Gary Winogrand, 1954

Gary Winogrand, 1954

lundi 30 mars 2015

danser Dita















Au départ, il y a le désir de la chorégraphe Caroline Grosjean, qui m'a par ailleurs commandé un texte pour Diptyque, la pièce chorégraphique que sa compagnie monte cette année, de me convier à la rejoindre à l'écomusée de la cerise de Fougerolles, en Franche-Comté. Il s'agit, m'a-t-elle dit, de travailler sur la métamorphose. Elle pense que je pourrais y installer Dita Kepler pendant quatre jours. Quand j'arrive, elle et la danseuse Magali Albespy sont déjà à l'oeuvre, se produisent depuis la veille devant des élèves qui les regardent, les dessinent, les écoutent.




























Car elles ne font pas que danser. La musique qui les accompagne, c'est un silence parfois rythmé par les mots qu'elles lancent, qu'elles rattrapent au vol, à partir desquels un mouvement se dessine, qui les prolonge ou s'en écarte... Ce qui peut se passer dans la pièce P/A/R/T/I/T//I/O/N/S par exemple.

Durant ces quatre jours, je travaillerai également avec le créateur sonore Zidane Boussouf. Le samedi et le dimanche, nous proposerons ensemble deux courtes lectures, différentes l'une de l'autre, projet qui se dessine au fur et à mesure. Il s'agit donc d'explorer le lieu, d'écrire en fonction de lui, des deux danseuses et de ce que Zidane va trouver. De partir de Ile ronde et de Anamarseilles (variation pour DK que je tente justement de terminer) pour propulser Dita ailleurs, une fois de plus.

Petit rappel : Dita Kepler n'est pas un personnage, mais un avatar que je fais apparaître depuis 2009 dans les lieux "réels" de mes résidences. Totalement malléable, elle a cependant quelques particularités : outre un nom qui ne change pas, elle possède le don de voler et celui de se métamorphoser. Souvent, quand elle débarque, les mots qu'elle entend lui traversent la tête, ce qui la désoriente. Pour avancer, elle se transforme alors en pans de décor.
On la trouve en version papier, animée et codée, sur Twitter, accueillie ailleurs, etc.

Bien. Allons voir.
















































































































Des fenêtres, des alambics, un lit à baldaquin, une chambre verte dans un lieu dédié à la cerise, sans compter l'exposition temporaire sur l'absinthe... La matière ne manque pas. Pourtant, je vais peu m'en servir, en tout cas pour le texte qui viendra s'insérer dans le montage proposé le dimanche (Ile ronde + Journal du silence + Anamarseilles + texte écrit à l'occasion).

Au départ, je tente plutôt de relier cette apparition de Dita Kepler à la fin d'Anamarseilles sans utiliser ces éléments principaux du texte que sont Marseille et l'anamorphose. Ca fonctionne à peu près. En tout cas, c'est ce qu'il me semble. Deux ou trois paragraphes écrits dans la journée, c'est plutôt un bon rythme pour Dita Kepler : depuis le début, ce "décor 3" censé venir après Décor Lafayette et Décor Daguerre est ce qui m'est le plus difficile à écrire, techniquement.
Il s'agit dans ces paragraphes censés conclure, ou presque, Anamarseilles, de se relier au monde après une déambulation solitaire grâce aux hommes et aux femmes rencontrés et qui incarnent le lieu.

Dita, dans ma tête, c'est Caroline et Magali ce jour-là, et c'est merveilleux comme tout fonctionne dans ce sens (pour moi) même lorsqu'elles interprètent des passages de P/A/R/T/I/T//I/O/N/S.





























Je me souviens avoir pensé à la structure des jeux vidéo mais aussi à la danse, en écrivant Ile ronde. Les voir toutes deux incarner plus tard dans la journée le corps dédoublé de Dita Kepler sans être dans l'illustration, sans qu'on y voit un géant, une jeune fille (que de toute façon je vais expulser du texte lors du montage de dimanche), c'est un grand moment.

Dita parfois c'est moi aussi et nous sommes donc trois dans ce cas.



















De mon côté, quand je ne suis plus, ou pas encore, dans l'interaction, je m'approche, je m'éloigne de ce que j'ai à écrire.
Lis l'un des paragraphes à voix haute le samedi, durant une première performance.
Réécris autre chose le dimanche, intégrant cette fois des mots du lieu, transformant même Dita en cerise. Ce sera un one shot, comme du temps du Cent Quatre, texte qu'on n'entendra qu'une fois, qu'on ne retrouvera nulle part. Il sera porté par la création sonore de Zidane, et les mots dansés.

Le montage des textes (et très certainement, aussi, le fait d'avoir travaillé à plusieurs) me laisse entrevoir la complexité du lien que j'entretiens avec elle, Dita Kepler. C'est très net durant la seconde lecture. Un vertige qui vient s'apaiser quand Caroline et Magali reprennent la main, sans rien dire, ne forment plus qu'un corps durant un court instant.

Voilà, c'est fini. Dita Disparaît.















Je ne sais pas ce qu'il adviendra d'elle, à Fougerolles. Lire ce qui a été écrit dans l'écomusée a simplement fait partie de la performance, ne fut qu'un moment dans le parcours imaginé par Caroline, durant lequel le public (enfin je l'imagine, car précisément, n'étant qu'un jalon de ce parcours, je n'ai pas vu le reste) a assisté à des passages dansés, est monté, descendu dans ce très bel endroit qui réunit une maison de maître et une grange ; a entendu des voix lui chuchoter, lui crier peut-être, des mots venus du lieu comme de mon texte ; s'est laissé bercer par des bruits d'eau, d'oiseaux, de forge...

La compagnie Les Pièces détachées est à nouveau en résidence à l'écomusée du 2 au 6 avril. Deux danseurs de plus vont la rejoindre. Si vous passez par là, n'hésitez pas : racontez-moi la suite.

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