Mandelieu

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samedi 13 décembre 2008

Ni pensés, ni classés

J'entame ici une sorte de feuilleton aléatoire qui n'aura peut-être pas de suite, tout dépend de ce qui apparaîtra, au fil des jours, sur les étagères... L'idée : en faisant la poussière des livres (ou en les déplaçant, en voulant les jeter, etc.), on en découvre qu'évidemment on avait oubliés. Mieux : certains, par leur titre, leur sujet, forment déjà un texte à venir, une liste d'improbables qu'on ne peut ni lire, ni jeter, ni offrir : ne reste qu'à écrire pour s'en débarrasser.

Le premier d'entre eux se présente d'ores et déjà comme le champion toutes catégories, l'improbable imbattable. Il s'intitule The Penguin Book of Russian Verse. Rédigé par Dimitri Obolensky et publié en 1962, il s'agit, comme on s'en doute, d'une méthode en anglais qui explique en détail le système de la versification russe. Sur la page de garde, quelqu'un a fait des additions (330 + 60 + 19 par exemple) sans se fatiguer à mettre le signe +. Les Russes n'utilisent-ils pas le signe + ? Ou les Anglais ? Allez savoir. Sur la page suivante, on découvre qu'Obolensky a dédié son livre à Boris Pasternak. C'est tout. Inutile de dire que personne ici n'a jamais étudié le russe, malgré des velléités (une méthode avec cassette vidéo trône sur l'étagère d'en face), encore moins sa versification. Alors qu'en faire ? Le donner pour rire à ma soeur russophile ? Peut-être. Mais est-elle assez anglophone ?

On poursuit avec un Titien de Maurice Hamel, agrégé de l'université, aux reproductions en noir et blanc (c'est quand même dommage pour le plus grand coloriste d'Italie - tiens, voilà que je me mets à lire le livre). Il a été offert par la ville de Paris à l'élève Odette Morize, titulaire d'un 2e accessit de Décoration, d'un 1er accessit d'Histoire de l'Art et d'un 1er accessit de Dessin géométrique (Ecole Municipale de Dessin et d'Art appliqués à l'industrie - école Elisa Lemmonier, 24 rue Duperré) en 1920.

Au passage (on s'éloigne du Titien mais tant pis), un tour sur le dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson (1911) m'apprend qu'à Paris, au début du XXe siècle, dans les huit écoles professionnelles de filles, à l'exception de l'école de la rue Duperré, ancienne école Elisa Lemonnier rachetée par la Ville en 1906, qui est réservée à l'enseignement du dessin appliqué à l'industrie, les jeunes filles sont préparées aux diverses professions de la femme, couture, modes, lingerie, confection, broderie, fleurs artificielles, etc. Les matinées y sont d'ailleurs consacrées à l'enseignement général, tout au moins pendant les deux premières années d'études.

(j'aime beaucoup le d'ailleurs)

Il s'agit d'un article sur l'histoire des écoles de Paris, que je me mets à parcourir, puis à lire au lieu d'ouvrir le livre de Maurice Hamel. Ca se révèle vite assez croustillant. On apprend qu'au Moyen Age, les écoles de Paris étaient régies par un chantre tout-puissant qui fixait le nombre d'établissements nécessaires et les visitait, mais dont l'omnipotence était souvent contestée :

La moralité de ses choix fut aussi plus d'une fois critiquée : dans un factum, le syndic de l'Université reprocha au chantre Claude Joly de mettre à la tête des écoles cantorales "des sergents, des fripiers, des fiacres, des gargotiers, des cabaretiers, des maçons, des perruquiers, des rubaniers, des fèrandiniers, des jardiniers, des violons, des joueurs de marionnettes, des fondeurs de cloche, et même ses propres laquais".

Darcos pourrait-il en dire autant ? Mais tiens, pour lui donner de nouvelles idées, qu'il se souvienne qu'au Moyen Age, toujours, Le mélange des sexes, l'admission par un maître ou une maîtresse d'enfants d'un sexe différent du sien, sont punis par l'excommunication, sans compter les amendes et le retrait de la lettre de maîtrise. Ou encore, que : Les petites écoles étaient payantes. On y admettait gratuitement les enfants pauvres, en les tenant toutefois à l'écart, l'on devine pour quelles raisons, nous déclare Ferdinand Buisson. Devine seul, mon gars.

Bon, je me suis vraiment éloignée du Titien, cette fois. Dommage car, nous dit avec lyrisme Maurice Hamel, son oeuvre, riche de joie et de beauté, est un poème de formes et de couleurs, où la grâce et la puissance, la science de l'effet et le sentiment de la nature s'unissent dans un parfait équilibre de sobre richesse et de mâle élégance.

Ah, la mâle élégance !

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