l'horloge de la gare de Chartres

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dimanche 25 mars 2018

Semaine #12 première(s)













 
Semaine où je n'écrirai ici sans doute pas beaucoup, car il y a à faire.

Dimanche Me rends chez Christie's pour la première fois pour admirer les tableaux de la collection Rockefeller bientôt en vente. Un Gauguin magnifique représentant une vague géante, des baigneurs minuscules qui s'enfuient, mais trop de monde devant : je ne collecte que cette petite pomme de Picasso.
Lundi, mardi La relecture de Volte-face galope, j'en suis à la moitié. Très étonnée du peu de corrections pour le moment. Ca ne saurait durer, si ?
Et Bruits ? Pour avancer un peu, je monte et poste cette minute sexy (!) et douce à la médiathèque de Chartres : 


Mais déjà, mardi soir, publie.net fête ses dix ans, et nous intervenons avec Virginie Gautier et Joachim Séné pour une lecture à trois voix, balade dans les textes récents ou plus anciens de la maison. Lucien Suel, Maryse Hache, Juliette Mezenc, Pierre Ménard, Cécile Portier, Mathilde Roux, Martine Sonnet, Sébastien Ménard... (j'en oublie). Joachim propose, pour L'aiR Nu, un mur mouvant d'extraits de textes que vous retrouverez bientôt en ligne.











On y entend












(Julien Boutonnier)











(Fred Griot)
Nadine Agostini au début, François Bon à la fin et entre eux deux d'impressionnantes lectures de Julien Boutonnier et de Fred Griot avec ses musiciens, le tout présenté, courtes citations de Christine Jeanney à l'appui, par Guillaume Vissac, après rappel de ce qu'est aujourd'hui la maison par Philippe Aigrain, le président de publie.net.

















(ici, Guillaume Vissac)
Les photos ci-dessus, sauf celle de Julien Boutonnier prise par Pierre Ménard, sont de Philippe Aigrain. A ce propos, Pierre Ménard  a capturé quelques fenêtres sur mon Ipad : bravo pour le coup d'oeil !



















Nous sommes tous, dans l'ensemble, assez bariolés, à naviguer dans le catalogue...

(Roxane Lecomte, à qui on doit les très belles couvertures des livres, avec Philippe Aigrain)













Bien contente également d'y avoir vu François Bon, qui lisait du Berit Ellingsen. Le dimanche suivant, il met en ligne une vidéo de la soirée sur sa chaîne Youtube, qui en annonce d'autres : à suivre, donc, la semaine prochaine.

Que vive publie.net et son équipe, et qu'ils prospèrent : ce qu'on m'aura dit plusieurs fois, après les lectures, c'est à quel point nous semblons nous entendre. Oui, c'est vrai. Pas de concurrence mais une écoute réelle, du soutien mutuel. Utopique ? La question ne se pose pas : c'est du présent pur, qu'on savoure après avoir fait au mieux pour que les choses fonctionnent. 
Ensuite, elles se mettent à circuler : ainsi, à la Vallée aux Loups j'irai interroger Joachim en avril sur son travail, retrouverai Virginie à Chartres ce même mois, puis à Montpellier fin mai en compagnie de Juliette Mezenc et de Guénaël Boutouillet... Parmi les gens avec lesquels je monte des projets ou travaille, tous ne se connaissent pas. Quand ils se rencontrent, j'ai souvent dans l'idée qu'ils vont s'entendre et, en effet, ça marche. Etonnant, non ?

















(Cowboy Junkies, photo de Christophe Basterra)

Mercredi jeudi vendredi  Départ pour Clermont-Ferrand mercredi et son festival Littérature au Centre, au sein duquel je vais parfaitement me sentir, à la fois un peu seule et entourée, trouvant le temps de voir un ami, poursuivre la relecture de VF, parler de Bruits et donc y penser, croiser la manif du jeudi, rencontrer des lycéens, écouter la passionnante conférence d'Olivier Mongin sur les villes et les flux, assister à une représentation de danse liée au thème, si porteur, des émotions refoulées...
Pas le temps pour les 36 secondes, par contre, qui attendront la semaine prochaine.


















(valise de VRP à plusieurs éditeurs)














(salle vide du lycée où j'interviens le jeudi, juste avant l'arrivée des élèves. J'y lis des extraits de Fenêtres et de A même la peau, effectuant, en tout cas pour moi, une sorte de boucle métropolitaine, montre le teaser de Diptyque, celui de Laisse venir et je ne sais plus trop quoi encore... L'heure file à toute vitesse, pas le temps de beaucoup d'échanges mais une belle écoute)


















(se balader dans son pâté de maisons et hop, voilà ce qu'on trouve)

Le jeudi, c'est donc intervention au lycée, le vendredi, au sein du festival. Je présente une partie de ce que je fais en compagnie de Bernard Lescure, professeur de lettres que je remercie de sa générosité, de son attention à ce que j'écris, s'il passe sur ce blog. J'ai l'occasion de montrer un peu du Dita Kepler codée par Joachim Séné et le teaser de Diptyque, si beau...
A la sortie, une spectatrice me dit qu'elle me trouve déroutante, mais qu'elle a envie d'aller y voir de plus près. Déroutante ? Je me trouvais très cohérente, moi, pourtant, avec mes décors personnages, mes personnages décors, ma narration arborescente ! Mais voilà qui me plaît, et je prends, bien sûr.
Je découvre par ailleurs que tous les Décor Daguerre présentés devant la salle ont été vendus : c'est la première fois que j'entends cette phrase, "on a tout vendu" ! (on ne m'en voudra pas : je me fais le plaisir de la noter ici, pour les jours de déprime, s'il y en a)


















A l'aller, j'avais profité de ma place de première en Intercité au maximum (pas de bruit, soleil illuminant le paysage mais pas sur le visage...) pour relire VF avec attention. Au retour, toujours en première, je me retrouve avec une place imaginaire, une mystérieuse place 34 qui n'est pas indiquée. Place imaginaire en première, en première vraiment mais dans l'imaginaire, place qui invite à en prendre une autre, wagon qui contient cette place... Voilà qui est parfait.

Samedi : à la cinémathèque, Peaux de vaches de Patricia Mazuy, avec Jean-François Stévenin et Sandrine Bonnaire, film qui décape. La réalisatrice, qui intervient à la fin de la projection, a un franc-parler qui me réjouit. Au festival de Clermont, à un moment je me suis sentie basculer quand un historien qui intervenait sur les bas-fonds, son sujet de prédilection, nous a englobés dans un tout, celui des gens qui n'en font pas partie mais qu'ils fascinent. Prenant sa suite, j'ai indiqué que non, je ne pouvais faire partie de ce tout, ai expliqué pourquoi. Que d'une certaine façon, je me sentais du côté des bas fonds - merci alors à Bernard Lescure, qui a lu Franck, de son appui.
Le lendemain, même si je n'en sais rien, il m'a semblé que Patricia Mazuy aurait pu dire la même chose.

Dimanche : continuer la relecture de VF, puis se rendre au festival Sidération du CNES. J'ai candidaté par mail pour enfiler une combinaison spatiale, mais pas de nouvelles, à mon avis ça ne marchera pas... Tout comme les vidéos de François, à suivre la semaine prochaine.

dimanche 11 décembre 2016

storytelling



















Je parle à Guillaume Vissac de mon livre en cours et, comme à chaque fois, il ne me faut que quelques instants pour m'enflammer, raconter mille choses. Je me dis en rentrant que vraiment, j'ai dû le saouler, le pauvre, et voici ce qu'il écrit aujourd'hui dans son journal
Fascinant de voir comment un livre qui s’écrit peut te happer entier à l’intérieur.


(un peu de décor Lafayette, de parfum de Marilyn pour accompagner la lecture de cette phrase qui me fait tant de bien au moment où, après des refus de toute part et des inquiétudes à dompter, j'ai du mal à me concentrer, à reprendre le manuscrit)


Peut-être faudrait-il déjà s'imaginer le livre terminé, publié, reconnu. Faudrait-il se projeter payée pour en parler, assise dans un fauteuil sur une scène de théâtre à disserter sur cette période fauchée, à dérouler l'histoire si fantasmatique pour les autres du texte écrit coûte que coûte, doublant de volume tandis que l'argent ne rentre plus et qu'il faut tester des shampoings, participer à des réunions de consommateurs, écrire de longues lettres où justement cette histoire-là est racontée, ajoutant que cela ne suffit pas. Peut-être faudrait-il : depuis cette discussion avec Guillaume, Marilyn piétine devant la porte de l'Actors' Studio. 


Ce qui te happe un jour en happera d'autres, mais en attendant...



En attendant je déroule le fil de ma biobibliographie devant un tas de gens dans l'espoir d'entendre oui, je ravale ma fierté, je recommence et Marilyn piétine devant l'Actors' studio. Elle et moi sommes coincées à New York en 1955 depuis trop longtemps à mon goût. L'été dernier, je me réjouissais tellement d'atteindre cette période de sa vie...


Ce piétinement, est-ce de la procrastination ? Autre chose ? Il y a moyen d'aller écouter une conférence sur Richard Avedon, ce qui est en rapport avec le sujet du livre : allons-y. Pour revenir à l'écriture, à la lecture qui se dérobe elle aussi, les lieux d'accueil sont importants : dans mon cas, la BNF en est un. 

 
 
Pour s'extirper de cette situation, il faudrait également raconter de belles histoires, je l'ai déjà dit ici. Celle de l'écriture du livre n'y échappe que dans la mesure où je la refuse. C'est sans doute une erreur : l'argent rentrerait plus facilement si je berçais l'auditoire, lui donnait ce qu'il attend (posture de l'écrivain maudit, de l'écrivain qui réussit, peu importe). 


J'adore raconter des histoires, en plus : Guillaume pourrait en témoigner. 


Mais ce ne sont pas les mêmes, celles qui tracent le livre. 
Elles n'ont rien à voir.

 
















Je ne peux pas me changer. 
Et ce n'est que parce que je suis ainsi que j'ai pu, l'autre soir, lire sur scène des extraits du livre de Corinne Lovera Vitali, Ce qu'il faut - une des choses les plus difficiles à faire de ma vie, peut-être. Vous pouvez l'écouter sur le site de publie.net ou dans la rubrique podcast de L'aiR Nu
Un livre que tu lis peut te happer entier à l'intérieur.

samedi 11 mai 2013

lectures croisées



















(ou comment se lit, ici, ce qu'on lit)

Un jour (je crois que c'était vers l'âge de 11 ans mais, bien sûr, ma mémoire peut me tromper), j'ai réalisé que je lisais toujours, plus ou moins, cinq livres en même temps : deux dont la lecture se croisait, un que je lisais d'une traite, un que je reprenais quand j'avais terminé les trois autres, un que je finissais par laisser tomber. 
Les supports ont changé (parfois), les frontières sont devenues moins nettes entre ce qui paraît, ou non, de l'ordre de la lecture mais à bien y penser, je lis toujours de cette façon-là, même sans m'en rendre compte. 
Ainsi, je viens de terminer le premier roman de Guillaume Vissac, Coup de tête. Entre le début de cette lecture et la fin, j'ai relu Madame Bovary, lu également Alma d'Isabelle Fougère et Miquel Dewever-Plana et La Chambre claire de Roland Barthes. 

Le cinquième livre n'est plus jamais (ou sans arrêt) abandonné. Il est constitué d'articles, de liens, de citations, de photos  des sites ou blogs ou murs de Christine Jeanney, François Bon, Pierre Ménard, Piero Cohen Hadria, Joachim Séné, Christophe Grossi, Thierry Beinstingel, Cécile Portier, Juliette Mezenc, Mathilde Roux, Olivier Hodasava, Christine Genin, Emmanuel Delabranche, Brigitte Celerier, Francis Royo, Guillaume Vissac, Martine Sonnet, Hélène Clemente, Guénaël Boutouillet, Virginie Gautier, Lucien Suel, Dominique Hassselmann, Claro, Gilda Fiermonte, Philippe de Jonckheere, Sébastien Rongier, Sereine Berlottier, Sabine Huynh, Déborah Heissler, Louise Imagine, Isabelle Pariente-Butterlin, François Bonneau, Philippe Annocque, André Rougier, Franck Queyraud, Nolwenn Euzen, Céline Renoux, Christophe Sanchez, Arnaud Maïsetti, Mona Chollet et forcément j'en ai perdu en route que je lis également et si je commence à mettre tous les liens je n'irai jamais au bout de ce billet mince je ne pensais pas qu'il y en avait autant et que tant allaient m'échapper l'idée n'était pas de faire du name dropping on s'en doute simplement de retracer ce qu'on lit et donc comment faire ah quoi je n'ai pas la journée non plus

(revenons aux croisements) (ah ah)

Donc pendant que je lisais Coup de tête, en numérique, sur tablette, j'ai entamé la relecture de Madame Bovary, exemplaire également téléchargé, tandis que mon édition de poche restait sur l'étagère. Pourquoi ne pas avoir repris en main le livre papier ? Sans doute pour mieux croiser les lectures (de temps à autres, je twittais des phrases tirées des deux romans, citant l'endroit exact où je venais de m'arrêter, ce qui donnait, à mon goût, de belles choses. C'était rapide, ne brisait pas l'élan). Il est possible aussi, je m'en rends compte maintenant, que je n'aie pas eu envie de me rappeler trop précisément les circonstances de ma lecture du roman de Flaubert  il y a vingt ans (ce qu'aurait raconté, peut-être, l'exemplaire papier : comment il fut trimbalé dans un sac à dos, étudié à la fac, lu dans telle chambre ou telle cuisine...) (je ne sais pas, en fait) (pour le savoir, il suffirait peut-être de faire deux mètres, de tendre le bras et de rouvrir le livre ?). 
Une fois Madame Bovary terminé (Coup de tête en était aux deux tiers), j'ai lu donc Alma, livre avec photos, acheté au salon du livre. Puis La Chambre claire, livre plastifié, rossignol récupéré il y a un an à la bibliothèque de Montreuil alors qu'il s'apprêtait à finir à la poubelle. 

Coup de tête, Madame Bovary et Alma ont un point commun : la perte d'un ou de plusieurs membres (du corps). La main droite chez Guillaume Vissac, le pied bot chez Flaubert, l'usage des jambes (perte bien réelle) dans l'histoire d'Alma, jeune femme ayant appartenu à un gang au Guatemala. Chez Barthes, en lisant je cherchais également à appréhender la perte. Elle s'y trouve, puisque la mort de la mère hante le texte, mais  ne correspond pas à ce qui, en ce moment, m'intéresse. Tant pis, ce n'est pas grave : lire c'est perpétuellement déplacer, aller voir ailleurs, n'est-ce pas ?

Je viens donc de terminer Coup de tête. On y accompagne au plus près un garçon qui perd sa main, se retrouve à la rue. Non seulement c'est un livre fort, complexe, dense, mais il possède également une qualité que je qualifierais de morale (oui) et qui me touche au plus haut point : jamais Guillaume Vissac ne cède à la tentation du folklore. Pas la moindre frime là-dedans, pas la moindre démonstration. Rien à prouver. Pas de clinquant, pas d'anecdote, pas de séduction. Les nerfs, l'os, et en avant, en arrière, à côté, au dessus, au dessous, sans savoir où. Tout ce que j'aime, en somme.