Gary Winogrand, 1954

Gary Winogrand, 1954

vendredi 7 septembre 2012

Décor Lafayette #51, par Christine Jeanney



















L’invention de métal découpée au laser, carton, contreplaqué, le logo France pour certifier et livrée par camion. Le livreur porta l’emballage falbalas petites mains assemblées dans l’arrière-cour, débarras-cagibi, la machine à café s’épuise, tulle plié. Depuis un autobus paris by night est descendue, elle est entrée, ses meilleures chaussures elle porte pour résister à la journée. Trois verticales alignées, point de chute et point de rencontre.
Point d’attache dédaigné, on sait, ces verticales ne se traversent pas. Ont été poussées vers posées placées-là, font cadre. Au revers de la toile, en haut, c’est un plafond bavard, obstrué de lamelles et rampes et fixations qui se dévalent, une brousse inhabitée, un territoire sauvage et illogique, personne ne lève les yeux, ce serait trop cruel, ce que les choses aspirent sous notre tête et les mouvements de fond qu’on ne sait pas lester, chambardements. Détailler des détails avec l’application du sourd (singe muet, singe aveugle, ils sont trois), et rester droit dans un semblant de verticale incise, yeux fermés.


*

Oui, c'est Christine Jeanney qui s'est chargée du 51e passage aux grands magasins du décor Lafayette, tandis que j'ai tenté, sur son site, d'établir la 366e todo liste de sa si belle et si inventive collection d'ordres à ne pas recevoir, de choses à (ne pas) faire, liste d'espoirs, de tentatives, de rêves que l'on peut retrouver ici (les 180 premières, du moins, pour l'instant). Un vrai vase communicant, il me semble !

Nous avions déjà échangé une fois, avec Christine, lorsque les vases co débutaient, ou presque. J'avais alors réalisé, parce que je lui faisais toute confiance sans pourtant la connaître "en vrai", que j'avais écrit chez elle ce que je ne pouvais publier chez moi. 
Ce qui est rare, précieux, assez miraculeux.

En cette rentrée littéraire, dès que j'en saurai un peu plus sur l'oeuvre d'un autre écrivain qui m'héberge, j'irai lire son Lotus seven, qui vient de paraître chez publie.net. Il est placé, dans ma todo liste des livres de cet automne, en tout premier.

Anne Savelli

PS : pour cet échange un peu particulier, il va de soi que la photo qui illustre le texte de Christine est de moi tandis que celle qui m'a permis d'écrire la todo liste vient d'elle !

2 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Détailler des détails avec l’application du sourd


Le mot juste, la description brève, l'amplitude de l'idée et du concept. Le plaisir de lire et de relire dans le détail et dans une belle surdité les mots de Christine, dans un nouvel ailleurs.

Anonyme a dit…

Très beau texte, oublier de regarder en haut ou peut-être, à l'inverse de nos ancêtres lointain surveillant les dieux, ne savons-plus que regarder à hauteur d'achats, de consommation, de ce qui peut se toucher sans causer de doutes.

Todo : regarder là-haut, longtemps jusqu'à étourdissement vertige angoisse vomissement neuronal, perdre son orgueil, partir en courant créer, aimer. Vivre.

Zéo Zigzags