Arras-en-Lavedan, le syndrome du caméléon, installation de Johan Parent

Arras-en-Lavedan, le syndrome du caméléon, installation de Johan Parent

jeudi 1 mai 2008

3. Poulerousse

















Nous, on n'a pas de meubles, on n'a que des valises : quand vous voulez clouer le bec aux enfants dans la cour et que vous avez déjà, à cinq ou six ans, déménagé un certain nombre de fois, ce genre de phrase fait ses preuves. Et puisqu'on n'a que des valises, inutile de s'encombrer d'un appartement de plusieurs pièces, non ? De toutes façons on repartira ! Ou comment frimer (à l'aise) avec ce qu'on n'a pas.
Et la maison, alors ? La notion même de maison ? Je n'ai jamais vécu autrement qu'en appartement. Ma maison, c'était dans l'enfance celle de Poulerousse, un album du Père Castor sans cesse réédité dans lequel l'héroïne se fait enlever, chez elle, par un renard mais réussit à lui échapper.
Ce que j'aimais, précisément, dans ce livre, c'était le début : Dans la maison de Poulerousse, tout est propre et bien rangé. C'est un plaisir d'aller chez elle. Pas un grain de poussière sur les meubles... (je cite de mémoire). Et l'on voyait les différentes pièces (surtout la chambre et la cuisine) dans un état impeccable, fleurs dans les vases, rideaux repassés. C'était l'époque où ma mère et ses amis m'avaient offert pour un anniversaire une maison de poupées qu'ils avaient fabriquée eux-mêmes en récoltant des chutes de moquette, de papier peint, des porte-clés publicitaires... Maison à un étage avec télévision, machine à laver, baignoire, toilettes, tapis en peau de bête, et jusqu'à l'électricité : tout en récup, une maison unique (m'en est resté le goût de la miniaturisation, des maquettes, de l'échelle réduite). Poulerousse, c'était l'ordre aussi, ce "chaque chose à sa place" qui me servait de repère lors des déménagements.
Poulerousse se faisait donc enlever par un renard et s'en sortait parce qu'elle était plus rusée que lui (grâce aussi à la tourterelle, son amie, avec laquelle elle finissait par habiter). Le problème, c'était la beauté du renard et de la renarde, et les conséquences du geste de Poulerousse : la pierre qu'elle avait mise dans le sac à sa place ébouillantait le couple qui croyait faire un bon repas. Et ça, ça ne m'allait pas du tout. Après, qu'elle aille vivre avec la tourterelle, partager avec elle du vin et des gâteaux, ça m'était complètement égal.

J'ai offert ce livre à mon fils, qui l'a laissé jusqu'à ce jour totalement indifférent (en apparence, du moins). Par contre, nous sommes tous deux de très grands fans de Ma maison, un album de Delphine Durand paru au Rouergue.









La maison de la narratrice ne paie pas de mine, mais à l'intérieur on y trouve des monstres (dont certains de la famille des mous), des saucisses qui parlent, un type qui se plaint tout le temps, un endroit où l'on range tout ce qu'on ne sait pas où mettre ailleurs (les idées qu'on n'a pas encore eues), etc. A la dernière page, l'un des personnages ouvre la porte et ordonne à tous les autres : allez, tout le monde dehors ! Bref, un endroit bien plus marrant que la maison de Poulerousse, ménagère parfaite qui fait fuir la beauté.

Poulerousse ou le livre du refuge, du lieu clos au milieu du chaos. Sa suite : les romans de Barbara Pym où les Anglaises boivent du thé en observant leur nouveau pasteur par la fenêtre (lus à Stalingrad ou sur la ligne 2, tiens, en période difficile, au début des années 2000) ; le jardin de Sido.

Et puisque j'en suis à parler de Delphine Durand, de la pub pour un autre de ses albums parus au Rouergue, le génial Bob et compagnie (un livre sur la création du monde, si si). A lire à n'importe quel âge.



Aucun commentaire: