Gary Winogrand, 1954

Gary Winogrand, 1954

lundi 5 octobre 2015

De la ville au Loing #2














C'était donc, vendredi soir, inauguration de la résidence à Ecuelles de L'aiR Nu, et départ pour nous bien avant de Paris - Piero en parle ici, déroule la journée. 
A l'horloge Victoria Station du restaurant alsacien de Moret (parfaitement) où nous venons de déjeuner, il est cinq heures trop tôt. Dehors, le temps est magnifique. Le trac monte un peu mais les rires également, surtout eux, tandis que nous partons pour Ecuelles en nous trompant, longeant la forêt sur la droite au lieu des champs à gauche, arrivons finalement 













(cette photo a été prise tout spécialement pour Christine Jeanney, qui a twitté l'adresse de la rencontre, merci Christine) 
dans la salle Jean Mermoz où il s'agit alors de transporter, d'installer, de brancher, de tester, d'accrocher des tableaux, des livres et des câbles.


















































(deux membres éminents du collectif, on le voit, surgissent de cette foule de carrés et rectangles que je saisis comme je peux)
(il manque le très beau livre d'artiste que Piero a co-réalisé, et les gants pour en tourner les pages)

Dix huit-heures. Il est encore, il est toujours trop tôt. Après une visite à la médiathèque juste en face, nous optons pour une balade le long du canal du Loing, durant laquelle je dis moult bêtises, comme d'habitude avant une lecture, ce qui ne se voit pas ici 


























mais risque d'avoir été enregistré ; paroles qui filent le long de l'eau, coureurs, cyclistes et marcheurs, nous croisons des mûres, un potager près d'un fossé, une citrouille-carrosse, une maison aux fenêtres sans rideaux (immense, on s'interroge), un banc (trop tard pour s'y asseoir), au retour une usine

























Voilà c'est presque l'heure. Les gens commencent à arriver. De mon côté, ce moment-là devient : s'isoler un peu derrière le rideau ; répéter une dernière fois (heureusement, j'avais inversé deux pages) ; attendre la fin des discours ; traverser la scène ; arriver au micro ; ne rien percevoir de la projection. Douze minutes d'écoute magnifique en salle, que j'entends, qui me porte. L'important : se concentrer sur le texte, le passage d'un extrait au suivant. 
Douze minutes de lévitation. Je ne sais pas ce que voient les gens, je n'ai pas le temps d'imaginer. Il faut se focaliser sur le ton, les silences, les accélérations. Je veux que le texte de Mathilde entraîne. Je veux rester le plus juste possible quand ce sont les voix écrites par Piero, par Joachim qui se présentent, reviennent (une vieille dame entre à nouveau dans sa maison d'enfance ; un garçon de dix ans rêve de quitter son village). Je veux qu'on ne décroche pas. Qu'on sente la chaleur, le froid, toute une palette d'émotions et que les auteurs, assis à ma droite (je ne les vois pas, me tourne une seconde vers Mathilde) s'y retrouvent, soient contents, même, disons-le.

Rien de plus intense que ces moments-là. Impossible d'y ajouter encore un mot ou une image...

*

(pour donner tout de même une idée en attendant que cela soit en ligne, sachez que les extraits de textes des douze minutes sont tirés : 
d'un vase-communicant de Mathilde avec Anne-Charlotte Chéron
d'un vase-communicant de Piero avec moi
de Village, de Joachim
de Ile ronde, déchirure / tempête
du texte que j'ai écrit pour Elles en chambre de Juliette Mezenc
d'un vase-communicant entre Joachim et moi
de J'ai l'amour, de Mathilde)

Aucun commentaire: