Arras-en-Lavedan, le syndrome du caméléon, installation de Johan Parent

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vendredi 2 mai 2008

4. Paroles, La Pluie et le beau temps, de Prévert













Décidément, cette période de Château-Rouge, pourtant courte, ne veut pas disparaître si vite... Quelqu'un (je ne sais toujours pas qui) m'a offert Paroles de Prévert et je ne dois pas être vieille parce que j'écris mon prénom en grosses lettres bâton, au crayon de couleur bleu marine, sur la première page pour bien signifier que oui, il est à moi, ce livre sans images, ce livre pour adultes. Ce que j'apprécie alors, surtout, ce sont les caractères typographiques, le noir et blanc. M'en restera pendant longtemps un grand amour des Folios (j'aurai même du mal à concevoir que d'autres collections de poche existent).
Plus tard, vers le CE1, je découvre que certains des poèmes (Le Cancre, etc.) peuvent être appris en classe. Sentiment mélangé, entre plaisir de retrouver quelque chose que je connais déjà et déception de le voir banalisé. Prévert, dans les années 70, est cité à tout bout de champ : à l'école, dans les émissions pour enfants...
Plus tard encore, vers le CM1 (et nous avons encore déménagé deux fois, entre temps), je finis par avoir toute la collection : Histoires, Fatras, La Pluie et le beau temps...












Dans ce dernier, une "fausse" pièce de théâtre, Entrées et sorties, me plaît tellement que je l'apprends par coeur, connais tous les rôles. La scène se passe dans le salon d'un château. Devant le personnage principal, une duchesse autoritaire, les personnages meurent tous les uns après les autres : jardinier, duc, curé, fossoyeur, tout le monde y passe. Le plus marquant, c'est le médecin, venu au secours du curé qui agonise. Persuadé que la vie, comme la mort, est une épidémie, il déclare : Heureusement, un seul remède : la chirurgie ! avant de sortir un rasoir et de se trancher la gorge sur la tapis de la duchesse. Même "Du monde" (Et dire que j'attendais du monde!) tombe raide et meurt de peur devant le tas de cadavres. Pour finir, le jardinier se relève et explique à la duchesse qu'il a fait semblant d'être mort pour avoir la paix cinq minutes. Dans Entrées et sorties, il y a aussi un rôle de jeune première (assez peste, au fond), dont le jardinier est le grand-père. Nourrie comme toutes les petites filles d'histoires de Blanche-Neige, je résiste longtemps. Mais à force de relire la pièce je finis par me rendre à l'évidence : le personnage de la duchesse est bien plus intéressant que celui de Pervenche, la jolie blonde. Mieux vaut s'identifier à la première, rien à faire.
Très longtemps après, à l'âge adulte, je relis un grand nombre de poèmes de Prévert, pour voir. Et il m'agace, avec sa litanie de mots toujours les mêmes (soleil, sang, malheur, mer, jolie fille), moi qui pourtant aime tellement les mots les plus usités, concrets. Double tranchant que ce Prévert lu si tôt.

Un souvenir : j'avais dix ans à sa mort. J'étais en vacances chez mes grands-parents maternels. Pas osé demandé à mon grand-père, qui me faisait peur, la page du journal consacrée tout entière au poète, au type même du poète (une image pour tout le monde). Pourtant lui il s'en foutait complètement, de Prévert.

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