l'horloge de la gare de Chartres

l'horloge de la gare de Chartres

mardi 26 mai 2009

questions de parcours

Le 6 juin prochain, dans le cadre de Paris en toutes lettres, je présenterai à nouveau mon travail au 104 mais d'une façon un peu particulière : le festival ayant Paris pour thème, je proposerai une lecture sous forme de collage de plusieurs de mes textes permettant de traverser la ville dans un sens sud-nord (jusqu'au 104, donc). C'est inscrit dans le programme, y a plus qu'à... L'idée, plus précisément, est de partir d'un 13e arrondissement en friche, de remonter vers la Sorbonne, passer par Châtelet, peut-être Opéra, Oberkampf, s'arrêter à la gare du Nord, poursuivre par Barbès, Stalingrad, les Buttes Chaumont, remonter par Jourdain, pousser jusqu'à la Villette, redescendre enfin à Riquet-Aubervilliers. La difficulté, c'est de trouver une unité entre des textes très différents : il y aura Fenêtres et les Cowboy, bien sûr, mais aussi des inédits et des textes en cours. Certains sont des récits, d'autres des fictions... Le parcours laisse penser que la balade ne sera pas très touristique, ce qui a priori est vrai, mais il est possible que j'y inclus (ne serait-ce que pour donner un peu d'oxygène) quelques notes prises sur les musées l'année dernière. Comment rendre le tout homogène ? Pour l'instant mystère...

lundi 25 mai 2009

The birthday party

est le nom du premier groupe de Nick Cave, que j'écoutais à la même époque que les Cowboy Junkies - en particulier les albums Prayers on fire et The Peel sessions.
C'est également ce que je tape sur le moteur de recherches de photos de Life, simplement pour voir ce que ça donne. Ca donne ce très étrange cliché








qui illustre à merveille ma dizaine de jours de migraine. Mais ça suffit. Mieux vaut s'offrir quelques douceurs, non ?












Aujourd'hui, regardé un très mauvais film que j'avais envie de voir par curiosité depuis longtemps et qui est encore plus mauvais que ce que j'avais imaginé - ce que j'ai trouvé assez réjouissant, je ne sais pas pourquoi... Remis à demain tout ce qui me préoccupera bientôt à nouveau (Paris en toutes lettres, Dita Kepler, etc). Regardé de petites vidéos sur le tournage des Demoiselles de Rochefort. Supporté une demi-heure de bruit de café. Mangé une tarte aux mirabelles.
Voilà qui tire un trait, c'est décidé, sur les "fenêtres des services d'urgences" de ces derniers jours, même si la fatigue est encore là. Merci à tous de votre soutien.

vendredi 22 mai 2009

à propos de décor et ville

"Le jour est gris, comme toujours dans ces parages, et le paysage rappelle par instants une photographie de journal illustré, tant sont ternes, plats, les gens, les maisons et les véhicules. Cette réalité, mince comme du papier, trahit par toutes ses crevasses son caractère de trompe-l'oeil. On a parfois l'impression que seul ce petit coin qui nous fait face est arrangé pour donner l'image d'un boulevard de grande ville : sur les côtés, cette mascarade improvisée se décompose et, incapable de tenir son rôle, s'écroule en un monceau de plâtras, décombres d'un théâtre immense et vide qu'une gravité tendue et pathétique parcours par moments de frissons".


Bruno Schulz, Les Boutiques de cannelle, page 109, "La Rue des crocodiles".

jeudi 21 mai 2009

intérieur nuit

(texte écrit par impossibilité d'écrire)


Huit jours déjà que toute vie extérieure semble s'être arrêtée, coupure si nette, franche, qu'il paraît impossible de projeter quoi que ce soit pour les jours à venir, même si une amélioration est censée suivre. Ce qui est complexe, c'est que la migraine empêche de penser la situation : on peut suivre les méandres d'une pensée extérieure, et plus elle est construite plus c'est simple (c'est pourquoi j'écoute France Culture - je ne pourrais pas suivre une conversation à bâtons rompus, sans logique apparente) ; mais on ne peut pas construire sa propre réflexion, prendre du recul, faire des choix. Décider si l'on a faim ou pas est compliqué, c'est dire.
On ne peut pas faire des listes, s'organiser, prendre des décisions. On ne peut pas nommer les choses. On ne peut pas s'expliquer. On est complètement abruti, par la douleur, par la fatigue, puis par la peur de la douleur. On sait évidemment qu'il faut éloigner toute source de stress, donc toute colère, ne pas revenir sur ce qui s'est passé. La meilleure chose à faire, on s'en rend compte, lorsque la pure douleur s'éloigne, c'est de se glisser dans une narration extérieure. Mais on ne peut pas lire plus de quelques instants ni regarder un film, alors au fil des jours, et des progrès, on attrape des bribes, on bricole : trois cases d'une BD de Picsou magazine, une phrase tirée d'une interview d'actrice à Cannes, le début du Fantôme de Mrs Muir, un paragraphe des Boutiques de cannelle de Bruno Schulz, une moitié d'émission sur l'économie de la Roumanie... On ne sait plus, on mélange, on oublie. On se donne le droit d'oublier, de ne pas suivre, de ne pas comprendre. Il n'y a plus d'enjeu.
On est tenté d'essayer de comprendre comment on pense, dans ces cas-là, comment notre cerveau fonctionne, mais il faut abandonner cette tentation à l'instant et on le sait. Il ne faut plus forcer la marche, c'est fini, on a bien compris. Et quand on arrive à écrire on ne cherche pas à écrire mieux (c'est clair et net dans ce billet).
Ce que les autres nous racontent, nous expliquent, on ne le prend plus que comme des cadeaux, outils destinés à faire dériver, dévier la migraine. La douleur contient sa propre manipulation mentale par blocage des anticipations, des rapprochements, des projections. L'idée est donc d'aller au plus simple, toujours, le plus simple étant : tout sauf sa propre pensée.

Le plus simple au début : l'intolérance au bruit et à la lumière. On crie non et c'est tout.

mercredi 20 mai 2009

Lecture du 23 mai au 104 : annulation

Etant toujours dans les choux, j'ai préféré annuler la lecture que je devais faire au 104 samedi prochain, finalement. Rendez-vous le 6 juin pour la prochaine lecture, toujours au même endroit mais dans le cadre du festival Paris en toutes lettres (dont la conférence de presse me fut donc fatale la semaine dernière !). D'ici là, j'espère que j'aurai récupéré mes facultés mentales (et en attendant, si vous avez des trucs marrants à me raconter, n'hésitez pas, surtout : je me connecte dix minutes par jour).

Magali Brénon à France Culture ce soir

Déjà une semaine dans le noir, avec pour principale activité l'écoute intermittente de France Culture... Impossible de lire, quasiment ; écrire on n'en parle même pas. Même pas sûr que je puisse assurer ma lecture au 104 samedi prochain. Heureusement qu'il y a France Culture, donc, propos censés et voix douces.


A propos de FC, ce soir, chez Alain Veinstein à 23h30, on pourra entendre Magali Brénon, l'auteur de J'attends Mehdi, roman paru en janvier dernier, dont j'ai déjà dit ici je crois le bien que j'en pensais. Pour avoir effectué une lecture croisée avec Magali à la Lucarne des écrivains, je sais qu'elle parle admirablement bien de son travail...

mardi 19 mai 2009

Fenêtres des services d'urgences

Une baie vitrée dans le dos, au fond du box, translucide peut-être, sur laquelle frappent la grèle et la pluie. Le bas du mur est démoli, donne sur du dehors, laisse passer l'air. Box jaune pâle, néons, porte qui ouvre sur une salle d'attente dans laquelle les gens sont nombreux et bruyants. Mercredi, urgences de l'Hôtel-Dieu.


Un vasistas longiligne, rectangulaire, entrouvert sur un ciel gris. Un box, une fois de plus, dans lequel on éteint la lumière (là encore, des néons). Deux panneaux sur le tri des déchets hospitaliers, un panneau sur le droit des usagers, deux poubelles, sac jaune, sac noir, pour trier. Un drap jaune et propre, plié, oublié, sur le côté. Le vasistas empêche l'obscurité, envoie la lumière du jour dans les yeux. Petite ouverture carrée à travers la porte, translucide aux deux tiers.


Une série de carreaux au plafond, certains transparents, d'autres couverts de buée, sans que l'on puisse comprendre selon quelle logique ils alternent. Salle d'attente coupée par un paravent : d'un côté ceux qui peuvent s'asseoir, de l'autre ceux qu'on allonge sur les brancards et que l'on case sur les côtés. Carreaux cachés par un foulard fermant les yeux. Quand le foulard glisse on voit passer des infirmières, des internes, des "accompagnants" (Un accompagnant par patient) qui souvent téléphonent. Chaussures "crocs" en plastique rose, chaussons en tissu bleu, chaussures classiques, baskets ou bottes. Dimanche, urgences de Lariboisière.


Fenêtres des urgences qu'on fixe, des heures.

Fenêtre de l'ambulance. Fenêtre du taxi. Allongé sur la banquette on tente comme en enfance de reconstituer le paysage.


Enfin, le noir. Un jour, deux jours, cinq jours. Pas de ciel pas de terre pas de lumière pas de chaise pas de banc pas de mur une seule dimension.