Arras-en-Lavedan, le syndrome du caméléon, installation de Johan Parent

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samedi 7 novembre 2009

Paris, fantômes, immeubles plats

Je n'aurais pas cru qu'à écrire sur les décors, une fois de plus, Paris prendrait tant de place. Pourtant ça crevait les yeux : Décor Lafayette aux galeries du même nom, Décor Daguerre entre Montparnasse et Denfert-Rochereau ; enfin Dita Kepler accueillie au 104 puis à la Bellevilloise alors qu'elle pourrait déambuler ailleurs (et qui sait ?).

En fait, Paris ne tient pas de place. Paris peut se ranger dans une poche, se faire oublier. Mais tout le travail de recherches, de lectures pour le premier décor (Lafayette) m'y renvoie en ce moment : aux jours de Mercier, aux nuits de Restif (merci à Martine Sonnet de ses conseils) ; aux rues de Perec, en particulier celle de l'Atlas, où il est né ; aux immeubles plats de Roger Caillois, ces pièges à fantômes...

La projection de photos que je prépare pour le 21 novembre prochain (16 heures, dans le "sas" de la Bellevilloise) semble aller en sens opposé : des séries thématiques (assises, façades...) s'organisent, mais les photos viennent de partout, Paris s'y noie peut-être... On verra.

En attendant, et pour faire le lien avec le trajet de Fenêtres, cette évocation des barrières de Claude Nicolas Ledoux (penser, à Stalingrad, à la rotonde) par Michel Delon dans son introduction aux textes de Louis-Sébastien Mercier (Tableaux de Paris, Le Nouveau Paris) et Restif de la Bretonne (Les Nuits de Paris) réunis en un seul volume :

"Mélange d'archaïsme par le retour aux modèles grecs les plus anciens et de futurisme par le goût des formes géométriquement pures, les barrières de Ledoux apparaissent comme un compromis entre l'idéal ancien de fixer, de figer la ville et la volonté de donner sa dignité aux réalités économiques. Les ordres architecturaux les plus nobles ne sont plus réservés à la Religion et au Pouvoir royal, mais ce n'est pas un hasard si les premières émeutes révolutionnaires s'en prennent à ces bâtiments sur lesquels le XIXe et le XXe siècles continueront à s'acharner : la muraille est ressentie comme celle du fisc et de la police. Elle métaphorise de façon ostentatoire la volonté de l'administration centrale de surveiller la population et d'en diriger l'existence. Elle est la forme visible, tangible d'un contrôle policier qui, plus discrètement, investit toute la ville. Le lieutenant de police la quadrille de ses hommes ; des espions lui rendent compte des mouvements de l'opinion. Les commis de la Ferme veulent surprendre ce que les Parisiens consomment ; les mouchards - on les appelle alors des mouches - écoutent ce qu'ils disent de la police, à la taverne et au bordel, dans les théâtres et dans les jardins du Palais-Royal."

Paris le jour, Paris la nuit, Editions Robert Laffont, 1990.

La rotonde de Ledoux, place de la bataille de Stalingrad deviendra prochainement un restaurant chic (très chic). Quant au Palais-Royal au XVIIIe siècle : suite au prochain épisode...

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