte écrit avec Pierre Ménard.
Le lien entre les deux ? Des questions liées à l'intensité, je crois, au désir d'envol. Et puis, d'Est en Ouest, le côté collectif de ces textes, à propos desquels j'ai passé le printemps et l'été à discuter avec Pascal Jourdana, Roxane Lecomte et Pierre d'un côté, Joachim, Mathilde et Arnaud de la Cotte de l'autre, tout en demeurant seule lorsqu'il s'agissait de se confronter à nouveau à l'écriture, comme pour n'importe quel ouvrage. Ce passage de l'un à l'autre, collectif, non collectif, m'a vraiment plu.















Ci-dessus, le balcon déjà montré de la pension Edelweiss, située rue Lafayette à Marseille. Mais il paraît qu'elle va fermer, me dit Pierre...

En attendant la parution (LV) et les épreuves (IR), j'ai repris depuis quelques jours le Journal du Blanc posté ici au printemps, hors ligne et augmenté dans l'idée d'en faire autre chose. Une bascule possible vers le papier m'intéresse, en ce qu'elle transforme le texte, sa forme même et ce qui est dit. Je réfléchis...


(non, j'écris, en fait)
... tout en me demandant toujours comment faire publier Décor Daguerre (j'en suis encore à : "c'est très bien ce que vous écrivez mais trop risqué financièrement", troisième réponse de ce type, quel bel ensemble...).
... tout en imaginant une extension londonienne de mon grand magasin (j'ai envoyé un projet en ce sens à l'Institut français, réponse dans quelques temps)
... tout en attendant de savoir si je vais ou non écrire un roman pour ados (eh oui)
... tout en sachant que Dita Kepler, bien qu'elle se trouve actuellement près du lac de Grand lieu, va bientôt retourner à Marseille, puisque la Marelle devrait accueillir en janvier prochain mes Anamarseilles, qu'il est donc temps de finir !
... tout en cherchant comment gagner ma vie, bien sûr, alors que je travaille, n'ai pas l'impression de chômer.

jeudi 19 juin 2014

laisser venir













sans jamais mais jamais attendre
le temps du oui du non du peut-être du finalement pas
finalement si
laisser venir la vitesse la percussion et l'extrême lenteur
et ce qui ne bouge pas 
mais vraiment pas d'un pouce 

laisser venir ne signifie en rien ne pas agir
c'est même tout le contraire


(Laisse venir quant à lui ne devrait plus tarder)

jeudi 17 avril 2014

Journal du Blanc #15



















Réveillée à 6h, je me réjouis, voilà une journée qui sera pleine (demain c'est voyage, à nouveau, et après-demain aussi) et je me demande par quoi commencer. 
Tout de suite, j'écris mon journal (pas celui-ci) (un rectangle rouge que l'on voit, je crois, en photo de temps à autres sur ce blog) sur la table de la cuisine. J'ai deux jours de retard et comme d'habitude j'écris mal, sans souci de la phrase (graphie illisible des fins de mots, répétitions, arrêts brusques...). Auparavant (ou après ? voilà que déjà  je ne sais plus), marché de long en large dans le logis pour m'expliquer à moi-même ce que j'avais voulu faire en écrivant Laisse venirqui va bientôt paraître.

(ce que j'ai découvert avoir fait, il y a deux ans, va-t-il s'évaporer si je ne l'inscris pas quelque part ? Ici, par exemple ? Mais ce blog doit-il être le dépositaire de ce qui risque, sinon, de s'enfuir ? Bref)

Malgré l'esprit embrumé (au réveil, toujours), ce qui domine pendant l'écriture du journal c'est l'impression de ne faire qu'une chose à la fois. Et c'est un soulagement : celui de se sentir centrée, concentrée, pendant quelques minutes, en recensant ce que j'ai fait de mon début de semaine - en particulier, la relecture active de Laisse venir, justement, conduite par le désir d'une plus grande précision, d'une plus grande netteté de ce qui est dit.

(dans ce texte, j'ai travaillé à partir du changement de pronom, du passage du il au tu, et cela m'occupe, beaucoup. Mais bref, à nouveau)

Ce sentiment de ne faire qu'une chose à la fois s'évapore dès le carnet fermé. Il est encore très tôt mais se bousculent déjà, de la cuisine à la chambre, pourtant calmes, silencieuses, presque vides, un nombre incalculable de choses. Elles envahissent. Elles bombardent, plutôt. Alors je recense (oui, encore), en rangeant les dizaines de livres qui s'y trouvent (ah tiens, les pièces ne sont pas vides, en réalité) :
- le début du livre de Hubert Reeves que j'ai commencé ce matin
- Les Yeux fermés les yeux ouverts de Virginie Gautier que j'ai repris à l'instant, trouvant que je n'étais pas assez concentrée la première fois - et c'est précisément parce que, tout en désirant entièrement le lire, le lire en entier ce matin, je me sens envahie par autre chose, que je commence à repérer cet envahissement
- ce billet de blog, auquel alors je commence à penser
- l'idée que je ferais mieux de l'écrire au lieu de le penser, sinon je ne m'en sortirai pas
- tous les livres du prix Chapitre nature que j'ai à lire et que j'ai classés sur mon lit (envie de le lire / pas envie / envie et pourrait me servir pour le mien / trop lourd à porter pour le ramener à Paris cette fois / oui mais quand même...)
- les mails qu'il faut que j'envoie
- l'organisation des jours à venir
- tout ce qui concerne ce que j'écris dans le journal rouge et pas ici
- l'inconfort d'écrire je ici, dans le journal du Blanc (encore une histoire de pronom... pourtant comment faire autrement, ces jours-ci ?)
- toutes les parenthèses qui ponctuent ce billet
- et, bien entendu, L'île ronde, texte dont j'ai depuis hier les dates de rendu.

(et d'autres choses encore, mais le temps d'y penser l'ordinateur bugue, la pensée s'enfuit, je colorie en attendant)

*

photo : Intérieur, de Thomas Clerc, pris à l'extérieur du logis

samedi 1 février 2014

Crossroads / 23
















C'est le moment où tout est en suspens. Il faudrait imprimer ce texte pour savoir enfin si ça tient (un tiers tient, oui, à mon goût, mais les deux autres tiers m'aveuglent pour le moment) (je parle de Décor Daguerre). Il faudrait faire trois tas par terre, ou soixante-quinze, passer à l'horizontale et rebattre les cartes ou mais voilà l'imprimante ne fonctionne plus. 
C'est le moment où il n'est plus question de création, où trouver un peu de distance. Cependant il y a déjà un autre texte à écrire (je parle de celui du lac). Cependant il y en a un à publier (Laisse venir, avec Pierre Ménard). Cependant il y en a un à relire, à augmenter (Autour de Franck). Cependant il y en a un qui n'est pas terminé mais dont le début va paraître en revue (Anamarseilles). Cependant il y en a un qui cherche à se faire traduire (Des Oloé. Je n'ai pas de nouvelles pour l'instant). Cependant il y en a un dont on me propose d'écrire le making off (Décor Lafayette). 
Cependant...

chercher si possible une imprimante amie aujourd'hui
c'est très simple tout simple rien de plus
pourquoi en faire un billet ?

(la photo a été prise à Saint-Ouen, autre projet d'écriture)