l'horloge de la gare de Chartres

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samedi 6 février 2016

une semaine à l'hôtel



















Il y aura donc eu, dans la ville du Blanc, une chambre d'hôtel pour m'accueillir du dimanche au vendredi, une chambre sur rue dont la fenêtre donnait sur la boutique d'un opticien et la porte sur le couloir menant de la réception à la salle du petit déjeuner. 
Bruits de circulation jusqu'à 21 heures, peut-être, reprenant tôt. 
Rares pas au-dessus de la tête.
Longues discussions, parfois, du patron dans le couloir. 
Un seule apparition du chien de la patronne, qui ne vit que par et pour elle.

Une chambre deux étoiles avec lit à couette blanche, énigmatique chauffage, énigmatique lampe au-dessus du lit commandée tout spécialement au fabricant pour ne pas, chaque fois qu'on l'allume, abîmer le papier peint par frottement d'un cordon. Conçue, donc, pour cacher son interrupteur de façon si habile que les clients la croient cassée, ce qui oblige au patron à renouveler sans cesse ses explications (il explique aussi le chauffage. Je crois que ça lui plaît). 















Une chambre avec wifi obtenu grâce à l'obtention de deux tickets simultanés à la réception (Un par appareil. "Vous avez combien d'appareils ? Euh, trois, mais deux ça ira très bien") pour une durée de cinq jours. Le sixième jour, ça fonctionnait encore, j'ai pu terminer sur Facebook la petite extension au Journal du Blanc appelée #viedelhôtel que je copie ici, agrémentée de commentaires en italiques : 

Lundi. L'enseigne rouge en forme de lunettes de l'opticien clignote (vue de la fenêtre). Ça s'agite dans le couloir (entendu par la porte). Après six heures d'atelier au lycée du Blanc sur le fait divers, je voulais écrire la vie d'une semaine à l'hôtel, développer un peu sur mon blog mais pff, la voilà ici en trois lignes...
(demain, peut-être ?)

(voeu pieu)

22h. Parfois plus aucune voiture ne passe. Nous devons être deux clients. Que faire de ces moments de pur silence ? J'essaye de comprendre le fonctionnement du chauffage (mode jour, mode nuit, reste froid : parce qu'il ne fait pas froid ?)


Mardi. 21h. Le patron fait la conversation dans le couloir. Le temps de l'écrire on entend des pas qui s'éloignent. Le chauffage fonctionne (le patron a montré comment s'en servir après avoir vu traîner une couverture sur le lit). Discret pique-nique dans la chambre. Y a-t-il un autre client dans l'hôtel ? Un bruit d'eau incite à penser que oui, finalement. Dehors, Le Blanc la nuit : raréfaction de la circulation.

(seconde journée d'ateliers, donc : après avoir fait intervenir hier des personnages secondaires, censés éclairer le passé d'un père qui a enlevé son enfant et l'a séquestré pendant trois ans, d'une mère qui n'a mystérieusement pas porté plainte avant plusieurs mois, avec les élèves nous sommes entrés dans l'appartement où l'enfant a été retrouvé)

 













Mercredi. 8h. Unique cliente au petit-déjeuner. Hier, soir il est tombé des cordes : conversation avec le patron, qui part ce matin et s'inquiète du moment où faire la chambre. Bah, ne pas la faire, telle est ma réponse. Mercredi : c'est jour off pour tout le monde.

17h. Du bar du théâtre qui jouxte l'hôtel du même nom (pas de théâtre, une télé qui diffuse des courses de chevaux, une photo géante du Café des amateurs, à Barbès, au mur) (téléphone : Nord 23-92) j'écris à Maria, ma lectrice slovaque.

(entre temps j'ai fait un tour dans la ville haute. Cf mon article précédent)

18h. Sortant de la maison de la presse (achat de timbres pour la Slovaquie), laquelle m'apprend comme toujours les potins qui comptent (Renaud rajeunit grâce à la chirurgie esthétique), je découvre au bout de la rue un camion de pompiers qui clignote. Le bout de la rue, c'est celui de mon carré-rectangle : logis du gardien / cinéma / palais de justice / Institut de beauté qui fait aussi hôtellerie. J'avise le gendarme qui barre la route : fuite de gaz à Secrets de Brenne ! (J'aurais dû dormir là, au départ). Le gendarme n'est pas affolé du tout. Je repars poster ma carte pour Maria.

(diable, n'a-t-on pas frôlé le fait divers : si j'avais préféré Secrets de Brenne à l'hôtel, ne serais-je pas morte asphyxiée ?)

20h. Drame : le restaurant thaï est fermé. Pique-nique en chambre, suite (car le restaurant thaï est le seul restaurant)

(on le voit : le drame, comme la vérité, est ailleurs)



















Jeudi. 8h. Avant-dernier petit-déjeuner à l'hôtel. Dans la salle, au petit comptoir derrière lequel se trouvent les théières et tout le reste, deux femmes (des amies, pas des clientes) discutent avec la serveuse, parfois tout bas. Pour que je n'écoute pas ? On voit ici que je n'ai rien suivi, rien noté, rien retenu.

(juré)

16h28. Dans l'hôtel déserté (souvenez-vous, le patron est parti), munie de ma tasse personnelle et d'un sachet de thé, je pars en quête d'eau chaude. Objectif suivant : récupérer un nouveau code wifi, le mien arrivant bientôt à expiration - le patron, dimanche soir, a appuyé sur une sorte de machine enregistreuse qui a craché un ticket, lequel n'est valable que cinq jours (Rappel : il y a deux jours, j'ai détraqué le chauffage).

16h38. Humiliée par la bouilloire découverte derrière le comptoir de la salle du petit déjeuner, laquelle refuse de bouillir quoi que ce soit.

16h44. Un grincement à l'étage du dessous. Je ne suis donc pas le seul être vivant de cet immeuble.

17h19. Tout s'arrange. Des voix dans le couloir. La bouilloire est effectivement en panne, je n'ai rien cassé. Code wifi ok. Ce journal de la vie de l'hôtel pourra donc se conclure comme prévu demain matin.

23h10. Télé : Gillian Anderson dans The Fall. Dernière nuit à l'hôtel. Demain, l'atelier débute une heure plus tard que d'habitude. Aujourd'hui, on a commencé à toucher au coeur du fait divers - et je me demande : est-ce bien raisonnable de regarder The Fall à cette heure ? (un serial killer jeune papa, etc.)

(rentrée à Paris, je réalise que cet épisode, devant lequel je me suis endormie, est le premier de la deuxième saison de la série, que j'attendais de voir depuis des mois)

   

















Vendredi. 8h33. Bye bye l'hôtel. Pour avoir la suite du feuilleton, il faut m'inviter, maintenant ! (Lectures, conférences, projections, ateliers, que sais-je... raconter des histoires horrifiques aux lycéens, faire des photos de la ville, tout ça... N'hésitez pas)

(et en effet, n'hésitez pas : je cherche vraiment à renouveler l'expérience. Découvrir des lieux nouveaux, se sentir bien accueillie et comprise, c'est déjà très beau. Ici, au Blanc, c'est de compagnonnage qu'il s'agit maintenant, puisque je reviens régulièrement. J'ai eu la grande joie de retrouver des élèves que j'avais déjà eus en atelier, de travailler avec les mêmes enseignants. Arriver, poser ses valises, parler de son travail ou de celui des autres, lire, faire écrire, c'est bien. Mais revenir, tisser des liens, partager des souvenirs... Une confiance réciproque naît, je crois, qui nous porte, nous fait avancer. Grand merci à tous, donc, et j'espère à bientôt)

jeudi 20 novembre 2014

LVIR #8

Il y a des jours où je me dis qu'il vaut mieux aller nager qu'entamer ce billet de blog énervée ou inquiète, et j'espère que pendant les longueurs une ou deux choses vont s'arranger. Parfois ça arrive. Alors je ne poste ici que ce qui avance, permet d'avancer, faisant abstraction du reste, pourtant présent bien sûr. 
Ai-je raison ou tort ? 

Ciel ? Terre ? Jouer à la Marelle, lancer un caillou, sauter par-dessus les cases ?



Après quelques brasses arrive par Twitter ce lien d'un universitaire de Montréal, Marcello Vitali-Rosati vers un article qu'il consacre à Laisse venir. Il y est écrit : La Littérature ouvre une voie/un passage afin de structurer le monde. Si Google maps est un outil qui risque de devenir la structure architecturale de notre monde (la seule, la vraie), la littérature est un geste de réappropriation : l'écriture de Pierre Ménard et d'Anne Savelli produit autrement l'espace entre Paris et Marseille, de sorte que Google ne soit pas le seul à le structurer. Car l'espace est une série de relations entre objets, des relations que nous créons en habitant cet espace même. Et l'écriture est justement une production de relations. 
Ou encore, à la fin du billet : La rencontre avec les autres et la superposition de plusieurs voix est très présente dans les textes d’Anne Savelli. Une fusion de voix, un texte multiple, un je qui devient tu, un parler qui devient laisser parler. 

Comme d'autres, je m'inquiète de savoir ce qu'on peut comprendre de mes derniers textes - et des prochains, nécessairement. Ce "laisser parler" que Marcello Vitali-Rosati perçoit, à l'oeuvre dans Laisse venir en effet, je suis heureuse qu'il le remarque : alors que j'aurais pu me contenter de décrire des souvenirs ou d'effectuer un tracé logique d'une ville à l'autre, j'ai voulu tenter autre chose, laisser le présent de l'écriture, ses obsessions, ses distorsions traverser le texte. Je n'ai pas pu faire autrement, d'ailleurs : des strates composaient le voyage, de temps mais aussi des mouvements intérieurs, des tiraillements, des questionnements dont je voulais restituer le niveau de complexité. Qui me parle, au moment où j'écris ? Comment agissent les livres lus, la vie personnelle, la déambulation dans Street view, la fiction que les images proposent, les réminiscences, les oublis ? Que faire des réflexions que je peux mener de mon côté sur le personnage ou le décor dès lors qu'elles tapent à la porte, s'invitent dans le texte, insistent ? Faut-il les écarter pour ne suivre qu'un fil ? Et lequel ? Peut-on, dans ce type de projet, ne suivre qu'un fil ? Est-ce intéressant ? Et comment Laisse venir traverse-t-il, de son côté, le présent de l'écriture ? Elles se sont imposées, ces strates, sont devenues le véritable cheminement. Faire virtuellement le trajet Paris-Marseille, si virtuel signifie "qui n'est qu'en puissance, qu'en état de simple possibilité" et/ou "qui comporte en soi-même les conditions de sa réalisation : potentiel, possible" (définitions du Larousse) c'est s'ouvrir à tout ce qui peut constituer le voyage, oui.

Nage en ligne droite pour écrits sinueux, n'est-ce pas ?
















Auparavant, avant la piscine où j'ai tenté de noyer les inquiétudes sur la vie matérielle de mes livres (et la mienne), avant la découverte de l'article également, j'ai fait quelque chose qui m'a procuré une très grande joie : j'ai terminé la relecture du Journal du Blanc, version papier des articles que j'avais postés ici au printemps, texte augmenté, retravaillé, et je l'ai envoyé à une première lectrice qui se reconnaîtra.
On passe des semaines, des mois, parfois des années sur un texte et brusquement, voilà, on s'en délivre. On fait place nette. Bien sûr rien n'est jamais fini, et même publié un texte ne se laisse pas oublier. Mais il y a un instant (ici, une minute), de légèreté, de douceur, avant les questions, voire les doutes.
Ce qui m'a inquiété, dans le JdB, contrairement à Laisse venir et à Ile ronde, c'est la trop grande facilité avec laquelle il est arrivé jusqu'à moi : jamais contente, n'est-ce pas ?! Il n'est effectivement pas très compliqué : j'y raconte surtout ce que je fabrique au logis du gardien du palais de justice du Blanc, c'est-à-dire lire, écrire, traverser les pièces une tasse de café à la main en me demandant ce que je fabrique, attendre la BOX, faire des photos, colorier les sets de table du café du Centre, animer des ateliers au lycée, aller voir le coucher de soleil. Passer des articles postés ici, avec liens et photos, à un texte "papier" qui les introduit, les précise, a modifié quelque chose cependant : le statut de ce qui n'est pas dit. 
Mais j'y reviendrai, peut-être...

lundi 8 septembre 2014

Crossroads / 25















Cela fait plusieurs jours que j'ai envie de reprendre cette chronique, sentant bien qu'il y a quelque chose à dire de ces routes croisées que sont les livres parus, écrits, à écrire, les projets en cours. Je la place sous le signe des tissus à fleurs ci-dessus, photographie mirage prise hier : l'un d'entre eux est celui de la robe portée à ce moment-là, les deux autres sont les draps, courtepointes du vrai lit sur lequel j'étais assise, situé dans la vraie chambre d'une maison qui est pourtant un bar, un lieu de passage, oloé potentiel qui brouille les repères : dérange-t-on quand on entre ? Doit-on dire au revoir ? Est-on dans un musée, sur une scène de théâtre, à l'intérieur d'un restaurant ? Situé le long du canal de l'Ourcq le pavillon des canaux, trop peuplé en ce dimanche après-midi, m'a fait fuir, mais il faudra revenir un matin de semaine pour savoir qu'en penser.

Plus tôt, je faisais les cent pas chez moi (c'est ma manière de réfléchir) et je me suis mise à compter le nombre de projets en cours. Je suis arrivée à onze et j'ai commencé à comprendre pourquoi, parfois, je me sens fatiguée, extrêmement concentrée sans pouvoir alors dire sur quoi.












Commençons par ce qui m'est extérieur, travaille sans moi pour le moment : cette photo prise à l'abbaye de Royaumont où, il y a quelques jours, Caroline Grosjean de la compagnie Les Pièces détachées a montré quelques minutes d'une proposition inspirée par mon livre sur les Cowboy Junkies. Le texte était dit, répété en boucle par les comédiens danseurs, d'après ce que j'ai compris en voyant une vidéo. Soudain j'ai entendu, non plus un corps démocratique en vagues vers l'écran, expression qui évoque la foule des spectateurs allongés sur les pelouses de la Villette, lors des projections d'été en plein air, et dont je me souviens avoir mis beaucoup de temps à trouver la forme exacte, mais quelque chose comme un corps chorégraphique...












(la Villette dont est proche le pavillon des canaux, au passage)
(mais bref)

Et c'est drôle comme, sachant depuis le printemps que Caroline allait mener ce travail et que nous allions, l'an prochain, tenter quelque chose ensemble, la danse s'est insinuée dans ce que j'ai écrit à ce moment-là : Ile ronde, dont je ne devrais pas tarder à recevoir les premières épreuves et que je présenterai le 9 octobre prochain à la médiathèque de Bouaye, près de Nantes (et du lac de Grand lieu, bien sûr) en compagnie de Joachim Séné.



















(à l'intérieur de l'île, Mathilde Roux a placé un extrait du texte, projet qui ne devrait pas être celui de la couverture définitive mais comme je lui ai demandé l'autorisation de les montrer tous, aussi, voici, je commence)
Ile ronde sera donc mon prochain livre, sauf que non : ce mois-ci paraîtra enfin Laisse venir dans la collection Résidences de la Marelle. Je pense ces prochains jours écrire ici un petit making of du livre, pour l'occasion, raconter les circonstances, les raisons de ce texte écrit avec Pierre Ménard.
Le lien entre les deux ? Des questions liées à l'intensité, je crois, au désir d'envol. Et puis, d'Est en Ouest, le côté collectif de ces textes, à propos desquels j'ai passé le printemps et l'été à discuter avec Pascal Jourdana, Roxane Lecomte et Pierre d'un côté, Joachim, Mathilde et Arnaud de la Cotte de l'autre, tout en demeurant seule lorsqu'il s'agissait de se confronter à nouveau à l'écriture, comme pour n'importe quel ouvrage. Ce passage de l'un à l'autre, collectif, non collectif, m'a vraiment plu.















Ci-dessus, le balcon déjà montré de la pension Edelweiss, située rue Lafayette à Marseille. Mais il paraît qu'elle va fermer, me dit Pierre...

En attendant la parution (LV) et les épreuves (IR), j'ai repris depuis quelques jours le Journal du Blanc posté ici au printemps, hors ligne et augmenté dans l'idée d'en faire autre chose. Une bascule possible vers le papier m'intéresse, en ce qu'elle transforme le texte, sa forme même et ce qui est dit. Je réfléchis...


(non, j'écris, en fait)
... tout en me demandant toujours comment faire publier Décor Daguerre (j'en suis encore à : "c'est très bien ce que vous écrivez mais trop risqué financièrement", troisième réponse de ce type, quel bel ensemble...).
... tout en imaginant une extension londonienne de mon grand magasin (j'ai envoyé un projet en ce sens à l'Institut français, réponse dans quelques temps)
... tout en attendant de savoir si je vais ou non écrire un roman pour ados (eh oui)
... tout en sachant que Dita Kepler, bien qu'elle se trouve actuellement près du lac de Grand lieu, va bientôt retourner à Marseille, puisque la Marelle devrait accueillir en janvier prochain mes Anamarseilles, qu'il est donc temps de finir !
... tout en cherchant comment gagner ma vie, bien sûr, alors que je travaille, n'ai pas l'impression de chômer.

samedi 31 mai 2014

Journal du Blanc #24 et #25















Pas pu écrire, hier, trop à faire, répéter avec Joachim Séné, se rendre au moulin de la filature vérifier que tout fonctionnait (non, puis si), y retourner faire notre lecture en deux temps (par lui  : un Je ne me souviens pas avec diaporama et choeur dont il reparlera sûrement / par moi : une lecture croisée de son prochain livre, Village, et du mien, Décor Daguerre, avec improvisation de texte à l'écran de sa part, comme nous l'avions essayé à Rezé pour Dita Kepler. Il y eut aussi la remise du prix Chapitre Nature aux 68 livres... Et je n'ai pas eu le temps de raconter non plus comment la veille il s'est mis à pleuvoir à l'exact moment où nous répétions, avec Jean-Marc Montera (en plein air, bien sûr), ni comment nous nous sommes réfugiés dans une salle à côté et avons effectué notre lecture quand même, ni que c'était un montage inédit de Décor Lafayette, croisement de l'escalator et du quai de métro avec chant de mendiante ; ni la salle remplie, les chaises vite essuyées, la version acoustique, le soleil retrouvé depuis

ni les stands ni les sculptures dans les rues ni le groupe gitan entonnant un ave maria ni le restaurant thaï délicieux sans enseigne ni l'envolée des draps séchant sur la pelouse du palais de justice ni la dame venue à la fin de la lecture dire qu'elle avait aimé ni cette autre précisant qu'elle avait fermé les yeux ni la chemise prêtée pour remplacer le pull parce qu'il faisait trop chaud sur scène ni les carnets de coloriage offerts ni le café du centre où se retrouver six fois par jour ni la vitrine de la librairie avec tous nos livres même ceux dont on ne parle jamais ni les croquets aux noisettes en droit fil de l'enfance ni le nom de la bière dont je ne me souviens plus ni

A 18h la comédienne Pascale Chatiron lit des extraits de Franck. Ma résidence touche à sa fin, il y a mille choses à penser. Mais tout de même, prendre le temps de dire que









































il y a une heure à peine
il y eut
une balade proposée autour de l'étang de la mer rouge à quelques kilomètres de là
en voiture retomber sur ses pattes connaître les rues du Blanc zigzag pour sortir droite gauche gauche gauche gauche
on manque de sorciers, de sorcières, dans le pays alors que le pays de Brenne est pays de sorciers
me dit-on
au loin entre deux champs
(forêts vaches)
le centre de transmission de la marine
forêt de mats, de navires translucides dont on aurait ôté les voiles
longs fils qui retransmettent ce que les marins se crient

puis l'étang de la mer rouge
deux milles grues y nichent
un arbre qui à lui seul vaut le détour

puis à la toute fin le héron qui se pose sur une branche qu'on ne voit pas
cachée par ce qui fait au bord de l'eau buisson
pattes et ailes
leurs articulations à mi-hauteur du ciel
de l'eau
reflétées par l'étang prolongées par le nuage
tandis qu'un autre oiseau fouraille sur la rive comme s'il faisait
(dit quelqu'un)
le ménage
l'un après l'autre s'envolent

et à la fin encore près de la route un cygne qui plonge tête et cou jusqu'à ne plus ressembler lui-même qu'à un nuage
ramassé
épais
long

jeudi 29 mai 2014

Journal du Blanc #23



















rectangle noir et blanc sur fond de rectangle blanc et noir

ce soir 22 heures en plein air
Décor Lafayette remixé

(et il y a un photomaton moderne à Chapitre nature, donc)

mercredi 28 mai 2014

Journal du Blanc #22















Le festival va commencer et voilà, ça tourbillonne, Le Blanc s'anime et la géométrie commence à perdre de sa rigueur.




























A terre, quelques rectangles blancs, cependant...



































Je me dis que ça y est, avant de n'avoir plus du tout le temps d'écrire ici, je vais dévoiler le quatrième côté de mon rectangle. 
Aussi : 
Premier angle : le logis (collé à la gendarmerie) et le palais de justice
Deuxième angle, en face : Emmaüs (achat du blouson que je porte aujourd'hui, d'un pull rouge que je n'ai pas mis, découverte d'une collection des Heïdi de mon enfance) 
Troisième angle, longeant le palais : le cinéma. Y ai vu deux films, Un beau dimanche de Nicole Garcia et Ida de Pawel Pawlikowski.
Quatrième angle, enfin, face au cinéma... (attention, roulements de tambours !)
Secrets de Brenne.
Comment ?
Secrets de Brenne, oui, où je suis entrée pour la première fois aujourd'hui. Je n'en dirai pas davantage ce soir mais voici, sans montrer la façade, ce qui se trouve derrière (cour qu'on ne pouvait imaginer) : 














Quel est cet endroit ? Un lieu où, si l'on en croit la devanture, on peut faire beaucoup de choses... Suite au prochain épisode - mais j'ai testé la balancelle.

*

(les livres ci-dessus sont ceux du prix Chapitre Nature au moment de la délibération, ce matin)

mardi 27 mai 2014

Journal du Blanc #21

De la journée elle-même, je n'ai pas grand chose à raconter : des heures non-stop à reprendre, seule, cette lecture avec Jean-Marc programmée jeudi soir ; à relire à voix haute trois, quatre fois de suite, tout l'ensemble (je me demande parfois si mes voisins de la gendarmerie, collée au logis, m'entendent...). A pinailler sur une virgule. A couper, à croiser ; écrire des transitions qui finissent par devenir un texte. A enregistrer et corriger encore.

(je crois que je la tiens maintenant cette lecture, en entier, mais j'attends demain pour savoir
(et puis non, je rouvre le document et je relis encore...)

Bref, vivement que Jean-Marc arrive - demain. J'en dirai alors davantage sur ce qu'on va faire, proposition différente de celle de la dernière fois, à Bouaye, pourtant liée à elle.
(comme pour l'instant il ne sait rien, je me tais)

De la journée elle-même, il n'y a rien à dire... Jusqu'à 18 heures. 















A 18 heures je suis sortie de ma tête pour rejoindre les élèves du lycée Louis Pasteur rencontrés lors d'ateliers d'écriture faisant suite à ceux d' Israel Ariño, le photographe qui m'a précédée en résidence - Pierre Ménard évoque son travail au Blanc dans un de ses derniers articles.

A 18 heures, invitée au vernissage, j'ai découvert leur exposition.



































reconnu quelques têtes...















bon, les voici en vrai :















(en vrai ? Se faisant photographier en tout cas) (pour la presse, dont on aperçoit l'ombre)

Et puis, il y eut aussi...



































































le coffret, un carré 20 X 20 qui réunit les textes et les photographies.
Vraie fierté, c'est peu dire, à l'ouvrir et le lire, le regarder, l'emporter.

Voici donc le carré (du) Blanc...

(et grand, grand merci aux élèves. Je sais que certain/es passent par ici)

lundi 26 mai 2014

Journal du Blanc #20



















Oh la, 21 heures et toujours pas de journal du Blanc à l'horizon ?

La fenêtre est fermée pour cause de travaux. Au logis, préparation intense de la lecture avec Jean-Marc Montera qui aura lieu jeudi (trop court trop long trop croisé trop compliqué trop elliptique la soirée se poursuit sur ce monologue intérieur...).

Il n'y a pas de danger mais des coups de téléphone qui éloignent de l'écran.

Au bout de la rue, un panneau coupe la circulation. 
Un chapiteau se monte, un long camion stationne. 
Dans la ville, des banderoles annoncent le festival.

Il n'y a pas de danger mais tout le monde se prépare. Et ça cogite, s'agite, se réunit, se rappelle. 
Dernière semaine de résidence, dernier passage dans le carré-rectangle (logis / cinéma / Emmaüs) dont un côté manque toujours.

(en guise de fenêtre ouverte)

jeudi 8 mai 2014

Journal du Blanc #19



















Le 8 mai au Blanc ?
Rater les discours.
Prendre un café, puis deux.
Photographier la rue de la République sans du tout s'inquiéter de voir arriver une voiture.


















Ne pas jeter un oeil au marchand de journaux qui, d'habitude, renseigne sans qu'on ait besoin d'y entrer sur l'évolution de la vie de (chronologie approximative suivant celle de la résidence) : François Hollande, Valérie Trierweiler, Julie Gayet, Jenifer, Julie Gayet, Valérie Trierweiler, Carla Bruni, Jean Dujardin, Alexandra Lamy, Marthe Mercadier, William et Kate et Georges, Valérie Trierweiler, Jenifer, Jean Dujardin et sa nouvelle chérie dont je ne sais pas le nom.

De retour au logis ouvrir un livre, deux, sans réussir à se concentrer.
Observer la disparition du soleil.
Un jour à quoi ? A faire la vaisselle, sa valise, des jeux ? Tout cela et des listes, parce que rien ne s'agence, ne s'ordonne autrement.

Une mouche vole. Le lecteur de DVD ronronne.

Et voilà Gilles Deleuze qui sauve la journée en parlant du désir, de la gauche, des droits de l'homme, de l'idée, de la plainte, de la joie, de la puissance, du pouvoir, de l'art, de l'habitude, de la contemplation.
Voilà L comme Littérature et je suspens ce post.




(Tu te rends compte de ce que c'est, créer un personnage ? C'est une chose effarante.)

mercredi 7 mai 2014

Journal du Blanc #18















Un ciel blanc et bancal pour dire vite la journée avant d'aller lire à la bibliothèque de Mézières-en-Brenne (si vous cliquez sur le lien vous verrez en quoi je suis une aventurière..!) des extraits de Décor Lafayette et Décor Daguerre dans lesquels il sera question de femmes qui travaillent, se débrouillent, se dépatouillent, cherchent des solutions...
(au programme une géante une prostituée une actrice une femme qui se marie une autre qui travaille une peintre une dessinatrice)
Un ciel blanc car la pluie n'arrive pas tandis qu'à Paris, me dit-on, ça gronde.
(moi j'ai la tête dans le puits de mon géant, n'y vois goutte)
Un ciel blanc et ni cinéma ni Emmaüs ni rien d'autre aujourd'hui que lire écrire écrire lire et relire et écouter très fort de la musique au casque (c'est comme le coloriage, une fonction identique) pour ne pas tout confondre, Palais royal et lac, rue Daguerre et Le Blanc et pays Ugogo du général Instin

















(à suivre, je l'espère, et désolée de faire court mais je retourne aux magasins...)

mardi 6 mai 2014

Journal du Blanc #17

Aujourd'hui, m'annonce ce matin un tweet du très sérieux Gallica, c'est la journée mondiale du coloriage. Voyons donc où nous en sommes, en cette bientôt fin de résidence :















Je colorie quand je fais une pause. Je colorie quand mon ordinateur met trop de temps à effectuer une tâche mais pas assez pour que je puisse vraiment passer à autre chose. Je colorie pour le plaisir, ou après une mauvaise nouvelle, ou...
Je ne colorie pas à Paris. Le coloriage est réservé au Blanc.

Parfois, au Blanc, à 21 heures, il y a cinéma (angle 2). Ainsi hier soir, fond blanc de la neige sur rectangle blanc, on jouait Ida.


Loin du coloriage, Ida.... (sur le traitement du noir et blanc, entre autres, voir ce bel article de Libé, malgré son titre débile).
(j'aime dire on jouaiton joue, en parlant d'un film : c'était l'expression de ma voisine, à Oberkampf, qui aimait sortir malgré ses mauvaises jambes et le manque d'ascenseur)

Et quoi d'autre, pour aujourd'hui, qui ne soit pas travail ? 
- le journal rédigé sur les marches du palais de justice (un rectangle rouge sur fond gris)
- la chaîne de vêtements sur la place de la mairie qui fait la promotion de mon magasin de quartier (photo de pavés, carrés gris sur fond de bitume en guise de poster, quand souvent on me dit ici ne pas vouloir y vivre, à Paris)
- l'achat d'un foulard à pois, pour changer

C'est la journée de silence, écrire à l'aveuglette, aussi je ne dis plus rien.

lundi 5 mai 2014

Journal du Blanc #16

Le lundi ce qu'il faut c'est se rendre à Jaurès, longer le marché Secrétan dont il ne reste rien, une structure de métal et quelques murets de briques sur du vide, un vide vertical qui donne le vertige
(je n'ai pas fait de photos).
De Jaurès, filer à Austerlitz, de Austerlitz à Châteauroux.














L'oloé trouvé sectionne les deux gares, sépare la ferroviaire de la routière tandis que j'attends une heure le car pour Le Blanc. Pourquoi ne pas avoir essayé plus tôt ce café de l'hôtel **, le seul envisageable ? (et pourquoi celui d'en face, fermé, qu'on ne voit pas ici, s'appelle-t-il Le faisan ?) Mystères. Il fallait d'abord faire le tour de la question, café de la ferroviaire et banc de la routière, pour accepter l'issue. Dès la première fois la verrière de l'hôtel attirait, mais...




























on ne vise pas toujours le centre.
Le lundi, une fois arrivée, il me reste une chose à faire.














Passer devant la porte Emmaüs (l'un des angles du carré rectangle)














la mystérieuse villa Varsovie














envisager les lieux, surfaces, bouches béantes


















(on ne remarque pas l'intérieur du garage, dommage), tout en continuant droit, frôlée par les camions, jusqu'à l'objectif terminal














j'ai nommé Super U, dont non, je n'ai pas la carte.
Super U de quinze heures, personne sur le parking, rayons quasi déserts et ipod qui rythme la marche du retour. Super U aux feutres de couleurs, au pain qui manque : que dire d'autre ? (rien de plus aujourd'hui, trop de chaos, de fatigue, ce sera pour une autre fois)
Et puis s'en retourner, toujours droit. Des camions, du printemps, la Creuse parallèle...
Au passage



































tiens, nous voici !
(Le festival, de son petit nom chapnat, est indiqué dès l'entrée dans la ville)
Au logis c'est de lire et d'écrire alors qu'il s'agit.
(on l'espère du moins)

*
Le lundi, nous avons donc : 
- les rectangles divers des wagons de métro, Intercité quai 6 et du car pour Le Blanc
- les plaques presque invisibles Emmaüs, Villa Varsovie
- le rectangle gris sur ciel de l'hypermarché
- le livre tablette de Chapitre Nature, num et papier liés