Gary Winogrand, 1954

Gary Winogrand, 1954

jeudi 30 mai 2013

Jours tranquilles à la Sénaigerie















Voici le château de la Sénaigerie, dans le village de Bouaye, à une demi-heure à pied du lac de Grand-Lieu. Tandis que Dita Kepler remue, scindée en plusieurs je tente de la retrouver par ici et de circuler également rue Daguerre... 


















Du virtuel et du réel, justement, il sera question demain à 18h à la médiathèque de Bouaye : je présenterai les sites et blogs que je lis, les auteurs que j'aime et quelques uns de mes textes, sous la forme d'une lecture-projection.
Le samedi matin, toujours à la médiathèque, petit dej puis lecture de Décor Lafayette en guise de première étape d'une balade littéraire dans les environs sur le thème du lieu.
Autant dire que, tout urbaine que je sois, je me sens dans mon élément, ici... 

mardi 28 mai 2013

Dita Kepler, rubrique 666, 13 fois















Voilà, Dita Kepler version Twitter est sur remue.net depuis ce matin. Toutes les explications sont ici et le premier épisode est  (le texte en italiques est donc de Pierre Ménard et l'animation de Joachim Séné). Cela s'appelle Journal du silence / Journal de la lutte et va durer treize jours.















Dita Kepler se dédoublant et n'ayant pas, c'est dit, la notion du temps, tandis qu'elle se débat, là-bas, en rubrique 666, ici, c'est-à-dire où je suis, elle va se mettre, j'espère, à remuer différemment.

(dans un autre silence, en écriture hors ligne)
(j'espère)

à suivre, donc, sur remue.net

vendredi 24 mai 2013

Crossroads / 22















Rubrique trimestrielle que celle des croisements, il semblerait... Et un vélo posé devant la fenêtre d'Agnès Varda pour dire l'envie de rouler plus vite rue Daguerre : si le décor s'installe dans ma tête, il faudrait quand même que le texte avance à meilleure allure, me dis-je, comptant sur mon départ lundi prochain vers le lac de Grand-Lieu pour faire aller à même vitesse Décor Daguerre et Dita Kepler pendant deux semaines. Dita, tout comme moi, va en effet se mettre au vert (campagne, village, château, bois, bords de l'eau, avec quelques virées à Nantes, tout de même), on verra ce qu'il en sortira... 

Comme elle a le don d'ubiquité, on devrait également retrouver Dita Kepler sur remue.net à partir de mardi, dans un journal du silence/journal de la lutte que j'ai tenu sur Twitter pendant un an et demi. Une grande partie des 400 tweets va apparaître sous une forme nouvelle. Je profite d'ailleurs de ce billet pour remercier Guénaël Boutouillet, qui a accepté le projet sur remue, et Joachim Séné, devenu, en codant, en créant cette apparition, le co-auteur du journal de DK (vous allez voir ce que vous allez voir, je vous le dis) (je parle du travail de Joachim, bien sûr !). Un texte qui, au départ, a été écrit non pas par moi, mais par Pierre Ménard (pour comprendre, attendez mardi...) et qui paraîtra quotidiennement pendant deux semaines, tandis que de mon côté, j'alternai sans doute connexion et déconnexion.

A propos de Pierre Ménard, nous avions tous deux, l'an dernier, écrit une sorte de carnet de voyage, Laisse venir, trajet virtuel Paris-Marseille dont nous avions posté des extraits ici et . Le texte semblerait en voie de publication numérique du côté de Marseille. Je donnerai des nouvelles dès que j'en saurai davantage. Quant à remue.net, la mise en ligne des textes et photos de la soirée Pecha Kucha est pour bientôt.

Dans cette rubrique crossroads, on trouve également Franck, à nouveau, dont je viens d'aller parler au collège Anne Frank de Roubaix, passant par Lille pour venir de Paris et y retourner, évoquant avec les élèves les gares du Nord, de Lille Flandres, de Lille Europe et celle de Roubaix que je connais pas, qu'ils me montreront peut-être le mois prochain...
Etrange expérience, tout comme l'a été, dans un autre genre, celle d'hier soir : j'ai découvert que le film d'Agnès Varda Lions, love (...and lies), était centré (pour moi seulement, on s'en doute) sur le jour de la naissance de Franck, le 6 juin 1968, date de l'assassinat de Robert Kennedy - ce que je savais. On voit à deux reprises, en gros plan, une feuille d'éphéméride portant cette date. L'image m'a rappelé ce que j'avais, en filigrane, fait dans mon livre : marquer la date, la disséminant un peu partout dans le texte - tout comme le nom de famille de Franck et le jour de sa mort. Choses dont on ne se rend pas compte en première lecture, je pense, mais auxquelles je tiens quand j'écris.
Dans Lions, love (... and lies), c'est très différent : on ne peut échapper au 6 juin, donné comme un jour historique ; quant à Los Angeles, ville où l'action se situe, que dire si ce n'est qu'elle est vraiment à mille lieues de Boulogne-sur-Mer, où Franck est né. Pourtant, quelque chose me pousse à en parler ici un instant. Mi-fiction, mi-documentaire, le film a été en partie tourné ce jour-là, jour dont j'ai cherché à retrouver des traces quand j'écrivais, que j'ai réinventé (mi-fiction mi-réalité, là aussi). Brusquement, le voici, ce 6 juin, sous mes yeux, à mille lieues en effet de ce qui m'occupait durant l'écriture, avec son trio de hippies qui attendent la gloire, et qu'elle tombe du ciel, dans une maison à coussins, baies vitrées, piscine...
Que faire de ça ? Rien ? Il me semble que c'est de ce genre de questions bizarres que l'écriture est faite, de temps à autres.

Ici, encore, un autre texte, Au 103 bis, dont les éditions Parigramme viennent de publier un extrait dans leur Petite anthologie du désamour. Au 103 bis est un texte corrélé à Fenêtres open space que j'ai parfois lu en public mais que je n'ai jamais terminé (j'avoue), et dont une partie se trouve dans la revue d'ici là. C'est en lisant la revue que Parigramme a découvert le texte, ce qui fait toujours plaisir...

Quant à Décor Lafayette, Alain Veinstein m'invite à venir en parler sur France Culture le 20 juin prochain. J'ai le temps d'y penser, bien sûr. 
Mais bien sûr, j'y pense déjà !

samedi 11 mai 2013

lectures croisées



















(ou comment se lit, ici, ce qu'on lit)

Un jour (je crois que c'était vers l'âge de 11 ans mais, bien sûr, ma mémoire peut me tromper), j'ai réalisé que je lisais toujours, plus ou moins, cinq livres en même temps : deux dont la lecture se croisait, un que je lisais d'une traite, un que je reprenais quand j'avais terminé les trois autres, un que je finissais par laisser tomber. 
Les supports ont changé (parfois), les frontières sont devenues moins nettes entre ce qui paraît, ou non, de l'ordre de la lecture mais à bien y penser, je lis toujours de cette façon-là, même sans m'en rendre compte. 
Ainsi, je viens de terminer le premier roman de Guillaume Vissac, Coup de tête. Entre le début de cette lecture et la fin, j'ai relu Madame Bovary, lu également Alma d'Isabelle Fougère et Miquel Dewever-Plana et La Chambre claire de Roland Barthes. 

Le cinquième livre n'est plus jamais (ou sans arrêt) abandonné. Il est constitué d'articles, de liens, de citations, de photos  des sites ou blogs ou murs de Christine Jeanney, François Bon, Pierre Ménard, Piero Cohen Hadria, Joachim Séné, Christophe Grossi, Thierry Beinstingel, Cécile Portier, Juliette Mezenc, Mathilde Roux, Olivier Hodasava, Christine Genin, Emmanuel Delabranche, Brigitte Celerier, Francis Royo, Guillaume Vissac, Martine Sonnet, Hélène Clemente, Guénaël Boutouillet, Virginie Gautier, Lucien Suel, Dominique Hassselmann, Claro, Gilda Fiermonte, Philippe de Jonckheere, Sébastien Rongier, Sereine Berlottier, Sabine Huynh, Déborah Heissler, Louise Imagine, Isabelle Pariente-Butterlin, François Bonneau, Philippe Annocque, André Rougier, Franck Queyraud, Nolwenn Euzen, Céline Renoux, Christophe Sanchez, Arnaud Maïsetti, Mona Chollet et forcément j'en ai perdu en route que je lis également et si je commence à mettre tous les liens je n'irai jamais au bout de ce billet mince je ne pensais pas qu'il y en avait autant et que tant allaient m'échapper l'idée n'était pas de faire du name dropping on s'en doute simplement de retracer ce qu'on lit et donc comment faire ah quoi je n'ai pas la journée non plus

(revenons aux croisements) (ah ah)

Donc pendant que je lisais Coup de tête, en numérique, sur tablette, j'ai entamé la relecture de Madame Bovary, exemplaire également téléchargé, tandis que mon édition de poche restait sur l'étagère. Pourquoi ne pas avoir repris en main le livre papier ? Sans doute pour mieux croiser les lectures (de temps à autres, je twittais des phrases tirées des deux romans, citant l'endroit exact où je venais de m'arrêter, ce qui donnait, à mon goût, de belles choses. C'était rapide, ne brisait pas l'élan). Il est possible aussi, je m'en rends compte maintenant, que je n'aie pas eu envie de me rappeler trop précisément les circonstances de ma lecture du roman de Flaubert  il y a vingt ans (ce qu'aurait raconté, peut-être, l'exemplaire papier : comment il fut trimbalé dans un sac à dos, étudié à la fac, lu dans telle chambre ou telle cuisine...) (je ne sais pas, en fait) (pour le savoir, il suffirait peut-être de faire deux mètres, de tendre le bras et de rouvrir le livre ?). 
Une fois Madame Bovary terminé (Coup de tête en était aux deux tiers), j'ai lu donc Alma, livre avec photos, acheté au salon du livre. Puis La Chambre claire, livre plastifié, rossignol récupéré il y a un an à la bibliothèque de Montreuil alors qu'il s'apprêtait à finir à la poubelle. 

Coup de tête, Madame Bovary et Alma ont un point commun : la perte d'un ou de plusieurs membres (du corps). La main droite chez Guillaume Vissac, le pied bot chez Flaubert, l'usage des jambes (perte bien réelle) dans l'histoire d'Alma, jeune femme ayant appartenu à un gang au Guatemala. Chez Barthes, en lisant je cherchais également à appréhender la perte. Elle s'y trouve, puisque la mort de la mère hante le texte, mais  ne correspond pas à ce qui, en ce moment, m'intéresse. Tant pis, ce n'est pas grave : lire c'est perpétuellement déplacer, aller voir ailleurs, n'est-ce pas ?

Je viens donc de terminer Coup de tête. On y accompagne au plus près un garçon qui perd sa main, se retrouve à la rue. Non seulement c'est un livre fort, complexe, dense, mais il possède également une qualité que je qualifierais de morale (oui) et qui me touche au plus haut point : jamais Guillaume Vissac ne cède à la tentation du folklore. Pas la moindre frime là-dedans, pas la moindre démonstration. Rien à prouver. Pas de clinquant, pas d'anecdote, pas de séduction. Les nerfs, l'os, et en avant, en arrière, à côté, au dessus, au dessous, sans savoir où. Tout ce que j'aime, en somme.

mardi 7 mai 2013

la Photographie

"Dans la Photographie, la présence de la chose (à un certain moment passé) n'est jamais métaphorique ; et pour ce qui est des êtres animés, sa vie non plus, sauf à photographier des cadavres ; et encore : si la photographie devient alors horrible, c'est parce qu'elle certifie, si l'on peut dire, que le cadavre est vivant, en tant que cadavre : c'est l'image vivante d'une chose morte. Car l'immobilité de la photo est comme le résultat d'une confusion perverse entre deux concepts : le Réel et le Vivant : en attestant que l'objet a été réel, elle induit subrepticement à croire qu'il est vivant, à cause de ce leurre qui nous fait attribuer au Réel une valeur absolument supérieure, comme éternelle ; mais en déportant ce réel vers le passé ("ça a été"), elle suggère qu'il est déjà mort. Ainsi vaut-il mieux dire que le trait inimitable de la Photographie (son noème), c'est que quelqu'un a vu le référent (même s'il s'agit d'objets) en chair et en os, ou encore en personne."

Roland Barthes, La Chambre claire
matériau pour Décor Daguerre

jeudi 2 mai 2013

Bien présenter, de Sabine Huynh



















Photographie de Sabine Huynh


Escale à l’aéroport de Zurich. Son vol pour Lyon a été retardé pour des “raisons opérationnelles”. Elle imagine un opéra tragique se déroulant aux pieds de l'avion.

En mangeant un sandwich au salami dont la baguette est froide, elle déambule dans les couloirs, au milieu de boutiques de luxe dans lesquelles elle n'ose pas entrer. Le vendeur lui avait demandé si elle voulait qu'il lui réchauffe le sandwich. Elle avait refusé, trouvant bizarre de manger du salami chaud. Elle imaginait le gras fondu coulant sur son menton et souillant ses vêtements, des vêtements qui n’avaient rien d’exceptionnel, mais qui avaient quand même été choisis avec soin pour le vol. Une amie lui avait confié son secret un jour : il fallait toujours “bien présenter”, on était mieux traité ainsi, surtout chez le médecin (elle avait un cancer à l’époque et la chimiothérapie lui avait creusé le corps et le visage en lui volant ses cheveux). 

Certaines des boutiques n'invitent pas le client : leur vitrine comporte un fond opaque noir, empêchant aux curieux de zyeuter la marchandise. Pour voir ce qu'elles contiennent, il faut en passer le seuil, s'y engager franchement, profondément, dans un élan réfléchi, plein de l'assurance que peut procurer un portefeuille bien rembourré. La croûte du pain est dure et mord sa lèvre inférieure, déjà gercée.

Elle se dit qu'elle n'osera jamais entrer dans aucune d'elles, surtout avec son look. Un miroir lui renvoie un reflet qui jure avec le style des gens marchant dans son dos. Ils sont tous vêtus de noir ou d'anthracite. Ils sont, comme on dit, tirés à quatre épingles, alors qu'elle, habillée de rouge, de bleu et de mauve, détone. Mécontente de sa découverte, elle les imagine écartelés dans leurs vêtements de marque, crucifiés avec des épingles de couturière.

Ce n'est pas qu'une question de coloris, évidemment, mais aussi d'allure, et de ce qu'elle exhude. Ils ont tous l'air professionnel, elle a l'air d'être tout juste rentrée de la plage. En fait, ils paraissent well-to-do, comme on dit en anglais, une expression qui combine les gens bien et les gens qui font le bien, et fait croire qu'une personne “bien habillée” est une personne bien qui peut faire le bien. Elle sait qu’elle fait tâche au sien de la foule, alors qu'elle sait aussi qu'elle est une personne bien, ayant entre autres fait du bénévolat au Secours Populaire et dans un hôpital pour enfants. Mais on s’en fiche, puisqu’être bien ne se voit pas ; être élégant se voit, et peut passer pour être bien. Une affiche publicitaire pour une marque de montres prétend que l'élégance est une attitude. De quelle attitude s'agit-il quand un passager de première classe s'allonge sur un lit de deux mètres de long pour dormir durant le trajet, vêtu d'un pyjama en pilou offert par la compagnie aérienne ? Se sent-il élégant ?

Elle jette son dévolu sur un créateur américain dont elle a vu des vêtements aux Galeries Lafayette un jour, il y a longtemps, quand elle était adolescente probablement. Elle ne compte pas acheter quoi que ce soit, juste flâner, passer le temps, toucher des matières, faire les gros yeux aux prix sûrement exhorbitants, et puis, qui sait, peut-être tomber sur un coup de cœur, une aubaine.

Elle n'a pas fait deux pas que la vendeuse, d'une voix aigüe, lui intime de sortir : manger dans le magasin est  interdit. Pourtant, elle a déjà fini son sandwich, mais il est vrai qu'elle continue à en mâcher la dernière bouchée. La bouche pleine d'indignation, elle ne peut rien rétorquer et s'empresse de tourner les talons, en s’efforçant de garder la tête haute cependant.

Un homme est assis en tailleur au pied d'un fauteuil en cuir noir posé sur une petite estrade. Au-dessus de sa tête, une pancarte noire, on peut y lire en lettres dorées : PUT A SMILE ON YOUR FEET, “faites sourire vos pieds”. Pas de client en vue. L'homme déplie un journal.

Elle décide de suivre quelqu'un pour tuer le temps, ou plutôt pour le remplir et le ressusciter, ce temps mort dans cet aéroport stérile, la première personne que ses yeux croiseront fera l'affaire. Cette femme blonde en parka à capuche marron, style veste de chasse, par exemple. Celle-ci trotte en direction d’un panneau rétro-éclairé sur lequel est écrit : MASSAGE, PEDICURE & MANICURE WHILE YOU WAIT, un programme ambitieux pour tromper l’attente. 

Elle est assise dans la salle d'embarquement et sent le sol trembler sous ses pieds. Cela lui rappelle d’anciennes vacances, une visite de la Baie d'Halong, le quai qui tanguait, alors qu'il était en ciment, goudronné, mais construit sur l'eau. Et tous ces gens autour d’elle, dont la tenue vestimentaire l’étonnait tant : des ensembles en coton fin et imprimé ressemblant à ses propres pyjamas.


Elle repense soudain au vol Tel Aviv-Zurich. Un homme jeune, jeans baggy, tee-shirt blanc moulant et biceps tatoués insiste pour caser sa valise pleine à craquer dans un compartiment à bagages où se trouve déjà le sac d'une femme italienne d'une quarantaine d'années, qui insiste pour qu'il n'en fasse rien, sous prétexte que son sac contient quelque chose de fragile et très cher. Le jeune n’entend rien et force. Un homme plus âgé, probablement la soixantaine, au ventre protubérant, déjà assis et attaché, dit au jeune qu'il n'y a pas assez de place dans ce compartiment. Un autre passager arrive, la cinquantaine, qui prend la défense du plus jeune. S'ensuit une dispute entre le plus âgé et le dernier arrivé. Celui-ci, avant de continuer vers son siège, crache sur le crâne dégarni du premier ces mots assassins : “Mais d'où tu sors toi, pour croire tout savoir mieux que les autres ? Regarde-toi un peu. Je me demande de quelle planète tu es tombé”. Le jeune force  et sa valise entre finalement. La femme italienne est blême. Le siège du jeune est à côté de celui du vieux, qui doit se lever pour le laisser s'asseoir. La femme italienne se lève et va tâter son sac, l'air inquiète. Elle tente ensuite de rabattre la porte du compartiment, en vain, la valise du jeune dépasse. Elle tire dessus, en vain, la valise est coincée, il faut appeler une hôtesse à la rescousse.

Extérieur nuit, température zéro degré. Elle grelotte au pied de l'escalier qui mène à l'avion. Elle ne porte qu'un débardeur à fines bretelles, sous un cardigan en coton fin. Son blouson est dans sa valise, qui est elle-même en soute. Ce détail la distingue des autres passagers, qui, prévoyants, sont habillés adéquatement. Elle étonne et détone une fois de plus, d'aucuns diront qu'elle déconne carrément. Et elle se souvient avec tristesse qu'à l'école, au collège et même au lycée, et même plus tard, à l'université, les élèves les plus pauvres portaient toujours les blousons les moins chauds en hiver. Pas de doublure remplie de duvet d'oie pour ses frères et elle. À cette pensée, elle tremble de plus belle. Une main lui tend soudain un K-way, pendant qu'une voix lui dit que “ce n'est peut-être pas grand chose, mais c’est toujours mieux que rien”. Le type doit avoir dans les vingt-huit ans. Il n’est pas très grand, ses cheveux bruns sont rassemblés dans une queue de cheval basse. Il porte un tee-shirt gris arborant les mots IT’S A WIN-WIN SITUATION, en jaune : une situation où tout le monde trouve son compte, un scénario gagnant-gagnant, si on veut, où il n’y aura pas de perdant. Elle lui sourit.   


*


J'ai rencontré Sabine Huynh, qui vit à Tel Aviv, une fois, à Paris, le 31 octobre 2012.
Ce soir-là, à la Lucarne des écrivains, il s'agissait de présenter l'anthologie de poésie Pas ici pas d'ailleurs, que Sabine a co-réalisée avec Angèle Paoli, Andrée Lacelle et Aurélie Tourniaire et à laquelle elle m'avait proposé de participer. Chaque invitée devait lire/dire deux de ses poèmes. 
Ensemble, au tout début de la soirée, nous avons fait autre chose, rendu hommage à Maryse Hache. Tandis que je lisais quelques extraits des textes, magnifiques, que Maryse m'avait envoyés l'été précédent, Sabine montrait, une à une, les cartes postales au dos desquelles ces textes avaient été écrits. Sur l'estrade, je sentais la présence de Sabine plus que je ne la voyais, apercevais un bras, une main, une carte (qu'on s'imagine à ma droite Audrey Hepburn, à laquelle ce soir-là elle me faisait penser). C'était doux, drôle, émouvant, éprouvant, on a distribué des pétales de roses donnés à l'enterrement la veille puis la soirée a continué (c'était peut-être après, cette histoire de pétales, je ne sais plus). 
Je connaissais Sabine depuis cinq minutes. On le sait, cependant : à distance les textes, les regards posés sur le monde réunissent. 

Sabine Huynh, qui est à la fois poète, écrivain et traductrice, anime un blog qui s'appelle Presque dire et n'a pas moins de cinq publications prévues cette année. Sur remue.net, elle a également fait paraître à la fin de l'année dernière un texte en deux parties que j'avais suivi sur Facebook et qui m'a beaucoup marquée : la vie de nos yeux. Je suis très heureuse de la recevoir aujourd'hui, lors de ces vases communicants dont le thème, épater la galerie, vient d'elle. Mon texte, comme de juste, se trouve chez elle, à cette adresse.

mercredi 1 mai 2013

les vases co en direct




















Demain soir, à la bibliothèque Faidherbe, Paris 11e, de 19h à 21h, nous serons une petite quinzaine à venir lire ces textes qui d'habitude vase-communiquent. A l'initiative de Mathilde Roux et Nolwenn Euzen, en effet, vous pourrez entendre avant minuit, heure où d'habitude le premier vendredi du mois tout le monde commence à poster des articles, ce qui permutera, se croisera, s'échangera... ce mois-ci ou non, d'ailleurs, puisque certains ont choisi de lire des textes déjà parus.

Seront présents : Michel Brosseau (http://àchatperché.net) ; Piero Cohen Hadria (http://www.pendantleweekend.net) ; Nolwenn Euzen (http://grandemenuiserie.fr) ; Virginie Gautier (http://carnetdesdesparts.blogspot.fr) ; Christophe Grossi (http://deboitements.net) ; Dominique Hasselmann (http://www.doha75.wordpress.com/) : Eve de Laudec (http://www.evedelaudec.fr/) ; Jessica Maisonneuve (http://gadinsetboutsdeficelles.blogspot.fr/) ; Céline Renoux (http://lafilledesastres.com/) ; Mathilde Roux (www.mathilderoux.fr) ; Martine Sonnet (http://www.martinesonnet.fr/blogwp/) ; Guillaume Vissac (http://www.fuirestunepulsion.net/), ainsi qu'en "invités-surprise" François Bonneau (http://irregulier.blogspot.fr/) et Daniel Bourrion (http://www.face-ecran.fr/). 

De mon côté, j'expliquerai (cinq minutes...) au début de la soirée comment est né ce drôle de truc qui permet  depuis presque quatre ans d'aller écrire chez l'autre ce qui, autrement, n'aurait peut-être pas d'existence. Plus tard, je lirai le vase co de ce mois, né d'un échange avec Sabine Huyhn, laquelle m'a proposé (scoop !) d'épater la galerie.

J'en ai profité, ce matin, pour mettre à jour ma petite rubrique vases communicants (déroulez la page, sur la droite). Et ne suis pas peu fière de la liste ainsi obtenue...